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	<title>Des images et des mots</title>
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	<description>le blog de Thierry Girard</description>
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		<title>Des images et des mots</title>
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		<title>Après le fracas et le silence</title>
		<link>http://wordspics.wordpress.com/2011/11/24/apres-le-fracas-et-le-silence/</link>
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		<pubDate>Thu, 24 Nov 2011 08:35:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>wordspics</dc:creator>
				<category><![CDATA[Photographie]]></category>
		<category><![CDATA[Exposition]]></category>
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		<category><![CDATA[Japon]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
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		<description><![CDATA[Journal du Tohoku —Part 3. J&#8217;ai déjà évoqué la genèse et l’esprit de ce travail dans mes billets précédents  (cf. Journal du Tôhoku—Part 1 et Journal du Tôhoku—Part 2), et alors que les photographies sont désormais exposées à l’Institut franco-japonais de Tokyo, voici donc une sélection un peu plus large du travail réalisé en août 2011 [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=wordspics.wordpress.com&amp;blog=2367462&amp;post=1570&amp;subd=wordspics&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><strong>Journal du Tohoku —Part 3.</strong></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">J&#8217;ai déjà évoqué la genèse et l’esprit de ce travail dans mes billets précédents  (cf. <a href="http://wordspics.wordpress.com/2011/09/06/journal-du-tohoku-part-1—fukushima/">Journal du Tôhoku—Part 1</a> et <a href="http://wordspics.wordpress.com/2011/10/02/journal-du-tohoku-part-2—miyagi/">Journal du Tôhoku—Part 2</a>), et alors que les photographies sont désormais exposées à l’Institut franco-japonais de Tokyo, voici donc une sélection un peu plus large du travail réalisé en août 2011 au Nord du Japon dans trois préfectures du Tôhoku : Fukushima, Miyagi et Iwate.  Les photographies sont accompagnées des poèmes que Ryôichi Wagô a écrit pour cette exposition.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Mais auparavant, quelques éclaircissements sur l&#8217;intitulé de cette exposition :<em><strong> Après le fracas et le silence..</strong>.</em> Le moment de la catastrophe, c&#8217;est celui du fracas. Tout disparait, s&#8217;engloutit, est emporté dans un vacarme inouï. Les maisons se brisent avec un bruit d&#8217;os. Les hommes périssent, certains passent l&#8217;Achéron dans le cercueil froissé et tordu de leurs voitures, tandis que d&#8217;autres, nageurs déjà morts, dont la tête seule, telle un ballon noir, émerge des flots, s&#8217;en vont vers leur terrible destin. Sauf quelque miracle, on ne retrouvera que des corps de pantins désarticulés et déchirés&#8230;  Puis, vient le silence, avant que quiconque ait pu reprendre sa respiration, ait pu sortir de sa sidération : ceux qui sont saufs ne hurlent plus, ils sont dans la stupeur, ils pleureront plus tard. Les animaux se taisent, les chiens n&#8217;aboient plus, les oiseaux ne chantent plus, les insectes même semblent avoir disparu. Ce silence, celui de la stupeur, n&#8217;est pas encore celui du recueillement ni du deuil, c’est d’abord un silence physique, le reflux du vacarme, autant que la vague meurtrière se retire.</span></p>
<p><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/11/to-002-2b-72.jpg"><br />
<img class="aligncenter size-full wp-image-1641" title="Tohoku © Thierry Girard 2011" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/11/to-002-2b-72.jpg?w=567&#038;h=449" alt="" width="567" height="449" /></a></p>
<p style="text-align:center;">Yotsukura, Iwaki ( いわき、四ツ倉 ), 20 août 2011 © Thierry Girard<span style="color:#333333;"><br />
</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Après… Tous les paysages dévastés se ressemblent, qu’ils aient été engloutis par la mer, fracassés par un tremblement de terre ou bombardés ; qu’ils soient figés dans une gangue de boue, qu’ils soient un amas de ruines froides, ou de ruines chaudes et de cendres… Me reviennent en mémoire ces phrases de Mishima évoquant le paysage de Tokyo après les bombardements de 1945 :</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#808080;">« Les escaliers et les marches de béton qui restaient semblaient dans l’attente, ne conduisant nulle part. Rien ne subsistait ni au-dessus ni au-dessous. Nulle par non plus on ne trouvait dans ce champ de ruines point de départ ou de destination ; eux seuls, les escaliers, avaient encore le sens de la direction.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#808080;">            Tout était calme, mais il y avait des mouvements légers et des choses s’élevaient doucement. Quand il y jeta un regard, on eût dit comme une hallucination où des cadavres noircis se seraient mis à remuer, en proie à une vermine innombrable. C’étaient des cendres soulevées par la brise et qui montaient de partout. Cendres blanches et cendres noires. De la cendre qui flottait, en venant se coller à un mur croulant, y demeurait. Cendres de paille, cendres de livres, cendres d’une librairie d’occasion, cendres d’une échoppe de fabrication de couvertures, elles voletaient chacune de son côté ou se mélangeaient au hasard, allant de-ci, de-là, survolant l’étendue dévastée.»</span></p>
<p style="text-align:justify;"><strong><span style="color:#808080;">             Yukio Mishima, <em>Le Temple de l’Aube</em> (Gallimard, 1980)</span></strong></p>
<p style="text-align:justify;"><strong><span style="color:#808080;"><br />
</span></strong></p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/11/to-044-2b-72.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1607" title="Tohoku © Thierry Girard 2011" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/11/to-044-2b-72.jpg?w=567&#038;h=444" alt="" width="567" height="444" /></a></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#808080;">Péninsule d’Omoe, Miyako ( 宮古、重茂半島 ), 27  août 2011 © Thierry Girard</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Après… Cinq mois après (la catastrophe a eu lieu le 11 mars), le paysage dévasté ressemble toujours à un paysage de guerre.  Souvent arasé, nettoyé, mis à plat, il ne reste que le canevas d’une ville, avec parfois, tels les escaliers de Mishima, une façade, un bâtiment entier encore debout, bien qu’éventré de part en part. Minamisanriku, Rikuzentakata, Kesennuma… Autant de villes qui furent et qui ne sont plus, ou qui sont à tout le moins en partie rasées, avec ces ruines pathétiques&#8230; Ailleurs, la guerre semble encore toute fraîche, le désordre reste invraisemblable, et les corps disparus —ceux que la mer n’a pas emportés— gisent toujours sous les décombres.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Tout a été photographié tant et plus. Rarement (à l’exception peut-être de celle de la Nouvelle-Orléans), catastrophe n’aura été autant inventoriée. Privilège de pays riche où les photographes sont nombreux. Et lorsqu’un grand photographe, comme Naoya Hatakeyama, originaire de Rikuzentakata, revient dans sa ville une semaine après la catastrophe, le paysage qu’il photographie à la chambre grand format est encore silencieux. Et il semble le rester, mois après mois, au fil des différents séjours que le photographe effectue. Hatakeyama, malgré sa douleur personnelle, trouve la distance juste pour dire ce qui est, l’état terrible des choses, mais sans en rajouter sur la dimension pathétique ; et il trouve aussi l’équilibre juste entre objectivité documentaire et souci esthétique. Il y a paradoxalement une “beauté“ de la catastrophe, comme il y a une “beauté“ de la guerre. Que faire avec ce paradoxe ? La réponse est dans un musée, au Tokyo Metropolitan Museum of Photography qui accueille une très belle rétrospective d’Hatakeyama au sein de laquelle figure cet inventaire qui va du 19 mars jusqu’à début août.  Dans un cube au milieu de l’espace qui lui est consacré, Hatakeyama présente 60 tirages de petit format surt trois murs d’images ; en face, 60 photographies prises entre 2002 et 2010 défilent sur un écran vidéo, rappelant les jours heureux le long de la Kesengawa…<br />
</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/11/to-063-2b-721.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1611" title="Tohoku © Thierry Girard 2011" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/11/to-063-2b-721.jpg?w=567&#038;h=450" alt="" width="567" height="450" /></a></span></p>
<p style="text-align:center;">Kesennuma, 30 août 2011 © Thierry Girard</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><br />
</span><span style="color:#333333;">Aussi, pour ma part, lorsque j’arrive mi-août sur les mêmes lieux, il me paraît vain de rajouter un inventaire de plus aux inventaires déjà constitués. J’arrive à un moment où il me semble que le bruit du monde a repris sa marche ; pas seulement le bruit des pelleteuses qui broient ce qu’il reste à détruire, raclent et nettoient le sol, avant d’entasser les débris sur des terrils gigantesques d’où suinte une odeur de poussière et de décomposition ; non, plutôt le bruit de la vie ordinaire, les voix douces et mesurées de ceux qui apprennent à vivre en ces lieux tragiques, le grincement de la grue qui amène de nouveaux matériaux, là où il est possible de reconstruire ; la plainte du vent qui ne porte plus de mauvaises nouvelles ; le roulis de la marée haute, qu’aucune digue n’arrête plus, et qui vient lécher et caresser les soubassements des villes effondrées. C’est cette forme de <em>résilience</em> des hommes et des paysages que j’ai cherchée à saisir, en essayant notamment de réinscrire les vestiges de la catastrophe, de manière parfois presque ténue, à peine visible, dans une représentation plus traditionnelle du paysage japonais, tel qu’on le connaît par exemple à travers les estampes de l’<em>ukiyo-e</em>. Quand aux personnages qui apparaissent dans cette série, je les ai considérés et photographiés, non pas comme des victimes, mais comme des <em>sur-vivants</em>, outrepassant la mémoire douloureuse de chacun pour saisir leur vie telle qu’elle se continue.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><br />
</span></p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/11/to-002-1a-72.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1581" title="Tohoku © Thierry Girard 2011" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/11/to-002-1a-72.jpg?w=444&#038;h=567" alt="" width="444" height="567" /></a></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#808080;">Matsumoto Masako, plage de Yotsukura, Iwaki ( いわき、四ツ倉 ), 20 août 2011 © Thierry Girard</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Jusqu&#8217;au tsunami, Masako consacrait tous ses loisirs au surf. Mais depuis le 11 mars, elle n&#8217;est pas remontée sur sa planche. « La mer a été trop cruelle, et elle porte encore en elle trop de morts », me dit-elle.<br />
</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> </span></p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/11/to-004-1b-72.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1582" title="Tohoku © Thierry Girard 2011" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/11/to-004-1b-72.jpg?w=567&#038;h=447" alt="" width="567" height="447" /></a></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#808080;">Minamisoma ( 南相馬 ), 21 août 2011  © Thierry Girard</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;">À 35 km de la centrale de Fukushima&#8230;</span></p>
<p><span style="color:#808080;">La maison qui était ma mère</span></p>
<p><span style="color:#808080;">le ciel qui est mon père</span></p>
<p><span style="color:#808080;">le vent qui est mon grand frère</span></p>
<p><span style="color:#808080;">mes petits frères et petites sœurs      les oiseaux marins</span></p>
<p><span style="color:#808080;">Rendez-moi</span></p>
<p><span style="color:#808080;">ma maison</span></p>
<p><span style="color:#808080;">ma famille</span></p>
<p><span style="color:#808080;">et moi-même</span></p>
<p style="text-align:center;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/11/011-rec-72.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1629" title="Tohoku © Thierry Girard" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/11/011-rec-72.jpg?w=427&#038;h=567" alt="" width="427" height="567" /></a><br />
<span style="color:#333333;"><span style="color:#808080;">Saeki Setsuko, cimetière du Shôtoku-Ji, Sendai, 22 août 2011 © Thierry Girard<br />
</span><br />
</span></p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/11/to-011-2b-72.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1583" title="Tohoku © Thierry Girard 2011" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/11/to-011-2b-72.jpg?w=600&#038;h=504" alt="" width="600" height="504" /></a></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;">Wakabayashi-ku, Sendai (仙台市、若林区), 22 août 2011 © Thierry Girard</span></p>
<p><span style="color:#808080;">Un jour, </span></p>
<p><span style="color:#808080;">le bruit d’une balle qui roule</span></p>
<p><span style="color:#808080;">le bruit d’un bicyclette qui passe</span></p>
<p><span style="color:#808080;">le bruit des fleurs qui frémissent</span></p>
<p><span style="color:#808080;">le bruit de la vaisselle qu’on lave</span></p>
<p><span style="color:#808080;">le bruit des fenêtres qu’on ouvre</span></p>
<p><span style="color:#808080;">le bruit d’une mère qui appelle</span></p>
<p><span style="color:#808080;">les rires, les soupirs </span></p>
<p><span style="color:#808080;">le bruit des pas qui montent l’escalier</span></p>
<p><span style="color:#808080;">le bruit du saut à la corde</span></p>
<p><span style="color:#808080;">Les jours</span></p>
<p><span style="color:#808080;">qui passent en écoutant</span></p>
<p><span style="color:#808080;">les marées calmes</span></p>
<p><span style="color:#808080;">d’une mer calme</span></p>
<div></div>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"> </span></p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/11/to-014-2b.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1587" title="Tohoku © Thierry Girard 2011" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/11/to-014-2b.jpg?w=444&#038;h=567" alt="" width="444" height="567" /></a></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#808080;">Watanabe Toshikatsu, Shichigahama (七ヶ浜 ), 23 août 2011 © Thierry Girard</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;">Sur la digue, face à l&#8217;océan, devant ce qu&#8217;il reste de la maison où il est né et a grandi.<br />
</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"> </span></p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/11/to-015-1b-72.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1588" title="Tohoku © Thierry Girard 2011" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/11/to-015-1b-72.jpg?w=567&#038;h=443" alt="" width="567" height="443" /></a></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#808080;"> Shichigahama (七ヶ浜 ), 23 août 2011 © Thierry Girard</span></p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/11/to-023-1b.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1589" title="Tohoku © Thierry Girard 2011" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/11/to-023-1b.jpg?w=444&#038;h=567" alt="" width="444" height="567" /></a></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#808080;">Satô Tomoyuki et Takahashi Yasutomo, Tona, Higashi-Matsushima, 24 août 2011 © Thierry Girard</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Avec leur bateau équipé d&#8217;un sonar et d&#8217;un Gps, ils repèrent les objets gisant au fond de l&#8217;eau (filets, blocs de béton, coques d&#8217;embarcation etc.) qui peuvent empêcher une libre navigation à proximité du rivage et à l&#8217;entrée des ports.</span><br />
<span style="color:#333333;"><br />
</span></p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/11/to-034-1b-72.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1590" title="Tohoku © Thierry Girard 2011" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/11/to-034-1b-72.jpg?w=567&#038;h=443" alt="" width="567" height="443" /></a></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;">Minamisanriku ( 南三陸), 25 août 2011 © Thierry Girard</span></p>
<p><span style="color:#808080;">Nous courions toujours</span></p>
<p><span style="color:#808080;">et derrière</span></p>
<p><span style="color:#808080;">la trace de mes pas</span></p>
<p><span style="color:#808080;">tout droit</span></p>
<p><span style="color:#808080;">au fond du ciel vaste du matin </span></p>
<p><span style="color:#808080;">Nous courions toujours</span></p>
<p><span style="color:#808080;">et derrière</span></p>
<p><span style="color:#808080;">la trace de mes pas</span></p>
<p><span style="color:#808080;">au milieu du chemin du midi</span></p>
<p><span style="color:#808080;">fit une pause         et de nouveau, en avant</span></p>
<p><span style="color:#808080;">Nous courions toujours</span></p>
<p><span style="color:#808080;">au crépuscule</span></p>
<p><span style="color:#808080;">la trace de mes pas</span></p>
<p><span style="color:#808080;">immobile</span></p>
<p><span style="color:#808080;">admirait les étoiles et la lune</span></p>
<p><span style="color:#808080;">Nous courions toujours</span></p>
<p><span style="color:#808080;">derrière la lumière et la vie</span></p>
<p><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/11/to-034-2a.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1591" title="Minamisanriku  © Thierry Girard 2011" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/11/to-034-2a.jpg?w=444&#038;h=567" alt="" width="444" height="567" /></a></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#808080;">Endô Noriaki, Minamisanriku ( 南三陸), 25 août 2011 © Thierry Girard</span></p>
<p><span style="color:#333333;">Ostréïculteur, embauché par la Préfecture pour nettoyer les rizières et les alentours du port en attendant qu&#8217;il puisse reprendre son activité habituelle.<br />
</span><br />
<a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/11/to-037-2b-72.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1594" title="Minamisanriku ( 南三陸), 25 août 2011 © Thierry Girard" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/11/to-037-2b-72.jpg?w=567&#038;h=446" alt="" width="567" height="446" /></a></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#808080;">Minamisanriku ( 南三陸), 25 août 2011 © Thierry Girard</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#808080;"> </span></p>
<p><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/11/to039-2b-72.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1596" title="Tohoku © Thierry Girard 2011" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/11/to039-2b-72.jpg?w=567&#038;h=445" alt="" width="567" height="445" /></a></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#808080;">Péninsule d’Omoe, Miyako ( 宮古、重茂半島 ), 27 août 2011 © Thierry Girard<br />
</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#808080;"> </span></p>
<p><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/11/to-049-2a-72.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1595" title="Otsuchi © Thierry Girard 2011" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/11/to-049-2a-72.jpg?w=567&#038;h=453" alt="" width="567" height="453" /></a></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#808080;">Otsuchi ( 大槌 ), 28 août 2011 © Thierry Girard</span></p>
<p><span style="color:#333333;">Le maire étant décédé lors du tsunami, c&#8217;est jour d&#8217;élection municipale à Otsuchi. Chaque parti reproche aux autres de vouloir s&#8217;accaparer et détourner la &laquo;&nbsp;manne&nbsp;&raquo; de la reconstruction. Peu de monde devant la mairie dont les deux-tiers du bâtiment ont été incendiés.</span></p>
<p><span style="color:#808080;">Le vent</span></p>
<p><span style="color:#808080;">vient </span></p>
<p><span style="color:#808080;">de très loin</span></p>
<p><span style="color:#808080;">et maintenant</span></p>
<p><span style="color:#808080;">passe</span></p>
<p><span style="color:#808080;">devant nous</span></p>
<p><span style="color:#808080;">ce mystère</span></p>
<p><span style="color:#808080;">La vie</span></p>
<p><span style="color:#808080;">vient </span></p>
<p><span style="color:#808080;">de très loin</span></p>
<p><span style="color:#808080;">et maintenant</span></p>
<p><span style="color:#808080;">traverse</span></p>
<p><span style="color:#808080;">parmi nous</span></p>
<p><span style="color:#808080;">ce mystère</span></p>
<p><span style="color:#333333;"><br />
</span></p>
<p><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/11/to-063-1b-72.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1597" title="Tohoku © Thierry Girard 2011" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/11/to-063-1b-72.jpg?w=567&#038;h=445" alt="" width="567" height="445" /></a> </span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><span style="color:#808080;">Rikuzentakata, 29 aout 2011 © Thierry Girard</span></span></p>
<p><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/11/to060-2b-72.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1598" title="Tohoku © Thierry Girard 2011" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/11/to060-2b-72.jpg?w=567&#038;h=444" alt="" width="567" height="444" /></a></span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#808080;">Rikuzentakata, 29 aout 2011 © Thierry Girard</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;">À chaque marée haute, l&#8217;océan submerge la partie littorale de la ville qui s&#8217;est enfoncée de plus d&#8217;un mètre.</span></p>
<p><span style="color:#808080;">Les montagnes s’alignent</span></p>
<p><span style="color:#808080;">à l’invitation des nuages</span></p>
<p><span style="color:#808080;">les chemins continuent</span></p>
<p><span style="color:#808080;">de l’autre côté de la colline, c’est la mer</span></p>
<p><span style="color:#808080;">Moi, je fais le vent</span></p>
<p><span style="color:#808080;">un petit tour      en voyage</span></p>
<p><span style="color:#808080;">je reviens ici</span></p>
<p><span style="color:#808080;">en ce lieu qui est moi-même</span></p>
<p><span style="color:#808080;">Emportées</span></p>
<p><span style="color:#808080;">Je pense aux personnes</span></p>
<p><span style="color:#808080;">qui ne reviennent plus, devenues le vent </span></p>
<div></div>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"> </span></p>
<p><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/11/to-070-1b-72.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1622" title="Tohoku © Thierry Girard 2011" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/11/to-070-1b-72.jpg?w=567&#038;h=447" alt="" width="567" height="447" /></a></span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#808080;">Oisehama, Kesennuma, 30 août 2011 © Thierry Girard<br />
</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#808080;"> </span></p>
<p><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/11/to-067-1b-72.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1619" title="Tohoku © Thierry Girard 2011" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/11/to-067-1b-72.jpg?w=445&#038;h=567" alt="" width="445" height="567" /></a></span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#808080;">Sunawara Tomie, Kesennuma, 30 août 2011 © Thierry Girard</span></p>
<p style="text-align:left;"><span style="color:#333333;">Le bar dans lequel Sunawara Tomie travaille est monté d&#8217;un étage dans le petit immeuble où deux autres activités ont repris. Mais la clientèle se fait rare, tant que le centre déserté n&#8217;aura pas retrouvé son rythme d&#8217;antan.</span></p>
<p><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/11/to-073-1a-721.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1600" title="Tohoku © Thierry Girard 2011" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/11/to-073-1a-721.jpg?w=567&#038;h=444" alt="" width="567" height="444" /></a></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;">Péninsule de Hirota, Rikuzentakata, 31 août 2011  © Thierry Girard</span></p>
<p><span style="color:#808080;">Je ferme les yeux</span></p>
<p><span style="color:#808080;"> Sur la rétine        </span></p>
<p><span style="color:#808080;">Les arbres au bord de la mer et leurs ombres</span></p>
<p><span style="color:#808080;"> Je rouvre les yeux</span></p>
<p><span style="color:#808080;"> Là, le vent et son ombre</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><br />
</span></p>
<p><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/11/to-075-2a-72.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1601" title="Tohoku © Thierry Girard 2011" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/11/to-075-2a-72.jpg?w=567&#038;h=444" alt="" width="567" height="444" /></a></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;">Baie de Kesennuma, 31 août 2011 © Thierry Girard</span></p>
<p><span style="color:#808080;">Moi</span></p>
<p><span style="color:#808080;">Qui suis-je ?</span></p>
<p><span style="color:#808080;">Je suis </span></p>
<p><span style="color:#808080;">Demain </span></p>
<p><span style="color:#808080;">de l’autre côté de </span></p>
<p><span style="color:#808080;">la ligne de changement de date</span></p>
<p><span style="color:#808080;">Je suis l’aube</span></p>
<p><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/11/to-006-1a2.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-1636" title="Wagô © Thierry Girard 2011" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/11/to-006-1a2.jpg?w=444&#038;h=567" alt="" width="444" height="567" /><br />
</a></p>
<p><strong>Wagô Ryôichi</strong>, né en 1968 à Fukushima, est un des      poètes les plus remarqués de sa génération. Son oeuvre a été récompensée à de nombreuses reprises (prix Nakahara Chûya en 1998).</p>
<p>La série <em>Shi no reki </em>(Pierres poétiques), postée sur Twitter au lendemain de la catastrophe du 11 mars, a connu un écho considérable à travers tout le pays. S’en est suivie au mois de juin 2011 la publication de plusieurs recueils en lien avec le 11 mars dont <em>Shi no mokurei </em>(Une prosternation silencieuse et poétique) ou encore <em>Shi no kaikô </em>(Rencontres poétiques), série de poèmes inédits accompagnés d’entretiens avec les sinistrés du Tôhôku. Wagô Ryôichi continue également de participer à de nombreuses actions de soutien à la région de Fukushima comme <em>Project Fukushima!</em></p>
<p>La traduction des poèmes est due à <a href="http://www.pol-editeur.com/index.php?spec=auteur&amp;numauteur=5715">Ryôko Sekiguchi</a> qui publie elle-même en français aux éditions P.O.L. Dernier ouvrage paru, <em>Ce n&#8217;est pas un hasard</em> (2011).</p>
<p><span style="color:#993300;">L&#8217;exposition se tient dans le jardin et la galerie de l&#8217;Institut franco-japonais de Tokyo du 24 novembre au 22 décembre 2011.</span></p>
<p>© Thierry Girard et Wagô Ryôichi pour les textes</p>
<p>© Ryôko Sekiguchi pour les traductions</p>
<p>© Thierry Girard pour les photographies</p>
<br />Filed under: <a href='http://wordspics.wordpress.com/category/du-cote-des-autres/'>Du côté des autres</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/category/exposition/'>Exposition</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/category/japon/'>Japon</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/category/litterature/'>Littérature</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/category/photographie/'>Photographie</a> Tagged: <a href='http://wordspics.wordpress.com/tag/exposition/'>Exposition</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/tag/fukushima/'>Fukushima</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/tag/naoyo-hatakeyama/'>Naoyo Hatakeyama</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/tag/photographie/'>Photographie</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/tag/ryoichi-wago/'>Ryoichi Wago</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/tag/thierry-girard/'>Thierry Girard</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/tag/tohoku/'>Tohoku</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/tag/yukio-mishima/'>Yukio Mishima</a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/wordspics.wordpress.com/1570/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/wordspics.wordpress.com/1570/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/wordspics.wordpress.com/1570/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/wordspics.wordpress.com/1570/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/wordspics.wordpress.com/1570/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/wordspics.wordpress.com/1570/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/wordspics.wordpress.com/1570/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/wordspics.wordpress.com/1570/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/wordspics.wordpress.com/1570/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/wordspics.wordpress.com/1570/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/wordspics.wordpress.com/1570/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/wordspics.wordpress.com/1570/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/wordspics.wordpress.com/1570/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/wordspics.wordpress.com/1570/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=wordspics.wordpress.com&amp;blog=2367462&amp;post=1570&amp;subd=wordspics&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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			<media:title type="html">Minamisanriku  © Thierry Girard 2011</media:title>
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			<media:title type="html">Minamisanriku ( 南三陸), 25 août 2011 © Thierry Girard</media:title>
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			<media:title type="html">Tohoku © Thierry Girard 2011</media:title>
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			<media:title type="html">Otsuchi © Thierry Girard 2011</media:title>
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	</item>
		<item>
		<title>Journal du Tohoku  (Part 2—Miyagi)</title>
		<link>http://wordspics.wordpress.com/2011/10/02/journal-du-tohoku-part-2%e2%80%94miyagi/</link>
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		<pubDate>Sun, 02 Oct 2011 20:10:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>wordspics</dc:creator>
				<category><![CDATA[Daybook]]></category>
		<category><![CDATA[Japon]]></category>
		<category><![CDATA[Photographie]]></category>
		<category><![CDATA[Thierry Girard]]></category>
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		<category><![CDATA[tsunami]]></category>

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		<description><![CDATA[Suite de l’épisode précédent (Journal du Tohoku-Part 1, Fukushima). Quelques extraits de mon carnet de travail, illustrés de notes photographiques, certes partielles et parcimonieuses, prises avec mon numérique de poche (sauf les portraits), en attendant un prochain billet avec une sélection des photographies argentiques qui seront exposées à l’Institut français de Fukuoka à partir du [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=wordspics.wordpress.com&amp;blog=2367462&amp;post=1525&amp;subd=wordspics&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><strong><span style="color:#808080;">Suite de l’épisode précédent (<em><a href="http://wordspics.wordpress.com/2011/09/06/journal-du-tohoku-part-1—fukushima/">Journal du Tohoku-Part 1, Fukushima</a></em>). Quelques extraits de mon carnet de travail, illustrés de notes photographiques, certes partielles et parcimonieuses, prises avec mon numérique de poche (sauf les portraits), en attendant un prochain billet avec une sélection des photographies argentiques qui seront exposées à l’Institut français de Fukuoka à partir du 5 novembre 2011, puis à celui de Tokyo à partir du 24 novembre.</span></strong></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><strong>22 août 2011</strong></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><strong>Sendai</strong>, la grande ville du Nord (1 million d’hab.), capitale de la préfecture de Miyagi. Le cœur de la ville, situé à plusieurs kilomètres de la côte n’a pas été directement touché par le tsunami, même si, durant plusieurs jours, les coupures d’électricité et les problèmes d’approvisionnement ont pesé sur l’ensemble de la population. Par contre, la bande côtière, bien que protégée par une digue assez large et haute, a considérablement souffert. On a tous vu les images impressionnantes de l’aéroport inondé, on sait aussi qu’une grande partie de la zone industrielle a subi des dommages, parfois considérables, entraînant des incendies qui ont généré notamment la combustion et la dispersion de produits toxiques ; pollution réelle, bien que négligée dans ses effets, que nous avons brièvement sentie en pénétrant dans un hangar pourtant largement ouvert et donc fortement ventilé.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Mais cette journée commence plus au sud, vers les petits villages de riziculteurs qui forment une sorte de ceinture verte aux portes de la ville. La vague est passée par la haute digue, emportant toutes les premières maisons et éventrant les autres. Ici et là, des cimetières sens dessus-dessous, les marbres ont été jetés à terre, mais ils n’ont pas été emportés par les flots.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Dans l’un de ces petits villages, alors que j’arpente la rue principale à la recherché d’un point de vue un peu singulier, mon regard est attiré par une maison « ouverte », dont il ne reste que l’étage. Sur une marche extérieure, deux verres de Guinness posés à côté d’une bouteille en plastique remplie d’alcool, avec un serpent dedans. Offrande faite aux esprits de ceux qui sont morts. Un peu plus loin, autour d’une petite table, on a déposé des affaires, des souvenirs sauvés du désastre et de la gangue de boue. Le geste de voisins, d’amis, de la famille, du fils peut-être, dont on voit encore, accroché au-dessus d’une poutre, un diplôme sportif  ? Peu importe, mais le choix et la manière dont les objets sont déposés n’est pas anodin. Ce qui frappe surtout, c’est un album de photos, dérisoirement titré “With Delight“, et dont on a extrait intentionnellement une page montrant le mariage des époux décédés. Au pied de la table, une photographie encadrée de l’Empereur Hiro-Hito * entouré de sa famille.<br />
</span></p>
<div id="attachment_1531" class="wp-caption aligncenter" style="width: 350px"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/10/l1150143-copie.jpg"><img class="size-full wp-image-1531" title="Tohoku © Thierry Girard 2011" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/10/l1150143-copie.jpg?w=340&#038;h=510" alt="" width="340" height="510" /></a><p class="wp-caption-text">Dans les décombres, Sendai-Wakabyashi © Thierry Girard 2011</p></div>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><br />
Des voisins qui viennent récupérer des affaires dans leur propre maison nous confirment que les deux habitants de cette maison sont bien morts. Eux, prévenus par les hauts-parleurs de la mairie, sont partis à temps. Et pourquoi leurs voisins ne se sont-ils pas sauvés ? N’avaient-ils pas de voiture ? La femme était toute seule ? Son mari dans les rizières ? Nous n’osons pas poser ces questions face à un interlocuteur qui nous répond avec une certaine retenue… Nous apprenons quand même que 37 personnes de ce modeste village sont décédées, beaucoup ayant cru pouvoir se réfugier à l’étage de leur maison. Nous entendrons d’ailleurs, tout au long de ce voyage, la même antienne : trop nombreux sont ceux qui sont morts pour avoir mésestimé la hauteur de la vague et sa violence ; faute parfois aussi, comme à Kesennuma où l’électricité a été coupée juste après le tremblement de terre, d’avoir entendu la seconde annonce qui stipulait une vague de 10 mètres minimum et non plus de 6 mètres !</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#808080;">* <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Hirohito">Hirohito</a> : Ah, le bon petit grand-père à l&#8217;allure si fragile, incarnation de la nation japonaise! Une belle exposition du photographe Enari Tsuneo (né en 1936), vue au <a href="http://syabi.com/e/contents/index.html">Tokyo metropolitan museum of photography</a>, rappelle à quel point Hiro Hito et sa famille (ses frères notamment) ont été complices des dérives militaires et criminelles de l’ère Shôwa, alors que d’aucuns ont entretenu l’image d’un “pacifiste“ cerné de militaires belliqueux… L’exposition est le résultat d’un travail impressionnant mené sur plus de vingt-cinq années sur les différentes théâtres de colonisation et de guerre nippons autour du Pacifique. Une façon de rappeler aussi, dans un pays qui a toujours du mal à juger cette partie-là de son Histoire, et a un moment où les jeunes générations sont inévitablement “oublieuses“, que des millions de Japonais ont été sacrifiés pour des causes criminelles, et que des millions de Chinois, de Birmans, de Vietnamiens, d’Américains etc. en ont été également les victimes ; sans oublier pléthore de crimes contre l’Humanité (expériences médicales abominables, massacres de masse) qui valent bien parfois celles des Nazis.<br />
</span></p>
<div id="attachment_1532" class="wp-caption aligncenter" style="width: 350px"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/10/l1150145-copie.jpg"><img class="size-full wp-image-1532" title="Tohoku © Thierry Girard 2011" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/10/l1150145-copie.jpg?w=340&#038;h=510" alt="" width="340" height="510" /></a><p class="wp-caption-text">Dans les décombres, Sendai-Wakabyashi © Thierry Girard 2011</p></div>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><strong>23 août 2011</strong></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><strong>Shichigahama</strong>, au nord de Sendai. Du haut d’un promontoire qui n’a fait qu’être “léché“ par la vague, nous voyons en contrebas, non pas un champ de ruines, mais ce qui ressemblerait plutôt à un champ de fouilles. De toutes les maisons emportées et de tous les débris évacués, il ne reste que les soubassements bétonnés. À défaut d’un appareillage en pierres, on pourrait se croire à Pompei ou dans quelque autre cité antique ruinée. Un couple âgé répand de la chaux sur son “champ de fouilles” afin d’en éradiquer les mauvaises herbes. Ils aimeraient bien reconstruitre ici même, mais leur fils ne veut pas ; et ils n’en ont pas encore l’autorisation.<br />
</span></p>
<div id="attachment_1549" class="wp-caption aligncenter" style="width: 409px"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/10/006-copie2.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1559" title="Tohoku  Thierry Girard 2011" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/10/006-copie2.jpg?w=399&#038;h=510" alt="" width="399" height="510" /></a><p class="wp-caption-text">Un homme debout sur la digue, devant l&#039;emplacement de sa maison natale, Shichigahama © Thierry Girard 2011</p></div>
