Horst Teufel # 2

Entendu ce matin 4 janvier, à ma grande surprise, Jean-Marie Colombani sur France-Inter, faire une critique des expulsions de familles et de travailleurs installés en France depuis longtemps, vivant honorablement mais désespérément sans-papiers . Critique certes très policée… Et en terminant sa phrase dans un souffle comme s’il avait dit des grossièretés devant un chanoine. Mais, si une partie de ceux qui ne sont pas par ailleurs insensibles aux sirènes du sarkozysme commencent à avoir des états d’âme sur ce sujet, c’est plutôt bon signe. Cela dit, s’il faut attendre que tous les beaux esprits de gauche ou de moins gauche, englués dans la torpeur narguiléenne de l’ouverture, se réveillent avec un bon mal de crâne, on risque d’entendre encore pas mal de bling-bling de menottes sur les aéroports.

RESF propose d’envoyer des lettres au ministre boutefeu dénonçant des situations précises et la manière honteuse dont se comportent les autorités françaises au mépris des valeurs de la République. Ci-dessous, la lettre éclairante qu’une amie vient de m’envoyer après l’avoir adressée au commissaire à l’identité nationale…

Monsieur le Ministre de l’immigration,
de l’identité nationale et du co-développement
Ministère de l’Immigration
101 rue de Grenelle
75323 Paris cedex 07

Monsieur le Ministre,

Dans quelques jours l’année 2007 va se terminer, il faudra faire vos comptes.
Les comptes précis de toutes les tragédies inutiles, inhumaines, contre lesquelles heureusement le réseau éducation sans frontières s’est opposé. Ces comptes nous les tenons à jour, personne ne sera oublié. Liste des victoires arrachées, liste honteuse pour notre pays, des drames, blessures et traumatismes injustifiables, jusqu’à provoquer la mort, ici par peur panique, où là-bas quand le demandeur d’asile et sa petite famille sont renvoyés à leur tragédie.
Avant de vous écrire, j’ai parcouru l’épais dossier de toutes les copies des lettres que j’ai envoyé à vos services, et à vos obéissants préfets.
On expulse pendant l’été des adolescents lycéens. On met des familles en rétention avec leurs enfants. On expulse des pères laissant femme et enfants sans ressources, ou on expulse mère et enfant, laissant le père en France. On enlève à une mère en rétention le bébé qu’elle allaite. On met un enfant à la DDASS, et la mère en rétention. On renvoie des demandeurs d’asile ayant réussi à sauver leur famille, en Tchétchénie, en Irak, en Turquie, au Kazakhstan, à Srebrenica. On menotte des parents devant les enfants, on expulse un jeune la veille de ses noces. La liste est malheureusement trop longue.
Mes deux dernières lettres, c’était pour Roland R., une grande mobilisation n’avait pas eu d’effet sur le préfet. Après 32 jours de rétention, il a refusé d’embarquer pour Madagascar et était hier, 24 décembre, en comparution immédiate. Je suis allée, pour la première fois au tribunal de grande instance de Bobigny.
Dans le box, à ses côtés, un voleur récidiviste, et un alcoolique violent avec sa femme.
Le seul reproche qui pouvait être fait à Roland R. c’est qu’il ne connaissait pas la loi de 2006, qui oblige les personnes recevant une obligation à quitter le territoire, à faire un recours dans le mois qui suit auprès du tribunal administratif. Roland avait juste écrit en confiance au préfet. Celui-ci n’avait sans doute pas lu sa lettre, pas plus que depuis il n’a étudié son dossier.
S’il l’avait fait, l’avocate n’aurait pas été obligée non seulement de détailler tous les éléments favorables à sa régularisation :
- en France depuis 1994, père de deux enfants nés en France,
- toute sa famille vit en France, dont deux frères français,
- il n’a plus personne à Madagascar, sont père et sa mère sont morts,
- il est chauffeur livreur, il a travaillé à la Poste et il a une promesse d’embauche,
- il est élu FCPE au conseil d’école de sa petite fille,
mais aussi, à appuyer sa plaidoirie sur l’article 8 de la Convention Européenne des droits de l’homme. Les juges ont particulièrement été sensibles à cet article.
Faut-il maintenant faire un détour par Bruxelles pour que la France applique le droit au respect de la vie privée et familiale ?.
Quand le juge a demandé à Roland s’il avait quelque chose à ajouter, son émotion était palpable, la gorge nouée il à peine pu dire quelques mots, « je n’ai rien fait de mal, je veux juste rester en France pour élever mes enfants », l’émotion aussi était perceptible dans la salle. En attendant le verdict, il est resté tassé sur son siège, épaules rentrées, tête baissée, écrasé d’inquiétude. Inquiétude qui le torturait depuis 32 jours. L’injustice de cette souffrance était aussi tangible, nous refusions d’envisager le pire, tout en ayant conscience que cela était possible aujourd’hui en France.
Hier 24 décembre, au tribunal, les juges ont pu constater la forte mobilisation qui depuis 32 jours, entoure Roland et sa famille, la salle s’est vidée d’un coup quand a été annoncé l’ajournement de son audience à fin septembre, pour qu’une demande de régularisation soit déposée devant le tribunal administratif.

Monsieur le Ministre, dans quelques jours l’année 2007 va se terminer, il faudra refaire vos comptes. Le total ne pouvait pas être juste, puisque qu’annoncé avant de faire l’addition, et de plus, chaque chiffre ajouté, était en fait à soustraire , tous les enfants des écoles voyant une chaise vide dans leur classe l’ont bien compris.
Ils ont bien compris aussi que ‘l’identité nationale’ en France, avec votre Ministère, avait réduit son socle, les droits des enfants n’étaient plus respectés, et ils ont tous peur, car ils ont bien compris que les enfants n’étaient plus protégés en France .

Monsieur le Ministre, vous êtes responsable devant tous nos enfants des valeurs humaines que la France doit respecter, respecter ces valeurs, c’est faire respecter la France. La France doit redevenir une terre d’asile où les droits de l’homme et de l’enfant soient inviolables.

Recevez Monsieur le Ministre, mes citoyennes salutations


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