<p><span class="Apple-style-span" style="color:#333333;">Dans le petit port de <strong>Kiyomizu</strong>, un groupe de travailleurs bénévoles n’en finit pas de nettoyer les dernières traces du tsunami sur les fondations de maisons depuis longtemps arasées. Il y a quelque chose qui semble un peu dérisoire dans ce nettoyage au peigne fin d’endroits sur lesquels les pelleteuses ont déjà fait leur travail, comme si l’importance symbolique du geste prévalait sur l’utilité réelle de l’action. Ces groupes de travailleurs bénévoles, nous les rencontrerons régulièrement, ils sont repartis sur l’ensemble du territoire sinistré par une agence centrale qui leur affecte des zones de travail : finissage de nettoyage d’habitations, nettoyage de rizières (très utiles, pour éviter que dans trois ou cinq ans, lorsque la salinité aura en partie disparu et qu’elles seront à nouveau en état de faire pousser du riz, les paysans se heurtent sans cesse à des objets incongrus), nettoyage de petites zones portuaires etc. Ils viennent pour quelques jours, parfois juste un week-end, rassemblés par une ville, un collège, une entreprise…</span></p>
<div id="attachment_1536" class="wp-caption aligncenter" style="width: 520px"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/10/l1150183-copie.jpg"><img class="size-full wp-image-1536" title="Tohoku © Thiery Girard 2011" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/10/l1150183-copie.jpg?w=510&#038;h=383" alt="" width="510" height="383" /></a><p class="wp-caption-text">Kiyomizu, Shichigahama © Thiery Girard 2011</p></div>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> </span><span class="Apple-style-span" style="color:#333333;">Et les habitants, eux aussi, nettoient, tels ces vieux pécheurs qui régulièrement viennent débarrasser les abords de la digue des rejets de toute sorte que les courants et la marée rapportent tous les jours, tandis que dans le petit port une drague relève encore des filets, des plaques de tôle, des morceaux de béton…</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">La mer revomit tous les jours ce qu’elle a avalé d’un coup le 11 mars dernier.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><strong>24 août 2011</strong></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><strong>Matsushima</strong>, l’un des trois plus fameux sites du Japon (cf. l’article <em>Au Japon meurtri</em>) a été en grande partie épargné par l’œuvre destructrice du tsunami. Sans doute, l’orientation de la côte ainsi que le foisonnement d’îlots formant autant de barrières, y ont contribué.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Mais à <strong>Tona</strong>, dans l’une des échancrures de cette côte extrêmement découpée, la vague a été plus meurtrière. Et, au milieu des maisons délabrées, le petit cimetière aux tombes enchevétrées en est le témoignage. Là aussi, comme partout, on a déposé sur les tombes, des fleurs, des verres avec du thé ou du sake, parfois des jouets lorsqu’il s’agit d’enfants. O-bon, qui correspond à notre Fête des Morts, a eu lieu récemment…<br />
</span></p>
<div id="attachment_1537" class="wp-caption aligncenter" style="width: 520px"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/10/l1150194-copie.jpg"><img class="size-full wp-image-1537" title="Tohoku © Thierry Girard 2011" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/10/l1150194-copie.jpg?w=510&#038;h=383" alt="" width="510" height="383" /></a><p class="wp-caption-text">Cimetière de Tona, Matsushima © Thierry Girard 2011</p></div>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span class="Apple-style-span" style="color:#333333;">Un peu plus loin, près du port, nous sommes intrigués par deux jeunes hommes qui &nbsp;&raquo;jouent&nbsp;&raquo; avec un modèle réduit de bateau guidé par commande électronique. Mais ce qui semble un divertissement est en fait une activité on ne peut plus sérieuse. Leur modèle réduit est en effet équipé d’un sonar et d’un GPS qui leur permettent de détecter et d’inventorier sur une carte les éventuels gros déchets qui peuvent encore traîner à proximité des côtes et entraver la circulation des bateaux.  Une fois leur carte établie, les autorités peuvent utiliser des dragues à bon escient, en les envoyant directement sur les zones critiques, et sans avoir à perdre du temps pour fouiller.<br />
</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span class="Apple-style-span" style="color:#333333;"> </span></p>
<div id="attachment_1546" class="wp-caption aligncenter" style="width: 409px"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/10/005-copie2.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1560" title="Tohoku © Thierry Girard 2011" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/10/005-copie2.jpg?w=399&#038;h=510" alt="" width="399" height="510" /></a><p class="wp-caption-text">Les &quot;sondeurs&quot;, Tona, Matsushima © Thierry Girard 2011</p></div>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">De l’autre côté d’une presqu’île, au fond d’une crique, <strong>Okumatsushima</strong>, un village entièrement détruit dans un décor de carte postale ! Même si certaines maisons font semblant d’être encore debout, à terme tout doit disparaître. Toutes les maisons étaient en fait des auberges, des <em>minchuku</em>, et les habitants vivaient confortablement du tourisme. Nous rencontrons une mère et sa fille qui habitent désormais sur la colline, dans leur ancienne grange à outils, et qui ont posé sur la façade le panneau en bois de leur ancien <em>minshuku</em>. Cette <em>private joke </em>les fait bien rire, et elles nous assurent que tout le monde dans cette petite communauté a le moral parce que personne n’est mort dans ce village. En fait, les villageois étaient habitués à des exercices d’alerte, et comme dans toutes les auberges, ils avaient des réserves de provisions, de gaz-oil etc. Et ils ont eu un peu plus de temps que d’autres pour se préparer, la vague ayant touché d’abord la côte plus au nord à Ofunato, avant de saisir progressivement l’ensemble du littoral. Il n’empêche que eux aussi ont été surpris par la hauteur de l’eau qui, du fait de la configuration topographique, s’est enflée en pénétrant la crique et a dépassé les points de ralliement prévus en cas de tsunami. Elles nous racontent comment la vague n’en finissait pas de monter le long de la route, alors qu’ils se croyaient protégés sur les hauteurs. Ils se sont retrouvés totalement isolés, toutes les routes coupées alentour ; mais en attendant les secours, ils avaient de la nourriture et de quoi se chauffer ! Heureusement pour eux, car il s’est mis à neiger juste après le tremblement de terre…</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><strong>25 août 2011</strong></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><strong>Ishinomaki</strong>. Cette grosse ville de 160 000 habitants, port de pêche réputé (la baleine…), a beaucoup souffert. Une semaine après le tsunami, le maire de la ville recensait encore 10 000 personnes manquant à l’appel. Et aujourd’hui, sous un ciel redevenu gris et brumeux, le paysage apocalyptique nous laisse vraiment sans voix. Nous verrons d’autres villes encore plus meurtries, mais, est-ce la lumière, est-ce l’étendue de la dévastation, pour la première fois j’ai vraiment le sentiment d’être face à un paysage de guerre ? Ruines, boue noire effaçant encore l’emplacement de certaines rues, cargo jeté au bord des maisons, carcasses de voitures oubliées, digues rompues… Le travail de déblaiement qu’il reste à faire semble encore énorme ; et pourtant les gigantesques monticules de débris que l’on voit s’aligner tout le long de la digue principale disent déjà le travail accompli. Le problème, c’est qu’on ne sait plus quoi en faire. Ici et ailleurs. Dans un premier temps, solidarité et compassion obligent, 572 municipalités s’étaient proposées de recycler ces matériaux. Depuis que des analyses ont montré que certains d’entre eux pouvaient être radioactifs —pour avoir notamment dérivé dans des eaux contaminées—, plus personne n’en veut… Le recyclage devra se faire sur place.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">En contrebas de la route légèrement surélevée qui traverse toute cette partie côtière de la ville jusqu’au port principal, d’un côté, des petites entreprises et des petites industries, de l’autre les habitations des gens qui travaillaient dans ces mêmes entreprises. Rien n’a été épargné, mais beaucoup de locaux ou de maisons tiennent encore debout, et quelques personnes isolées vivent  à l’étage de leur habitation, malgré la fragilité des structures. Nous rencontrons deux bénévoles qui travaillent pour une Ong et qui arpentent les rues pour recenser ces habitants, “inconnus“ des services sociaux de la mairie, souvent trop âgés pour s’être fait connaître, et repliés sur eux-mêmes, sombrant pour beaucoup d’entre eux dans la dépression. L’Ong leur offre aussi, dans une maison qui a été retapée, un coffee-room où ils peuvent échapper à la solitude et au silence.<br />
</span></p>
<div id="attachment_1538" class="wp-caption aligncenter" style="width: 393px"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/10/l1150253-copie.jpg"><img class="size-full wp-image-1538" title="Tohoku © Thierry Girard 2011" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/10/l1150253-copie.jpg?w=383&#038;h=510" alt="" width="383" height="510" /></a><p class="wp-caption-text">Recensement, Ishinomaki © Thierry Girard 2011</p></div>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Et s’il paraît extraordinaire qu’au bout de cinq mois, les services sociaux de la ville n’aient toujours pas recensés précisément ces habitants isolés et fassent appel pour cela à des gens extérieurs, il faut considérer, à leur décharge, que les services municipaux de la plupart de ces villes gravement touchées par le tsunami ont souvent été très désorganisés, parfois tout simplement parce qu’une bonne partie du personnel a disparu (ainsi, à Minamisanriku, sur 130 personnes présentes à la mairie au moment du tsunami, 10 seulement ont survécu, dont le maire Jin Sato). Manque de personnel, manque de moyens, on ne peut pas de toute façon effacer les marques d’une telle tragédie en simplement quelques mois. La reconstruction du Tohoku, c’est comme la reconstruction d’un pays après une guerre, cela demandera des années.<br />
</span></p>
<div id="attachment_1550" class="wp-caption aligncenter" style="width: 520px"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/10/003-copie1.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1561" title="Tohoku © Thierry Girard 2011" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/10/003-copie1.jpg?w=510&#038;h=399" alt="" width="510" height="399" /></a><p class="wp-caption-text">Ishinomaki © Thierry Girard 2011</p></div>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Les Japonais ont bien reconstruit Hiroshima et Nagasaki&#8230; Sans oublier Tokyo, en partie détruite par le tremblement de terre de 1923, puis par les bombardements de 1945.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Mais la différence essentielle, c’est que les conséquences dans la durée de l’accident nucléaire de Fukushima-Daiichi, avec la présence d’une menace continue, ne vont guère générer l’installation et le développement de nouvelles industries ou de nouvelles activités dans la région. C’est évidemment la situation gravissime de la ville de Fukushima qui risque de dépérir à petits feux, mais même Sendai, à 80 km de la centrale, est concernée. Quand aux villes côtières, plus au Nord, dévastées par le tsunami, la question qui se pose, c’est : reconstruire, oui, mais où et comment ? D’où le gel actuel de toute reconstruction en de nombreux endroits en attendant que des décisions politiques soient prises. En outre, on ne peut pas reconstruire si les banques refusent d’investir et si les assurances refusent d’assurer.<br />
</span></p>
<div id="attachment_1541" class="wp-caption aligncenter" style="width: 520px"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/10/l1150260-copie.jpg"><img class="size-full wp-image-1541" title="Tohoku © Thierry Girard 2011" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/10/l1150260-copie.jpg?w=510&#038;h=383" alt="" width="510" height="383" /></a><p class="wp-caption-text">Ishinomaki © Thierry Girard 2011</p></div>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Pour les particuliers, la plupart d’entre eux qui n’ont pas d’autre terrain que celui sur lequel se trouvait leur maison, et ils n’ont pas les moyens d’en acquérir un autre —les gens touchent globalement une “compensation“ de 200 000 yens, soit 18 000 €, ce qui ne permet évidemment pas de reconstruire quoi que ce soit. Ils n’ont pas d’autre choix que de reconstruire malgré tout sur place (si on  les y autorise et s’ils le peuvent finacièrement), en prenant le risque de n’être pas assurés.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span class="Apple-style-span" style="color:#333333;">On ne peut pas non plus tout à fait reconstruire tel quel (choix des matériaux et des modes de construction) et sans une meilleure prise encompte des risques de tsunami majeur : augmentation des hauteurs de digues et circuits d’évacuation plus rapide par exemple—ainsi des centaines de gens ont été pris dans des embouteillages, abandonnant leurs voitures sur la route et courant désespérément devant la vague). Il faut aussi considérer que la récurrence d’un tel phénomène est quand même assez élevée : en 115 ans, ce sont trois tsunami d’une ampleur exceptionnelle qui ont déferlé sur cette côte.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span class="Apple-style-span" style="color:#333333;"><strong>26 août 2011</strong></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span class="Apple-style-span" style="color:#333333;"><strong>Minamisanriku</strong>. Désastre des désastres. La ville a été entièrement rasée par le tsunami. 95% de la ville a disparu. La mairie a été emportée. L’hôpital Shizugawa, dont la structure a résisté mais pas l’intérieur, a été dévasté jusqu’au quatrième étage. Une grande partie du personnel a pu se réfugier sur le toit (la vague a fait 16 m de hauteur ici !), mais 74 des 109 personnes hospitalisées n’ont pas pu être montées à temps. Béance terrible de l’entrée de l’hôpital. Comme la bouche éclatée d’une “gueule cassée”. Juste à l’entrée du hall, un autel comme on en voit un peu partout, mais qui est là à la hauteur de la tragédie. Des jouets d’enfant, petites voitures, poupées, posés sur l’autel, bien sûr…<br />
</span></p>
<div id="attachment_1542" class="wp-caption aligncenter" style="width: 393px"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/10/l1150275-copie.jpg"><img class="size-full wp-image-1542" title="Tohoku © Thierry Girard 2011" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/10/l1150275-copie.jpg?w=383&#038;h=510" alt="" width="383" height="510" /></a><p class="wp-caption-text">Hall de l&#039;hôpital Shizugawa, Minamisanriku © Thierry Girard 2011</p></div>
<p style="text-align:justify;"><span class="Apple-style-span" style="color:#333333;"> </span><span class="Apple-style-span" style="color:#333333;">Pendant que je photographie dans les étages, très récemment nettoyés (il ne reste plus rien à part un gros bateau de pêche sur la terrasse arrière du second étage !), des gens ne cessent de venir se recueillir, se prosterner… et photographier ! L’hôpital est devenu un lieu de pélerinage emblématique. Un peu plus loin sur la digue éventrée qui ne retient plus l’eau de la marée haute, une inscription “ancienne“ et dérisoire : <em>Gardons la mer propre !<br />
<span class="Apple-style-span" style="font-style:normal;"><em><br />
</em></span></em></span></p>
<div id="attachment_1563" class="wp-caption aligncenter" style="width: 409px"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/10/004-copie1.jpg"><img class="size-full wp-image-1563" title="Tohoku © Thierry Girard 2011" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/10/004-copie1.jpg?w=399&#038;h=510" alt="" width="399" height="510" /></a><p class="wp-caption-text">Ostréiculteur au chômage, employé par la Préfecture pour nettoyer le paysage dévasté, Minamisanriku © Thierry Girard 2011</p></div>
<p style="text-align:justify;"><span class="Apple-style-span" style="color:#333333;"><em><span class="Apple-style-span" style="font-style:normal;"><em><br />
© Thierry Girard 2011 pour les textes et les photographies.</em></span></em></span></p>
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		<title>Journal du Tohoku (Part 1—Fukushima)</title>
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		<pubDate>Tue, 06 Sep 2011 06:49:51 +0000</pubDate>
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		<category><![CDATA[Japon]]></category>
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		<description><![CDATA[J’ai été invité par Robert Lacombe, directeur de l’institut franco-japonais de Tokyo, à réaliser un travail photographique sur les régions sinistrées du Tohoku (la province Nord de Honshu) près de six mois après la triple catastrophe du 11 mars dernier : tremblement de terre de magnitude 9, suivi d’un tsunami géant et dévastateur, puis d’un [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=wordspics.wordpress.com&amp;blog=2367462&amp;post=1453&amp;subd=wordspics&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">J’ai été invité par Robert Lacombe, directeur de l’institut franco-japonais de Tokyo, à réaliser un travail photographique sur les régions sinistrées du Tohoku (la province Nord de Honshu) près de six mois après la triple catastrophe du 11 mars dernier : tremblement de terre de magnitude 9, suivi d’un tsunami géant et dévastateur, puis d’un accident nucléaire d’une gravité équivalente à celui de Tchernobyl, suite aux dégâts subis par la centrale de Fukushima Daiichi après le tsunami. </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><br />
Dans la mesure où l’inventaire de la dévastation et l’ampleur physique et humaine de la catastrophe ont déjà été traités par de très nombreux photographes —et l’on voit apparaître encore régulièrement, notamment pour “commémorer“ le 11 septembre prochain les six premiers mois de la tragédie, différents reportages sur l’état du paysage, sur les réfugiés et sur les victimes— il nous a semblé plus pertinent de proposer une approche un peu décalée. Sans pour autant négliger un certain nombre de vues incontournables qui disent l’extrême violence du phénomène, j’ai essayé, tant que faire se peut, de réinscrire ce paysage de la catastrophe dans une vision plus large du paysage du Japon, quitte même parfois à le photographier comme un paysage “classique“, un paysage d’estampe, un <em>Ukiyo-e</em> contemporain.<br />
</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><br />
J’ai également considéré que la récurrence d’une telle tragédie —c’est le troisième tsunami d’une telle ampleur dans cette région en un peu plus d’un siècle après ceux de 1896 et de 1933—, s’inscrivait dans la culture et la philosophie japonaises et participait de la dualité d’un paysage extrêmement raffiné et élaboré, mais sauvage et violent par ailleurs lorsque le déchaînement des éléments (tremblements de terre, tsunami, typhons) vient rompre la tranquille harmonie du Temps. J’ai essayé d’inscrire cette dualité dans mes images.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><br />
De même, s’agissant des gens, plutôt que de les considérer d’abord comme victimes —en allant par exemple photographier des réfugiés dans les gymnases ou les baraquements provisoires… qui risquent de durer—, j’ai privilégié les rencontres impromptues, in situ, sur les lieux même de la catastrophe, pour faire le portrait de gens en train de nettoyer, de reconstruire leur paysage, ou de participer à son regain, même modeste, en ayant repris leur activité “habituelle“… </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><br />
Tout en gardant une approche documentaire, j’ai choisi de faire un travail à la chambre 4&#215;5 qui génère de fait un certain recul par rapport à l’immédiateté des émotions et oblige à faire des choix précis de prises de vue, et donc signifiants, dans la mesure où le nombre d’images réalisées chaque jour est compté. Cela dit, j’ai &laquo;&nbsp;assuré“ au 6&#215;7 un certain nombre de situations photographiques dont le traitement à la chambre ne me semblait pas primordial ou délicat à réaliser, voire certains portraits pour lesquels je devais réagir plus rapidement qu’avec une chambre.<br />
</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">J’ai essayé donc de développer à la fois un propos esthétique et philosophique, mais en attendant de pouvoir montrer les “vraies“ photos, voici de longs extraits de mon carnet de voyage, illustré de quelques modestes notes photographiques prises avec mon numérique de poche. Le périple s’est effectué en compagnie d’Anne-Sophie Lenoir qui a assuré pour l’Institut toute la préparation logistique du voyage et qui m’assiste donc pour les contacts, la traduction… et le co-pilotage : nous disposons d’un recueil de cartes très précises mais entièrement en japonais —cartes qui montrent toutes les zones touchées par le tsunami, jusqu’aux plus petites criques— et d’un GPS, également en japonais, dont la douce voix de geisha électronique sera en quelque sorte le troisième personnage de cette équipée…</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><strong><br />
20 août 2011</strong></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><br />
Iwaki, ou plutôt Yotsukura, la partie portuaire de cette ville relativement importante, mais qui semble en partie désertée. Beaucoup de gens sont partis pour des raisons de sécurité et pour des raisons économiques, du fait de la baisse générale de l’activité. D’autres les ont remplacés, des “nettoyeurs“ du tsunami et des “liquidateurs“ de la centrale de Fukushima Daiichi. Nous sommes à la limite sud de la zone interdite. En fait, la zone interdite comprend deux zones : une zone strictement interdite de 20 km autour de la centrale, aucune activité, aucune habitation ; une zone comprise entre 20 et 30 km où il est possible de circuler, voire de résider… à condition de ne pas sortir de chez soi. Du coup, tout le monde ou presque est parti, à part quelques irréductibles.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><br />
Première vision des dégâts engendrés par le tsunami, mais ce que je vois là n’est rien par rapport à ce que je verrai les jours suivants, plus au Nord, dans les préfectures de Miyagi et d’Iwate. Je suis simplement frappé par l’état des voitures, broyées comme une boule de papier froissé et déchiré.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><br />
Alors que nous ne savons pas si nous devons protéger le matériel et nous protéger nous-mêmes contre « The invisible snow » * (nous ne sommes qu’à 35 km de la centrale), nous abordons deux jeunes femmes qui regardent l’océan. Elles sont vêtues normalement, shorts et T-shirts, bras et jambes nus, comme les autres personnes croisées, qui ne semblent pas s’habiller d’une manière particulière, ne serait-ce que couvrir l’ensemble du corps. Ce sont deux surfeuses. Elles ne sont pas remontées sur leurs planches depuis la tragédie. D’abord parce qu’il n’y a plus de sécurité (ça n’empêche pas d’autres surfeurs au loin d’aller chercher la vague), mais surtout parce que « la mer a été trop cruelle et qu’elle renferme encore trop de corps ». Après les avoir photographiées, la plus expansive, qui porte un T-shirt avec une tête de chef indien et qui ressemble elle-même à une indienne, nous embrasse chaleureusement (ce qui n’est pas très japonais…) et nous donne des stickers, “Pray for Fukushima“.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/09/l1150088-copie.jpg"><span style="color:#333333;"><br />
<img class="aligncenter size-medium wp-image-1454" title="Tohoku © Thierry Girard 2011" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/09/l1150088-copie.jpg?w=200&#038;h=300" alt="" width="200" height="300" /></span></a></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><br />
Par curiosité et par défi, nous décidons d’aller voir à quoi ressemble la &laquo;&nbsp;frontière“ de la zone interdite. Sur la route principale, au loin, les gyrophares rouges des voitures de police. Je prends une route adjacente qui descend vers l’océan. Sans transition, on passe de maisons qui ont l’air encore habitées à des maisons vides, même s’il reste parfois des voitures garées à l’extérieur. Au bout de la route, une digue. À peine le temps de s’arrêter qu’une voiture de police stoppe derrière nous. Premier contrôle de papiers. « Qu’est-ce que vous faites-là? Vous êtes dans la zone interdite ! ». « On s’est perdu, on ne pensait pas être dans la zone interdite ». « Ça nous arrive à nous aussi de nous perdre, on n’est pas d’ici non plus ! » répondent-ils en souriant. « Vous avez le droit de circuler jusqu’à 20 km, uniquement sur les routes principales, pas les routes secondaires ». En fait, leur mission est de surveiller ces routes secondaires pour prévenir les éventuels pillages contre les maisons abandonnées. Nous sommes certes au Japon, mais il y en a eu malgré tout quelques-uns… Le risque étant aussi d’emporter et de faire circuler des objets radioactifs —même si récemment des bus ont été affrétés pour ramener des habitants dans la zone des 20 km, juste le temps de récupérer quelques objets “affectifs“ (albums de photos, papiers personnels etc.). Les deux jeunes policiers sont en bras de chemise. Je leur demande s’ils ne craignent pas pour leur santé, l’un d’eux étend les bras en éclatant de rire et en m’assurant qu’il n’y a que 0,3 mSv/h dans l’atmosphère, soit juste trois fois le taux normal… Bel optimisme…</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">* <em>The invisible snow</em>, c’est ainsi que Koyu Abe, un moine bouddhiste de la région de Fukushima, nomme les retombées radioactives. Il s’est fait connaître en prônant une culture intensive de tournesols et d’autres plantes censées absorber plus rapidement le césium. Lire <a href="http://blogs.reuters.com/photo/2011/08/19/invisible-snow/">ici</a> l’article de Reuters.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><strong><br />
21 août 2011<br />
</strong></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><br />
Nous quittons Fukushima avec le poète Ryoichi Wago qui est devenu célèbre par l’envoi sur Twitter (@wago2828) de poèmes de colère suite à l’explosion des réacteurs de la centrale. Hier soir, dans un restaurant extrêmement raffiné où il nous a invité, il nous a raconté comment les tweets d’un homme qui se sentait prisonnier dans sa ville et menacé dans sa vie ont rapidement atteint une audience considérable à travers le Japon. Il en est aujourd’hui à 18000 abonnés et vient surtout de publier deux recueils de poèmes, le premier écrit dans le vif de la peur et de la menace, le second avec un peu plus de recul et de sérénité, ce qui lui confère une écriture un peu plus élaborée. Robert Lacombe nous a fait nous rencontrer en espérant que nous puissions collaborer . La discussion autour de mets précieux a été très belle et Anne-Sophie a assuré avec talent et abnégation une traduction qui n’était pas toujours facile parce qu’il ne s’agissait pas simplement d’une conversation ordinaire.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Sur la route qui mène à Minamisoma, nous traversons une bourgade, Iitate, qui me semble déserte. Je m’arrête sur le parking d’un magasin qui vendait le célèbre boeuf d’Iitate. On a mis la clef sous la porte. Wago, qui nous précédait, a fait demi-tour et nous rejoint. Il nous explique qu’en fait, Iitate et quelques autres communes, bien qu’étant hors de la zone interdite, ont été rapidement vidées de leurs habitants (le 11 avril pour Iitate), parce qu’on y a constaté des taux de radioactivité extrêmement élevés, dus à la topographie. Les petites montagnes qui entourent ces communes ont accroché le nuage radioactif du 15 mars qui s’est orienté vers le nord-ouest sur une soixantaine de kilomètres de profondeur, donc bien au-delà de la zone interdite. Le taux de radiation a atteint 44,7 microsievert/h et récemment encore, dans certains endroits de la forêt, on a mesuré des taux de 20 microsievert/h ! Wago nous emmène sur la place de la mairie qui fut autrefois le coeur de cette petite ville paisible: à côté d’un groupe de<em> gizo</em>, un compteur Geiger affiche en gros chiffres rouges la mesure instantanée de la radioactivité dans l’air à 1 m du sol. 2,9 microsievert/h, soit trente fois le taux normal… On va pas s’attarder ! La mairie est pourtant ouverte, le perron est fleuri, comme s’il y avait une sorte de “veille“, comme si on ne voulait pas se résigner à l’impensable, devoir tout abandonner… Au profit peut-être des trois loubards et de la loubarde qui se carapatent vite fait dans leur petite voiture à notre arrivée, refusant de répondre à nos questions…</span></p>
<div id="attachment_1521" class="wp-caption aligncenter" style="width: 610px"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/09/c2a9thierrygirard.jpg"><img class="size-full wp-image-1521" title="Minamisoma © Thierry Girard 2011" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/09/c2a9thierrygirard.jpg?w=600&#038;h=468" alt="" width="600" height="468" /></a><p class="wp-caption-text">Minamisoma, préfecture de Fukushima © Thierry Girard 2011</p></div>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><br />
Une équipe de la télévision de la préfecture de Fukushima nous attend à Minamisoma. Wago l’a invitée à nous rejoindre. Il a choisi comme “terrain“ un ensemble de rizières sur lesquelles est encore disséminée toute une volée de bateaux de pêche, de toutes tailles. Petit moment de doute, ce n’est pas ce que j’attendais, mais je repère immédiatement une situation qui va me permettre d’expliciter mon projet photographique : je leur dis que je ne suis pas là pour photographier frontalement et inventorier des carcasses de bateaux brisées et retournées, mais que je préfère intégrer ces épaves dans un paysage traditionnel, comme un élément parmi d’autres. De fait, je cadre à la chambre une belle stèle noire sur un monticule d’herbes jaunies, presque flambantes ; à l’arrière-plan, des poteaux électriques ; en bas, du goudron un peu mangé ; à droite, un arbre ; à gauche, deux épaves… Un paysage évidemment faussement tranquille et terriblement ambiguë. Les « Oh! » et les « Ah! » du cameraman qui soudain vient d’avoir une révélation et qui se met à filmer mon paysage sur le dépoli de la chambre (aux dernières nouvelles, cette photographie sera intégrée dans le film documentaire qui sera projeté le 11 septembre sur cette chaine de télévision!). Petites interviews croisées, Wago, moi, et nous nous quittons sous la pluie qui redouble.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/09/l1150106-copie1.jpg"><br />
<img class="aligncenter size-full wp-image-1468" title="Tohoku © Thierry Girard 2011" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/09/l1150106-copie1.jpg?w=510&#038;h=383" alt="" width="510" height="383" /></a></p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/09/l1150109-copie1.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1469" title="Tohoku © Thierry Girard 2011" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/09/l1150109-copie1.jpg?w=510&#038;h=383" alt="" width="510" height="383" /></a></p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/09/l1150113-copie1.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1470" title="Tohoku © Thierry Girard 2011" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/09/l1150113-copie1.jpg?w=383&#038;h=510" alt="" width="383" height="510" /></a></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#808080;">Ryoichi Wago et son petit carnet noir sur lequel il note ses poèmes “instantanés“. Photos du haut : R.W., Anne-Sophie Lenoir, Syunia Sato (cameraman), Wakana Kasagi (journaliste). © Thierry Girard 2011.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">La côte et la digue qui était censée protéger les rizières et la ville sont à moins de deux minutes en voiture. Paysage arasé. Tout a été emporté, tout a été nettoyé, à part une bicoque éventrée que les pelleteuses ont peut-être oubliée parce qu’elle est déjà dans la zone des 30 km. On vérifie sur la carte, on est bien sur la limite, mais la journaliste qui avait sur elle un compteur nous a rassurés : on ne dépasse pas ici le taux normal. En fait, les nuages de vapeur radioactive sont allés dans un premier temps vers la mer, puis dans un second temps que j’évoquais précédemment vers l’intérieur des terres —épargnant relativement des villes côtières plus proches— jusqu’aux limites de la ville de Fukushima, d’où les évidentes menaces sur la santé des enfants de cette ville de 300 000 habitants (et presque 30 000 de moins aujourd’hui) à cause du fort taux de césium 137 relevé en certains endroits. L’Agence de sécurité nucléaire américaine avait d’ailleurs recommandé que Fukushima (<em>l’île de la Bonne Fortune</em> en japonais) soit évacuée…</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><br />
Découverte aussi du tourisme de la catastrophe : un jeune couple sous un parapluie se promène sur la digue défoncée. Au loin, dans la zone des 30 km, une centrale thermique qui surgit de manière fantomatique dans la brume… Alentour, des chapes de béton, nues, tout ce qu’il reste des maisons. Les deux jeunes amoureux sont en vacances, tenue estivale, ils viennent de Tokyo, ils sont venus pour voir… De temps en temps, une autre voiture s’arrête, les passagers descendent, prennent des photos et repartent. Outre les cars de bénévoles qui viennent (souvent pour deux ou trois jours) nettoyer un coin du désastre, nous verrons régulièrement des voitures et des cars de “touristes“ s’arrêter dans les lieux les plus emblématiques. </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><br />
On essaye de longer la digue sur une route qui a perdu une grande partie de son revêtement et qui est parfois même impraticable, nous obligeant à faire demi-tour. Jusqu’à une zone normalement interdite à la circulation (mais c’est samedi), parce que réservée à la noria de camions et de pelleteuses qui viennent grossir les impressionnants terrils de débris dont on a vu maintes fois les images. Même sous la pluie, l’odeur de poussière dont on nous avait parlé est prégnante, tenace. Nous sortons nos masques. J’ai repéré un cadre posé volontairement au pied d&#8217;un de ces terrils, l’image d’un samouraï connu dans la région pour ses actions héroïques, Don Quichotte dérisoire…</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> <a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/09/l1150127-copie2.jpg"><br />
<img class="aligncenter size-full wp-image-1467" title="Tohoku © Thierry Girard 2011" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/09/l1150127-copie2.jpg?w=383&#038;h=510" alt="" width="383" height="510" /></a></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><br />
</span><br />
<span style="color:#333333;">Anne-Sophie a vu un cartable rouge sur un petit amas d&#8217;objets sauvés des montagnes de débris. Nous nous approchons. Le cartable brille, il est juste trempé de pluie, pas de boue, il ne semble même pas abîmé comme s’il avait été lui aussi rapporté après. Dessus, des petites breloques accrochées, comme en ont toutes les petites écolières japonaises. J’ouvre la cartable. Dedans, un devoir. La petite Mika Suzuki, sans doute âgée de six ans, a eu 20/20 à son devoir de <em>kanji</em>. Je remets la feuille mouillée avec précaution à l’intérieur du sac que je referme sans bruit. Nous sommes un peu émus.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/09/l1150125-copie2.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1466" title="Tohoku © Thierry Girard 2011" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/09/l1150125-copie2.jpg?w=510&#038;h=383" alt="" width="510" height="383" /></a></p>
<p><span style="color:#993300;"><br />
Un site incontournable pour ceux qui veulent suivre l&#8217;actualité liée aux conséquences du tsunami et de l&#8217;accident nucléaire :  <span style="color:#993300;"><a href="http://www.scoop.it/t/tsunami-japon">Japon, séisme, tsunami &amp; conséquences.</a></span></span></p>
<p><span style="color:#993300;">Rappel de l&#8217;article précédent sur le Japon : <a href="http://wp.me/p9VSS-lp">Au Japon meurtri</a></span></p>
<p><span style="color:#993300;">Texte et photographies © Thierry Girard 2011</span></p>
<br />Filed under: <a href='http://wordspics.wordpress.com/category/daybook/'>Daybook</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/category/japon/'>Japon</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/category/photographie/'>Photographie</a> Tagged: <a href='http://wordspics.wordpress.com/tag/fukushima/'>Fukushima</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/tag/japon/'>Japon</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/tag/photographie/'>Photographie</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/tag/ryoichi-wago/'>Ryoichi Wago</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/tag/thierry-girard/'>Thierry Girard</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/tag/tohoku/'>Tohoku</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/tag/tsunami/'>tsunami</a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/wordspics.wordpress.com/1453/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/wordspics.wordpress.com/1453/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/wordspics.wordpress.com/1453/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/wordspics.wordpress.com/1453/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/wordspics.wordpress.com/1453/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/wordspics.wordpress.com/1453/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/wordspics.wordpress.com/1453/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/wordspics.wordpress.com/1453/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/wordspics.wordpress.com/1453/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/wordspics.wordpress.com/1453/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/wordspics.wordpress.com/1453/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/wordspics.wordpress.com/1453/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/wordspics.wordpress.com/1453/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/wordspics.wordpress.com/1453/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=wordspics.wordpress.com&amp;blog=2367462&amp;post=1453&amp;subd=wordspics&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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			<media:title type="html">Tohoku © Thierry Girard 2011</media:title>
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		<title>Grand Format saison 2011—1</title>
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		<pubDate>Thu, 18 Aug 2011 15:59:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>wordspics</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Alors que je viens de déposer, pour une petite remise en état, ma chambre folding 4&#215;5 chez Wista (un atelier modeste dans un quartier à l’écart du centre animé de Tokyo), il me plaît de revenir sur quelques séries d’images réalisées à la chambre depuis le début de l’année. Avant de repartir avec mon matériel [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=wordspics.wordpress.com&amp;blog=2367462&amp;post=1413&amp;subd=wordspics&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Alors que je viens de déposer, pour une petite remise en état, ma chambre folding 4&#215;5 chez Wista (un atelier modeste dans un quartier à l’écart du centre animé de Tokyo), il me plaît de revenir sur quelques séries d’images réalisées à la chambre depuis le début de l’année. Avant de repartir avec mon matériel remis à neuf sur les routes du Tohoku, au Nord du Japon.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><strong>Janvier &#8211; février 2011</strong></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Second voyage en Inde. J’amène cette fois-ci la chambre pour accompagner mon Mamiya 7 qui reste cependant mon principal outil sur ce projet. Mais je vais surtout l’utiliser pour une série de photographies faites à Pondichéry, dans la ville indienne, en prenant le temps de la déambulation lente d’un quartier à l’autre (Rappel du voyage précédent dans <em><a href="http://wordspics.wordpress.com/2010/06/22/premiere-chronique-indienne/">Première chronique indienne</a></em>).</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><strong><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/08/in136-2b011-copie.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1415" title="IN136-2B©Thierry Girard 2011" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/08/in136-2b011-copie.jpg?w=450&#038;h=567" alt="" width="450" height="567" /></a></strong></span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><span style="color:#808080;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/08/in210-2a033.jpg">Chennai, Tamil Nadu ©Thierry Girard 2011</a></span></span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><strong> <a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/08/in158-1b021.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1416" title="IN158-1B©Thierry Girard 2011" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/08/in158-1b021.jpg?w=567&#038;h=448" alt="" width="567" height="448" /></a></strong></span></p>
<p style="text-align:center;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/08/in210-2a033.jpg">Pondichery ©Thierry Girard 2011</a></p>
<p style="text-align:center;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/08/in210-2a033.jpg"> <img class="aligncenter size-full wp-image-1417" title="IN210-2A©Thierry Girard 2011" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/08/in210-2a033.jpg?w=567&#038;h=448" alt="" width="567" height="448" /></a></p>
<p style="text-align:center;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/08/in210-2a033.jpg">Pondichery ©Thierry Girard 2011</a></p>
<p style="text-align:center;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/08/in170-1b025.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1418" title="IN170-1B©Thierry Girard 2011" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/08/in170-1b025.jpg?w=567&#038;h=449" alt="" width="567" height="449" /></a></p>
<p style="text-align:center;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/08/in210-2a033.jpg">Pondichery ©Thierry Girard 2011</a></p>
<p style="text-align:center;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/08/in200-1a030.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1419" title="IN200-1A©Thierry Girard 2011" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/08/in200-1a030.jpg?w=567&#038;h=449" alt="" width="567" height="449" /></a></p>
<p style="text-align:center;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/08/in210-2a033.jpg">Pondichery ©Thierry Girard 2011</a></p>
<p style="text-align:center;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/08/in156-1a016-copie.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1420" title="IN156-1A©Thierry Girard 2011" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/08/in156-1a016-copie.jpg?w=451&#038;h=567" alt="" width="451" height="567" /></a></p>
<p style="text-align:center;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/08/in210-2a033.jpg">Pondichery ©Thierry Girard 2011 </a></p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Mars &#8211; avril 2011</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Au retour d’Inde, il y a eu une nouvelle série de photos pour l’Observatoire, mais je ferai un point plus complet sur ces deux dernières années de travail dans les Vosges du Nord après la mission de l’automne prochain. Par contre, j’ai repris également la route de Clermont-Ferrand, et tout en mettant en œuvre le projet lié à ma résidence d’artiste (cf. <em><a href="http://wp.me/pyJ6V-5J">les Lieux de l’affect</a></em>), j’ai entrepris de “repérer“ à la chambre cette ville très intéressante, tant dans sa configuration que dans l’imbrication et la diversité de ses paysages. Tout en pensant éventuellement à un projet ultérieur, je n’ai malheureusement pas eu le temps de faire autant d’images que je le souhaitais, pris par le travail spécifique de la résidence, mais suffisamment tout de même pour être convaincu des potentialités photographiques de cette ville.</p>
<p style="text-align:center;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/08/cf002-1b328.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1423" title="CF002-1B©Thierry Girard 2011" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/08/cf002-1b328.jpg?w=567&#038;h=450" alt="" width="567" height="450" /><br />
Clermont-Ferrand ©Thierry Girard 2011</a></p>
<p style="text-align:center;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/08/cf022-1a368.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1424" title="CF022-1A©Thierry Girard 2011" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/08/cf022-1a368.jpg?w=567&#038;h=447" alt="" width="567" height="447" /></a><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/08/in210-2a033.jpg"><br />
Clermont-Ferrand ©Thierry Girard 2011</a></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><strong><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/08/cf022-2b371.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1425" title="CF022-2B©Thierry Girard 2011" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/08/cf022-2b371.jpg?w=567&#038;h=448" alt="" width="567" height="448" /></a></strong><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/08/cf022-2b371.jpg"><br />
Clermont-Ferrand ©Thierry Girard 2011</a><strong></strong></span></p>
<p style="text-align:center;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/08/cf021-1b361.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1426" title="CF021-1B©Thierry Girard 2011" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/08/cf021-1b361.jpg?w=567&#038;h=447" alt="" width="567" height="447" /></a><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/08/in210-2a033.jpg"><br />
Clermont-Ferrand ©Thierry Girard 2011</a></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><strong><br />
Juin 2011</strong></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Après des premiers repérages en mai (à la chambre toujours) pour une commande photographique sur les vallées du Thouarsais (dans les Deux-Sèvres), travail qui s’est poursuivi en juillet et qui sera surtout développé en septembre (j’en reparlerai donc plus tard) ; et avant d’amorcer en juillet mon projet sur la Voie domitienne dans le cadre de la mission photographique 2011, un projet collectif sur le territoire français dont les premiers travaux commencent à sortir des limbes, j’ai fait une halte de quelques jours dans la &laquo;&nbsp;charmante“ ville de Kaunas en Lituanie pour répondre à une commande de <a href="http://www.diaphane.org/">Diaphane</a> qui s’inscrit dans leur projet Destination Europe. À ce jour, deux bonnes dizaines de photographes ont été envoyés dans autant de villes d’Europe desservies par la compagnie Ryanair depuis l’aéroport de Beauvais. Chacun a droit à une poignée de jours (entre trois et cinq) pour ramener une poignée de photos. Challenge plus facile à relever avec un appareil numérique qu’avec une chambre, mais… En fait, j’ai fait des scènes de rue et des portraits au 6&#215;7 et j’ai consacré trois boites de plans-films à quelques “durs“ paysages urbains. J’ai choisi cette destination parce qu’elle me semblait particulièrement improbable dans le catalogue des destinations rêvées, et parce que je voulais mesurer ce qu’il restait de “pesanteur“ soviétique dans le paysage et les visages…<br />
</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><br />
</span><span style="color:#333333;"> <a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/08/ka002-1a0452.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1430" title="KA002-1A©Thierry Girard 2011" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/08/ka002-1a0452.jpg?w=567&#038;h=449" alt="" width="567" height="449" /></a></span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/08/ka002-1a0452.jpg">Kaunas, Lituanie © Thierry Girard 2011</a></span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/08/ka006-2b0541.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1432" title="KA006-2B©Thierry Girard 2011" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/08/ka006-2b0541.jpg?w=567&#038;h=452" alt="" width="567" height="452" /></a></span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/08/ka002-1a0452.jpg">Kaunas, Lituanie © Thierry Girard 2011</a></span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/08/ka014-1b050.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1433" title="KA014-1B©Thierry Girard 2011" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/08/ka014-1b050.jpg?w=567&#038;h=707" alt="" width="567" height="707" /></a><br />
<a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/08/ka002-1a0452.jpg">Kaunas, Lituanie © Thierry Girard 2011<br />
</a></span></p>
<p style="text-align:center;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/08/ka015-1b0552.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1446" title="KA015-1BKaunas, Lituanie © Thierry Girard 2011" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/08/ka015-1b0552.jpg?w=567&#038;h=440" alt="" width="567" height="440" /><br />
</a><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/08/ka002-1a0452.jpg">Kaunas, Lituanie © Thierry Girard 2011</a></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/08/ka006-2a0531.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1444" title="KA006-2AKaunas, Lituanie © Thierry Girard 2011" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/08/ka006-2a0531.jpg?w=567&#038;h=449" alt="" width="567" height="449" /></a><br />
<a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/08/ka002-1a0452.jpg">Kaunas, Lituanie © Thierry Girard 2011</a></span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><br />
<strong><span style="color:#993300;">© Thierry Girard  2011 pour les textes et les photographies </span></strong></span></p>
<br />Filed under: <a href='http://wordspics.wordpress.com/category/daybook/'>Daybook</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/category/deja/'>Déjà</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/category/inde/'>Inde</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/category/photographie/'>Photographie</a> Tagged: <a href='http://wordspics.wordpress.com/tag/chambre-photographique/'>Chambre photographique</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/tag/clermont-ferrand/'>Clermont-Ferrand</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/tag/inde/'>Inde</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/tag/kaunas/'>Kaunas</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/tag/paysages/'>paysages</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/tag/photographie/'>Photographie</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/tag/pondichery/'>Pondichéry</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/tag/thierry-girard/'>Thierry Girard</a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/wordspics.wordpress.com/1413/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/wordspics.wordpress.com/1413/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/wordspics.wordpress.com/1413/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/wordspics.wordpress.com/1413/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/wordspics.wordpress.com/1413/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/wordspics.wordpress.com/1413/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/wordspics.wordpress.com/1413/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/wordspics.wordpress.com/1413/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/wordspics.wordpress.com/1413/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/wordspics.wordpress.com/1413/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/wordspics.wordpress.com/1413/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/wordspics.wordpress.com/1413/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/wordspics.wordpress.com/1413/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/wordspics.wordpress.com/1413/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=wordspics.wordpress.com&amp;blog=2367462&amp;post=1413&amp;subd=wordspics&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>Arles 2011 : et à partir de maintenant, qu&#8217;est-ce qu&#8217;on fait ?</title>
		<link>http://wordspics.wordpress.com/2011/08/16/arles-2011-et-a-partir-de-maintenant-quest-ce-quon-fait/</link>
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		<pubDate>Tue, 16 Aug 2011 11:54:41 +0000</pubDate>
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		<category><![CDATA[From Here On]]></category>
		<category><![CDATA[Manifeste]]></category>
		<category><![CDATA[Rencontres internationales de la photographie]]></category>

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		<description><![CDATA[Bah, on continue ! On continue l’argentique, le protocole de prises de vue à la chambre grand format, la photographie d’auteur, mais… Mais on regarde aussi ce qui se passe ailleurs dans les flux et reflux des pratiques diverses et l’abîme insondable de tout ce qui se produit quotidiennement. Que répondre d&#8217;autre, dans un premier [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=wordspics.wordpress.com&amp;blog=2367462&amp;post=1395&amp;subd=wordspics&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Bah, on continue ! On continue l’argentique, le protocole de prises de vue à la chambre grand format, la photographie d’auteur, mais… Mais on regarde aussi ce qui se passe ailleurs dans les flux et reflux des pratiques diverses et l’abîme insondable de tout ce qui se produit quotidiennement. Que répondre d&#8217;autre, dans un premier temps, au manifeste <em>From Here On </em>qui est l&#8217;objet central de l&#8217;intérêt et des polémiques de cette édition 2011 des Rencontres ? </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><a href="http://www.rencontres-arles.com/A11/C.aspx?VP3=CMS3&amp;VF=ARL_3_VForm&amp;FRM=Frame:ARL_76">Le texte de ce manifeste</a>, écrit par Clément Chéroux et co-signé par les quatre autres commissaires de l&#8217;exposition (Joan Fontcuberta, Erik Kessel, Martin Parr et Joakim Schmid), est, au-delà de la métaphore aurifère (il est sous-titré de manière sans doute provocante  <em>L&#8217;Or du temps</em>) particulièrement explicite et pertinent. Avec le web, les réseaux sociaux, Flickr , Google street view et l’Internationale Big Brother des caméras de surveillance, etc., le robinet à images est largement ouvert et rien ne semble devoir arrêter ce flot continu et la production d&#8217;images en tout genres qui en est la manne. Le web est une poubelle abyssale, avec certes de l&#8217;or, mais aussi pas mal d&#8217;immondices ; plus besoin d&#8217;aller fouiller les vraies poubelles, de faire les brocantes, de collectionner les journaux ou les magazines les plus improbables, d&#8217;ouvrir la malle du grand-père ou d&#8217;aller voler l&#8217;album de photos de famille des voisins ou des cousins. Les méthodes &laquo;&nbsp;anciennes&nbsp;&raquo; des Richard Prince, Gerhard Richter ou Hans-Peter Feldmann sont le Moyen-Age de l&#8217;appropriation des images des autres. Certes, cette question de l&#8217;appropriation par des artistes d&#8217;images modestes, banales et vernaculaires, produites anonymement ou non, est loin d&#8217;être nouvelle. On pourrait en faire une histoire parallèle de l&#8217;Art, avec évidemment cette Révolution copernicienne que furent les <em>ready-made </em>de Duchamp, appropriation non pas seulement d&#8217;images, mais d&#8217;objets. Quand au robinet du web, il a déjà été utilisé par quelques artistes dignes de ce nom : Thomas Ruff par exemple, qui, après avoir réutilisé des images de journaux dans les années 90 (<em>Zeitungsfotos</em>), a puisé sur le web sa série d&#8217;images pornographiques (<em>Nudes, </em>2003) puis ses <em>Jpegs </em>ou ses<em> Substrats series</em>, tirées pour ces dernières des manga et des films animés japonais. Il faut citer aussi bien sûr <a href="http://www.photomichaelwolf.com/intro/index.html">Michael Wolf</a> qui a ouvert la porte artistique de Google street view avec ses différentes séries <em>Street view </em>qui ont fait le tour du monde des musées et des galeries d&#8217;art contemporain, porte dans laquelle se sont engouffrés nombre de &laquo;&nbsp;suiveurs&nbsp;&raquo;, deux d&#8217;entre eux, <a href="http://jonrafman.com/">Jon Rafman</a> (né au Canada en 1981) et <a href="http://www.americansuburb.com/">Doug Rickard</a> (né aux USA en 1968) étant d&#8217;ailleurs exposés à Arles dans <em>From here on</em>, avec des points de vue artistiques plutôt intéressants, notamment pour le second qui se réclame de la photographie documentaire américaine des années soixante-soixante-dix. </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Ce qu&#8217;on peut cependant reprocher au manifeste, ce n&#8217;est évidemment pas la pertinence de son <em>statement</em>, mais c&#8217;est de laisser croire à travers les choix proposés dans l&#8217;exposition que nous sommes en face de pionniers, de défricheurs du champ encore vierge du web, alors qu&#8217;il ne l&#8217;est plus déjà tout à fait et qu’il n’a même pas attendu les artistes pour être l’objet de tous les prurits possibles de la collectionnite aigüe, ne serait-ce qu’à travers les couches et sous-couches des images pornographiques dont la rareté faisait autrefois le sel et qui &laquo;&nbsp;occupent&nbsp;&raquo; aujourd’hui une bonne part du transit d’images sur le réseau. Il y a d’ailleurs dans l’exposition-manifeste <em>From Here On </em>l’inévitable série sexe avec la collection de bites en érection de <a href="http://www.jpekker.nl/?tag=frank-schallmaier">Frank Schallmaier</a>, par ailleurs rédacteur photo dans un journal hollandais. Le texte de présentation est sans doute au deuxième ou au troisième degré, encore que, allez savoir ! Je cite : « En nous proposant de visionner des centaines de verges, il nous confronte à nos désirs et nos angoisses personnels vis à vis de cet objet tant apprécié » (sic).<br />
</span><span class="Apple-style-span" style="color:#333333;">On imagine bien que l’on peut décliner ainsi tous les fantasmes et tous les fétichismes possibles, y compris les plus “interdits“. Mais les c<em>asts </em>de pénis d’artistes, de rockers et d’autres que faisait la <em>Factory</em> en son temps, c’était somme toute plus rigolo.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Pour le reste, l’exposition est un supermarché de produits à bas prix dont on peut remplir son panier le temps d’un amusement, et de quelques autres dont l’intrinsèque valeur artistique est déjà plus affirmée. Je ne vais pas en faire ici la liste (trop longue) et encore moins la critique systématique, disons que cela va d’une chatte à trois pattes qui s’appelle Nancy Bean —comme Mr Bean— et qui photographie à l’insu de son plein gré ses dérives urbaines (c’est du situationnisme radical ! « Authentiquement naïf » nous précise &laquo;&nbsp;naïvement“ le texte de présentation), jusqu’au travail plus classiquement photographique de Hans Aarsman (né en 1951, donc déjà d’une autre génération) qui à travers sa série <em>Photography against consumerism </em>nous propose les objets qu’il convoite, ceux qu’il se résoud parfois à acheter et ceux dont il entend se débarrasser.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Il y a des choses amusantes (et effrayantes) comme la collection du Suisse <a href="http://www.kurtcaviezel.ch/default.htm">Kurt Caviezel</a> qui recherche des images de webcams dispersées à travers le monde sur lesquelles apparaissent des insectes (pouah, les grosses araignées !) ou des queues d’oiseau ; des choses plus attendues comme les images de propagande de Kim Jong-Il (Marco Bohr, Allemagne, 1978) ; des choses plus conceptuelles et plus riches de potentialités comme le travail de <a href="http://mishka.lockandhenner.com/blog/">Mishka Henner </a>(Grande-Bretagne, 1976), notamment avec sa série <em>Dutch Landscapes</em> —Mishka Henner qui utilise également Google Street View, voir <em>No man&#8217;s land</em> son dernier livre—; ou des choses totalement absconses comme la série de l’Irlandais Mocksim qui a « exploré » la base de données des contraventions de la ville de Brighton qui répertorie les photographies des voitures en infraction ! Totalement indispensable <img src='http://s0.wp.com/wp-includes/images/smilies/icon_smile.gif' alt=':-)' class='wp-smiley' /><br />
</span><span class="Apple-style-span" style="color:#333333;"><a href="http://www.penelopeumbrico.net/">Penelope Umbrico</a> (États-Unis, 1957), qui a déjà une œuvre conséquente derrière elle (elle était également proposée par l’un des commissaires du Prix Découverte), nous propose un mur entier de couchers de soleils piqués dans Flickr. Comme dit le texte de présentation jamais à court d’humour : « Cela nous fait réfléchir aux images qui manquent ». Certes…</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/08/arles-2011-2c2a9thg.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-1405" title="Arles 2011-2©ThG" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/08/arles-2011-2c2a9thg.jpg?w=168&#038;h=300" alt="" width="168" height="300" /></a></span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;">Une œuvre de <a href="http://jennyodell.com/">Jenny Odell</a> devant la tour de<em> Flickr sunsets</em> de Penelope Umbrico<br />
</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/08/arles-2011c2a9thg.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-1406" title="Arles 2011©ThG" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/08/arles-2011c2a9thg.jpg?w=168&#038;h=300" alt="" width="168" height="300" /></a></span></p>
<p style="text-align:center;"><span class="Apple-style-span" style="color:#333333;">Une œuvre (détail) de Corinne Vionnet dans l&#8217;exposition <em>From Here On</em></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Un beau travail de la Suissesse <a href="http://www.corinnevionnet.com/">Corinne Vionnet</a> (née en 1969) qui accumule et superpose les clichés amateurs de lieux emblématiques (Tour Eiffel, place Tian An-Men), tous pris à l’identique, pour en faire une sorte d’image palimpseste qui trouve enfin son épaisseur. </span><span class="Apple-style-span" style="color:#333333;"><a href="http://www.thomasmailaender.com/">Thomas Mailaender</a> (né en 1979), le seul Français présent —à croire que nous ne sommes pas assez <em>geeks</em> et que nous avons déjà un bon temps de retard sur les artistes <em>web addicted</em>  ; ou à moins qu’il ne s’agisse là que d’une question de commissariat—, est une sorte de clone de Pierrick Sorin qui manifeste son humour de mauvais goût (mais peut-être salutaire) à travers différents dispositifs (<em>Chicken Museum, Handicraft, Extreme Tourism</em>) dont l’esprit Dada ne nous pas échappé.<br />
On peut citer également le travail de <a href="http://joshpoehlein.com/">Josh Poelhein</a> qui revisite (fort bien), à la manière des <em>Jpegs</em> de Thomas Ruff, les événements de l&#8217;histoire contemporaine ; <a href="http://www.pavelmaria.com/exhibnews.html">Pavel Maria Smejkal</a>, un artiste slovaque qui occulte  le sujet principal de photographies très connues (l&#8217;homme seul devant le char lors de la répression place Tian An-Men en 1989 par exemple) pour n&#8217;en laisser que l&#8217;arrière-plan, le souvenir de l&#8217;image étant tel que malgré cette absence, on “voit“; on encore <a href="http://whitelead.com/jrh/ISPs/index.html">Jon Haddock</a> qui occulte lui aussi, mais cette fois-ci il s&#8217;agit de l&#8217;action principale de films pornographiques dont il ne reste que le misérable décor.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span class="Apple-style-span" style="color:#333333;"> Bref, cette exposition et ce manifeste qui ont suscité l’ire des uns, la moquerie des autres et l’enthousiasme des troisièmes, avaient singulièrement leur place dans ce sanctuaire de la photographie d’auteur que sont les Rencontres d’Arles, sachant que parmi les artistes exposés, très peu étaient de fait les auteurs des images proposées, mais que tous faisaient plus ou moins œuvre d’artiste en déclinant des protocoles d’appropriation et de mises en forme parfois faciles, parfois très élaborés.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Et justement le rapport auteur/artiste est pour beaucoup le poil à gratter de ce manifeste qui semble pêcher d’une faiblesse coupable et fascinée pour une génération d’artistes-geeks qui ne se confrontent plus directement au monde réel mais se contentent de le commenter, de le critiquer et de le re-représenter à l’abri de son écran dans une sorte d’approche compulsive quasi autiste, ce qui peut générer parfois des œuvres géniales&#8230; Et souvent faire Pschittt ! Attendons donc les prochaines séances pour voir ce qu’il en est exactement.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Cette frustration des Auteurs est d’autant plus amère que cette édition 2011 est par ailleurs plutôt chiche du côté des grandes expos, malgré <em>La Valise mexicaine </em>et le grand show du <em>New York Times. </em>Pour la première fois depuis longtemps, j’ai quasiment tout vu en une seule journée, certes fin juillet à un moment où l’on peut visiter les expositions l’esprit tranquille, sans crainte d’être distrait par les rencontres amicales, mais quand même, nous sommes loin de la pléthore d’images de l’édition précédente (et dire que <a href="http://wp.me/p9VSS-iF">je critiquais</a> ce trop-plein, ah, jamais content !).<br />
</span><span class="Apple-style-span" style="color:#333333;">J’essaierai (si ma dérive nipponne m’en laisse un peu le loisir) de revenir sur les autres aspects d’Arles 2011 dans un prochain billet. </span></p>
<p>PS : À propos de l&#8217;appropriation des images, je n&#8217;oublie mon camarade <a href="http://vincent.cordebard.pagesperso-orange.fr/">Vincent Cordebard</a>, expert en détournement d&#8217;albums privés et qui a su décliner des séries parfois sulfureuses à partir d&#8217;innocentes photos de famille : <em><a href="http://www.leplus-et-muller.com/pudeur/pud1.htm">Études pour les attentats à la pudeur</a></em>, ou <em><a href="http://www.premiumwanadoo.com/vincent.cordebard/conversation/conversation0.htm">Conversations faites à un enfant mort</a></em>, entre autres. Voir aussi le billet que je lui ai consacré en 2009, <em><a href="http://wp.me/p9VSS-dN">L&#8217;Homme stupéfait</a>.</em></p>
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		<title>Éloge de la lenteur</title>
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		<pubDate>Sun, 05 Jun 2011 22:04:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator>wordspics</dc:creator>
				<category><![CDATA[Déjà]]></category>
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		<category><![CDATA[Photographie]]></category>
		<category><![CDATA[Statement]]></category>
		<category><![CDATA[Arthur Rimbaud]]></category>
		<category><![CDATA[études universitaires sur la photographie]]></category>
		<category><![CDATA[Danièle Méaux]]></category>
		<category><![CDATA[Jacqueline Salmon]]></category>
		<category><![CDATA[Jean-Pierre Mourey]]></category>
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		<description><![CDATA[Maintenant que les années de travail commencent à s’accumuler —et celles de la vie aussi—, il m’est plus facile d’apprécier les différentes périodes qui ont constitué mon itinéraire photographique. Je distingue en fait trois périodes principales, qui ne s’excluent jamais tout à fait les unes les autres et qui s’enchevêtrent forcément —il n’y a jamais [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=wordspics.wordpress.com&amp;blog=2367462&amp;post=1351&amp;subd=wordspics&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;" align="center"><span style="color:#333333;">Maintenant que les années de travail commencent à s’accumuler —et celles de la vie aussi—, il m’est plus facile d’apprécier les différentes <em>périodes</em> qui ont constitué mon itinéraire photographique. Je distingue en fait trois périodes principales, qui ne s’excluent jamais tout à fait les unes les autres et qui s’enchevêtrent forcément —il n’y a jamais de rupture franche, et il y a-t-il même jamais eu rupture ?</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">D’abord, les <em>early works</em> qui représentent ma <em>période Leica</em>, très inspirée de la photographie anglo-américaine (Frank bien sûr, Bruce Davidson, Tony Ray-Jones etc.), période qui s’achève peu ou prou au milieu des années 80, avec justement mon second voyage aux Etats-Unis et l’importance décisive que va prendre le paysage dans mon travail sous l&#8217;influence notamment de Lee Friedlander. Puis vient la <em>période des paysages métaphoriques</em>, qui germe déjà dans <em>Frontières </em>(1984), qui s’affiche un peu plus dans le travail réalisé aux Etats-Unis (1985), et qui prend toute sa dimension avec les travaux qui vont suivre, où l’approche du paysage, de plus en plus dépouillé et hors du temps —c’est à dire affichant de moins en moins les objets de la présence humaine—, va me permettre de développer un discours esthétique, philosophique, poétique, un peu à l’écart des modes et des normes de l’époque, parfois un peu trop solitaire, encore que… Je me souviens par exemple de Werner Hannapel et de ses paysages froids et nordiques, de Thomas Joshua Cooper ou encore des <em>Land artists </em>auxquels on m’associait alors souvent —abusivement, je pense— à cause de mes <em>marches photographiques</em>. J’aurais pu développer aussi dans la foulée une approche très <em>Fine art photography</em>, façon Lynn Davies ou Michael Kenna —qui se présentait lui-même au début de son œuvre comme l’un des héritiers de Bill Brandt… Tout comme Robert Frank, comme quoi l’héritage…—, mais j’ai toujours renâclé devant tant et trop de perfection… Il fallait que mes photographies sentent malgré tout la fatigue dans les jambes, la sueur et l’euphorie de la marche, <em>and some kind of dizziness</em>… C’est justement le refus d’un trop grand formalisme et le risque de l’ennui qui m’ont conduit peu à peu à renoncer à cette démarche, pour retrouver le côté un peu plus <em>crapoteux </em> du monde et de la vie réelle.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Enfin, je veux dire du monde dans lequel on vit, et pas celui rêvé de « la chambre aux porcelaines » où se réfugie l’imaginaire, pour reprendre une image que je dois à Victor Segalen. Ce retour au <em>Pays du Réel, </em>je l’amorce au milieu des années 90 avec <a href="http://www.thierrygirard.com/artworks/danube/page-danube/danube-intro.htm">le travail sur le Danube</a> où je suis notamment confronté aux traces d’une guerre fraîche, celle des Balkans, et plus seulement aux cicatrices anciennes et enfouies des batailles passées.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Mais la vraie rupture intervient avec <a href="http://www.thierrygirard.com/artworks/tokaido/pages/toka-intro.htm">le séjour au Japon</a> à la Villa Kujoyama (1997) où je retrouve le plaisir de la photographie dite documentaire, où je bascule pleinement dans la couleur et où je réinscris des personnages et le monde actuel dans mes images. Cette période dure jusqu’à aujourd’hui —avec parfois quelques petites échappées métaphoriques comme <em><a href="http://www.thierrygirard.com/artworks/vassiviere/pages-vass/vas-intro.htm">Les Cinq voies de Vassivière</a>—</em>, et s’il devait advenir une quatrième période, elle ne s’écarterait pas profondément du travail actuel mais trouverait sans doute de nouveaux prolongements autour de la question du portrait qui est de plus en plus prégnante dans mon travail.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span class="Apple-style-span" style="color:#333333;">Ceci posé, et pour mieux comprendre la suite de ce billet, j’ai toujours accordé beaucoup plus d’importance à ce que j’allais faire qu’à ce que j’avais fait, me projetant, aujourd’hui encore, dans l’ébauche de scénarios de projets et dans leur écriture avec l’enthousiasme de celui qui a encore un vaste espace devant lui tout en sachant que le temps se réduit comme une peau de chagrin…  Simplement, il arrive un moment où ce qu’on a fait laisse de moins en moins de gens indifférents, ce qui oblige aussi à revenir soi-même sur les preuves de ses anciens crimes et à devoir mettre le nez dans ses archives. Genre promesse de Premier de l’An qu’on ne tient guère longtemps, sauf si les circonstances obligent à faire un effort particulier. Ce fut le cas l’année dernière avec l’exposition <em><a href="http://actuthg.wordpress.com/2009/11/14/de-litinerance/">De l’itinérance</a> </em> que Françoise Morin m’avait proposée de faire aux Douches la Galerie, exposition qui m’avait obligé à ouvrir des boîtes de tirages noir et blanc qui sentaient <em>l’autrefois</em> —et aussi parfois l’humidité du fond de l’atelier ou des ateliers précédents. Et cela  m’avait surtout incité à revenir fouiller jusque dans les négatifs des <em>early  works</em>. Un rapide parcours par exemple des planches-contacts du voyage au Pays de Galles (1983) m’a laissé sans voix, un peu abasourdi, comme si je découvrais un travail dont j’étais certes l’auteur mais dont je n’avais pas su tirer à l’époque la quintessence et qu’il me faudra un jour re-explorer.  </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span class="Apple-style-span" style="color:#333333;">Et là, coup sur coup, deux études universitaires s’intéressent aux travaux de ma seconde période, la période métaphorique.  La première étude, je la dois à <a href="http://portail.univ-st-etienne.fr/bienvenue/utilitaires/mme-meaux-antoine-daniele-240507.kjsp">Danièle Méaux</a> qui a écrit un texte intitulé <em>Une autre manière de voyager, les itinéraires du photographe Thierry Girard</em> dans une collection consacrée aux <em>Voyages contemporains, </em>et dont le premier volume s’intéresse plus particulièrement aux<em> Voyages de la lenteur</em>. Dans ce volume, la diversité des textes évoque des noms qui nous sont familiers : Virilio, Lacarrière, Rolin, Cortazar, Maspéro, Gracq, Nicolas Bouvier et Chris Marker …</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Danièle Méaux qui a déjà écrit à plusieurs reprises sur mon travail et notamment une très belle analyse de <em><a href="http://www.thierrygirard.com/artworks/mers/pagesmers/mer-intro.htm">D’une mer l’autre</a> </em>—que l’on peut <a href="http://www.thierrygirard.com/textes/mer-dm.htm">lire</a> en ligne sur mon site web— enseigne à l’Université de Saint-Étienne et a publié en 2009 un ouvrage important intitulé <em>Voyages de photographes</em> où elle analyse particulièrement, outre mes voyages, ceux de Plossu et de Depardon.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Ce nouvel article qui m’est consacré dans cet ouvrage collectif s’ouvre et s’appuie notamment sur le travail que j’avais réalisé en 1993-94  lors d’un long cheminement en Saintonge. La page de garde du très beau (et très rare) catalogue qui avait été publié (<em>Un Voyage en Saintonge</em>, Abbaye aux Dames, Saintes, 1995), s’ouvrait sur le schéma dépouillé et spiralé de mon parcours, où se trouvaient nommés les seuls points de départ et d’arrivée.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/06/spirale544-copie.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1362" title="Spirale © Thierry Girard" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/06/spirale544-copie.jpg?w=164&#038;h=227" alt="" width="164" height="227" /></a></span></p>
<p>J’écrivais alors dans l’introduction de ce recueil :</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">« Il me fallait envisager une autre forme de récit qui se nourrirait de la symbolique du paysage, de la mémoire des lieux et de quelques signes. J’avais tracé sur ma carte, grossièrement, une sorte de spirale pour que le chemin qui me mène jusqu’à Saintes soit le plus long possible et ne recoupe jamais un lieu déjà traversé. Prosaïquement ce pouvait être la forme d’une cagouille, image concevable pour un voyage se faisant sous le signe de la lenteur.»</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Danièle Méaux précise : « L’itinéraire, qui a l’allure d’un labyrinthe, travaille pour le photographe itinérant à une forme de déconstruction de l’organisation géographique afin de favoriser une autre modalité de découverte, régie par une temporalité subjective et tendue vers une lente décoction des perceptions. C’est moins un “espace“ homogène et objectif qui est exploré que des “lieux“ sensibles, éventuellement empreints de mémoire et d’imaginaire ».</span></p>
<p style="text-align:center;"><img class="size-full wp-image-1364 aligncenter" title="Paradis © Thierry Girard 1993" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/06/paradis-c2a9-thierry-girard-19931.jpg?w=510&#038;h=405" alt="" width="510" height="405" /><span class="Apple-style-span" style="color:#808080;">Paradis, Charente-Maritime © Thierry Girard 1993</span></p>
<p style="text-align:left;"><span style="color:#333333;">Dans les pages qui suivent, D.M. évoque différents travaux que j’ai réalisés —et les livres qui les accompagnent— pour, en analysant ma méthode de travail et certains préceptes ou concepts qui le structurent, essayer de cerner ce qui distingue ma manière de voyager d’autres manières, qu’elles soient celles de photographes ou la manière commune qui est celle de tout un chacun, pris dans l’hypermobilité d’un monde ouvert où l’on se déplace vite et où l’on ne voit rien, si ce n’est l’apparence ordinaire des choses.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Elle conclue en revenant à <em>Un Voyage en Saintonge</em> : « À l’heure où les déplacements se multiplient, où l’économie libérale impose flexibilité, mobilité et esprit d’adaptation, les ouvrages relatant une expérience itinérante ne sont plus chargés du même potentiel libertaire et subversif que dans les années Soixante-Soixante-dix. Les travaux qui emblématisent une forme de résistance à l’idéologie dominante sont ceux qui s’écartent des pratiques les plus communes en matière  de déplacement comme de prise de vue. Le choix de la lenteur apparaît sans doute comme une des alternatives possibles (…).</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">À cet égard, <em>Un Voyage en Saintonge</em> de Thierry Girard se présente comme un ouvrage exemplaire. La lenteur (…) y est revendiquée d’entrée de jeu. Le chemin spiralé (…) fait du déplacement une sorte de rite, mais aussi un geste artistique. Toutefois cet itinéraire n’a pas seulement valeur autoréférentielle ; s’il vise à démarquer l’expérience de Thierry Girard de celle de ses contemporains ou de celles d’autres photographes voyageurs, c’est pour restituer somme toute au déplacement un potentiel contestataire ».</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/06/coran-c2a9-thierry-girard-1993.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1366" title="Coran © Thierry Girard 1993" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/06/coran-c2a9-thierry-girard-1993.jpg?w=510&#038;h=406" alt="" width="510" height="406" /></a></span><span class="Apple-style-span" style="color:#808080;">À la source du Coran, Saint-Bris-des-Bois, Charente-Maritime © Thierry Girard 1993</span></p>
<p><span class="Apple-style-span" style="color:#333333;">Dans un ouvrage encore plus récent, <em>Le Paysage au rythme du voyage</em>, Danièle Méaux et son collègue <a href="http://portail.univ-st-etienne.fr/bienvenue/utilitaires/m-mourey-jean-pierre-1202.kjsp">Jean-Pierre Mourey</a> ont invité d’autres chercheurs à étudier différents « arts du voyage » à travers les œuvres par exemple de François Bon, Julien Gracq, Jean  Giono, Hamish Fulton, Richard Misrach, Marc Deneyer, Paul Klee etc.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Dans un article intitulé <em>Demeurer, partir, revenir – la gare de Voncq</em>, Jean-Pierre Mourey fait une étude comparée de mon travail et de celui de <a href="http://www.jacquelinesalmon.com/">Jacqueline Salmon</a> sur le territoire ardennais de Rimbaud.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Pour faire le lien avec l’étude précédente, Rimbaud, <em>l’homme aux semelles de vent</em>, est le premier <em>clochard céleste</em> de la littérature, qui voyagea tant et plus pour le dur désir du monde et de l’Ailleurs, mais aussi pour fuir  jusqu’à la perte de soi et l’anéantissement. Figure tutélaire, emblématique, de tous les voyageurs qui ont suivi, écrivains, photographes, cinéastes et autres, dont la plupart cependant, au bout du chemin, ont exprimé l’envie du retour, tel Ulysse —mais n’aurait-ce pas été au fond le désir secret d’Arthur si sa jambe l’eût porté plus longtemps ?</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> </span><span class="Apple-style-span" style="color:#333333;">Si le livre de Jacqueline (<em>Rimbaud parti</em>, avec un beau texte de Jean-Christophe Bailly) date de 2006, mon propre travail (produit également par le Musée Rimbaud-Musée de l’Ardenne) est bien antérieur puisque les photos ont été prises en 1992, et que le livre, <em>Mémoire blanche</em>, est paru en 1993.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Jean-Pierre Mourey écrit : « L’espace photographié par Salmon est à la fois fermé et ouvert. <em>Rimbaud parti</em>, c’est le battement entre l’ici et l’ailleurs, l’enracinement et le désir des lointains. (…) <em>Rimbaud parti</em> s’ouvre et se clôt sur deux photographies, en plan large, du paysage. Dans les deux, le ciel occupe la plus grande partie. </span><span class="Apple-style-span" style="color:#333333;">(…). Comme le dit le titre <em>Rimbaud parti</em>, le paysage si ingrat, si peu pittoresque, indique par les cadrages, par les ouvertures, par les ciels et la lumière, un ailleurs possible. L’espace construit par la photographie de Salmon est dans ce battement, symbolique, de l’ici-bas et de l’horizon fabuleux ».</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">À propos de mon travail Mourey écrit : «  Girard parcourt le territoire, dans des marches rudes parfois, parmi les tourbières des plateaux, les marécages des plaines, les schistes émergeant du sous-sol. Il erre aussi à travers Charleville et Mézières. De ces parcours, de ces errances il collecte des bribes d’éléments qui évoquent le poète. Il les trouve dans le capharnaüm d’un musée fermé, dans une bibliothèque désaffectée, sur l’affiche d’une salle de gare qui annonce Londres, Bruxelles, Berlin, Riga. (…). Quand au pays (…) le long des crêtes de Meuse, il en collecte la densité végétale : épais taillis, sol feuillu, rideaux serrés d’arbres. (…). Perception quasi animale, ratissage du sol, de ses accidents.(…) Le bloc de terre et de racines d’un arbre qui s’est inversé obture le ciel. Girard pratique l’horizontalité. Les lieux-dits qu’il rencontre et photographie appartiennent au tellurique, au végétal ».</span></p>
<p style="text-align:center;"><span class="Apple-style-span" style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/06/mb-2-6.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1372" title="Mémoire blanche © Thierry Girard 1992" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/06/mb-2-6.jpg?w=510&#038;h=402" alt="" width="510" height="402" /></a><span style="color:#808080;">Une marche de cinq jours le long des crêtes de Meuse © Thierry Girard 1992</span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span class="Apple-style-span" style="color:#333333;">Je reviendrai prochainement dans un billet de ma série <em>Histoires de livres</em> sur la genèse et la réalisation des deux ouvrages évoqués. Ce que je puis dire, d’ors et déjà, concernant le second, <em>Mémoire blanche</em>, et pour compléter les propos de Mourey, c’est que mon intention n’était surtout pas de trouver une équivalence photographique à la poétique rimbaldienne, ni a fortiori d’illustrer quelque poème que ce soit,  mais de me mettre dans l’état d’esprit du jeune Rimbaud cherchant à échapper physiquement et intellectuellement à l’enfermement de sa terre ardennaise, tout en goûtant, tout en jouissant de l’en-allée par les chemins et les sous-bois.</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/06/mb-3-2-s1.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1381" title="Mémoire blanche © Thierry Girard 1992" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/06/mb-3-2-s1.jpg?w=510&#038;h=403" alt="" width="510" height="403" /></a></span><span class="Apple-style-span" style="color:#808080;">Une marche de trois jours autour de la Semoy © Thierry Girard 1992</span></p>
<p>À l’âge où la plupart des écoliers et des collégiens subissent la lecture de la poésie, je m’étais déjà plongé avec délices dans son univers : Prévert évidemment, qui était d’un accès facile et ludique pour un jeune lecteur, mais aussi Rimbaud, Verlaine et bientôt Lautréamont.  J’avais surtout appris par cœur quelques poèmes d’Arthur, que je me récitais <em>in petto</em> pour mon seul plaisir, et notamment <em>Sensation</em> que je considérais alors comme la plus belle invitation qui soit, à la vie, au bonheur et à la liberté ; et qui, sans que je le devine alors, décida peut-être de mon chemin :</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#808080;"><em><span class="Apple-style-span">Par les soirs bleus d&#8217;été, j&#8217;irai dans les sentiers,</span></em></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#808080;"><em>Picoté par les blés, fouler l&#8217;herbe menue :</em></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#808080;"><em>Rêveur, j&#8217;en sentirai la fraîcheur à mes pieds.</em></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#808080;"><em>Je laisserai le vent baigner ma tête nue.</em></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#808080;"><em>Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :</em></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#808080;"><em>Mais l&#8217;amour infini me montera dans l&#8217;âme,</em></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#808080;"><em>Et j&#8217;irai loin, bien loin, comme un bohémien,</em></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#808080;"><em>Par la Nature, &#8212; heureux comme avec une femme.</em></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span class="Apple-style-span" style="color:#333333;"><span style="color:#808080;"><em>Sensation</em> (Arthur Rimbaud).</span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span class="Apple-style-span" style="color:#333333;"> </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span class="Apple-style-span" style="color:#333333;">Il me fallût après une bonne quinzaine d’années pour considérer que Rimbaud n’était seulement un poète de l’adolescence pour adolescents, mais que l’on pouvait vivre et respirer à tout âge avec telle ou telle partie de son œuvre, à l’aune de ce que rapportaient de l’homme et de l’œuvre des universitaires ou des écrivains tels <a href="http://www.alainborer.com/">Alain Borer</a> ou <a href="http://www.editions-verdier.fr/v3/auteur-michon.html">Pierre Michon</a>.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Et lorsque se présenta l’opportunité de faire ce travail avec le soutien du musée Rimbaud à Charleville, je relus quelques mois auparavant l’ensemble de l’œuvre et toutes ses exégèses dans mon exemplaire de La Pléiade, et décidai de ne pas rouvrir le livre tout le temps de la réalisation de ce projet, de manière à ne pas être tenté par la citation ou l’illustration. C’est bien le sens du titre, <em>Mémoire blanche</em> : être suffisamment nourri de l’œuvre, au plus intime de sa pensée, pour pouvoir l’<em>oublier</em> ; s’approprier un mode de fonctionnement plutôt que des mots, pour <em>agir</em> sur le territoire générique de l’œuvre sans se sentir soumis à l’empire du <em>Génie</em>.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">À propos d’une errance à travers Charleville, j’écris :</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">« Ici dans cette ville tirée au cordeau et pleine d’angles droits, il est une présence à laquelle nul ne peut échapper. A.R., poète et voyant, ce fils mal-aimé qui n’a cessé de fuir vers l’Ailleurs, mais qui est là, comme à contrecœur, veillant sur les âmes rebelles qui glissent entre les rues étroites, tel l’ange invisible des “Ailes du désir“.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Je suis sur son territoire et je sais ma dette, mais je n’ai nul hommage à rendre. Je suis là pour trouver entre les failles et les plis de ce labyrinthe ces quelques indices qui disent le lieu originel, le sien, le mien, le nôtre. Je suis là précisément sur le territoire de l’Autre pour trouver les continuités de mon propre territoire générique. »</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/06/mb-1-1-s1.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-1382" title="Mémoire blanche © Thierry Girard 1992" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/06/mb-1-1-s1.jpg?w=293&#038;h=300" alt="" width="293" height="300" /></a></span><span class="Apple-style-span" style="color:#808080;">Dans les réserves du musée, Charleville-Mézières © Thierry Girard 1992</span></p>
<p style="text-align:left;"><span class="Apple-style-span" style="color:#333333;">Et je termine le recueil par les mots suivants :</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">« Au terme de ce voyage, dans cette campagne arasée autour de Roche, je me sens plus libre que jamais. Là où je craignais le plus les contraintes de la mémoire, je découvre un paysage défait, sans citations, presque sans histoires. Et je suis ému parce qu’il n’y a rien à voir. Ou ce qui reste est dérisoire, sauf un mur comme une énigme, comme une frontière entre les mondes. On ne sait jamais vraiment ce que l’on franchit, mais les mots se sont glissés depuis longtemps hors du livre, et les pages sont vierges. Je peux aller ainsi indéfiniment en ce lieu et en tout autre dans l’innocence feinte et joyeuse d’une <em>mémoire blanche</em>. »</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/06/mb-4-3-s1.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-1383" title="Mémoire blanche © Thierry Girard 1992" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/06/mb-4-3-s1.jpg?w=293&#038;h=300" alt="" width="293" height="300" /></a><span style="color:#808080;">Le mur de la ferme Cuif à Roche © Thierry Girard 1992</span></span></p>
<p style="text-align:justify;">Texte © Thierry Girard 2011</p>
<p><span style="color:#333333;">PS : Mardi 6 juin, Stéphane Hessel invité de France-Culture pour un long entretien. À la fin, on lui demande quels sont ses poètes préférés : il cite en premier lieu Apollinaire, et je ne peux que l&#8217;approuver ; et puis, il dit aussi que Rimbaud ne l&#8217;a jamais quitté, et il se met à réciter de tête, avec son phrasé lent, <em>Sensation</em>&#8230;</span></p>
<p><span style="color:#993300;">Bibliographie</span></p>
<p><span style="color:#993300;"><em>Voyages contemporains</em>, volume 1 <em>Voyages de la lenteur</em> :  sous la direction de Philippe Antoine, Lettres modernes Minard , Caen, 2010.</span></p>
<p><span style="color:#993300;"><em>Le paysage au rythme du voyage</em> : sous la direction de Danièle Méaux et Jean-Pierre Mourey, Publications de l&#8217;université de Saint-Étienne, 2011.</span></p>
<p><span style="color:#993300;"><em><a href="http://www.fabula.org/revue/document5037.php">Voyages de photographes</a></em> : Danièle Méaux,  Publications de l&#8217;université de Saint-Étienne, 2009.</span></p>
<p><span style="color:#993300;"><em>À l&#8217;œil, des interférences textes/images en littérature</em> : sous la direction de Jean-Pierre Montier, Presses universitaires de Rennes, 2007 (avec un texte de Danièle Méaux : <em><a href="http://www.thierrygirard.com/textes/mer-dm.htm">Un Voyage de photographe, à propos de D&#8217;une mer l&#8217;autre</a></em>).</span></p>
<p><span style="color:#993300;"><em>Rimbaud en Abyssinie </em>: Alain Borer, Le Seuil, Fiction et Cie, 1984.</span></p>
<p><span style="color:#993300;"><em>Rimbaud le fils</em> : Pierre Michon, Gallimard 1991.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><span style="color:#993300;"><em><a href="http://www.thierrygirard.com/biblio.htm">Un Voyage en Saintonge</a></em> : Thierry Girard, Centre culturel de rencontre de l&#8217;Abbaye-aux-Dames, Saintes, 1995.</span></span></p>
<p><span style="color:#993300;"><em><a href="http://www.thierrygirard.com/biblio.htm">Mémoire blanche</a></em> : Thierry Girard, Musée Rimbaud/Musée de l&#8217;Ardenne, Charleville-Mézières, 1993.</span></p>
<p><em>Rimbaud Parti</em> : photographies de Jacqueline Salmon, texte de Jean-Christophe Bailly, Marval, 2006.</p>
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		<title>Au Japon meurtri</title>
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		<pubDate>Mon, 25 Apr 2011 07:51:38 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Déjà, combien de semaines ont passé depuis qu’un matin d’hiver la Terre a tremblé sur la côte nord-est du Japon, et que la Mer s’est enflée, dévastant et engloutissant des paysages entiers et des vies par milliers ? Fatal ourlet de la vague blanche, vite transformée en cloaque épais et sombre. Et que l’on revoit encore [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=wordspics.wordpress.com&amp;blog=2367462&amp;post=1327&amp;subd=wordspics&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Déjà, combien de semaines ont passé depuis qu’un matin d’hiver la Terre a tremblé sur la côte nord-est du Japon, et que la Mer s’est enflée, dévastant et engloutissant des paysages entiers et des vies par milliers ? Fatal ourlet de la vague blanche, vite transformée en cloaque épais et sombre. Et que l’on revoit encore sur nos écrans avec le même effarement dans son avancée funèbre, broyant menu ce qui avait résisté au tremblement de terre. Sans compter la menace nucléaire, tout aussi terrible, sinon plus, car si elle n’ôte pas la vie immédiatement, elle est là, sournoise, diffuse, insaisissable, tapie au creux des corps et des choses, maligne comme les maladies qu’elle génère, faisant peser sur les esprits des Hommes une inquiétude sans fin…  À la brutalité incommensurable de la Nature vient se rajouter la  funeste monnaie de nos délires prométhéens.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> </span><span class="Apple-style-span" style="color:#333333;">Dans la Grèce Antique, Neptune qui savait rendre la mer vineuse et démontée lorsqu&#8217;il était en colère était aussi celui par lequel arrivaient les tremblements de terre, tel le dragon s’agitant au fond des abysses. Alors, que s‘est-il passé  pour que les dieux du Japon se soient ainsi mis en colère ? Qu’en est-il de tous ces dieux du <em>shinto</em>, de tous ces millions de <em>kami</em>, célestes ou terrestres, auxquels les Japonais accordent beaucoup d’importance et qui sont ordinairement bienveillants lorsqu’on les honorent régulièrement ? </span></p>
<p style="text-align:center;"><span class="Apple-style-span" style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/04/j-054-1c357-copie.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-1336" title="Japon-Kyoto©Thierry Girard 1997" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/04/j-054-1c357-copie.jpg?w=300&#038;h=300" alt="" width="300" height="300" /></a><span style="color:#808080;">Kamigano Shrine, Kyoto, 22 avril 1997 © Thierry Girard </span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Je pense particulièrement aux paysans et aux pécheurs du Japon qui entretiennent avec leur milieu naturel une relation on ne peut plus étroite, considérant toute chose comme vivante et habitée, sans pour autant se comporter en glèbe superstitieuse et soumise. Mon amie Susan Buirge qui vit depuis trois ans au bord de la mer du Japon et qui travaille sur les <em>kagura</em>, ces danses sacrées du <em>Shintô </em>que l’on pratique, sous des modes différents, à la fois dans les grands sanctuaires et dans les plus petits villages, sait qu’il ne s’agit pas de soumission à quelque Toute-puissance divine, mais simplement d’harmonie. Et lorsque l’harmonie se brise, comme elle s’est brisée au Nord du Japon, au-delà des vies à reconstruire, c’est tout un équilibre entre le monde profane et le monde sacré que l’âme japonaise se doit de restaurer. Y compris dans les grandes villes, et dans ce monde de l’hyper-sophistication technologique qu’est devenue une grande partie du Japon.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span class="Apple-style-span" style="color:#333333;">La conception du Temps chez les Japonais n’est pas linéaire et progressive comme en Occident. Le Temps est fondamentalement cyclique dans un univers régi également par le principe bouddhiste de <em>l’impermanence des choses</em> qui vient se rajouter à la dimension animiste du shintoïsme. Tout est fragilité, tout est recommencement. À cela se rajoute une mémoire des catastrophes, transmise de génération en génération (y compris bien sûr Hiroshima et Nagasaki), qui fait que l’âme japonaise ne projette pas l’idée du bonheur dans un futur fantasmé et sans contours, mais l’exprime au quotidien comme une sorte d’état ontologique du présent, non pas dans une quête de jouissance à-tout-va comme nous pourrions l’imaginer ailleurs sous d’autres cieux, mais par un souci constant de l’harmonie à préserver, à travers notamment le culte de la  beauté exquise des choses. Dans un monde éphémère et fragile, ce qui importe, ce n’est pas tant de saisir la vie goulûment que de la saisir de manière raffinée en l’inscrivant dans la répétition des événements, des saisons, des sensations, des rituels. La Beauté est consolation, qu’elle dure à travers un objet ou une calligraphie par exemple, ou qu’elle soit éphémère comme la brièveté d’un <em>haiku</em> qui saisit la manière dont une sensation fugitive vient faire frissonner le côté immuable du temps cyclique. </span></p>
<p style="text-align:center;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/04/j-026-2a-s-copie.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-1345" title="Japon, Kyoto © Thierry Girard 1997" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/04/j-026-2a-s-copie.jpg?w=300&#038;h=300" alt="" width="300" height="300" /></a><span style="color:#808080;">Près du temple au-dessus de la Villa Kujoyama, Kyoto, 6 avril 1997.<br />
</span><span class="Apple-style-span" style="color:#808080;">© Thierry Girard</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Et j’y pense particulièrement en ce moment, en ce <em>ré-avènement</em> du printemps au Japon —printemps que j’ai évoqué dans <a href="http://wordspics.wordpress.com/2009/03/31/deja-8-un-printemps-a-kyoto/">un billet précédent</a>— et dont nul ne peut mesurer le bonheur extatique qu’il procure s’il ne l’a pas vécu sur place, s’il ne s’est pas penché lui-même sous les branches des <em>sakura, </em>les cerisiers en fleurs, au moment de l’acmé de la floraison. Rien à voir avec nos propres cerisiers, puisqu’il ne s’agit pas simplement de fleurs ou de lumière tremblant entre les fleurs, mais d’une <em>communion </em> dont seuls les Japonais semblent mesurer la grâce et la raison.</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/04/j-025-1c347-copie.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-1340" title="Japon - Kyoto © Thierry Girard 1997" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/04/j-025-1c347-copie.jpg?w=300&#038;h=300" alt="" width="300" height="300" /></a><span style="color:#808080;">Temple To-ji, Kyoto, 6 avril 1997 © Thierry Girard </span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Je pense aussi à ces paysages meurtris, dévastés, dont les blessures seront longues à cicatriser. Mais le paradoxe du paysage japonais, du moins de la partie du territoire où s’est développée la société japonaise, entre le piémont et la mer —l’œkoumène cher à Augustin Berque—, c’est qu’il s’agit d’un territoire par essence blessé, pris entre l’épaisseur inquiétante, parfois hostile, des forêts ; la violence des rivières qui dévalent de la montagne au moment des crues ; et l’incertitude des catastrophes venues des entrailles de la terre ou de la mer. L’oekoumène japonais est comme le corps d’un joueur de football américain, d’autant plus protégé que le moindre accident peut prendre des proportions dramatiques : montagnes bétonnées, rivières encadrées, “embusées“, sans oublier la côte, protégée par d’immenses digues, au risque d’être défigurée, parfois sur des kilomètres. Mais on a bien vu que cela ne suffit pas à contenir la violence la plus vive de la Nature.</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/04/japon_t_kaid__23-copie.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1329" title="JAPON_T_KAID__23© Thierry Girard 1997" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/04/japon_t_kaid__23-copie.jpg?w=510&#038;h=408" alt="" width="510" height="408" /></a><span style="color:#808080;">Au bord de la Oigawa, Shimada, <em>La Route du Tôkaidô</em>, © Thierry Girard 1997</span></span></p>
<p style="text-align:center;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/04/japon_t_kaid__14-copie.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1330" title="JAPON_T_KAID__14© Thierry Girard 1997" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/04/japon_t_kaid__14-copie.jpg?w=510&#038;h=410" alt="" width="510" height="410" /></a><span style="color:#808080;">Au bord de la Fujigawa, Yoshiwara, <em>La Route du Tôkaidô</em>, © Thierry Girard 1997</span></p>
<p style="text-align:center;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/04/j-165-3a-copie.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1331" title="Japon© Thierry Girard 1997" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/04/j-165-3a-copie.jpg?w=510&#038;h=412" alt="" width="510" height="412" /></a><span style="color:#808080;">Arai, <em>La Route du Tôkaidô</em>, © Thierry Girard 1997</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span class="Apple-style-span" style="color:#333333;">Je ne connais pas le Nord du Japon, mais mon ami le photographe <a href="http://yasusuzuka.com/">Yasu Suzuka</a> m’écrit quelques jours après le tremblement de terre :  « The place where the earthquake happened was a beautiful coast that I had visited to travel and to photograph several times. However, when I remind of the things and people I’ve met then, my feelings are very painful ».  Et revenant une fois de plus vers mon cher <a href="http://wordspics.wordpress.com/2008/02/22/de-lusage-et-de-lusure-du-monde/">Nicolas Bouvier</a> et cette <em>Chronique japonaise </em> dont je m’étais abondamment nourri pour mon propre voyage, je retrouve ces quelques lignes :</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#808080;">Matsushima, dans la province de Sendaï,  est un des «Trois paysages» du Japon. Quand le moine-poète Bashô est arrivé ici il y a trois cent ans et qu’il a vu cette baie alors sauvage, ces douzaines d’îles chevelues sur le miroir de la mer avec peut-être un peu de brume pour adoucir ce que cet horizon marin aurait eu d’intolérablement grand, il y a été si saisi que son poème de l’étape s’est réduit à :</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#808080;">                  <em>Matsushima yah !</em></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#808080;"><em>                  Matsushima yah !</em></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#808080;"><em>                  Matsushima yak…</em></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><span style="color:#808080;">Cela se chante un peu sur un demi-ton d’écart et sans doute ne pouvait-on dire mieux : il y a des cas où la répétition s’impose, et l’Asiatique le comprend mieux que nous. Ce cri, l’écho d’un cri, puis l’écho d’un écho qui s’abolit lui-même, et l’on ne sait si c’est l’homme ou le paysage qui a disparu. Et c’est très beau cette leçon d’impermanence que ce pèlerin murmure pour lui-même sur un front de mer où il n’y avait encore que deux ou trois aubergistes rugueux et quelques bateaux retournés couverts de bernacles.</span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> </span><span class="Apple-style-span" style="color:#333333;">Du coup, je vais chercher dans ma bibliothèque les <em>Journaux de voyage</em> de Bashô, et dans <em>La Sente Étroite du Bout-du-Monde</em> qui évoque son périple au Nord du Japon, je lis ceci :</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#808080;">Le soleil était déjà proche du méridien. Louant une barque, je voguai vers Matsushima. Après une traversée d’un peu plus de deux lieues, j’accostai la grève d’Ojima.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><span style="color:#808080;">Or, encore que ce soit un lieu commun, Matsushima est bien le plus beau site du Japon et n’a rien à envier à Dôtei ou Seiko. La mer le pénètre par le sud-est, la baie est profonde de trois lieues, le flux s’y étale comme dans la baie de Sekkô. Les îles sont innombrables et diverses, il en est de verticales, doigts dressés vers le ciel, d’horizontales qui rampent sur les flots. Certaines sont doubles, d’autres pliées en trois, séparées à gauche, reliées à droite. Il en est qui se portent, il en est qui s’embrassent, comme qui cajole un enfant. Les pins sont d’un vert profond, leur ramure est tordue par le vent du large, leur mouvement naturel paraît dû au soin du jardinier. Tout ce paysage est d’une beauté distante, comme la physionomie apprêtée d’une belle. Serait-ce là l’ouvrage, aux temps jadis où régnaient les dieux impétueux, d’Ôyama-zumi ? Le génie du Céleste Artisan, quel homme pourrait le rendre par le pinceau, le cerner par la parole ? </span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Deux jours plus tard, notre moine-poète errant découvre par hasard Ishi-no-maki, l’une des villes qui a le plus souffert de la dernière catastrophe en ayant perdu tous ses biens et près de la moitié de sa population :</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><span style="color:#808080;">Le douzième jour, je me dirigeai vers Hira-izumi. J’avais entendu parler du pin d’Anéha, du pont d’Odaé, mais les passants étaient rares, sur cette route que fréquentent chasseurs et bûcherons, de sorte que je ne savais où j’étais, et pour finir, je me trompai de chemin et je débouchai sur un port nommé Ishi-no-maki. Le Mont Kinka où, selon le poème dédié à un Empereur « s’épanouit la fleur d’or », domine la mer, des centaines de caboteurs se pressent dans la baie, les demeures des hommes se disputent le sol, la fumée des foyers monte en colonnes serrées. Si je m’attendais à venir en pareil lieu ! me dis-je, et je me mis en devoir de chercher un gîte, mais il n’était personne qui voulût m’accorder l’hospitalité. Enfin, je passai la nuit dans une misérable cabane, et à l’aube derechef, je repris ma marche errante par les routes inconnues.</span> </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Que dire de plus ? Sinon espérer que la douleur des hommes et les cicatrices du paysage s’effaceront peu à peu et que « les dieux impétueux » nous autoriseront à nouveau à contempler ces îles, cette mer, ce rivage, en  répétant tout simplement :</span></p>
<p style="text-align:center;"><span class="Apple-style-span" style="color:#808080;"><em>Matsushima yah !</em></span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#808080;"><em>Matsushima yah !</em></span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#808080;"><em></em><span class="Apple-style-span"><em> Matsushima yak…</em></span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> © Thierry Girard 2011</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#993300;"><br />
Bibliographie</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#993300;">Augustin Berque, <em>Le Sauvage et l&#8217;artifice</em>, Gallimard, 1986.<br />
Nicolas Bouvier, <em>Oeuvres</em>, Quarto Gallimard, 2004.<br />
Bashô, <em>Journaux de voyage</em>, Publications orientalistes de France, 1988 (avec une traduction de René Sieffert).<br />
Thierry Girard, <em>La Route du Tôkaidô</em>, Marval, 1999.<br />
<a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/04/l1010299.jpg"><img class="alignleft size-thumbnail wp-image-1341" title="© Thierry Girard" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2011/04/l1010299.jpg?w=150&#038;h=121" alt="" width="150" height="121" /></a> </span></p>
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	</item>
		<item>
		<title>Petites scènes de la vie shanghaienne # 4</title>
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		<pubDate>Sat, 04 Dec 2010 17:09:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>wordspics</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chine]]></category>
		<category><![CDATA[Daybook]]></category>
		<category><![CDATA[Du côté des autres]]></category>
		<category><![CDATA[Photographie]]></category>
		<category><![CDATA[Shanghai]]></category>
		<category><![CDATA[Statement]]></category>
		<category><![CDATA[Mingongs]]></category>
		<category><![CDATA[paysage urbain]]></category>
		<category><![CDATA[Thierry Girard]]></category>
		<category><![CDATA[urbanisation]]></category>

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		<description><![CDATA[Retour à Shanghai après une trop longue absence. Je craignais de retrouver la ville profondément transformée par la frénésie de construction qui a précédé l’EXPO, mais c’est moins l’irruption de tours toujours plus nombreuses dans le ciel voilé de Shanghai qui m’a frappé que l’esprit de la ville, tournée plus que jamais vers la consommation [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=wordspics.wordpress.com&amp;blog=2367462&amp;post=1246&amp;subd=wordspics&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Retour à Shanghai après une trop longue absence. Je craignais de retrouver la ville profondément transformée par la frénésie de construction qui a précédé l’EXPO, mais c’est moins l’irruption de tours toujours plus nombreuses dans le ciel voilé de Shanghai qui m’a frappé que l’esprit de la ville, tournée plus que jamais vers la consommation à outrance, le luxe et la frivolité. Les prix s’en ressentent évidemment, la ville devient chère (même pour des Occidentaux), et la vie des shanghaiens modestes devient dès lors chaque jour plus difficile, jusque dans la nourriture la plus simple —même si l’on trouve encore, le matin à l’entrée du marché, une grande omelette toute chaude, roulée dans un papier comme une crêpe, pour seulement trois kuai (trente centimes).</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">De fait, il m’est apparu avec encore plus d’évidence que Shanghai était, métaphoriquement, la nouvelle Grande Prostituée, la Babylone de ce siècle, creuset de multiples influences, génitrice de pouvoir et de richesse, et séductrice couchant à ses pieds toute une nouvelle génération, cosmopolite, d&#8217;aventuriers de la vie. Pékin, qui n&#8217;est pas à l&#8217;écart non plus (loin de là même) de la fièvre consumériste, présente un tout autre visage, du fait évidemment de la proximité du Pouvoir, mais aussi parce que c&#8217;est une ville de longue tradition intellectuelle et artistique : à quelques exceptions près, la plupart des grands artistes, écrivains, intellectuels, universitaires etc. sont à Pékin. Ville du Pouvoir, mais aussi de sa contestation : &laquo;&nbsp;Tian An&#8217;men&nbsp;&raquo; hier, Liu Xiao Bo, Ai Weiwei et bien d&#8217;autres aujourd&#8217;hui. À côté, Shanghai apparaît avant tout comme une &laquo;&nbsp;viveuse&nbsp;&raquo;—à l&#8217;image de ce qu&#8217;elle fût jadis, au temps des Concessions—, ce qui en fait son charme, indéniable, et sa limite ! Mais on peut aussi considérer, plus prosaïquement, que <em>Shanghai is </em><em>a true fashion victim</em>.<br />
Un adage dit : « À Shanghai il n’y a pas d’hommes, à Pékin il n’y a pas de femmes ».  Shanghai  est une ville &laquo;&nbsp;féminine&nbsp;&raquo;, pour le meilleur et pour le pire ; la place et l&#8217;importance des femmes y sont prépondérantes.Pour le meilleur, considérons que les femmes, qui incarnent globalement en Chine la vertu de l&#8217;avenir, trouvent en cette ville le lieu privilégié de leur séduction et de leur intelligence. Du coup, le choix que j’ai opéré précédemment d’aborder photographiquement la ville à partir de portraits de jeunes femmes ne s’en trouve que plus justifié.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/12/sh-070-1a-s.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1307" title="Shanghai 2008 © Thierry Girard" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/12/sh-070-1a-s.jpg?w=510&#038;h=402" alt="" width="510" height="402" /></a></span></p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/12/sh-069-2b-s.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1308" title="Shanghai 2010 © Thierry Girard" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/12/sh-069-2b-s.jpg?w=413&#038;h=510" alt="" width="413" height="510" /></a></p>
<p style="text-align:center;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/12/sh-083-2b-s.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1309" title="Shanghai 2010 © Thierry Girard" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/12/sh-083-2b-s.jpg?w=510&#038;h=401" alt="" width="510" height="401" /></a><span style="color:#808080;">Shanghai 2008 © Thierry Girard</span></p>
<p style="text-align:center;"><strong>Tryptique n°6 : portrait de Na Xiaozhang</strong></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#808080;">[22 ans. Employée dans un laboratoire photographique. Originaire de la province de l’Anhui, elle vient d’arriver à Shanghai et elle trahit, par son physique, son teint hâlé, sa démarche, sa façon de parler, le côté rustique de la petite paysanne qui faisait les marchés il y a encore quelques semaines. L’entraide familiale lui a permis de trouver tout de suite cet emploi ainsi qu’une chambre chez sa cousine qui est mariée avec un imprimeur lui aussi originaire de la même province. Elle est censée apprendre l’anglais pour servir d’intermédiaire et de traductrice entre la clientèle étrangère et les opérateurs. Sa cousine qui est comptable et qui est âgée de 26 ans vit dans une belle résidence sur Long Hua Xi Lu.]</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Mais pour ce séjour de trois semaines, je ne voulais pas seulement compléter <a href="http://wordspics.wordpress.com/2008/01/14/deja-3/">le travail amorcé en 2007 </a>et 2008 et qui se résume à une dizaine de triptyques (portraits et paysages urbains). Je souhaitais également étendre ma réflexion sur cette ville et ses habitants en essayant de travailler sur ses limites. Certes, il est difficile de savoir quelles sont les limites (même administratives) d’une telle ville, d’autant plus qu’elle ne cesse de s’étendre pour loger ses 20 ou 25 ou plus millions d’habitants, s’accaparant de fait des campagnes, des villages, des bourgs, vite absorbés et noyés dans un paysage qu’on croirait parfois sorti de quelque bande dessinée futuriste et nous projetant dans un monde entièrement minéral et bétonné.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Mais de même que Mark Power a choisi de traiter le <em>limes</em> de Londres en se basant sur le célèbre plan A to Z, il m’est apparu assez pertinent de m’en remettre aux lignes du métro shanghaien qui a considérablement étendu son réseau ces trois dernières années (en relation bien sûr avec l’Exposition universelle). Outre la ligne circulaire, ce sont aujourd’hui dix lignes qui s’éloignent toujours plus du centre pour desservir les espaces les plus divers : parfois le métro suit la progression de la ville, parfois il la précède, la gare toute neuve s’ouvrant alors sur un espace vierge et non construit, ou sur des structures urbaines plus anciennes, s’annonçant alors comme le signe et la menace d’un changement radical à venir.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/12/l1110543-copie-2.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1310" title="Shanghai 2010  © Thierry Girard" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/12/l1110543-copie-2.jpg?w=510&#038;h=383" alt="" width="510" height="383" /></a><span style="color:#808080;">11 novembre. Au bout de la ligne 7, direction nord-ouest.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Ce qui est passionnant, c’est que chaque bout de ligne nous a raconté une histoire différente : chaque jour fut une surprise ; et même mon assistant, shanghaien de naissance, ou mes interlocuteurs proches, ne savaient rien de ces terres “barbares“ vers lesquelles nous nous dirigions chaque matin. De fait, sur fond d’urbanisation intensive, on y trouve une grande diversité de situations paysagères, et aussi toutes les classes sociales, y compris les plus riches reclus dans leurs <em>compounds</em>. Avec cependant plus de non-shanghaiens que de shanghaiens, à l’instar de nos banlieues qui attirent d’abord les provinciaux de toutes sortes : des <em>mingongs </em>certes, cette main-d’œuvre servile d’ouvriers-paysans utilisée à vil prix pour l’édification du capitalisme immobilier chinois ; toutes sortes de travailleurs pauvres qui viennent tenter leur chance et exercer différents petits métiers, mais aussi une classe moyenne qui ne peut pas se payer les appartements de <em>downtown </em>Shanghai et qui trouve son bonheur dans de vastes espaces résidentiels en périphérie de la ville.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> </span><span style="color:#333333;">Mais en attendant de voir le résultat de cette nouvelle aventure photographique, les paysages à la chambre 4 x 5 et les portraits au moyen-format, voici quelques modestes <em>snapshots</em>,<em> </em>pris avec mon petit Leica numérique, <em>making-off </em> du travail et petites notules sur cette ville à la fois légère et léviathesque.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><strong>4 novembre. Ligne 1 nord</strong>.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/12/l1110388-copie1.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1248" title="Shanghai 2010 © Thierry Girard" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/12/l1110388-copie1.jpg?w=510&#038;h=383" alt="" width="510" height="383" /></a></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Depuis le métro, en allant vers Fujin Lu Station, comme une promesse de paysage&#8230;</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/12/l1110401-copie.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-1250" title="Shanghai 2010 © Thierry Girard" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/12/l1110401-copie.jpg?w=225&#038;h=300" alt="" width="225" height="300" /></a>Chen HaiHong est un élève de Lin Lu, professeur et critique connu, ami de Jean Loh, mon galeriste à Shanghai. Il apprend vite le dur métier d&#8217;assistant : discuter avec les gens, les convaincre de se laisser photographier, prendre des notes sur chaque personne photographiée, porter le trépied avec la chambre, marcher beaucoup, oublier de déjeuner à midi&#8230;</span><br />
<span style="color:#333333;"> En trois semaines, Hong aura perdu trois kilos, pris un teint hâlé et se sera surtout départi d&#8217;une certaine timidité, jusqu&#8217;à prendre parfois lui-même l&#8217;initiative d&#8217;une rencontre&#8230;</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/12/l1110402-copie.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1249" title="Shanghai 2010 © Thierry Girard" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/12/l1110402-copie.jpg?w=510&#038;h=383" alt="" width="510" height="383" /></a>Chen HaiHong discute avec une femme que je viens de photographier au bord du carré de légumes qu&#8217;elle entretient au milieu d&#8217;un paysage en friche.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><strong>6 novembre. Ligne 5 sud.</strong></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><strong><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/12/l1110428-copie.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-1252" title="Shanghai 2010 © Thierry Girard" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/12/l1110428-copie.jpg?w=168&#038;h=300" alt="" width="168" height="300" /></a></strong></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Elle, est directrice d&#8217;un McDonald, et lui, responsable logistique d&#8217;une société de transport. On sent que le McDo ne va faire qu&#8217;une bouchée de la logistique. &laquo;&nbsp;À Shanghai, il n&#8217;y a pas d&#8217;hommes etc&#8230;&nbsp;&raquo;.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><strong>6 novembre. De la censure.</strong></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><strong><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/12/l1110432-copie.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1253" title="Shanghai 2010 © Thierry Girard" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/12/l1110432-copie.jpg?w=510&#038;h=287" alt="" width="510" height="287" /></a></strong></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Vernissage dans une galerie de Shaoxin Lu dans la Concession française. Exposition de groupe sans intérêt majeur, si ce n&#8217;est la présence d&#8217;une artiste, Wu Meng, qui est aussi critique d&#8217;art, et qui présente trois photographies sur un mur, plus une vidéo sur un tout petit lecteur qu&#8217;elle passe discrètement de main en main parmi les visiteurs. Elle m&#8217;explique, sans s&#8217;appesantir, qu&#8217;il s&#8217;agit de la vidéo d&#8217;une performance qu&#8217;elle a faite devant le pavillon allemand de l&#8217;Exposition universelle ; la performance a été interrompue et la vidéo censurée (interdite de projection publique) parce qu&#8217;elles évoquent des &laquo;&nbsp;chinese situations&nbsp;&raquo; me dit-elle. Nous convenons de nous revoir.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Une semaine plus tard, j&#8217;ai rendez-vous pour la photographier chez elle. Son mari, Zhao Chuan, écrivain, critique d&#8217;art, directeur de troupe théâtrale, parle beaucoup mieux l&#8217;anglais et m&#8217;explique toute l&#8217;hypocrisie du régime à vouloir censurer des œuvres d&#8217;art qui relatent des situations, des histoires, des faits de société qui sont connus de tous pour avoir été repris par l&#8217;ensemble de la presse après avoir fait l&#8217;objet de buzz sur internet. Telle cette affaire d&#8217;une jeune femme qui a assassiné un hiérarque du Parti qui tentait de la violer, et qui, après une vaste mobilisation sur internet, a pu bénéficier du droit de plaider la légitime défense. Histoire qui est arrivée jusque chez nous, puisque je l&#8217;ai lue également sur internet.</span><br />
<span style="color:#333333;"> J&#8217;apprends aussi que les trois photos ont été décrochées deux jours après le vernissage, censure oblige. Sur les photos, il n&#8217;y avait pourtant rien de renversant pour le Pouvoir : des vêtements flottant dans l&#8217;air (est-ce déjà trop de liberté ?) sur lesquels étaient inscrits ces fameuses &laquo;&nbsp;chinese situations&nbsp;&raquo;. Je demande à Zhao Chuan s&#8217;il pense que les artistes sont néanmoins plus libres qu&#8217;il y a dix ans. Il me répond : « Artists are not more free ! Capitalists are more free !».</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/12/l1110444-copie1.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1256" title="Shanghai 2010 © Thierry Girard" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/12/l1110444-copie1.jpg?w=287&#038;h=510" alt="" width="287" height="510" /></a>Devant une vidéo de Ciu Xiuwei, &laquo;&nbsp;Ladies&nbsp;&raquo; (2000), déjà maintes fois projetée. En arrière-plan, des œuvres en éponge découpée, Spontex curiosa&#8230;</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><strong>13 novembre. Nightbirds.</strong></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/12/l1110612-copie.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1268" title="Shanghai 2010 © Thierry Girard" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/12/l1110612-copie.jpg?w=326&#038;h=510" alt="" width="326" height="510" /></a></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">En allant dîner dans l&#8217;une de mes cantines favorites sur Xuijiahui, croisé deux oiselles de nuit, campées sur leurs grêles échasses à l&#8217;entrée du Bucking Ham (sic) Palace —que l&#8217;on pourrait traduire par &laquo;&nbsp;le palais du jambon de rodéo&nbsp;&raquo; ou &laquo;&nbsp;le palais du jambon de jeune mec&nbsp;&raquo; (en l&#8217;occurrence, ce sont plutôt des donzelles)&#8230;</span><br />
<span style="color:#333333;"> J&#8217;en profite pour jeter un œil à l&#8217;intérieur après avoir franchi une entrée luxueuse. Dans un vaste hall, deux hôtesses revêtues d&#8217;une sorte de robe de mariée rehaussée de crème chantilly m&#8217;accueillent gentiment, mais, volontairement ou non, semblent tout ignorer de l&#8217;anglais. L&#8217;endroit est en fait un club pour nouveaux (très) riches shanghaiens qui se réunissent dans des &laquo;&nbsp;executive suites&nbsp;&raquo; pour conclure des affaires, mais surtout boire, manger et se laisser distraire par quelques nightbirds&#8230; qui ne sont évidemment pas des geishas. Ni par le style, ni par le talent, ni par la culture. C&#8217;est tout le paradoxe de cette Chine de parvenus : devant le perron du &laquo;&nbsp;Palace“ stationnent un coupé Bentley, une Ferrari, deux Porsche, toutes flambant neuves, mais ceux qui les conduisent fricotent avec des filles habillées comme des petites catins ordinaires. Ça manque encore de classe messieurs ! Depuis le hall, j&#8217;entends la voix aviné d&#8217;un chanteur de karaoké filtrer de l&#8217;une des suites. Peut-être un membre éminent du Parti, ou un héros de la bourse shanghaienne ?</span><br />
<span style="color:#333333;"> Repassant le lendemain par le même endroit, mais plus tard, à l&#8217;heure où même les riches doivent rentrer chez eux retrouver leurs femmes légitimes, je tombe sur la sortie d&#8217;un groupe dont le personnage central, un homme d&#8217;une soixantaine d&#8217;années, habillé plutôt modestement, semble d&#8217;importance tant il est entouré d&#8217;attentions bruyantes et d&#8217;hommages courbés. C&#8217;est sans doute lui qui a payé la soirée, et son chauffeur l&#8217;aide à rejoindre sa magnifique Audi A 8 —car il est un peu pompette le chef !—, tandis que les oiselles plantées en haut des marches et transies de froid —elles n&#8217;ont pas grand chose sur le dos— lui font des grands signes d&#8217;adieu. L&#8217;un des hommes du groupe, particulièrement enthousiaste et heureux de la soirée, m&#8217;aperçoit et se précipite vers moi les bras grands ouverts : «You are my friend, welcome to Shanghai !». J&#8217;ai envie de lui rendre son accolade en lui disant : « I&#8217;m your friend, invite me to your party !». But anyway, it&#8217;s too late, the party is over.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><strong>16 novembre. Mingongs et recycleurs.</strong></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><strong><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/12/l1110663-copie.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1271" title="Shanghai 2010 © Thierry Girard" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/12/l1110663-copie.jpg?w=383&#038;h=510" alt="" width="383" height="510" /></a></strong>La fin de l&#8217;exposition universelle sonne le retour en force des <em>Mingongs</em>, ces ouvriers d&#8217;origine paysanne qui fuient la pauvreté de leurs provinces (pas toujours lointaines, parfois limitrophes comme l&#8217;Anhui ou le Jiangsu) pour de maigres salaires, des conditions de vie précaires, et surtout des conditions de travail encore plus précaires. L&#8217;arrêt et l&#8217;interdiction de toutes constructions pendant les six mois que durait l&#8217;Expo les avaient contraints de retourner dans leurs campagnes, ainsi que le &laquo;&nbsp;nettoyage&nbsp;&raquo; des rues pour éliminer tous les petits métiers qui font tâche dans une ville qui se veut <em>clean</em> et qui veut porter haut le motto de l&#8217;Expo : &laquo;&nbsp;Better life in a better city&nbsp;&raquo;. Donc, le temps de la belle vitrine ouverte sur le monde, il fallait exclure les pauvres, comme chez nous les sans-papiers ou les Roms etc. Les <em>Mingongs </em> sont en quelque sorte les sans-papiers de la Chine : on les fait venir et on les exploite quand on en a besoin, on les renvoie quand on n&#8217;en a plus besoin. Comme ça se passe entre Chinois et dans un régime autoritaire, c&#8217;est finalement plus simple que chez nous ; et le shanghaien ordinaire regarde avec beaucoup de condescendance et d&#8217;inquiétude ces loqueteux, leur attribuant évidemment tous les vols de poules !</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Des travailleurs pauvres, j&#8217;en ai photographié en fait tous les jours. Ce sont eux que l&#8217;on retrouve majoritairement dans tous les métiers qui sont liés à la transformation du paysage urbain : destruction, récupération, construction. Comme ce jour, au bout de la ligne 7, direction Nord. À la sortie du métro, à gauche, un campus universitaire ; à droite, un ensemble de petits immeubles et de cottages, style anglais, très tranquille. Un peu plus loin, un bourg modeste, rattrapé par la grande ville, et qui vit ses dernières heures d&#8217;autonomie. De l&#8217;autre côté de la rivière, tout est arasé. Au loin, dans la brume, on perçoit déjà les montagnes de nouveaux immeubles. La prochaine montagne s&#8217;élèvera ici, une fois que tout aura été nettoyé. Sur un terrain qui n&#8217;est encore qu&#8217;un champ de ruines s&#8217;activent une vingtaine de &laquo;&nbsp;recycleurs&nbsp;&raquo; qui creusent dans les gravats, parfois des trous profonds, pour récupérer essentiellement des fers à béton et les revendre. Il y avait sans doute là des échoppes et des commerces. L&#8217;un d&#8217;entre eux y a laissé ses mannequins qui gisent éclatés dans les ruines. On dirait des restes de corps après un tremblement de terre.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/12/l1110692-copie.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1272" title="Shanghai 2010 © Thierry Girard" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/12/l1110692-copie.jpg?w=510&#038;h=383" alt="" width="510" height="383" /></a></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><strong>17 novembre. Planète Mars ou Cannes ?</strong></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Je n&#8217;ai jamais eu de problèmes sérieux pour photographier en Chine, à part deux petits accrocs avec les autorités, la première fois à Hangzhou en 2001, la seconde dans le Sichuan en 2005. Le fait de photographier systématiquement avec un trépied a toujours suscité plus de curiosité que de soupçon. J&#8217;ai toujours eu droit à quelques attroupements bon-enfants lorsque je me retrouvais à photographier dans des endroits peuplés. Dans les campagnes, on m&#8217;a regardé parfois de manière extatique, avec stupeur même, jeunes et vieux mêlés, comme si j&#8217;étais tombé de la planète Mars; dans les villes ce fut souvent plus amusé. Je me souviens d&#8217;une prise de vue dans une petite ville du Sichuan. Je sentais que ça palabrait et discutait fort derrière mon dos. Je demande à Chen Mingying, mon interprète : « Qu&#8217;est-ce qu&#8217;ils disent ?». « Oh, me répond-il, ils se moquent gentiment ! Ils se demandent quel est l&#8217;intérêt de ce que vous photographiez !». Ça, j&#8217;en conviens&#8230;<strong><br />
</strong></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><strong><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/12/l1110729-copie.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1277" title="Shanghai 2010 © Thierry Girard" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/12/l1110729-copie.jpg?w=383&#038;h=510" alt="" width="383" height="510" /></a><br />
</strong></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Cela dit, photographier à la chambre suscite encore plus de curiosité et d&#8217;intérêt, mais a surtout l&#8217;effet de réduire encore plus à néant les soupçons éventuels des gardiens, agents de sécurité ou autres policiers qui sont quand même très présents en ville. Surtout lorsque je les convie gentiment à regarder le dépoli de la chambre. J&#8217;ai droit alors à un grand sourire, le pouce levé, et à une immunité parfaite ! Dans Shanghai, où des tas de gens semblent s&#8217;y connaître en photographie et me posent toutes sortes de questions, je n&#8217;ai jamais été autant photographié que cette fois-ci. Je dois être présent dans un nombre considérable d&#8217;albums FlickR, de blogs ou de sites. Mais le pire, ou le plus amusant, m&#8217;est arrivé en toute fin de séjour, lorsque je me suis retrouvé au pied de la tour incendiée quelques jours plus tôt, et au milieu d&#8217;un recueillement populaire et d&#8217;une procession de plusieurs dizaines de milliers de personnes —parmi lesquelles il y avait très très peu d&#8217;européens. Lorsque j&#8217;ai sorti la chambre pour photographier la carcasse noircie de la tour, je me suis trouvé entouré d&#8217;un coup par plusieurs dizaines de personnes, à la fois amusées et flattées de ma présence, des gens ordinaires et des photographes professionnels, très nombreux, qui, au moment où j&#8217;ai cliqué mon <em>one-shot, </em>se sont faits un devoir de tous me mitrailler au même moment. Rires et crépitements des flashs, c&#8217;était Cannes ! J&#8217;ai refait une deuxième prise, par sécurité&#8230;</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><strong>18 novembre. Ligne 2, ouest.</strong></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">La ligne arrive au milieu de nulle part. Comme toujours, tout un flot de motos et de taxis attendent le client, et, là, c&#8217;est plus nécessaire plus que jamais, puisqu&#8217;il n&#8217;y a rien alentour, ou presque. Nous sommes les seuls à ne pas être vraiment concernés. Nous scrutons l&#8217;horizon et tentons notre chance vers l&#8217;autoroute surélevée, au loin. Passé un campement de <em>Mingongs</em>, abandonné ; passé deux cours de fermes où tout un groupe de paysans étend au râteau du grain d&#8217;orge à faire sécher au soleil; passé sous l&#8217;autoroute qui mène vers l&#8217;aéroport de Hongqiao, nous arrivons enfin devant un grand bâtiment énigmatique entouré de plusieurs chantiers. En cette fin de mâtinée, il y a peu de gens à flâner, tout le monde est au travail. On découvre en fait tout un ensemble de bâtiments blancs, d&#8217;une architecture minimale, qui semblent à la fois tout autant dédié à l&#8217;habitation qu&#8217;au commerce. L&#8217;ensemble forme un grand quadrilatère partagé entre trois rues dans un sens, et quatre dans l&#8217;autre. En rez-de-chaussée, les commerces de deux rues sont consacrées à des <em>car-fixers </em>(tuning et entretien); ceux des deux autres rues sont consacrées à des brocanteurs qui vont chercher des vieux meubles dans les villages. Pourquoi cette spécialisation ici, mystère ? On nous répond que c&#8217;est comme ça, non pas de tout temps, mais depuis 2005, date de la construction de ce village de commerces ! Les habitations, modestes, sont à l&#8217;étage, accessibles par un escalier en pierre qui monte sur le côté de chaque immeuble.<br />
Soudain, nous entendons, depuis la rue voisine, des cris de femmes. Je dis à Hong : « Ah, une bagarre de femmes, on va voir !». Las, l&#8217;incident est plus tragique. Un homme a chuté dans l&#8217;un de ces escaliers en pierre et est tombé lourdement, se fracassant le crâne. L&#8217;homme n&#8217;est pas mort, il est inconscient, la tête baignant dans une large flaque de sang&#8230; Et il ronfle, comme s&#8217;il dormait paisiblement ou comme un ivrogne ! Bizarrement, personne n&#8217;ose intervenir et ne sait réellement quoi faire, si ce n&#8217;est de s&#8217;interpeller violemment entre femmes (pour quelles raisons ?). Les agents de sécurité eux-mêmes semblent fort démunis, regardant le gisant, les mains croisés dans le dos. Un homme s&#8217;approche, se penche sur l&#8217;ouvrier, l&#8217;appelle de son nom, pas de réponse évidemment, il n&#8217;insiste pas. Une femme arrive avec une grande serviette, mais personne n&#8217;ose toucher le corps et le soulever. J&#8217;ai déjà vu ce genre de scène en Chine (et même au Japon), des gens victimes d&#8217;un accident ou d&#8217;une crise cardiaque, entourés de badauds hagards, et laissés là, à leur destin, en attendant qu&#8217;une ambulance arrive. Elle arrive justement, à peine dix minutes après l&#8217;accident, une petite ambulance avec juste deux brancardiers. L&#8217;homme est enfourné en 20 secondes, l&#8217;ambulance repart avec une sirène un peu dérisoire. Personne n&#8217;a cherché à accompagner le blessé. Je ne donne pas cher de sa survie. On va chercher du sable pour absorber le sang.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/12/l1110757-copie.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1280" title="Shanghai 2010 © Thierry Girard" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/12/l1110757-copie.jpg?w=383&#038;h=510" alt="" width="383" height="510" /></a></span></p>
<p style="text-align:justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><strong>21 novembre. Don&#8217;t cry Shanghai.</strong></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><strong><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/12/l1110903-copie.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-1297" title="Shanghai 2010 © Thierry Girard" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/12/l1110903-copie.jpg?w=225&#038;h=300" alt="" width="225" height="300" /></a><br />
</strong></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Dimanche 21 novembre. Cela fait six jours qu&#8217;un terrible incendie a détruit une tour d&#8217;habitation dans le district de Jing&#8217;An, au centre de Shanghai, faisant 58 morts, quelques disparus et une centaine de blessés ; essentiellement des personnes âgées, puisque l&#8217;immeuble abritait une majorité d&#8217;enseignants à la retraite. C&#8217;est le plus lourd bilan en Chine pour un incendie de ce type. La catastrophe arrive, est-ce un hasard, tout juste deux semaines après la fin de l&#8217;Expo et la reprise des travaux urbains. Cette tour, emmaillotée d&#8217;échafaudages (comme ses deux sœurs voisines), était l&#8217;objet de travaux de rénovation &laquo;&nbsp;énergétique&nbsp;&raquo;. Le 15 novembre, quatre soudeurs mettent le feu dans les échafaudages et s&#8217;enfuient illico sans chercher à arrêter l&#8217;incendie, n&#8217;y prévenir qui que ce soit. Le temps qu&#8217;ils redescendent, le feu a déjà pris de l&#8217;ampleur, alimenté par les bâches qui entourent les échafaudages. Les pompiers lutteront tout le reste de la journée et toute la nuit pour éteindre l&#8217;incendie. Depuis le quartier où je vis, j&#8217;ai simplement remarqué que le ciel me semblait plus rouge que d&#8217;habitude, mais sans plus : à Shanghai <em>le ciel est rouge </em>la nuit.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/12/sh206-1a-s-72.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1325" title="Shanghai 2010  © Thierry Girard" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/12/sh206-1a-s-72.jpg?w=510&#038;h=412" alt="" width="510" height="412" /></a><span style="color:#808080;">[Par miracle, le vent soufflait dans le bon sens, depuis les tours jumelles vers l'extérieur. Sinon, les deux autres tours se seraient embrasées tout aussi rapidement que la première.]</span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><br />
Mais s&#8217;agit-il simplement d&#8217;un accident malheureux ou faut-il y voir, une fois de plus, le mariage funeste de la concussion et de la négligence habituelles ?<br />
En fait, l&#8217;ensemble résidentiel appartient au district de Jing&#8217;An, l&#8217;un des plus riches, mais aussi notoirement le plus corrompu de Shanghai. Le district a émis un appel d&#8217;offres pour la rénovation des façades et notamment des fenêtres, appel d&#8217;offres remporté par une agence gouvernementale, qui, moyennant commission, refile aussitôt le bébé à une autre entreprise &#8230; qui elle-même sous-traite auprès d&#8217;une troisième entreprise &#8230; qui emploie des travailleurs non-qualifiés (les fameux <em>Mingongs<span style="font-style:normal;">)</span> &#8230;</em> qui ne disposent d&#8217;aucunes consignes de sécurité. Résultat, les quatre soudeurs sont en prison en compagnie de huit cadres des différentes entreprises concernées. Et pendant ce temps-là les shanghaiens pleurent leurs morts. En ce dimanche 21 novembre, jour de repos, ce sont donc des dizaines (centaines ?) de milliers de Shanghaiens qui vont défiler au pied de la tour calcinée, sous un ciel très gris, presque opaque, comme si toute la fumée de l&#8217;incendie était restée. Il y a évidemment plusieurs centaines (milliers ?) de policiers, qui quadrillent et surveillent la foule, l&#8217;obligeant à faire un large détour pour être finalement canalisée entre deux rangées de barrières et d&#8217;hommes en uniforme, côte à côte, qui empêchent les resquilleurs et essayent de maintenir ce flot humain dans un mouvement continu. Certains vendent, d&#8217;autres distribuent des chrysanthèmes jaunes et surtout blancs, couleur de deuil. Je me mêle à la foule avec quatre chrysanthèmes blancs que je mets sur mon trépied, à l&#8217;épaule, pendant que j&#8217;essaye de photographier, malgré la lumière défaillante, avec mon petit numérique. Cela me vaut d&#8217;être arroseur arrosé, photographe photographié à de multiples reprises. Dans les rues adjacentes, de petits groupes se forment autour de banderoles et de calicots de soutien, ou autour d&#8217;habitants (du quartier, des tours ?) qui racontent avec force gestes “leur“ incendie tout en montrant régulièrement la tour infernale. Parfois les voix s&#8217;élèvent, on sent bien qu&#8217;il y a de la colère, personne n&#8217;est dupe, tout le monde se doute que ce genre d&#8217;accident n&#8217;est pas le seul fait du hasard, mais jusqu&#8217;où et comment l&#8217;exprimer alors que tout le monde, médias officiels et autorités politiques compris, ne cessent d&#8217;exprimer sa compassion ?</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/12/l1110931copie1.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1303" title="Shanghai 2010 © Thierry Girard" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/12/l1110931copie1.jpg?w=383&#038;h=510" alt="" width="383" height="510" /></a></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> La procession se termine au pied de la tour, à quelques mètres de la carcasse noircie qui sent encore l&#8217;odeur âcre du brûlé. Chacun dépose ses chrysanthèmes sur l&#8217;impressionnant amoncellement de fleurs. Quelques gerbes plus élaborées sont apportées par les familles des victimes qui ont le droit d&#8217;accéder directement à la tour. Une famille arrive derrière deux grandes gerbes blanches : femmes éplorées, hommes dignes, chacun tenant dans ses mains jointes un petit bâton d&#8217;encens. Ici, le portrait d&#8217;une femme, plus loin quatre grands caractères chinois composés de fleurs jaunes, et puis, ces deux posters accrochés chacun à une gerbe : <em>Don&#8217;t cry Shanghai, don&#8217;t cry&#8230;</em></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><em><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/12/l1110947-copie.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1300" title="Shanghai 2010 © Thierry Girard" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/12/l1110947-copie.jpg?w=287&#038;h=510" alt="" width="287" height="510" /></a><br />
</em></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><em><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/12/l1110954-copie.jpg"><span style="color:#333333;"><img class="aligncenter size-full wp-image-1296" title="Shanghai 2010 © Thierry Girard" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/12/l1110954-copie.jpg?w=287&#038;h=510" alt="" width="287" height="510" /></span></a></em></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#993300;"><em>Toutes les photographies sont © Thierry Girard. Aucune utilisation des textes et des photographies ne peut être faite sans l&#8217;accord préalable de l&#8217;auteur.</em></span></p>
<br />Filed under: <a href='http://wordspics.wordpress.com/category/chine/'>Chine</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/category/daybook/'>Daybook</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/category/du-cote-des-autres/'>Du côté des autres</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/category/photographie/'>Photographie</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/category/shanghai/'>Shanghai</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/category/statement/'>Statement</a> Tagged: <a href='http://wordspics.wordpress.com/tag/chine/'>Chine</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/tag/mingongs/'>Mingongs</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/tag/paysage-urbain/'>paysage urbain</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/tag/photographie/'>Photographie</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/tag/shanghai/'>Shanghai</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/tag/thierry-girard/'>Thierry Girard</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/tag/urbanisation/'>urbanisation</a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/wordspics.wordpress.com/1246/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/wordspics.wordpress.com/1246/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/wordspics.wordpress.com/1246/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/wordspics.wordpress.com/1246/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/wordspics.wordpress.com/1246/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/wordspics.wordpress.com/1246/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/wordspics.wordpress.com/1246/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/wordspics.wordpress.com/1246/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/wordspics.wordpress.com/1246/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/wordspics.wordpress.com/1246/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/wordspics.wordpress.com/1246/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/wordspics.wordpress.com/1246/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/wordspics.wordpress.com/1246/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/wordspics.wordpress.com/1246/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=wordspics.wordpress.com&amp;blog=2367462&amp;post=1246&amp;subd=wordspics&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>Jours tranquilles à Bègles</title>
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		<pubDate>Fri, 22 Oct 2010 14:32:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>wordspics</dc:creator>
				<category><![CDATA[Déjà]]></category>
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		<description><![CDATA[Bègles © Thierry Girard 2008 Jours tranquilles à Bègles… Ce titre fait évidemment référence au récit d’Henry Miller qui se passe à Clichy*, petite ville de banlieue, séparée de sa métropole comme l’est Bègles vis-à-vis de Bordeaux par une “barrière“ et un boulevard circulaire. Lors de ses années parisiennes, Henry Miller y a partagé un [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=wordspics.wordpress.com&amp;blog=2367462&amp;post=1205&amp;subd=wordspics&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><strong><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/10/b038-1a-m-copie.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1223" title="Bègles © Thierry Girard 2008" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/10/b038-1a-m-copie.jpg?w=510&#038;h=408" alt="" width="510" height="408" /></a></strong></span><span style="color:#808080;">Bègles © Thierry Girard 2008</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><strong>Jours tranquilles à Bègles</strong>… Ce titre fait évidemment référence au récit d’Henry Miller qui se passe à Clichy*, petite ville de banlieue, séparée de sa métropole comme l’est Bègles vis-à-vis de Bordeaux par une “barrière“ et un boulevard circulaire.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Lors de ses années parisiennes, Henry Miller y a partagé un modeste appartement avec un autre apprenti écrivain, dépensant sa maigre fortune en vins, bombances et femmes. Il eût été à Bordeaux, comme Hölderlin en son temps, je l’imagine bien, vivant à Bègles, entouré d’amis joyeux et libres d’esprit, et filant régulièrement vers la gare Saint-Jean se jeter dans les rets de la première courtisane venue.</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/10/b003-2b-m.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1210" title="Bègles © Thierry Girard 2008" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/10/b003-2b-m.jpg?w=510&#038;h=411" alt="" width="510" height="411" /></a></span><span style="color:#808080;">Bègles © Thierry Girard 2008</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Il m’est apparu très vite que cette petite ville de tradition ouvrière, sise en bord de Garonne, ne présentait pas les caractéristiques d’une banlieue sinistrée, ghettoïsée, livrée aux violences du mépris, du désespoir et de la misère, et à leurs dérives. L’histoire de Bègles est marquée à la fois par les sécheries de morue et par la forte présence des cheminots qui en firent pendant quelques décennies une plaie rouge vif sur la ceinture de la bourgeoise Bordeaux. D’où une image exécrée et une réputation sulfureuse que les villes limitrophes n’ont jamais partagé à ce point. Et si l’on bâtit, au sortir de la guerre, des cités pour abriter ce qu’on appelait encore la classe ouvrière —et plus tard, tous ces exilés chassés par la misère des autres mondes—, celles-ci ne furent jamais à la taille de ces grands ensembles qui passèrent en quelque temps de l’utopie au désastre. Cela ne veut pas dire que tout fût ou que tout est tranquille : il m’arriva de le mesurer, lorsque souhaitant photographier les habitants de telle ou telle cité, je me heurtai à des refus constants et répétés, et à quelques menaces verbales me faisant comprendre que je n’étais pas <em>persona grata</em>.</span></p>
<p style="text-align:center;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/10/b120-1b-m1.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-1228" title="Bègles © Thierry Girard 2008" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/10/b120-1b-m1.jpg?w=300&#038;h=245" alt="" width="300" height="245" /></a><span style="color:#808080;">Aadel et Farah R. © Thierry Girard 2008</span></p>
<p style="text-align:center;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/10/b013-4c-m.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1212" title="Bègles © Thierry Girard 2008" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/10/b013-4c-m.jpg?w=510&#038;h=413" alt="" width="510" height="413" /></a><span style="color:#808080;">Bègles © Thierry Girard 2008</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Mais justement, hors ces tensions habituelles —que la politique de renouvellement urbain est censée normalement apaiser—, il m’a semblé que l’esprit de village prévalait sur toute autre chose ; et j’aurais sans doute fait un contresens si, pour me mettre au diapason de l’air du temps, j’avais décidé de focaliser ce projet sur le mal-être des cités ou de la banlieue, en sachant par ailleurs l’ambiguïté de ce genre de démarche où l’empathie, voire l’engagement, peuvent être facilement détournés. Nous savons bien la difficulté à photographier, filmer une cité, interviewer ses habitants, et quelques exemples récents nous montrent que les meilleures intentions sont parfois récupérées de telle sorte qu’elles s’avèrent contre-productives. Ce n’était pas en tout cas le lieu d’une telle approche.</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/10/b127-1a-m-copie.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-1218" title="Bègles © Thierry Girard 2008" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/10/b127-1a-m-copie.jpg?w=300&#038;h=240" alt="" width="300" height="240" /></a></span><span style="color:#808080;">Bègles © Thierry Girard 2008</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/10/b038-2a-m1.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-1219" title="Bègles © Thierry Girard 2008" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/10/b038-2a-m1.jpg?w=300&#038;h=236" alt="" width="300" height="236" /></a><span style="color:#808080;">Lyonel M. et sa femme © Thierry Girard 2008</span><br />
</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Bègles, c’est aussi une réalité topographique particulière, à savoir un tissu urbain éclaté, déstructuré, comme si la ville s’était construite par raboutages successifs de hameaux et de villages, sans qu’il y ait eu, jusqu’à très récemment, une réelle logique d’organisation urbaine ; ne serait-ce que par la création d’un vrai centre ou par une réflexion sur le mitage de l’espace disponible, entre entreprises et entrepôts, par une théorie de petites maisons modestes, souvent bricolées, qui ont fini par étouffer ce qu’il restait d’échoppes bordelaises traditionnelles et de maisons de maître. Il faut reconnaître aussi que le vaste réseau ferroviaire qui traverse et scinde la ville n’a guère aidé les choses. De fait, il m’est rarement arrivé de photographier une ville (25 000 habitants quand même) qui ressemble aussi peu à une ville, mais c’est ce qui en fait aussi son charme et lui confère justement cet esprit de village que j’évoquais plus haut.</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/10/b045-1b-m.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-1222" title="Bègles © Thierry Girard 2008" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/10/b045-1b-m.jpg?w=240&#038;h=300" alt="" width="240" height="300" /></a></span><span style="color:#808080;">Audrey Joussain, artiste plasticienne © Thierry Girard 2008</span></p>
<p style="text-align:center;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/10/b023-2b-m-copie.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-1229" title="Bègles © Thierry Girard 2008" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/10/b023-2b-m-copie.jpg?w=244&#038;h=300" alt="" width="244" height="300" /></a><span style="color:#808080;">Sculpture d&#8217;A.J. © Thierry Girard 2008</span></p>
<p style="text-align:center;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/10/b095-2c-m.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-1225" title="Bègles © Thierry Girard 2008" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/10/b095-2c-m.jpg?w=244&#038;h=300" alt="" width="244" height="300" /></a><span style="color:#808080;">Elza B., professeure de danse orientale  © Thierry Girard 2008</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Le parcours photographique s’est construit peu à peu, au gré des déambulations et des rencontres, le photographe étant un peu comme l’écrivain arpentant la ville, guidé par un subtil mélange d’improvisation et d’organisation. J’échappai cependant à la solitude du piéton en me glissant parfois entre gradins et pelouse un jour de rugby, entre scène et foule enthousiaste, légèrement hallucinée, un soir de concert au parc de Mussonville, dans les coulisses du cirque Romanès qui prit une année ses quartiers d’hiver au bord du lac de Bègles, ou dans les ateliers des artistes de l<a href="http://www.lamoruenoire.fr/">a Morue noire</a>. J’en rapportai quelques images.</span></p>
<p style="text-align:center;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/10/b066-1a-s-copie.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-1244" title="Bègles Romanès © Thierry Girard 2008" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/10/b066-1a-s-copie.jpg?w=300&#038;h=236" alt="" width="300" height="236" /></a><span style="color:#808080;">Le cirque Romanès © Thierry Girard 2008</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/10/b062-4a-s.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-1215" title="Bègles © Thierry Girard 2008" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/10/b062-4a-s.jpg?w=300&#038;h=228" alt="" width="300" height="228" /></a></span><span style="color:#808080;">La jeune acrobate du cirque Romanès © Thierry Girard 2008</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Au hasard des rues, des immeubles, des rendez-vous promis, souvent reportés, parfois manqués, ce qui se met en place s’épure aussi d’une tentation vite refoulée, celle de suivre des moments de vie, au travail, chez soi, dans des lieux de loisirs, dont le bout à bout aurait pu constituer une autre façon de représenter les jours à Bègles. Dans le choix esthétique opéré, les portraits posés ont quelque chose de plus énigmatique, de moins anecdotique, tout comme les paysages qui finissent par échapper à leur transparence documentaire pour devenir les lieux d’une fiction possible. Au fond, il me plairait sans doute de donner cette matière brute, sans légendes, à un écrivain, à un Miller d’aujourd’hui qui en ferait le miel de ses pérégrinations fantasmagoriques.</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/10/b089-4a-m1.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1232" title="Bègles © Thierry Girard 2008" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/10/b089-4a-m1.jpg?w=417&#038;h=510" alt="" width="417" height="510" /></a> <span style="color:#808080;">Bernard Ouvrard, artiste peintre © Thierry Girard 2008</span></span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/10/b121-3a-m.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1213" title="Bègles © Thierry Girard 2008" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/10/b121-3a-m.jpg?w=510&#038;h=415" alt="" width="510" height="415" /></a><span style="color:#808080;">Bègles © Thierry Girard 2008</span><br />
</span></p>
<p style="text-align:justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#993300;">Ce projet s&#8217;est fait sur une proposition de Noël Mamère, le député-maire de Bègles, que j&#8217;avais rencontré&#8230; au Japon, en 2005, alors que j&#8217;exposais mon travail sur <em>La Route du Tôkaidô</em> dans le Pavillon français de l&#8217;Exposition universelle à Aichi.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#993300;">Hormis quelques compléments, la plupart des photographies ont été prises entre mars 2007 et décembre 2008.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#993300;">Une exposition de ce travail est prévue au BT 20 des Terres Neuves à Bègles du 27 novembre au 12 décembre 2010, vernissage le 3 décembre.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#993300;">Un catalogue de 40 pages sera édité à l&#8217;occasion par <em>Trans Photographic Press</em>.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#993300;">Une nouvelle galerie de mon site web sera mise en ligne fin novembre.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#993300;">* Henry Miller, <em>Jours tranquilles à Clichy </em>(Christian Bourgois éditeur).</span></p>
<p style="text-align:center;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/10/b034-4b-m-copie.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-1235" title="Bègles © Thierry Girard 2008" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/10/b034-4b-m-copie.jpg?w=300&#038;h=243" alt="" width="300" height="243" /></a><span style="color:#808080;">Bègles © Thierry Girard 2008</span></p>
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		<title>Arles 2010 : quelques bonheurs dans une pléthore d’images.</title>
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		<pubDate>Wed, 28 Jul 2010 12:13:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>wordspics</dc:creator>
				<category><![CDATA[Du côté des autres]]></category>
		<category><![CDATA[Exposition]]></category>
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		<category><![CDATA[Photographie]]></category>
		<category><![CDATA[Clément Chéroux]]></category>
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		<category><![CDATA[Rencontres d'Arles]]></category>

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		<description><![CDATA[Arles 2010 © Thierry Girard Le rhinocéros rose qui a fini dans la fontaine de la place de la République n’était pas finalement le mastodonte « lourd et piquant » qui nous était promis. La seule chose vraiment « lourde » de ces Rencontres 2010, c’était le nombre pléthorique des expositions, même si en bon petit soldat j’ai réussi [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=wordspics.wordpress.com&amp;blog=2367462&amp;post=1157&amp;subd=wordspics&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:center;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/07/l1100313-copie.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-1166" title="Arles 2010 © Thierry Girard" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/07/l1100313-copie.jpg?w=235&#038;h=300" alt="" width="235" height="300" /></a><span style="color:#808080;">Arles 2010 © Thierry Girard</span></p>
<h1 style="text-align:justify;"><span style="font-weight:normal;font-size:13px;"><span style="color:#333333;">Le rhinocéros rose qui a fini dans la fontaine de la place de la République n’était pas finalement le mastodonte « lourd et piquant » qui nous était promis. La seule chose vraiment « lourde » de ces <a href="http://www.rencontres-arles.com/A09/C.aspx?VP3=CMS&amp;ID=A09P597">Rencontres 2010</a>, c’était le nombre pléthorique des expositions, même si en bon petit soldat j’ai réussi à presque tout voir en trois jours ; et le seul oubli que je regrette vraiment, c’est l’exposition consacrée à <a href="http://www.paolowoods.net/">Paolo Woods</a>, malencontreusement zappée lors de mon ultime cheminement. Bon, je l’admets, je suis passé parfois un peu au pas de course ! Mais ce n’était que pour mieux disposer de mon temps pour les expositions qui le méritaient vraiment. Et c’est bien là le problème des Rencontres d’Arles aujourd’hui, ce choix vers toujours plus d’images à montrer qui engendre de fait des expositions inégales et empêche vraisemblablement l’avènement d’expositions majeures qui nécessiteraient des budgets et un commissariat dignes de ce nom. Encore que l’argent ne manque pas, ne manque plus. Nous sommes loin de la quasi-faillite d’une époque pas si lointaine et ce qui s&#8217;annonce dans un futur proche ne peut que nous rassurer sur la pérennité des Rencontres. Mais j’ai tendance à considérer qu’avec le même budget, on pourrait faire un peu moins d&#8217;expos mais plus majeures : </span><em><span style="color:#333333;">plus lourd et plus piquant</span></em><span style="color:#333333;"> en quelque sorte.</span></span></h1>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Par ailleurs, est-ce l’air du temps et les effets de la crise qui rendent un peu plus solidaires les acteurs du milieu photographique ? Il m’a semblé, notamment à la lecture des critiques dans la presse et sur le web, que si personne n’osait écrire que ce cru 2010 resterait mémorable (loin s’en faut), je n’ai pas lu non plus de papiers vraiment assassins —Ah, l’époque où l’on se précipitait sur Libé ou sur le Monde dès le lendemain du vernissage pour savoir à qui était destiné le bonnet d’âne ! Cela dit, plus il y a d’expos, plus chacun trouve son ou ses petits bonheurs et passe par pertes et profits ses ires et ses déceptions… On a alors, comme cette année, des Rencontres certes consensuelles, mais un peu molles. Et il me semble, pour en revenir à la question de la “critique“, que les propos lus étaient plutôt de cette teneur, mettant en avant la poignée d’expos qui ne pouvaient pas fâcher et sur lesquelles tout le monde pouvait s’accorder, et n’insistant pas sur ce qui pouvait susciter si ce n’est quelque polémique, du moins quelque utile interrogation. Il y eut même sur un site web, que j’apprécie beaucoup par ailleurs, un côté un peu brosse à reluire dans les éditos… </span><span style="color:#333333;">Sans doute que face à l’adversité, à la crise, aux menaces diverses qui pèsent sur la “profession“ et que le discours du Ministre, plutôt bien accueilli, ne suffit pas à dissiper, on préfère entonner : « Tout le monde, il est beau ; tout le monde, il est gentil ».</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/07/l1100065-copie.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-1167" title="Arles 2010 © Thierry Girard" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/07/l1100065-copie.jpg?w=225&#038;h=300" alt="" width="225" height="300" /></a><span style="color:#808080;">L&#8217;UPC donne le ton&#8230;Arles 2010 © Thierry Girard</span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">J’ai laissé passer trois bonnes semaines avant de faire le bilan de mes bonheurs et de mes déceptions, et finalement mes impressions initiales n’ont guère été modifiées. Dans ma première poignée de bonheurs on trouve Giacomelli, la collection Marin Karmitz, Sluban, Shoot (la photographie existentielle) et la soirée consacrée au film sur Vik Muniz ! En écrivant cela, j’ai le sentiment que la majorité de ceux qui sont passés par Arles seront d’accord avec moi. C’est sur le reste sans doute que ça coincera !</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><strong>Mario Giacomelli</strong> au Méjan. Rien à redire. La plus belle rétrospective que j’ai jamais vue de son œuvre (si ce n’est une exposition ancienne au palais de Tokyo, mais que je ne saurais plus vraiment décrire). Grande qualité et grande uniformité des tirages présentés, ce qui est loin d’être toujours le cas, notamment dans les foires où certains galeristes vendent le banc et l’arrière-banc des tirages de M.G. La grande vertu de cette rétrospective, c’est de montrer des séries “complètes“, dans l’ordre et avec le nombre d’images que souhaitait Giacomelli. Ce qui permet aussi de découvrir des images, peut-être pas inédites, mais en tout cas moins connues ; et j’avoue pour ma part avoir découvert ici ou là quelques joyaux qui m’ont laissé pantois. Dans les premières photographies (</span><em><span style="color:#333333;">La Fille du pêcheur</span></em><span style="color:#333333;">), dans la série sur </span><em><span style="color:#333333;">Lourdes</span></em><span style="color:#333333;"> ou celle intitulée </span><em><span style="color:#333333;">La Mort aura tes yeux</span></em><span style="color:#333333;">, et bien évidemment dans la magnifique série sur </span><em><span style="color:#333333;">Scanno</span></em><span style="color:#333333;">, ce petit village italien sur lequel Giacomelli a beaucoup travaillé. Sans oublier certains paysages magnifiques, que je ne connaissais pas, la série </span><em><span style="color:#333333;">À Silvia </span></em><span style="color:#333333;">(1987), et surtout les dernières séries faites peu de temps avant son décès : </span><em><span style="color:#333333;">Tout comme la Mort </span></em><span style="color:#333333;">(1999) et </span><em><span style="color:#333333;">Retour </span></em><span style="color:#333333;">(1999-2000).<br />
</span><span style="color:#333333;">On retrouve tout cela dans le livre très complet, édité chez Actes-Sud où malheureusement les blancs sont trop blancs et les noirs trop noirs —comme cela arrive souvent dans les publications sur Giacomelli—, alors que l’on voit bien sur les beaux tirages présentés que le blanc est “cassé“ et que le noir n’est pas opaque.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Cette tension du noir et du blanc, du blanc comme petite flamme de vie dans l’obscurité sans fin d’un monde dont le soleil se serait définitivement absenté, on la retrouve avec bonheur dans la très belle exposition consacrée aux </span><em><span style="color:#333333;">Transsibériades </span></em><span style="color:#333333;">de <strong>Klavdij Sluban</strong>. J’avais vu récemment l’exposition </span><em><span style="color:#333333;">De Transverses à Transsibériades</span></em><span style="color:#333333;"> qui était présentée à la base sous-marine de Bordeaux dans le cadre du festival </span><em><span style="color:#333333;">Itinéraires des photographes voyageurs</span></em><span style="color:#333333;"> —c’en était d’ailleurs l’exposition phare—; et si j’avais, une fois de plus, apprécié la très grande qualité du travail de Klavdij, dans une large sélection qui permettait là aussi de découvrir ou redécouvrir des images moins connues, j’avais été agacé par un éclairage de loupiotte spot et trop “chaude“, qui ne faisait qu’inutilement accentuer une atmosphère de fin du monde déjà bien entretenue par les cimaises noires de la base sous-marine. Au détriment de la chair de l’image, de sa qualité plastique, de la subtilité des demi-teintes. Rien de tout cela en Arles : le magasin électrique du Parc des Ateliers est lumineux à souhait et les magnifiques tirages digigraphiques au charbon concoctés par Picto donnent à ce travail une ampleur jamais vue auparavant. La numérisation permet d’augmenter la taille habituelle des tirages de Sluban sans perte de matière. Au contraire même, puisque toute la richesse de négatifs “délicats“ à tirer s’en trouve bonifiée. Malheureusement pour Sluban, le magasin électrique se trouve tout au bout des Ateliers Sncf et, sous la chaleur arlésienne, malgré les petits véhicules électriques mis à la disposition du public, on sentait bien que d’aucuns hésitaient à affronter la canicule et la distance. Et les autres expositions de l’Atelier 24 n’invitaient pas forcément au déplacement, qu’il s’agisse de l’exposition auto-promotionnelle de Picto ; de l’exposition </span><em><span style="color:#333333;">arty </span></em><span style="color:#333333;">des invités de Patrick Bouchain, un peu vaine et prétentieuse ; ou de l’exposition rigoureuse, intelligente mais un brin chiante de François Deladerrière sur Nice et la Savoie, où il manque toujours le détail, le jeu de lumière qui font basculer l’image dans autre chose que la simple objectivité documentaire —du coup, on accordait plus d&#8217;intérêt aux représentations de gravures anciennes qui avaient servi de référence qu&#8217;aux photographies contemporaines. L&#8217;exposition est accompagnée d&#8217;un beau livre, également édité chez Actes-Sud.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Après les </span><em><span style="color:#333333;">Transverses </span></em><span style="color:#333333;">de Sluban, restons dans les méandres des parcours silencieux avec </span><em><span style="color:#333333;">Traverses</span></em><span style="color:#333333;">, <strong>la collection photographique de Marin Karmitz</strong>, qui bénéficie d’une très belle scénographie dans l’église des Frères Précheurs. Ambiance semi-obscure et labyrinthique qui sied aux œuvres présentées. Cette exposition aurait eu tout à fait sa place dans l’édition 2009 des Rencontres, puisque nombre des artistes élus dans cette collection étaient déjà présents l’année dernière (Michael Ackerman, Antoine d’Agatha, Anders Petersen, Dieter Appelt, Gotthard Schuh), et que les autres auraient très bien pu y être (Annette Messager, Christian Boltanski, Johan Van der Keuken, Chris Marker, Christer Strömholm, Larry Fink etc.). Ce qui est remarquable, c’est à la fois la cohérence globale de la collection, d’une génération d’artistes à l’autre, la non-distinction —bien notée par Christian Caujolle, le commissaire associé de l’exposition— entre photographie </span><em><span style="color:#333333;">d’art </span></em><span style="color:#333333;">et photographie </span><em><span style="color:#333333;">documentaire </span></em><span style="color:#333333;">; et la fidélité de Marin Karmitz à ceux qu’il choisit, y compris les plus jeunes — J’ai cité Ackerman et d’Agatha, on peut citer aussi Faigenbaum dont le travail récent me laisse par ailleurs toujours aussi dubitatif…<br />
Les chapelles de l’église accueillait des installations particulièrement réussies du couple Messager-Boltanski (chacun sa chapelle) ; les tirages de Van der Keuken étaient d’une belle élégance, l&#8217;ensemble consacré à Dieter Appelt absolument magnifique, et la maquette-accordéon </span><em><span style="color:#333333;">d’Half Life</span></em><span style="color:#333333;"> de Michael Ackerman joliment mise en valeur.</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/07/l1100089.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1170" title="Arles 2010 © Thierry Girard" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/07/l1100089.jpg?w=510&#038;h=383" alt="" width="510" height="383" /></a><span style="color:#808080;">Michael Ackerman </span><em><span style="color:#808080;">in </span></em><span style="color:#808080;">Traverses. Arles 2010 © Thierry Girard<br />
<a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/07/l1100102-copie.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-1171" title="Arles 2010 © Thierry Girard" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/07/l1100102-copie.jpg?w=225&#038;h=300" alt="" width="225" height="300" /></a>Dieter Appelt <em>in </em>Traverses. Arles 2010 © Thierry Girard </span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Quand à </span><em><span style="color:#333333;"><strong>Shoot</strong></span></em><span style="color:#333333;">, ce fut sans doute l’exposition la plus inattendue, la plus intelligente et la plus ludique de ce cru 2010. Clément Chéroux, son commissaire, a fait un travail remarquable d’intelligence théorique autour de cette question du </span><em><span style="color:#333333;">tir photographique </span></em><span style="color:#333333;">dans les fêtes foraines qu’il assimile à un acte métaphorique existentiel et dont il nous fournit la preuve à travers plusieurs déclinaisons. Dans le catalogue des Rencontres, Chéroux écrit : « Le dispositif repose sur un étrange face-à-face entre le tir et la photographie, deux pratiques gémellaires comme en témoigne leur communauté de vocabulaire : shooter, viser, recharger, etc. Dans ce duel à mort naît pourtant une image. En regardant après coup son portrait, le tireur se trouve à son tour mis en joue. C’est sur lui-même qu’il fait désormais feu ». Dans les séries proposées, on peut distinguer trois ensembles : les photographies anonymes avec notamment cette série consacrée à Ria van Dijk, une batave ordinaire qui, sur plus de soixante années, accumule un nombre impressionnant de photographies de tirs réussis. On la voit vieillir année après année et, il me semble, devenir toujours plus “tueuse“. On la voit aussi devenir elle-même un phénomène de foire et être désormais entourée, à chacun de ses tirs —­elle a aujourd’hui près de 90 ans— de son fan-club !<br />
Le deuxième ensemble regroupe des photos d’artistes, d’écrivains et d’intellectuels s’essayant au tir : Robert Frank, Delpire, Deleuze, Sartre et Beauvoir, Man Ray, HCB, etc. La liste est longue, mais la projection est rapide… Comme le tir.<br />
</span><span style="color:#333333;">Enfin, troisième ensemble, les artistes qui s’approprient le principe du tir, photographique ou non (ainsi, Nikki de Saint-Phalle tire sur des outres remplies de peinture qui, en crevant, libèrent le flot épais des couleurs sur une toile). À cet égard, les deux approches qui m’ont semblé les plus remarquables sont celle de Jean-François Lecourt qui se “flingue“ en tirant sur des polaroïds dont l’éclatement des pigments accentue la brutalité du geste ; et surtout celle de Rudolph Steiner qui est lui un adepte du tir “propre“ mais toujours précis, le mille de la cible étant la tête de l’artiste, et sans doute celle du spectateur puisqu&#8217;il nous vise autant qu&#8217;il se vise, genre tueur masqué surgi de l&#8217;ombre. La série s’intitule : </span><em><span style="color:#333333;">Des images de moi, en train de me tirer le portrait </span></em><span style="color:#333333;">(1997).</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/07/l1100217-copie.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-1172" title="Arles 2010 © Thierry Girard" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/07/l1100217-copie.jpg?w=225&#038;h=300" alt="" width="225" height="300" /></a><span style="color:#808080;">Détail d&#8217;une œuvre de Rudolph Steiner </span><em><span style="color:#808080;">in </span></em><span style="color:#808080;">Shoot. Arles 2010 © Thierry Girard</span></span></p>
<p style="text-align:center;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/07/l1100204-copie1.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1174" title="Arles 2010 © Thierry Girard" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/07/l1100204-copie1.jpg?w=383&#038;h=510" alt="" width="383" height="510" /></a><span style="color:#808080;">Oeuvre de Jean-François Lecourt </span><em><span style="color:#808080;">in </span></em><span style="color:#808080;">Shoot. Arles 2010 © Thierry Girard</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">L’expo se termine avec un vrai stand de tir photographique où chacun s’essaye, moyennant deux ou quatre euros —mais j’ai vu aussi des accros— à l’autoportrait dans le mille. Et il y a du monde à faire la queue pour le tir existentiel…</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/07/l1100220-copie.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-1177" title="Arles 2010 © Thierry Girard" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/07/l1100220-copie.jpg?w=225&#038;h=300" alt="" width="225" height="300" /></a><span style="color:#808080;">Arles 2010 © Thierry Girard</span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">La dernière pépite est un film, celui que la cinéaste Lucy Walker a consacré à l’opération menée par <strong>Vik Muniz</strong> sur la plus grande décharge du monde près de Roi de Janeiro. Ce film, <em><strong><a href="http://www.wastelandmovie.com/">Wasteland</a></strong></em><strong> </strong>—dont la matière filmique va bien au-delà du film documentaire traditionnel— retrace depuis sa genèse jusqu’à son achèvement une véritable </span><em><span style="color:#333333;">geste </span></em><span style="color:#333333;">artistique dont au départ personne, y compris l’artiste, ne soupçonne qu’elle prendra une telle ampleur en changeant à ce point la vie de ses protagonistes : en l&#8217;occurrence, des </span><em><span style="color:#333333;">cataderos</span></em><span style="color:#333333;">, ces ramasseurs de déchets “recyclables“ (c’est très important dans l’histoire) qui sont en quelque sorte les héros de cette aventure. Au départ simples modèles, prétextes, puis peu à peu acteurs et co-créateurs des œuvres de Vik. Leur vie est évidemment, pour la plupart d’entre eux, bouleversée par cette expérience ; leur jugement sur l’art contemporain est radicalement transformé, mais on peut dire aussi que l’œuvre de Muniz prend de ce fait une autre épaisseur et que notre propre regard sur l’artiste s’est lui-même bonifié. Nous sommes, avec ces portraits de </span><em><span style="color:#333333;">cataderos</span></em><span style="color:#333333;"> qui posent en Marat assassiné dans sa baignoire, en Madone avec ses enfants, en repasseuse de Degas etc., bien loin des Marylin post-warholiennes en chocolat ou en confiture. Là, dans un immense hangar, les </span><em><span style="color:#333333;">cataderos </span></em><span style="color:#333333;">participent à la création de leurs propres portraits avec les déchets qu’ils ont eux-mêmes ramassés. La mise en forme se fait à partir de la projection d’une photo sur le sol et d’un dessin, d’une esquisse de Muniz. On regrette même que les œuvres originelles, photographiées par Muniz pour en faire l’œuvre définitive, soient après coup détruites, tant elles sont magnifiques.<br />
À moins qu’il ne sache parfaitement jouer les faux naïfs, il m’a semblé que Vik Muniz était parfois dépassé par les conséquences de sa belle idée, comme s’il avait mis en marche une machine qui allait au-delà de ses espérances initiales. Il y a la geste artistique, il y a aussi le geste social puisque Vik Muniz remet à chacun une œuvre et que les bénéfices de la première vente aux enchères reviennent aux </span><em><span style="color:#333333;">cataderos </span></em><span style="color:#333333;">; ou du moins, à l’association, au syndicat des ramasseurs de déchets dont le sympathique </span><em><span style="color:#333333;">leader</span></em><span style="color:#333333;"> (le Marat du film) semble désormais promis à un bel avenir syndical et politique. À la Lula ? La projection se termine avec une </span><em><span style="color:#333333;">standing ovation </span></em><span style="color:#333333;">méritée, en présence de l’artiste et de la cinéaste.</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/07/l1100166-copie.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-1178" title="Arles 2010 © Thierry Girard" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/07/l1100166-copie.jpg?w=300&#038;h=225" alt="" width="300" height="225" /></a><span style="color:#808080;">François Hebel, Lucy Walker, Vik Muniz et X. lors de la soirée du 9 juillet. Arles 2010 © Thierry Girard</span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Dans une autre poignée de petits bonheurs, on peut inscrire la découverte de l’œuvre secrète d’<strong>Ernst Haas</strong>. Des photos prises en passant, entre deux commandes, comme en font tous les photographes. Mais là où le photographe professionnel avait fini par lasser à force d’effets et de sucreries photographiques, le photographe amateur (au bon sens du terme) nous surprend et nous réjouit. Il y a là quelques vrais petits chefs-d’œuvre. Le catalogue fait allusion à Eggleston ou Meyerowitz, mais les nombreuses photographies faites à New York ou à Chicago avec des ombres, des reflets, des compositions complexes, me font surtout penser à Saul Leiter. Et puis un magnifique paysage nocturne, </span><em><span style="color:#333333;">Western Skyes motel, Colorado </span></em><span style="color:#333333;">(1978) que j’aurais bien aimé pouvoir emporter sous le bras.</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/07/l1100304-copie-2.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1179" title="Arles 2010 © Thierry Girard" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/07/l1100304-copie-2.jpg?w=510&#038;h=473" alt="" width="510" height="473" /></a><span style="color:#808080;">Reflet arlésien dans </span><em><span style="color:#808080;">Western Skies Motel <span style="font-style:normal;">d&#8217;Ernst Haas</span>. </span></em><span style="color:#808080;">Arles 2010 © Thierry Girard</span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Quelques autres pépites également dans <strong>la collection Polaroïd</strong>, </span><em><span style="color:#333333;">en péril !</span></em><span style="color:#333333;"> Comme l’indique le titre de l’exposition. Une collection unique et formidable dont une partie est en dépôt au musée de l’Élysée à Lausanne, mais qui pourrait être vendue aux enchères prochainement.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><em><span style="color:#333333;"><strong>I&#8217;m a cliché</strong>,</span></em><span style="color:#333333;"> sous-titrée</span><em><span style="color:#333333;"> échos de l&#8217;esthétique punk,</span></em><span style="color:#333333;"> est loin d&#8217;être une mauvaise exposition, même si son bazar punko-rock&#8217;n roll nous attire plus par la nostalgie qu&#8217;il génère de ces années où nous étions &laquo;&nbsp;beaux et stupides&nbsp;&raquo; —pour reprendre une phrase récente, mais désormais célèbre de Mick Jagger— que par tout ce qui est accroché sur les murs ; malgré les Mapplethorpe, malgré les Tillmans, malgré etc. De fait, le bonheur ce fut surtout de pouvoir entendre et voir —et le plaisir est là sans fin— Lou Reed, Nico, le Velvet, Patti Smith et les autres&#8230;</span></span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/07/l1100240-copie.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-1181" title="Arles 2010 © Thierry Girard" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/07/l1100240-copie.jpg?w=225&#038;h=300" alt="" width="225" height="300" /></a><span style="color:#808080;">Films d&#8217;Andy Warhol : Lou Reed and Nico </span><em><span style="color:#808080;">in </span></em><span style="color:#808080;">I&#8217;m a cliché. Arles 2010 © Thierry Girard</span></span></span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><span style="color:#333333;"><span style="color:#808080;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/07/l1100253-copie.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1182" title="Arles 2010 © Thierry Girard" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/07/l1100253-copie.jpg?w=383&#038;h=510" alt="" width="383" height="510" /></a>Dans l&#8217;exposition <em>I&#8217;m a cliché</em>. Arles 2010 © Thierry Girard</span></span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">La sélection du <strong>Prix Découvertes</strong> et du nouveau <strong>Prix de la Fondation Luma</strong> pouvait laisser perplexe. Outre le fait que la présentation des nominés lors de la soirée du 9 juillet a suscité moult sifflets et un début de bronca —il est vrai que certaines œuvres, privées de leur contexte physique, ont du mal à passer à la projection—, que venait faire Hans-Peter Feldmann, qui est un artiste de renommée internationale, dans cette sélection ? Quid aussi de Leigh Ledare qui fut la révélation “scandaleuse“ d’Arles 2009 et qui n’est, en tout cas pour les habitués des Rencontres, plus une découverte ? Il est par ailleurs intéressant de noter que les choix opérés par des conseillers proches de la Fondation Luma, invités et désignés à ce titre, étaient globalement très orientés vers des artistes qui utilisent la photographie plutôt que vers des photographes </span><em><span style="color:#333333;">stricto sensu</span></em><span style="color:#333333;">. C’est une indication utile pour apprécier la politique à venir de la fondation, dans son futur centre d’art conçu par Frank O. Gehry —et dont la maquette définitive a été dévoilée pendant les Rencontres—, et la manière dont elle risque de peser sur les choix artistiques des prochaines Rencontres. Comme s’il fallait s’attendre à une nouvelle partition des tâches entre Perpignan et Arles : au premier, le reportage pur et dur, étendu à la photographie documentaire un peu plus </span><em><span style="color:#333333;">artistique </span></em><span style="color:#333333;">; au second, le fonds de commerce des galeries, musées et centres d’art contemporain. Cela dit, comme c’est le public qui a voté («Ah, c&#8217;est difficile la démocratie !» dixit François Hebel), c’est le travail le plus classiquement photographique et le plus dans la tradition documentaire qui l’a emporté, celui de <strong>Taryn Simon</strong>, jeune photographe new-yorkaise de 35 ans, qui a photographié sur les lieux de leur “supposé“ crime d’anciens condamnés aujourd’hui innocentés. On sait combien cette question de “l’injustice“ est cruciale aux Etats-Unis et constitue un véritable enjeu politique (à propos de ce travail, on peut lire <a href="http://culturevisuelle.org/regard/archives/252">ce bel article</a> sur un blog hébergé par <a href="http://culturevisuelle.org/">Culturevisuelle.org</a>).<br />
Après le coup bas de Martin Parr qui a fait passer l’année dernière un photographe rural et lithuanien surgi de nulle part et au nom impossible, je conseille désormais aux organisateurs d’interdire aux futurs nominateurs de présenter tout ce qui ressemble de peu ou de prou à de la photographie classique s’ils veulent enfin faire passer leurs “artistes“. Ou alors, supprimons le vote du public ! Cela dit, un grand merci à Hans-Ulrich Olbrist et à Philippe Parreno qui, outre le parrainage de Taryn Simon, nous ont permis de découvrir la très belle série de <strong>H.P. Feldmann</strong> intitulée </span><em><span style="color:#333333;">100 </span></em><span style="color:#333333;">ans ! En fait, 101 portraits (ça commence à 8 jours) de personnes plus ou moins proches de l’auteur —pour une fois, c’est lui qui photographie— et qui représentent tous les ages de la vie.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Et le duo avait décidément la bonne pioche puisque la prix de la fondation Luma, doté comme le premier de 25 000 euros, est allé également à l’un de leurs choix, Trisha Donnelly, sur laquelle je n’ai absolument rien à dire ! J’ai dû passer trop vite… Dans son texte de présentation, Olbrist précise que « sa démarche semble puiser dans l’aspect opaque et l’incommunicabilité de Bas Jan Ader » !??? Ceux qui peuvent éclairer ma lanterne, bien opaque en l’occurrence, sont priés de se faire connaître. Trisha Donnelly a en fait été &laquo;&nbsp;élue&nbsp;&raquo; par le duo d&#8217;artistes suisses Fischli &amp; Weiss, amis d&#8217;Olbrist et de Maja Hoffmann (directrice de la fondation Luma), en quelque sorte la Zurich Connection&#8230; Ça sent le copinage !<br />
Par ailleurs l&#8217;expo du duo suisse était à la hauteur de leur réputation, mais vu le nombre et la petitesse des tirages présentés, j&#8217;aurais préféré voir ce travail dans un autre contexte que celui d&#8217;Arles. Certains travaux qui méritent une attention soutenue sont desservis par le trop grand nombre d&#8217;expos et d&#8217;images à voir.</p>
<p></span><span style="color:#333333;">Que dire de plus, rapidement, alors que ce billet est déjà trop long ? Sur </span><em><span style="color:#333333;"><strong>la promenade argentine</strong> </span></em><span style="color:#333333;">? À tout seigneur, tout honneur, <strong>Leon Ferrari</strong>, Lion d’or à la biennale de Venise en 2007 pour son œuvre marquée par son opposition radicale à la dictature qui sévit dans les années 70 en Argentine; par son anticléricalisme forcené et par, sinon son antiaméricanisme, du moins sa haine de George W. Bush et de ses acolytes ; rien qu’on ne puisse lui reprocher en somme, au contraire. Cela dit, c’est quand même un art du bazooka, même si l’on rit souvent (surtout pour les blagues ou les photomontages anticléricaux et purement mécréants), tout en se disant par ailleurs devant telle allusion à Videla, Astiz ou les autres : « Ah, quelle horreur ! Ah, les salauds ! W</span><em><span style="color:#333333;">ell done Leon»</span></em><span style="color:#333333;">.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> Il y a</span><em><span style="color:#333333;"> </span></em><span style="color:#333333;">certes beaucoup à voir dans cette œuvre multiple (photomontages, dessins, sculptures), du meilleur et parfois du moins bon, y compris des choses plus poétiques comme ces photographies de nus sur lesquelles sont écrits en braille des poèmes comme </span><em><span style="color:#333333;">Union libre </span></em><span style="color:#333333;">de Breton. Des photographies à toucher et à caresser pour les lire.</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/07/l1100131-copie.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-1183" title="Arles 2010 © Thierry Girard" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/07/l1100131-copie.jpg?w=225&#038;h=300" alt="" width="225" height="300" /></a><span style="color:#808080;">A sweet joke by Leon Ferrari. Arles 2010 © Thierry Girard</span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Le reste de la promenade argentine se décline en partie sous le signe d’une dictature qui hante encore les esprits et qui a fait, ne l’oublions pas, 30 000 morts : ainsi les portraits par Marcos Adandia des Mères de la place de Mai, vieillies mais dignes et magnifiques ; ainsi le travail conceptuel de Leandro Berra sur la question de l’identité, de l’exil, du fichier de police, de la disparition…</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Quand aux déclinaisons plus contemporaines de la photographie argentine, elles me font beaucoup penser à certains avatars de la photographie espagnole actuelle… Ce qui m’a amené à accélérer le pas.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> En fait, pour soulever </span><em><span style="color:#333333;">les interrogations utiles</span></em><span style="color:#333333;"> que j’évoquais au début de cet article, il y aurait aussi beaucoup à dire, au-delà même de ce qui est proposé aux Rencontres, sur ce que celles-ci appellent </span><em><span style="color:#333333;"><strong>les passages de témoin</strong> </span></em><span style="color:#333333;">; passages qui ne sont pas seulement ceux d’une génération à l’autre, mais qui sont aussi ceux d’une technique à l’autre, du numérique à l’argentique, et d’une esthétique à l’autre. Il y eut des débats en Arles à ce sujet, rue du Dr Fanton, mais finalement peu d&#8217;échos dans la presse. Il faut donc y revenir. Mais cet article est déjà trop long et je m’arrête là. Rendez-vous donc dans un prochain billet pour l’analyse d’autres expositions—</span><em><span style="color:#333333;">témoins</span></em><span style="color:#333333;"> : </span><em><span style="color:#333333;">ReGénération</span></em><span style="color:#333333;">, les bons élèves des écoles d’art du monde entier ; les bons élèves également de la dernière promotion de l’école d’Arles ; les lauréats du Prix SFR ; mais aussi l’étrange attelage et bric-à-brac de l’exposition </span><em><span style="color:#333333;">France 14 </span></em><span style="color:#333333;">(The Depardon team) que l’on pourra utilement comparer (il s’agit des mêmes problématiques et globalement de la même génération de photographes, à quelques “anciens“ près) au travail rigoureux entrepris par l’association <a href="http://www.diaphane.org/">Diaphane</a> qui montrait à la bourse du travail, </span><em><span style="color:#333333;">Off </span></em><span style="color:#333333;">festival, la politique de commandes et de résidences qu’elle mène en Picardie. Sans oublier les propositions documentaires que nous offre le <a href="http://www.prixpictet.com/">Prix Pictet</a>, le mieux doté de tous…</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/07/l1100100-copie.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-1184" title="Arles 2010 © Thierry Girard" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/07/l1100100-copie.jpg?w=225&#038;h=300" alt="" width="225" height="300" /></a><span style="color:#808080;">Autoportrait en l&#8217;église des Frères Précheurs. Arles 2010 © Thierry Girard</span></span></p>
<br />Filed under: <a href='http://wordspics.wordpress.com/category/du-cote-des-autres/'>Du côté des autres</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/category/exposition/'>Exposition</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/category/humeurs/'>Humeurs</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/category/photographie/'>Photographie</a> Tagged: <a href='http://wordspics.wordpress.com/tag/clement-cheroux/'>Clément Chéroux</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/tag/ernst-haas/'>Ernst Haas</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/tag/expositions/'>expositions</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/tag/klavdij-sluban/'>Klavdij Sluban</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/tag/leon-ferrari/'>Leon Ferrari</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/tag/marin-karmitz/'>Marin Karmitz</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/tag/mario-giacomelli/'>Mario Giacomelli</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/tag/photographie/'>Photographie</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/tag/rencontres-darles/'>Rencontres d'Arles</a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/wordspics.wordpress.com/1157/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/wordspics.wordpress.com/1157/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/wordspics.wordpress.com/1157/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/wordspics.wordpress.com/1157/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/wordspics.wordpress.com/1157/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/wordspics.wordpress.com/1157/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/wordspics.wordpress.com/1157/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/wordspics.wordpress.com/1157/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/wordspics.wordpress.com/1157/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/wordspics.wordpress.com/1157/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/wordspics.wordpress.com/1157/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/wordspics.wordpress.com/1157/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/wordspics.wordpress.com/1157/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/wordspics.wordpress.com/1157/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=wordspics.wordpress.com&amp;blog=2367462&amp;post=1157&amp;subd=wordspics&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>Première chronique indienne</title>
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		<pubDate>Tue, 22 Jun 2010 20:32:19 +0000</pubDate>
		<dc:creator>wordspics</dc:creator>
				<category><![CDATA[Daybook]]></category>
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		<description><![CDATA[Je suis parti en janvier dernier sur les traces de Pierre Loti en Inde. Première partie d’un périple qui m’a conduit à faire une boucle dans le Sud de l’Inde avant d’entreprendre la suite, plus au Nord, l’hiver prochain. À l’instar du voyage précédent en Chine sur les traces de Victor Segalen, ce nouveau travail [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=wordspics.wordpress.com&amp;blog=2367462&amp;post=1096&amp;subd=wordspics&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong> </strong></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Je suis parti en janvier dernier sur les traces de Pierre Loti en Inde. Première partie d’un périple qui m’a conduit à faire une boucle dans le Sud de l’Inde avant d’entreprendre la suite, plus au Nord, l’hiver prochain. À l’instar du voyage précédent en Chine sur les traces de Victor Segalen, ce nouveau travail ne peut s’entendre ni se voir comme l’illustration fidèle et anecdotique d’un parcours dont je respecterais en tout points la géographie et la chronologie. Il m’importe avant tout, plus que les lieux et les faits, de privilégier l’idée d’une sorte de compagnonnage intellectuel avec ces écrivains qui me servent de guide et de prétexte : Loti ne m’oblige à rien, il m’accompagne.</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/06/in116-3b-s-copie.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1132" title="Inde © Thierry Girard 2010" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/06/in116-3b-s-copie.jpg?w=510&#038;h=406" alt="" width="510" height="406" /></a><span style="color:#808080;">Le quartier des pécheurs à Pondichéry © Thierry Girard 2010</span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Cela dit, la lecture de </span><em><span style="color:#333333;">L’Inde (sans les Anglais)</span></em><span style="color:#333333;">, le livre que Loti écrivit au retour de ce périple,</span><em><span style="color:#333333;"> </span></em><span style="color:#333333;">m’a profondément troublé. Je connaissais la qualité de l’écrivain, je ne soupçonnais pas à ce point sa qualité de voyageur “humaniste“ traversant un monde étranger —et souvent bien étrange— avec très peu de préjugés et un réel souci de l’Autre. Dans l’éternel et fratricide débat entre les thuriféraires de Segalen et ceux de Loti, autant je m’accorde avec les uns pour louer la haute intellectualité et l’extrême sophistication littéraire du premier, autant j’abonde avec les autres pour reconnaître que derrière la singularité du second se cache une âme qui n’est pas seulement “sensible“, au sens romantique du terme, mais qui est aussi très en empathie avec le monde. Segalen, qui vit sa confrontation avec la Chine à la fois comme une confrontation intellectuelle avec la Grande Histoire et comme une confrontation physique avec l’immensité du paysage, ne se soucie guère —ou avec une réelle condescendance— de la “piétaille chinoise“. Par contre, Loti est vite rattrapé par la dureté et la prégnance du Réel, même s’il commence lui aussi son voyage sous le signe de l’Imaginaire, mais façon Marco Polo —la beauté des hommes et des femmes, l’or, les pierreries et les soieries, les paysages édéniques, les palais mirifiques et les maharajas improbables. Le rappel violent du Réel se fait à lui par l’irruption soudaine et la vision d’une famine terrible qui sévit alors en Inde. Sans perdre en rien de la beauté de son écriture (au contraire, même), son récit prend alors un ton et une épaisseur qui ne sont pas sans évoquer par exemple Albert Londres :<br />
</span><span style="color:#808080;">« Du reste, elle augmente d’heure en heure, l’invasion des affamés ; c’est comme une marée funèbre, qui monterait de la campagne vers la ville, et les chemins dans la plaine sont jalonnés de ceux qui meurent avant d’arriver aux portes.<br />
</span><span style="color:#808080;">En face d’un marchand de bracelets, qui mange des crêpes toutes chaudes, une femme vient de s’arrêter suppliante, un spectre de femme, serrant sur ses mamelles sèches et sur ses os de poitrine un petit nourrisson-squelette. —Non, il ne donnera rien le marchand, et même il dédaigne de regarder. —Alors elle s’affole la mère au sein tari dont le petit va mourir, et ses dents se desserrent pour un long cri de louve.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#808080;">Pierre Loti, </span><em><span style="color:#808080;">l’Inde (sans les Anglais).</span></em></p>
<p style="text-align:center;"><em><span style="color:#808080;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/06/in052-4b-s-copie.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1135" title="Inde © Thierry Girard 201" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/06/in052-4b-s-copie.jpg?w=413&#038;h=510" alt="" width="413" height="510" /></a><span style="font-style:normal;">Thangippa et son petit-fils Shiva, Varanadu dans les Backwaters, Kerala © Thierry Girard 2010<br />
[ Au bord de la rivière Varanadu qui se jette dans les Backwaters, tout un village est sous l'emprise d'une usine de liqueurs qui pollue sans vergogne l'eau et l'air. La première est morte (plus de poisson pour les pécheurs), le second est irrespirable. Dans ce village à la population modeste, 67 cas de cancer ont été notés sur les cinq dernières années. Thangippa souffre d'un cancer de la peau.]</span></span></em></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> </span><span style="color:#333333;">Le voyage dont je viens d’effectuer une première partie —110 ans exactement après celui de Loti— se nourrit comme le précédent de cette ambivalence entre le voyage rêvé et le voyage vécu ; et s’il se réfère explicitement à mes travaux antérieurs en Asie —au Japon et en Chine—, j’y ai retrouvé également quelques sensations anciennes vécues en Afrique, il y a bien longtemps. Comment dire ? Il y a dans cette partie sud de l’Inde (Tamil Nadu et Kerala) une </span><em><span style="color:#333333;">tropicalité</span></em><span style="color:#333333;"> qui génère des paysages, des comportements, un rapport au temps et aux choses qui évoquent tout autant l’Asie du Sud-est que certaines parties côtières de l’Afrique de l’Est ou de l’Ouest ; ne serait-ce que par la peau très sombre de la plupart des habitants qui marque leur origine dravidienne, mais aussi par un (faux-)semblant d’aménité insouciante et de grâce exquise qui distinguent les Indiens du Sud de ceux du Nord.</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/06/in047-3a-s-copie.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1097" title="Inde © Thierry Girard 2010" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/06/in047-3a-s-copie.jpg?w=510&#038;h=414" alt="" width="510" height="414" /></a></span><span style="color:#808080;">À l&#8217;aube dans les Backwaters, Kerala © Thierry Girard 2010</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/06/in045-2a-s-copie.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1098" title="Inde © Thierry Girard 2010" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/06/in045-2a-s-copie.jpg?w=510&#038;h=413" alt="" width="510" height="413" /></a><span style="color:#808080;">Au crépuscule dans les Backwaters, Kerala © Thierry Girard 2010</span> </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Évoquer </span><em><span style="color:#333333;">L’Inde mystérieuse </span></em><span style="color:#333333;">relève du poncif. Mais au-delà du cliché, je ne pense pas avoir jamais abordé un nouveau projet avec autant d’incertitude concernant ma compréhension à venir de ce pays et donc la manière dont j’allais pouvoir construire mon objet photographique. Je dois avouer qu’à défaut de mystère j’ai du faire face à une complexité qui, une fois dissipées les premières impressions avenantes et faciles, s’est même renforcée.  Certes, dès le saut de l’avion, l’Inde commence par se montrer généreuse, trop généreuse, en dépliant d’emblée sous vos yeux, tel un leporello de cartes postales, tous les clichés auxquels on s’attend. Il faut alors batailler ferme contre cette apparente facilité à laquelle on ne peut toujours résister, mais dont l’attrait s ‘épuise bien vite. Et tenter de rattraper, d’organiser quelque chose qui ne cesse de fuir et de se cacher derrière cette théorie d’images toutes faites qui sont autant de masques.</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/06/in007-1a-s-copie.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1101" title="Inde © Thierry Girard 2010" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/06/in007-1a-s-copie.jpg?w=510&#038;h=411" alt="" width="510" height="411" /></a><span style="color:#808080;">Mamallapuram, Tamil Nadu © Thierry Girard 2010</span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> </span></p>
<p style="text-align:center;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/06/in013-3a-s-rec.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1115" title="Inde © Thierry Girard 2010" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/06/in013-3a-s-rec.jpg?w=407&#038;h=510" alt="" width="407" height="510" /> </a> <span style="color:#808080;">Mère et filles, Pondichéry © Thierry Girard 2010</span></p>
<p style="text-align:center;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/06/in020-4b-s-copie.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1116" title="Inde © Thierry Girard 2010" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/06/in020-4b-s-copie.jpg?w=510&#038;h=413" alt="" width="510" height="413" /></a> <span style="color:#808080;">Tranquebar, Tamil Nadu © Thierry Girard 2010</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#808080;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/06/in009-2a-s-copie.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1144" title="Inde © Thierry Girard 2010" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/06/in009-2a-s-copie.jpg?w=413&#038;h=510" alt="" width="413" height="510" /></a>Mamallapuram, Tamil Nadu © Thierry Girard 2010</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Alors commencent les questionnements, jour après jour, étape après étape, situation après situation. Comment saisir l’Inde intellectuellement, sachant que tout jugement, toute tentative d’analyse peuvent être rendus caduc dans l’expérience qui suit ? Comment saisir l’Inde photographiquement lorsque les grilles esthétiques, voire les protocoles de prises de vue auxquels on est habitué, s’avèrent défaillants dans un premier temps et nécessitent d’être adaptés ? Ainsi du paysage, qui n’existe pas, que je n’ai pas trouvé, ou pas tel que je l’espérais, du moins les premières semaines, avant que je fasse mon deuil d’un certain désir d’organisation de l’espace et que j’accepte la monotonie des paysages de plaines, de campagnes ou de forêts, et les <span style="color:#333333;">paysages urbains aussi peu structurés, tels des villages sans fin qui ont poussé au petit bonheur la chance.</span></span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/06/in039-3a-s-copie.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1119" title="Inde © Thierry Girard 2010" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/06/in039-3a-s-copie.jpg?w=510&#038;h=411" alt="" width="510" height="411" /></a><span style="color:#808080;">Kanyakumari (Cap Comorin), Tamil Nadu © Thierry Girard 2010</span></span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><span style="color:#808080;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/06/in071-1a-s-copie.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1136" title="Inde © Thierry Girard 2010" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/06/in071-1a-s-copie.jpg?w=510&#038;h=413" alt="" width="510" height="413" /></a>Le quartier des pécheurs à Chennai, Tamil Nadu © Thierry Girard 2010</span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">D’autres questions. Ainsi de la religion, et de l’hindouisme avant tout : comment dire ces foules de pèlerins rencontrés sur la route, et qui marchent parfois pendant des semaines pour se rendre à un temple précis ou à un lieu sacré. En ce mois de janvier où les fêtes religieuses sont très nombreuses, j’en ai rencontré des milliers, qui à pied, souffrant toutes les avanies du corps et de l’âme, qui en minibus bondés et couverts de couronnes de fleurs ou en 4&#215;4 fonçant sur d’étroites routes de montagne —les drapeaux de la secte claquant au vent—, des milliers telle une armée de gueux hallucinés montant vers je ne sais quel front. Tout cela pour rencontrer les Dieux, non pas leur simple image ou leur représentation, mais le Dieu lui-même, de pierre mais vivant, dans une confrontation directe et hystérique de leurs regards respectifs. Voir et être vu. Le faire, pour certains, douze fois, vingt fois, jusqu’à ce que le corps s’épuise définitivement du carcan de la chair.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/06/in054-4a-s-copie1.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1103" title="IN054-4A-S copie" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/06/in054-4a-s-copie1.jpg?w=412&#038;h=510" alt="" width="412" height="510" /></a></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#808080;">Pèlerin portant l&#8217;<em>irumudi</em> et se rendant à pied d&#8217;Hyderabad au temple de Sabarimala dans la montagne du Kerala (1200 km effectués en 30 jours de marche) © Thierry Girard 2010</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#808080;">« Je n’ai pas toujours trouvé dans les rites indiens une telle paix, humble et humaine. Ce serait plutôt le contraire. On voit souvent des choses immondes. La visite de toute une série de temples splendides dans le Sud, de Madras à Thanjavur, une douzaine d’étapes extraordinaires, est altérée par la vue de la foule qui entoure les temples et de leur dévotion avilie » (Pier Paolo Pasolini, </span><em><span style="color:#808080;">L’Odeur de </span></em><span style="color:#808080;"><em>l’Inde</em>).</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Je serais tenté de penser la même chose, quitte à m’attirer des ennemis et à susciter quelques vilains reproches. Ce panthéon de dieux improbables aux multiples avatars (sans omettre l’habituel et passionnant dédoublement masculin-féminin) qui relègue le Panthéon grec à une modeste cour de village, s’il peut susciter une grande sidération intellectuelle à travers les épopées mythiques et les gestes que traduisent les magnifiques récits fondateurs du Mahâbhârata et du Râmâyana, s’avère dans la réalité immédiate du temple, de ses officiants, de ses brahmanes sourcilleux et de son peuple dévot, d’une violence quasi insoutenable. Ah ! Lorsque l’on tente de s’approcher de tous ces dieux mystérieux ou de ces lingams normalement cachés aux impurs et aux étrangers, et enfermés au creux de sanctuaires noircis de la fumée des bougies et des lampes à huiles, il me semble alors que l’on est bien loin de l’ascèse céleste du bouddhisme et que l’on est plutôt plongé dans un rituel profondément chtonien et quelque peu effrayant.</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/06/in035-1b-s-copie.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1120" title="Inde © Thierry Girard 2010" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/06/in035-1b-s-copie.jpg?w=510&#038;h=413" alt="" width="510" height="413" /></a><span style="color:#808080;">Dans le grand temple de Minakshi, Madurai, Tamil Nadu © Thierry Girard 2010</span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Il n’en fut pas toujours ainsi : il y eut aussi, à l’heure de l’office du soir, la grande sérénité du temple de Darasuram, au cœur d’un village paisible ; il y eut tel petit temple accroché à quelques rochers au bord de la mer du Bengale et dont la forme et la taille me rappelèrent ces marabouts qui jalonnent la côte atlantique du Maroc. Il m’arriva aussi, plus d’une fois, de goûter la paix des églises et des mosquées.</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/06/in028-2c-s-copie.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1121" title="Inde © Thierry Girard 2010" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/06/in028-2c-s-copie.jpg?w=510&#038;h=410" alt="" width="510" height="410" /></a><span style="color:#808080;">Nuit tombante, près du temple d&#8217;Airavateshwara, Darasuram, Tamil Nadu © Thierry Girard 2010</span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#808080;"> </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Ainsi de la question politique : l’Inde est une grande démocratie, certes, mais la corruption y est grande également, et le culte du chef et des notables locaux vaut bien celui de pays plus autoritaires —et dépasse même largement, dans l’affichage, ce que l’on peut trouver en Chine aujourd’hui. Chaque élection, chaque meeting est l’occasion d’une débauche insensée de panneaux et d’effigies à la gloire des “local heroes“. Sans compter la profusion de bustes et de statues, Gandhi bien sûr, mais surtout —du moins au Tamil Nadu— le très populaire Maruthur Gopalan Ramachandran qui fut Chief Minister de l’État de 1977 à 1987 après avoir accompli une carrière d’acteur et de metteur en scène. Il est d’ailleurs très souvent représenté maquillé, comme tous les acteurs indiens de cette époque.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/06/in097-3b-s-copie.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1106" title="Inde © Thierry Girard 2010" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/06/in097-3b-s-copie.jpg?w=510&#038;h=412" alt="" width="510" height="412" /></a></span></p>
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:center;"><span style="color:#808080;">Portrait de M.G. Ramachandran (date d&#8217;anniversaire de sa naissance), Srivangam, Tamil Nadu © Thierry Girard 2010</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/06/in017-1b-s-copie.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1107" title="Inde © Thierry Girard 2010" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/06/in017-1b-s-copie.jpg?w=412&#038;h=510" alt="" width="412" height="510" /></a></span></p>
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:center;"><span style="color:#808080;">Statue de M.G.R., Bhuvanagiri près de Chidambaram, Tamil Nadu © Thierry Girard 2010</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/06/in072-1b-s-copie.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1108" title="Inde © Thierry Girard 2010" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/06/in072-1b-s-copie.jpg?w=511&#038;h=411" alt="" width="511" height="411" /></a></span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#808080;">La préparation du meeting politique, Pudukuppam, sur la route entre Chennai et Pondichery © Thierry Girard 2010</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/06/in060-2c-s-copie.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1109" title="Inde © Thierry Girard 2010" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/06/in060-2c-s-copie.jpg?w=510&#038;h=412" alt="" width="510" height="412" /></a></span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><span style="color:#808080;">Batalagundu, Tamil Nadu © Thierry Girard 2010<br />
[La petite ville fête les 58 ans de I. Periyaswamy, député et ministre des transports de l'État du Tamil Nadu ] </span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Ainsi de la question sociale, celle des castes notamment, intrinsèquement liée à la question religieuse, à l’hindouisme ; question toujours vive, malgré les lois et les efforts de certains états et du gouvernement central ; et d’autant plus vive dans ce Sud dravidien longtemps méprisé par les Aryens ou les Moghols qui ont imposé tour à tour leur puissance et leur richesse. “Hommes sans nom“ et gens de peu, paysans et pécheurs qui trouvent notamment dans la sérénité du bouddhisme et dans le christianisme ­—qui prêche l’égalité entre les Hommes— une manière d’échapper à leur condition présente et surtout à leur infériorité millénaire. Au Kerala, près d’un quart de la population est chrétien, et lorsqu’on traverse les villages de Dalits, on aperçoit fréquemment le long de la route ces cimetières modestes où les tombes sont signalées par de simples petites croix de bois.</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/06/in056-1b-s-rec-copie.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1141" title="Inde © Thierry Girard 2010" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/06/in056-1b-s-rec-copie.jpg?w=408&#038;h=510" alt="" width="408" height="510" /></a><span style="color:#808080;">Kumily, Kerala © Thierry Girard 2010</span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Ainsi enfin de la question humaine, la plus importante, la plus insaisissable. Moravia écrivait dans </span><em><span style="color:#333333;">L’Inde comme je l’ai vue </span></em><span style="color:#333333;">que « L’Inde est un continent dans lequel les esprits humains surtout sont dignes d’intérêt ». Les esprits évidemment, mais les corps aussi. J’évoquais plus haut la grâce exquise des corps déambulant, grâce qu’il me fallût quelque temps pour repérer, tant elle semblait noyée dans un maelström humain que rien ne semblait pouvoir endiguer et d’où surgissait par intermittences, qu’il s’agisse de la rue ou des temples, le dévoilement d’une brusquerie, d’une violence latente, à peine tapies derrière l’élégance des êtres et des formes. Même si la pièce qui s’y joue n’est pas tout à fait semblable, cette théâtralisation de la rue m’a ramené de fait vers une proposition esthétique dont s’est nourri mon travail au Japon, et qui est celle de l’</span><em><span style="color:#333333;">Ukyo-e</span></em><span style="color:#333333;">. Ce terme qui signifie « les images du monde flottant » évoque notamment les estampes d’Hokusai et d’Hiroshige, mais il a aussi une acception philosophique qui mêle le sentiment d’impermanence de toutes choses à une approche plus profane de la beauté éphémère et des plaisirs de la vie : « Vivre uniquement le moment présent (…), ne pas se laisser abattre par la pauvreté et ne pas la laisser transparaître sur son visage, mais dériver comme une calebasse sur la rivière, c’est ce qui s’appelle </span><em><span style="color:#333333;">ukiyo</span></em><span style="color:#333333;"> » (Asai Ryoi</span><strong><span style="color:#333333;">, </span></strong><em><span style="color:#333333;">Les Contes du monde flottant</span></em><span style="color:#333333;">, 1665). Cela dit, si ce sentiment est profondément inscrit dans les deux cultures, autant les Japonais le vivent et l’expriment comme une forme de jouissance exquise de la brièveté des choses, mais aussi de leur récurrence ; autant les Indiens cherchent avant tout à s’en défaire afin de parvenir plus rapidement à une forme d’émancipation de la condition humaine. Moravia explique bien comment, là où la plupart des civilisations se retrouvent dans une terreur commune de la Mort, l’Inde rajoute une seconde terreur, une terreur de la Vie. Il cite Albert Schweitzer : « (…) l’homme [indien] ne s’intéresse pas au monde et considère la vie terrestre soit comme une comédie à laquelle il est tenu de participer, soit comme un absurde pèlerinage à travers le Temps jusqu’à sa propre demeure dans l’Éternité ».</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/06/in076-1b-s-copie.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1142" title="Inde © Thierry Girard 2010" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/06/in076-1b-s-copie.jpg?w=413&#038;h=510" alt="" width="413" height="510" /></a><span style="color:#808080;">Sacrifice pour la fête de Pongal, Thambepettai, Tamil Nadu © Thierry Girard 2010</span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Alors, comment apprécier ici, en Inde, le sens de cette chorégraphie humaine : derrière l’élégance, quelque tragédie ontologique ? Au-delà des apparences </span><em><span style="color:#333333;">du monde flottant </span></em><span style="color:#333333;">et d’un certain mimétisme, le </span><em><span style="color:#333333;">mystère </span></em><span style="color:#333333;">de l’Inde peut-il sourdre et surgir de ces scènes ordinaires ? Je pose des hypothèses, je n’ai pas de réponses toutes faites, seulement des glissements de sens entre les images à guetter.</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/06/in036-1c-s-copie.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1137" title="IInde © Thierry Girard 2010" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/06/in036-1c-s-copie.jpg?w=510&#038;h=412" alt="" width="510" height="412" /></a><span style="color:#808080;">Madurai, Tamil Nadu © Thierry Girard 2010</span></span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><span style="color:#808080;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/06/in032-1a-s-copie.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1138" title="Inde © Thierry Girard 2010" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/06/in032-1a-s-copie.jpg?w=511&#038;h=411" alt="" width="511" height="411" /></a>Près de la gare routière, Tanjore, Tamil Nadu © Thierry Girard 2010</span></span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><span style="color:#808080;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/06/in076-4a-s-copie.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1143" title="Inde © Thierry Girard 2010" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/06/in076-4a-s-copie.jpg?w=510&#038;h=411" alt="" width="510" height="411" /></a>Vadalur, Tamil Nadu © Thierry Girard 2010</span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> Et me voici donc désormais comme il y a quelques années, au retour de mon premier voyage sur les pas de Segalen en Chine : d’un côté, sur ma table, une première boîte de tirages ; de l’autre, des planches-contacts avec encore quelques énigmes à trouver. Et dans le processus de mise en forme de ce travail, ce jeu habituel qui consiste à privilégier un principe de continuité chronologique et géographique—en espérant que ça fonctionne, que ça fasse sens—, de manière à établir un premier état, une proposition, une réécriture de ce voyage qui puisse s’apprécier comme une </span><em><span style="color:#333333;">chronique de l’Inde flottante</span></em><span style="color:#333333;">.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#993300;">Repères bibliographiques :</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#993300;">Pierre Loti, <em>L&#8217;Inde (sans les Anglais), </em>Phébus libretto, 2008.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#993300;">Pier Paolo Pasolini, <em>L&#8217;Odeur de l&#8217;Inde</em>, Denoël, 1984.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#993300;">Alberto Moravia, <em>L&#8217;Inde comme je l&#8217;ai vue</em>, Flammarion, 1963.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#993300;">Dans le numéro 18 (juin 2009) du Bulletin de l&#8217;association pour la Maison de Pierre Loti, numéro consacré à <em>Loti en Inde</em>, j&#8217;ai fait un article sur Loti photographe, article intitulé : &laquo;&nbsp;l&#8217;artiste, c&#8217;est Loti&nbsp;&raquo;.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#993300;"><br />
</span></p>
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		<title>In memoriam Louise Bourgeois</title>
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		<pubDate>Tue, 01 Jun 2010 19:56:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>wordspics</dc:creator>
				<category><![CDATA[Art contemporain]]></category>
		<category><![CDATA[Du côté des autres]]></category>
		<category><![CDATA[Capc Bordeaux]]></category>
		<category><![CDATA[Guggenheim Bilbao]]></category>
		<category><![CDATA[Louise Bourgeois]]></category>
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		<description><![CDATA[Je n’avais pas vu la rétrospective consacrée à Louise Bourgeois au musée d’art moderne de la Ville de Paris en 1995, mais je n’avais pas manqué celle du Centre Pompidou en 2008, d’autant moins que l’ensemble de l’œuvre, dans toute sa diversité, et depuis son origine, y était exposée. Comme j’avais particulièrement apprécié la place [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=wordspics.wordpress.com&amp;blog=2367462&amp;post=1085&amp;subd=wordspics&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Je n’avais pas vu la rétrospective consacrée à Louise Bourgeois au musée d’art moderne de la Ville de Paris en 1995, mais je n’avais pas manqué <a href="http://www.centrepompidou.fr/education/ressources/ENS-bourgeois/ENS-bourgeois.html"><span style="color:#000000;"><span style="text-decoration:none;">celle</span></span></a> du Centre Pompidou en 2008, d’autant moins que l’ensemble de l’œuvre, dans toute sa diversité, et depuis son origine, y était exposée. Comme j’avais particulièrement apprécié la place qui lui avait été accordée dans <em>Fémininmasculin, le sexe de l’Art</em>, cette fameuse exposition de 1995 au Centre Pompidou où fut enfin ! dévoilée au grand public la toile de Courbet <em>L’Origine du monde</em>.</p>
<p>Mais la plus forte impression que j’ai de cette œuvre puissante restera liée à l’installation en 1998, sous la vaste halle du Capc à Bordeaux, des plus grandes araignées qu’elle ait produites : dans la pénombre inquiétante du musée et sous le regard terrible des “mamans“, le visiteur était guidé tel l’enfant perdu au milieu d’une forêt teutonique, par les lumières sourdes qui émanaient des <em>cells</em>, ces intrigantes chambres-cellules qui renvoient elles aussi à la question de l’enfance, de ses peurs et de ses jouissances.</p>
<p>Et puis, cette araignée-maman en sentinelle devant le Guggenheim tout juste inauguré à Bilbao en 2004…</p>
<p><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/06/lb-guggenheimc2a9thierrygirard2004.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1086" title="LB-Guggenheim©ThierryGirard2004" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/06/lb-guggenheimc2a9thierrygirard2004.jpg?w=510&#038;h=410" alt="" width="510" height="410" /></a></p>
<p><span style="color:#808080;">Une araignée de Louise Bourgeois devant le musée Guggenheim à Bilbao © Thierry Girard 2004.</span></p>
<br />Filed under: <a href='http://wordspics.wordpress.com/category/art-contemporain/'>Art contemporain</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/category/du-cote-des-autres/'>Du côté des autres</a> Tagged: <a href='http://wordspics.wordpress.com/tag/art-contemporain/'>Art contemporain</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/tag/capc-bordeaux/'>Capc Bordeaux</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/tag/guggenheim-bilbao/'>Guggenheim Bilbao</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/tag/louise-bourgeois/'>Louise Bourgeois</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/tag/sculpture/'>sculpture</a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/wordspics.wordpress.com/1085/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/wordspics.wordpress.com/1085/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/wordspics.wordpress.com/1085/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/wordspics.wordpress.com/1085/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/wordspics.wordpress.com/1085/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/wordspics.wordpress.com/1085/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/wordspics.wordpress.com/1085/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/wordspics.wordpress.com/1085/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/wordspics.wordpress.com/1085/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/wordspics.wordpress.com/1085/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/wordspics.wordpress.com/1085/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/wordspics.wordpress.com/1085/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/wordspics.wordpress.com/1085/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/wordspics.wordpress.com/1085/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=wordspics.wordpress.com&amp;blog=2367462&amp;post=1085&amp;subd=wordspics&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>Histoires de livres # 2 • Langlade, Miquelon, Saint-Pierre.</title>
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		<pubDate>Sun, 25 Apr 2010 19:19:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>wordspics</dc:creator>
				<category><![CDATA[Déjà]]></category>
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		<description><![CDATA[Après Far-Westhoek, j’avais prévu de présenter dans leur ordre chronologique les différents livres que j’ai publiés. Mais une actualité imprévue m’amène à parler de “Langlade, Miquelon, Saint-Pierre“, et donc à faire un saut direct de 1982 à 1994 en laissant provisoirement de côté sept autres publications. Sans rentrer dans les détails, disons que la genèse [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=wordspics.wordpress.com&amp;blog=2367462&amp;post=1041&amp;subd=wordspics&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><span style="font-weight:normal;font-size:13px;"><span style="color:#333333;">Après </span><em><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.wordpress.com/2009/11/28/histoires-de-livres-1-%E2%80%A2-far-westhoek/">Far-Westhoek</a></span></em><span style="color:#333333;">, j’avais prévu de présenter dans leur ordre chronologique les différents livres que j’ai publiés. Mais <a href="http://actuthg.wordpress.com/2010/04/20/loin/">une actualité imprévue</a> m’amène à parler de “</span><em><span style="color:#333333;">Langlade, Miquelon, Saint-Pierre“</span></em><span style="color:#333333;">, et donc à faire un saut direct de 1982 à 1994 en laissant provisoirement de côté <a href="http://www.thierrygirard.com/biblio.htm">sept autres publications</a>.</span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-weight:normal;font-size:13px;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/04/l1010287.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-1050" title="SPM © Thierry Girard 1992-93" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/04/l1010287.jpg?w=252&#038;h=300" alt="" width="252" height="300" /></a><br />
</span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><strong> Sans rentrer dans les détails</strong>, disons que la genèse de ce projet ne fut pas simple. Il m’a fallu rouvrir un dossier aux élastiques lâches et à la couverture d’un violet fané pour en retracer le parcours&#8230; un peu genre saut d’obstacles, parcours dont j’avais même oublié les prémices. Après un faux départ en 1989, l’idée d&#8217;un projet photographique sur Saint-Pierre-et-Miquelon renaît en 1991 après une rencontre, au ministère des Dom-Tom, avec Géraud de Galard qui avait alors la responsabilité des projets de développement culturel. Je lui expose mon projet global de l’époque sur une problématique “bouts du monde“  ­—j’entends alors par “bouts du monde“, aussi bien des îles lointaines que des extrémités de pays ou de continents, au premier rang desquels la Patagonie.  Pour les Dom-Tom, j’ai jeté mon dévolu sur La Réunion et l’archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon, mais Géraud de Galard m’enjoint d’entreprendre un travail prioritairement sur ce dernier, le trouvant par trop négligé et oublié de la métropole. C’est ainsi que j’obtiens un modeste viatique du ministère pour une mission de repérage que j’entreprends en août 1992, avec pour but de me faire reconnaître, accepter et adouber par les autorités locales afin de mettre en œuvre un vrai projet à suivre.</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/04/dsc03395-copie.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-1053" title="SPM © Thierry Girard 1992-93" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/04/dsc03395-copie.jpg?w=300&#038;h=188" alt="" width="300" height="188" /></a><span style="color:#808080;">En longeant la côte vers le cap aux Morts et le cap Percé, Langlade<br />
© Thierry Girard 1993</span> </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Je suis accueilli à Saint-Pierre par Jean-Louis Mounier qui est, entre autres, le correspondant du ministère de la Culture et qui en tant que représentant de l’État se félicite d’avoir alors battu un record d’ancienneté à son poste saint-pierrais. Il faut préciser que notre homme, randonneur, chasseur, pêcheur, est tombé amoureux de l’archipel et qu’il a sillonné en tous sens, depuis son arrivée, les trois îles principales. On étale les cartes, il m’indique ses endroits préférés et il me promet une première randonnée sur Langlade le week-end suivant.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Langlade, la plus belle des trois îles, la plus grande et la plus sauvage. Autrefois habitée, mais modestement, il ne reste plus que quelques &laquo;&nbsp;cabanes&nbsp;&raquo; pour l’été en famille ou les week-ends de chasse. Il y a une sorte de havre pour y débarquer, mais pas de port. Le bateau du samedi matin qui amène les </span><em><span style="color:#333333;">week-enders</span></em><span style="color:#333333;"> lâche l’ancre un peu au large et on transborde les hommes et le matériel sur un zodiac qui rejoint la grève. Là, on fait la chaîne pour mettre au sec le matériel et les victuailles. Par un heureux hasard, mon voisin de chaîne n’est autre que le président du conseil général. Mounier me présente, lui explique la raison de ma présence et mon projet, et lui indique que nous partons faire une randonnée vers le cœur de l’île en remontant le cours de Belle-Rivière. De retour à Saint-Pierre, nous apprenons, trois jours après, que le principe de soutenir le projet photographique est agréé par le conseil général.</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/04/dsc03399-copie1.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1056" title="SPM © Thierry Girard 1992-93" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/04/dsc03399-copie1.jpg?w=510&#038;h=316" alt="" width="510" height="316" /></a><span style="color:#808080;">En remontant Belle-Rivière, Langlade © Thierry Girard 1992</span> </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> C’est ainsi que j’ai pu revenir à deux autres reprises sur l’archipel, grâce à des financements croisés entre la collectivité et la délégation aux arts plastiques (ministère de la Culture). La première fois pour une mission d’hiver réalisée en mars 1993 par un froid extrême ; la seconde à l’automne suivant. Traverser ces îles à pied est toujours une aventure. Je fus souvent accompagné (par Jean-Louis Mounier évidemment, mais aussi par Jacky Hébert, photographe naturaliste, marin et grand arpenteur de ces îles), mais je marchai parfois seul dans cet état à la fois d’euphorie et d’inquiétude qui sied à ce genre d’aventure parfois périlleuse. Ainsi, lors d’un périple d’automne sur Langlade, dans une partie très sauvage de l’île —du côté du premier ruisseau Maquine et du ruisseau Clotaire—, nous fûmes confrontés, Jacky Hébert et moi, à la traversée d’une forêt inextricable de part et d’autre d’une rivière assez pentue, puis d’une traversée de tourbière qui me valut de disparaître jusqu’à mi-corps dans un trou d’eau. Le vent et l’intensité de la marche pour retrouver notre voiture avant le crépuscule séchèrent vite mes vêtements.</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/04/dsc03400-copie.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1057" title="SPM © Thierry Girard 1992-93" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/04/dsc03400-copie.jpg?w=510&#038;h=316" alt="" width="510" height="316" /></a><span style="color:#808080;">En remontant Belle-Rivière, Langlade © Thierry Girard 1992</span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Toutes ces journées furent intenses et mon carnet de travail fourmille de sensations, d’anecdotes et d&#8217;étonnements face à une nature et un paysage si divers. Le texte qui ouvre le livre résume ces sentiments :</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#808080;">« <strong>Ici le paysage est austère.</strong> </span><em><span style="color:#808080;">Cailloux rouges</span></em><span style="color:#808080;"> volcaniques, falaises basaltiques tombant à pic dans l’océan, mornes érodés. Étangs et tourbières, ruisseaux encaissés entre des forêts naturelles, batailleuses. Grandes étendues de lichens et d’aulnes nains battus par les vents sur lesquels les chevreuils ont tracé un maillage de sentes serpentines. La peau du sol, telles les lignes de la main, est marquée de petits destins. Comme l’isthme sans fin, cordon fragile entre les deux grandes îles, engendré par des millénaires d’accumulations marines : sables, galets, coquillages, baleines échouées, bois de dérive plus blancs que des ossements. Épaves.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#808080;"> </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#808080;"><strong>Le paysage est hostile.</strong> Il faut dire l’hiver. L’océan immense, houleux, agacé par ces rochers jetés là au milieu de nulle part ; et les vents qui s’abattent avec leurs transports de neige, ces poudrins qui noient tout dans une nuée blanche et glacée. Il faut dire le courage de ces hommes qui s’en vinrent quérir l’or des mers, cette morue des bancs de Terre-Neuve pour laquelle tant de pêcheurs basques, bretons, normands ont sacrifié leur vie. Il fallait des havres à ces exilés de la mer dont les chansons disent qu’ils ne savaient pas en partant s’ils allaient jamais revenir du Pays d’Enfer. Pécheurs et graviers qui dépeçaient la morue dans la puanteur de journées harassantes ont fait souche ici comme les Irlandais à Terre-Neuve, cette île grande comme un continent dont on voit au loin les falaises chargées de brume. On dit aussi que malgré la dureté de l’hiver et la traîtrise de la mer, malgré les tragédies, le labeur et souvent la misère, il y eut des rires et du bonheur.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#808080;"> </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#808080;"><strong>Le paysage est beau.</strong> Non pas d’une beauté en soi qui s’imposerait d’évidence comme il sied aux paysages grandioses, mais d’une beauté plus sourde qui se donne peu à peu quand on prend le temps du regard et de l’écoute. La beauté naît de l’expérience que l’on a du paysage, du plaisir de la marche, même si l’avancée est souvent difficile lorsqu’il faut s’aventurer sur les sphaignes spongieuses qui cachent des trous d’eau froide et brune ; lorsqu’il faut traverser des forêts de spruces emmelés où seuls les animaux savent se glisser en souplesse, ou remonter des rivières versatiles aux rochers acérés et glissants. On peste alors contre la nature, on s’inquiète d’un passage délicat, mais cela s’efface vite pour laisser place à une sorte de bonheur diffus, une suite de petites sensations du monde qui rendent peu à peu euphorique. On marche porté par la joie. Il m’est souvent arrivé de rire. Ainsi dans la solitude des Grands Mornes ou face à la mer retrouvée après une journée erratique. Et la beauté s’insinue partout, dans l’austérité même. Le paysage devient vivant et divers, plein d’éclats et de troubles. À la fois fragile sous la querelle permanente du ciel et doué d’une force essentielle qui rassure l’errant sur son rocher ».</span></p>
<p style="text-align:center;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/04/dsc03398-copie.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1065" title="DSC03398 copie" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/04/dsc03398-copie.jpg?w=510&#038;h=322" alt="" width="510" height="322" /></a><span style="color:#808080;">Les rochers de Gros Bec en allant vers le cap du Nid à l&#8217;aigle, Miquelon<br />
© Thierry Girard 1992</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> <span style="color:#000000;"><span style="color:#333333;">Il fut donc décidé après mon dernier séjour en septembre et octobre 1993 de préparer une exposition et un recueil pour la fin de l’hiver suivant. Frédéric Beaumont qui dirigeait alors le centre culturel de Saint-Pierre me laissa libre dans mes choix et me confia l’entière responsabilité du projet éditorial. Puisque la plus grande partie du tirage devait revenir à la collectivité, je décidai de me passer d’éditeur et de traiter directement avec un imprimeur avec lequel j’avais déjà travaillé et en lequel j’avais toute confiance et amitié. Cela me permettait aussi de travailler sur un format relativement hors normes qui m’avait été inspiré par un somptueux portfolio édité par la galerie Pace/MacGill à New York et consacré au travail d’<a href="http://www.pacemacgill.com/emmetgowinbio.html">Emmet Gowin</a> sur Pétra. Il n’était pas dans mon idée de refaire une impression aussi particulière et vraisemblablement aussi chère que celle de ce portfolio, mais j’en ai repris globalement le format général et celui des photos dans la page, ainsi que l’idée des très élégantes légendes en petites majuscules, positionnées en milieu de page, tout en choisissant une typo plus sobre. L’impression des trente-trois photographies en bichromie avec un vernis sélectif est parfaite, à partir d’une photogravure encore classique (il n’y avait pas alors de Ctp), réalisée sous le contrôle de l’imprimeur. Le seul défaut du livre réside dans sa couverture qui sur un plan à la fois graphique et physique n’est pas à la hauteur du reste. Il n’y avait pas assez d’argent pour réaliser un livre </span><em><span style="color:#333333;">hardbound</span></em><span style="color:#333333;">, et je n’ai sans doute pas bien su négocier le choix d’une couverture souple un peu plus classieuse (mais je crois me souvenir que la carte qui sert de couverture au portfolio d’Emmet Gowin, avec une main très ferme, n’était pas disponible en France et coûtait excessivement cher).</span></span></span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><span style="color:#000000;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/04/dsc03401-copie.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1060" title="SPM © Thierry Girard 1992-93" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/04/dsc03401-copie.jpg?w=510&#038;h=324" alt="" width="510" height="324" /></a><span style="color:#808080;">Les Buttereaux entre l&#8217;océan et le Grand Barachois, Miquelon<br />
© Thierry Girard 1993</span></span></span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> <span style="color:#000000;"><span style="color:#333333;">Le livre est tiré à 1 200 exemplaires (plus un bon cent supplémentaire que se réserve l’imprimeur, très fier de l’ouvrage qu’il souhaite utiliser pour sa promotion, et dont je récupérerai la plus grande partie quelques années plus tard lorsque l’imprimerie Bahy cessera malheureusement son activité). 950 exemplaires partent sur l’archipel, 50 sont réservés à la presse, il m’en reste 200. J’en dépose quelques-uns à la librairie La Chambre claire, et ce sont sans doute les seuls qui ont été vendus en librairie en métropole. Autant dire que l’ouvrage est rare et </span><em><span style="color:#333333;">collector</span></em><span style="color:#333333;">, et que, à défaut de pouvoir aller jusqu’à Saint-Pierre-et-Miquelon (mais combien en reste-t-il réellement sur place ?), on peut toujours s’adresser à ma <a href="http://www.lesdoucheslagalerie.com/Site/Accueil.html">galerie</a>, ou à moi-même directement. J’ai, jusqu’à une époque récente, largement puisé dans mes stocks, mais il m’en reste désormais trop peu pour être généreux.</span></span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><span style="color:#000000;"><span style="color:#333333;"><a style="text-decoration:none;" href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/04/dsc03403-copie.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1063" title="SPM © Thierry Girard 1992-93" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/04/dsc03403-copie.jpg?w=510&#038;h=324" alt="" width="510" height="324" /></a></span></span></span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><span style="color:#000000;"><span style="color:#333333;">E<span style="color:#808080;">n longeant la côte nord de l&#8217;île depuis l&#8217;étang des Goëlands jusqu&#8217;à l&#8217;étang Freckel, Saint-Pierre © Thierry Girard 1993</span></span></span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><span style="color:#000000;"><span style="color:#993300;">Bibliographie :</span></span></span></p>
<p style="text-align:left;"><span style="color:#333333;"><span style="color:#000000;"><span style="color:#993300;"><em>Langlade, Miquelon, Saint-Pierre<br />
<span style="font-style:normal;">texte et photographies de Thierry Girard,  Centre culturel de Saint-Pierre-et-Miquelon, 1994.<br />
30 x 36 cm, 64 pages, 33 photographies noir et blanc.<br />
Imprimé chez Bahy à Wittenheim, Haut-Rhin. </span></em></span></span></span></p>
<p style="text-align:left;"><span style="color:#333333;"><span style="color:#000000;"><span style="color:#993300;"><em>Petra<br />
<span style="font-style:normal;">photographies d&#8217;Emmet Gowin, texte de Philipp C. Hammond, Pace/MacGill Gallery, New York, 1986.<br />
</span><span style="font-style:normal;">28 x 36 cm, 40 pages, 15 photographies en quadrichromie.</span></em></span></span></span></p>
<p style="text-align:left;"><span style="color:#333333;"><span style="color:#000000;"><span style="color:#993300;"><em><span style="font-style:normal;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/04/dsc03379-copie.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-1067" title="DSC03379 copie" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/04/dsc03379-copie.jpg?w=239&#038;h=300" alt="" width="239" height="300" /></a> </span><br />
</em></span></span></span></p>
<div style="text-align:left;"><em><span style="font-style:normal;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/04/dsc03380-copie2.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-1071" title="DSC03380 copie" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/04/dsc03380-copie2.jpg?w=425&#038;h=280" alt="" width="425" height="280" /></a></span></em></div>
<div style="text-align:left;"><span style="font-style:normal;"><em><span style="color:#993300;">Extrait du portfolio d&#8217;Emmet Gowin.</span></em></span></div>
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		<title>Lieux de l’écrit : Bergounioux, Michon, Millet.</title>
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		<pubDate>Wed, 24 Mar 2010 21:24:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>wordspics</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le Limousin, dont j’évoquais le genius loci dans mon billet précédent, ne produit pas que des rebelles, il produit aussi des écrivains qui sont des rebelles à leur manière ; et trois d’entre eux, dont l’œuvre m’accompagne depuis un certain temps, ont saisi la langue française à bras-la-phrase comme peu d’autres écrivains contemporains l’ont fait —à [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=wordspics.wordpress.com&amp;blog=2367462&amp;post=1021&amp;subd=wordspics&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Le Limousin, dont j’évoquais le </span><span style="color:#333333;"><em>genius loci</em></span><span style="color:#333333;"> dans mon <a href="http://wordspics.wordpress.com/2010/02/17/de-l%E2%80%99esprit-des-lieux/">billet précédent</a>, ne produit pas que des rebelles, il produit aussi des écrivains qui sont des rebelles à leur manière ; et trois d’entre eux, dont l’œuvre m’accompagne depuis un certain temps, ont saisi la langue française à bras-la-phrase comme peu d’autres écrivains contemporains l’ont fait —à l’exception sans doute, mais sur un autre mode, avec un autre vocabulaire, des écrivains antillais et haïtiens. Je veux parler de Pierre Michon, de Pierre Bergounioux et de Richard Millet qui sont, à leur manière différente, trois des plus grands stylistes de la langue française, mais qui disent aussi, au-delà du style, avec une langue travaillée, précise, mais jamais maniérée, la question de l’origine, de la mémoire, de l’enfance, de la terre, de la terre de l’enfance, et de la perte, de la dissolution des choses, et comment l’être se constitue par l’écriture, à travers elle, pour y faire face. Je ne suis qu’un simple lecteur, pas un critique ni un professeur, mais j’aime l’oralité savante de Michon, adepte du point-virgule et d’une scansion singulière ; j’aime les phrases sinueuses de Bergounioux où se frottent l’intellectualité et la sensualité ; j’aime la phrase et la mélancolie proustiennes de Millet, thuriféraire désenchanté d’un monde et d’un temps perdus. J’aime d’autant plus cette littérature qu’elle n’a rien de régionaliste, qu’elle ne chante pas le terroir ni la nostalgie bucolique, mais qu’elle est justement, sinon rebelle, du moins non complaisante, à l’aune de </span><span style="color:#333333;">l<em>’esprit des lieux</em> </span><span style="color:#333333;">de cette terre limousine.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><span style="color:#333333;"> </span><span style="color:#000000;"><span style="color:#333333;">Ayant, entre 2007 et 2009, effectué de multiples voyages, souvent très courts (quelques jours), pour venir à bout de mon projet photographique (cf. <a href="http://www.thierrygirard.com/artworks/limousin/pages-limousin/limousin-intro.htm">Paysages insoumis</a>), je ne pouvais pas ne pas envisager d’évoquer d’une manière ou d’une autre ces </span><em><span style="color:#333333;">lieux de l’écrit </span></em><span style="color:#333333;">(pour reprendre le titre d’une collection chez Marval à laquelle j’ai participé) dont j’espérais également qu’ils aient eux aussi leur </span><em><span style="color:#333333;">genius loci</span></em><span style="color:#333333;">. J’ai alors cherché, dans l’œuvre de chacun d’entre eux, des lieux qui me semblaient </span><em><span style="color:#333333;">justes </span></em><span style="color:#333333;">et qui surtout pouvaient être considérés comme des lieux de l’origine, de l’enfance et du commencement de l’écriture</span><em><span style="color:#333333;">. </span></em><span style="color:#333333;">Mais il se peut, pour paraphraser Jean-Luc Godard, qu’il n’y ait pas de lieux justes, juste des lieux…</span></span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> <span style="color:#000000;"><span style="color:#333333;">Dans </span><em><span style="color:#333333;">Ma vie parmi les ombres</span></em><span style="color:#333333;">, <strong>Richard Millet</strong> évoque, entre fiction et autobiographie, l’enfance d’un jeune garçon réservé, élevé par des femmes âgées, discrètes et puritaines, dans le petit village de Siom, au nord de la Corrèze. Richard Millet mêle et compare dans son récit le délitement, qu’il déplore, de la langue française, avec l’effacement d’un monde encore ancré dans des traditions, un mode de vie, de pensée et de comportements dont il regrette la disparition, même s’il n’en ignore pas l’emprise pesante sur les corps et sur les âmes.</span></span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> <em>« Nous sommes des voyageurs égarés à la croisée d’époques contradictoires; des survivants, des passagers d’une mémoire qui excède le seul individu, les morts continuant de rêver en nous autant que nous pensons à eux, de même que nous sommes vus par beaucoup plus d’êtres que nous en regardons ».</em></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> Siom est en fait le modeste village de Viam sur le plateau de Millevaches, au nord de la Corrèze. Le site web de la mairie de Viam annonce 132 habitants dispersés entre le village et une trentaine de lieu-dits. Après avoir lu Millet, je m’attendais à trouver un plus gros village, mais peut-être l’était-il autrefois ? À moins que Millet ne se soit également inspiré de Bugeat, le gros bourg le plus proche. En tout cas, les quelques maisons un peu massives et tristes au centre (si l’on peut dire) du village évoquent bien cette petite bourgeoisie de commerçants, de marchands et d’artisans dont il parle dans ses livres. Même en plein été, tout semble mort : un café triste et les enseignes fanées des commerces éteints. Alors, autant aller voir les morts ! Le cimetière est à l’écart du village, tout en haut, près de la route qui relie Eymoutiers à Meymac. Une étude attentive des patronymes permet d’établir quelques liens avec les noms des personnages qui traversent les livres de Millet. Ses modestes héros reposent ici, à l’abri de leurs serres tombales.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/03/viam-c2a9-thierry-girard-2007.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1023" title="Viam © Thierry Girard 2007" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/03/viam-c2a9-thierry-girard-2007.jpg?w=510&#038;h=414" alt="" width="510" height="414" /></a></span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#808080;">Cimetière de Viam, Corrèze, 22 août 2007 © Thierry Girard</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> </span></p>
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;"><em><span style="color:#333333;">Le pont de Bonnel</span></em><span style="color:#333333;"> est le récit qui ouvre le livre de <strong>Pierre Bergounioux</strong>, </span><em><span style="color:#333333;">Un peu de bleu dans le paysage</span></em><span style="color:#333333;">.<br />
<em> </em></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><em>«L’endroit où j’ai fait les expériences cardinales s’apparentait à un creux d’un kilomètre, à peu près, de diamètre, qu’un pouce renversé, comme au cirque de Rome, aurait imprimé dans le grès ocre vers le permo-carbonifère. Nous étions cernés de collines dont le faît bornait partout l’horizon. Il n’y avait d’ouverture qu’en ouest, vers la mer, où la rivière fuyait».</em></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Nous sommes là, entre Tulle et Brive, sur le territoire d’enfance du jeune Bergounioux, dans un endroit particulièrement déterminant quand à l’apprentissage de son sentiment géographique, et qui, écrit-il, <em>« a marqué longtemps, pour moi, la limite de la création »</em>.  Le pont enjambe la Corrèze à l’endroit où celle-ci fait un coude qui rend son flot encore plus tumultueux. De l’autre côté du pont, l’ancienne route se termine en cul-de-sac ; la voie ferrée, désaffectée, pénètre la montagne en contrebas de la route moderne. L’enfant y guettait, médusé, les michelines poussives qui sortaient du tunnel dont il imaginait avec effroi et jouissance qu’il eut pu être la porte de l’Érèbe : <em>« Aussi le site est-il resté pour moi non pas la dernière halte, angoissée, facultative, au pied des hauteurs, mais l’antichambre de l’inconnu, le parloir où questionner l’esprit du lieu».</em></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">À en croire le nombre de petits mouchoirs en papier jonchant la chaussée du pont, le lieu semble être désormais propice aux rencontres nocturnes et interlopes. Ah, l’Érèbe !</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/03/bonnel-c2a9-thierry-girard-20081.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1029" title="Bonnel © Thierry Girard 2008" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/03/bonnel-c2a9-thierry-girard-20081.jpg?w=403&#038;h=510" alt="" width="403" height="510" /></a></span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#808080;">Le tunnel ferroviaire au pont de Bonnel, près de Saint-Hilaire-Peyroux, Corrèze, 11 février 2008 © Thierry Girard</span></p>
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><span style="color:#000000;"><span style="color:#333333;"><strong>Pierre Michon</strong> est né en 1945 aux Cards, un hameau de terres maigres, de monts boisés et de combes froides près de Châtelus-le-Marcheix. Le premier récit de </span><em><span style="color:#333333;">Vies minuscules</span></em><span style="color:#333333;"> se passe justement aux Cards où ses grands-parents tiennent une ferme modeste qui suffit tout juste à les nourrir. Sa mère est alors une jeune institutrice et son père a, quand à lui, vite disparu du paysage.</span></span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Cette ferme, où Pierre Michon réside encore de temps à autre, a gardé son aspect d’autrefois, même s’il n’y a plus d’activité, ni outils ni animaux. Elle est la dernière ferme au bout du chemin, un peu à l’écart du hameau, au bord d’une grande prairie qui s’arrondit vers une combe. Il y a ni portail, ni barrière, la cour herbue est ouverte. Un chemineau de passage pourrait dormir dans la grange. En photographiant ce que j’ai imaginé être un bonheur d’enfance de Pierre Michon, j’ai eu le sentiment de retrouver mon propre bonheur d’enfance, l’ombre délicieuse des grands arbres et des voûtes de feuillage au-dessus des chemins creux dans la campagne enserrée de chaleur.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><em> « Un jour de l’été 1947, ma mère me porte dans ses bras, sous le grand marronnier des Cards, à l’endroit où l’on voit déboucher soudain le chemin communal, jusque-là caché par le mur de la porcherie, les coudriers, les ombres; il fait beau, ma mère sans doute est en robe légère, je babille; sur le chemin, son ombre précède un homme inconnu de ma mère; il s’arrête; il regarde; il est ému; ma mère tremble un peu, l’inhabituel suspend son point d’orgue parmi les bruits frais du jour. »</em></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/03/les-cards-2-c2a9-thierry-girard-2008.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1025" title="Les Cards 2 © Thierry Girard 2008" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/03/les-cards-2-c2a9-thierry-girard-2008.jpg?w=510&#038;h=412" alt="" width="510" height="412" /></a></span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#808080;">Derrière la ferme des Cards, Châtelus-le-Marcheix, Creuse, 16 juillet 2008 © Thierry Girard</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#808080;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/03/les-cards-c2a9-thierry-girard-2008.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1026" title="Les Cards © Thierry Girard 2008" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/03/les-cards-c2a9-thierry-girard-2008.jpg?w=510&#038;h=419" alt="" width="510" height="419" /></a><br />
La route en contrebas du hameau des Cards, Châtelus-le-Marcheix, Creuse, 16 juillet 2008 © Thierry Girard</span></p>
<p style="text-align:left;"><span style="color:#333333;">Des carrefours, de l&#8217;inquiétude et du destin&#8230;</span></p>
<p style="text-align:left;">
<p style="text-align:left;"><span style="color:#993300;">Bibliographie :</span></p>
<p style="text-align:left;"><span style="color:#993300;">Pierre Bergounioux, <em>Un peu de bleu dans le paysage</em>, éditions Verdier 2001.<br />
Pierre Michon, <em>Vies minuscules, </em>Éditions Gallimard, 1984.<br />
Richard Millet, <em>Ma vie parmi les ombres, </em>Éditions Gallimard, 2003. </span></p>
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			<media:title type="html">Viam © Thierry Girard 2007</media:title>
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			<media:title type="html">Bonnel © Thierry Girard 2008</media:title>
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			<media:title type="html">Les Cards 2 © Thierry Girard 2008</media:title>
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			<media:title type="html">Les Cards © Thierry Girard 2008</media:title>
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		<title>De l’esprit des lieux</title>
		<link>http://wordspics.wordpress.com/2010/02/17/de-l%e2%80%99esprit-des-lieux/</link>
		<comments>http://wordspics.wordpress.com/2010/02/17/de-l%e2%80%99esprit-des-lieux/#comments</comments>
		<pubDate>Wed, 17 Feb 2010 10:07:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>wordspics</dc:creator>
				<category><![CDATA[Déjà]]></category>
		<category><![CDATA[Photographie]]></category>
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		<category><![CDATA[genius loci]]></category>
		<category><![CDATA[Limousin]]></category>
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		<category><![CDATA[résistance]]></category>
		<category><![CDATA[Thierry Girard]]></category>

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		<description><![CDATA[À propos d&#8217;une nouvelle série photographique, Paysages insoumis. À la fin des années 80, j’ai entrepris une série de cheminements à travers la Haute-Marne et les Vosges. Le livre issu de ce travail s’est intitulé La Ligne de partage, parce qu’il se termine justement par une marche d’une semaine le long d’une ligne de partage [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=wordspics.wordpress.com&amp;blog=2367462&amp;post=967&amp;subd=wordspics&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><em> </em></strong></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#000000;"><strong>À propos d&#8217;une nouvelle série photographique, <em><a href="http://www.thierrygirard.com/artworks/limousin/pages-limousin/limousin-intro.htm">Paysages insoumis</a></em>.</strong></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">À la fin des années 80, j’ai entrepris une série de cheminements à travers la Haute-Marne et les Vosges. Le livre issu de ce travail s’est intitulé <em>La Ligne de partage,</em> parce qu’il se termine justement par une marche d’une semaine le long d’une ligne de partage des eaux entre la Seine, le Rhône et le Rhin. J’avais alors beaucoup travaillé sur la toponymie, orientant mon errance à partir de noms de lieux (villages, forêts, monts, lieux-dits) repérés sur les cartes IGN au 1/25000<sup>e</sup>, et dont le plus beau est sans doute celui de cette montagne au-dessus de Remiremont : <em>le Haut de l’A</em>.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/02/lp-2616-copie1.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-1006" title="La Ligne de partage © Thierry Girard 1987" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/02/lp-2616-copie1.jpg?w=300&#038;h=297" alt="" width="300" height="297" /></a><span style="color:#808080;">Une marche d&#8217;une semaine le long de la ligne de partage des eaux, depuis Lamargelle-aux-Bois jusqu&#8217;au bois de La Manche, à La Marche. 22-29 octobre 1987 © Thierry Girard</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Le livre s’ouvrait par une longue citation de Michel Serres sur l’expérience de la traversée du paysage. J’en extrais deux lignes :<em> « Là ou ici, l’apparence, dense de sens, accède presque au verbe. Partout ailleurs, nous passons, étrangers, à l’aube, aux choses, au sol, par le monde du silence. Ici, je jurerais que le paysage dit ».</em></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><em> </em></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Il me semblait que la toponymie avait quelque lien singulier avec le <em>genius loci, </em>terme qui signifie originellement la divinité qui habite un endroit particulier et dont le sens commun aujourd’hui renvoie à ce que l’on appelle <em>l’esprit des lieux</em>. La richesse d’un toponyme, qu’il évoque l’origine historique d’un lieu, son usage, une légende ou tout simplement une allitération étrange, invite à croire qu’il y a effectivement ici plus qu’ailleurs quelque “génie“ latent qui rend le paysage, sinon plus beau ou plus avenant, du moins plus riche de sens.</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/02/la-ligne-de-partage1987c2a9thierry-girard-copie.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-1009" title="La Ligne de partage ©Thierry Girard 1957" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/02/la-ligne-de-partage1987c2a9thierry-girard-copie.jpg?w=300&#038;h=299" alt="" width="300" height="299" /></a><span style="color:#808080;">Le carrefour de La Folie, Haute-Marne • </span><em><span style="color:#808080;">La Ligne de partage</span></em><span style="color:#808080;"> © Thierry Girard 1987</span>.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Il y avait certes dans les propos de Michel Serres une dimension quasi mystique des notions d’expérience, d’apparition, de présence. Sans aller jusque-là, j’ai pour ma part considéré très tôt que le paysage n’était pas <em>indifférent</em>, et qu’on ne pouvait surtout pas le réduire à la simple apparence de ce qui se présente à la vue, devant soi. Certes, il arrive que l’on n’ait pas d’autre choix que d’ordonner esthétiquement la seule surface des choses ; mais chaque fois que cela est possible, j’essaye de prendre en compte <em>l’épaisseur</em> du paysage, et de considérer celui-ci comme une sorte de <em>palimpseste</em>, le paysage étant de fait le résultat d’écritures successives et entremêlées de l’Histoire naturelle et humaine. C’est ainsi que j’ai régulièrement cherché à organiser des itinéraires traversant des paysages <em>non indifférents</em> : soit qu&#8217;il se soit passé des moments d&#8217;Histoire ou des histoires modestes ; soit que quelqu’un avant moi, un peintre, un écrivain, un philosophe, un voyageur, en ait déjà fait la matière de son imaginaire : l’histoire, la mémoire d’un paysage, sont aussi celles de sa représentation.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Les travaux qui ont suivi <em>La Ligne de partage </em>ont comme référent une œuvre littéraire ou un récit mythologique (Homère dans<em> <a href="http://wordspics.wordpress.com/2009/12/26/deja-10-entre-eros-et-thanatos/">Pour Ulysse</a></em>, Rimbaud dans<em> Mémoire blanche</em>, Peter Handke<em> </em>dans<em> Les Lieux de l’écrit</em>). L’enjeu est alors, non pas d’illustrer un texte, mais, sur un territoire défini, à partir d’itinéraires réels ou supposés, de réinventer un voyage photographique qui se nourrit des concepts et des images littéraires véhiculés par les œuvres en question.</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/02/slovenie-c2a9-thierry-girard-19901.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-1000" title="Slovénie © Thierry Girard 1990" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/02/slovenie-c2a9-thierry-girard-19901.jpg?w=195&#038;h=300" alt="" width="195" height="300" /></a><span style="color:#808080;">Stanjel, Karst, Slovénie ©  Thierry Girard 1990.<br />
(in </span><em><span style="color:#808080;">Peter Handke, Les Lieux de l&#8217;écrit</span></em><span style="color:#808080;">, éditions Marval, 1991)</span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><em><a href="http://www.thierrygirard.com/artworks/danube/page-danube/danube-intro.htm">Jaillissement &amp; dissolution</a> </em>(1994-96) complexifie l’approche en jouant à la fois sur un référent littéraire (le livre de <a href="http://www.nouvelle-europe.eu/cultures/cultures-europeennes/au-long-du-danube-avec-claudio-magris.html">Claudio Magris</a> sur le Danube), sur un référent pictural (la peinture romantique et notamment l’œuvre de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Caspar_David_Friedrich">Caspar David Friedrich</a>) et sur la mémoire du paysage, particulièrement sa <em>mémoire douloureuse </em>(champs de batailles, camps de concentration nazis, insurrection de Budapest, guerre serbo-croate etc…). Je photographie alors, depuis la source jusqu’à l’embouchure du Danube, tous les lieux où il s’est passé quelque chose d’essentiel, depuis l&#8217;aube de l&#8217;Histoire jusqu’à aujourd’hui ; qu’il demeure encore ici et là quelques vestiges ou monuments, ou que tout ait disparu, emporté par les siècles ou enfoui sous la terre.</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/02/02d044-4c-d-s-copie.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-978" title="Donau, Allemagne© Thierry Girard 1994" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/02/02d044-4c-d-s-copie.jpg?w=300&#038;h=244" alt="" width="300" height="244" /></a><span style="color:#808080;">Der Donaudurchbruch, Weltenburg, Allemagne © Thierry Girard, 1994.</span></span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><img class="aligncenter size-medium wp-image-969" title="Mohacs, Hongrie © Thierry Girard 1995." src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/02/05d277-1b-h-copie.jpg?w=300&#038;h=240" alt="" width="300" height="240" /><span style="color:#808080;"><a style="text-decoration:none;" href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/02/05d277-1b-h-copie.jpg"><span style="color:#808080;">Champ de bataille de Mohacs dans la Puszta hongroise. Bataille perdue par les Chrétiens face aux  Ottomans de Soliman le Magnifique, prélude à 150 ans d&#8217;occupation de la Hongrie</span></a><span style="color:#808080;"> © Thierry Girard, 1995.</span></span></span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/02/11d201-4a-bu-s-copie.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-973" title="Vrav, Bulgarie © Thierry Girard 1995." src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/02/11d201-4a-bu-s-copie.jpg?w=300&#038;h=244" alt="" width="300" height="244" /></a><span style="color:#808080;">Le Danube à Vràv, Bulgarie © Thierry Girard, 1995.</span> </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Une série très récente, achevée il y a quelques mois, reprend cette problématique de la mémoire historique, souvent <em>douloureuse</em>, du paysage. J’avais été frappé, il y a quelques années, en réalisant <em><a href="http://www.thierrygirard.com/artworks/vassiviere/pages-vass/vas-intro.htm">Les Cinq voies de Vassivière</a></em>, par le caractère rebelle et réfractaire de l’histoire et de la culture limousines ; et je me suis proposé de sillonner à nouveau l’ensemble de ce territoire (en y ajoutant quelques confins en Charente et dans la Vienne) pour tenter de faire sourdre de ces paysages ordinaires de campagne, de villages, de forêts, une forme d’étrangeté, une ambiguïté, liées aux événements petits et grands, souvent méconnus et oubliés, censés s’y être déroulés. Évidemment, lorsqu’on évoque ces terres de routes serpentines, de hameaux isolés et de forêts opaques, on pense de suite à la Résistance, mais j’ai voulu élargir mon propos à toutes sortes de résistances, lointaines ou récentes : révoltes collectives, jacqueries, émeutes ouvrières et insurrections politiques, tout ce qui renvoie de fait à l’esprit de rébellion.</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/02/l068-1a-s-copie.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-983" title="Fresselines©Thierry Girard 2009" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/02/l068-1a-s-copie.jpg?w=510&#038;h=403" alt="" width="510" height="403" /></a><span style="color:#808080;">28 décembre 1667, émeutes liées à la gabelle.<br />
La petite Creuse au pont du puy Rageau,  Fresselines, Creuse © Thierry Girard, 2009. </span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Dans un premier temps, j’ai intitulé ce projet <em><a href="http://wordspics.wordpress.com/2007/12/31/deja-%E2%89%A01/">Paysages de résistance, résistance du paysage</a></em>, soucieux surtout, au sein de ce rapport dialectique, de “tester“ le second concept : car, il ne suffit pas qu’il se soit passé quelque chose quelque part pour que le paysage <em>dise</em>,<em> </em>justement. Encore faut-il pouvoir aller au-delà, faire vibrer le secret, le non-dit, l’histoire occultée d’un paysage. Comment faire surgir le trouble de la mémoire enfouie, au-delà de l’apparence non inquiète des choses ? À cet égard, le travail sur Vassivière avait quelque chose de prémonitoire : il y a dans toutes ces marches un sentiment d’inquiétude et d’intranquillité qui font de ces randonnées autre chose qu’une traversée béatement lyrique du monde.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Cette <em>résistance du paysage </em>est vite devenue une compagne habituelle, et il m’a fallu en certains lieux revenir à plusieurs reprises, et parfois en vain, ou sans être totalement convaincu par leur <em>imago</em> —leur capacité à engendrer des images. J’ai ainsi, sur la carte de mes errances, nombre de <em>terrae deceptivae</em></span> <span style="color:#333333;">auxquelles je pense parfois rendre une ultime visite afin de résoudre enfin leur énigme et mettre un terme à leur résistance…</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/02/l016-3b-s-copie.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-990" title="St Gilles la Forêt © Thierry Girard 2007" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/02/l016-3b-s-copie.jpg?w=510&#038;h=411" alt="" width="510" height="411" /></a><span style="color:#808080;">Commémoration des combats de juillet 1944 autour du Mont Gargan.<br />
Saint-Gilles-les-Forêts, Haute-Vienne © Thierry Girard, 2007. </span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">J’ai fini par renoncer à ce premier intitulé car il faisait trop référence à la Résistance et à la période 39-45, et finissait par occulter les autres situations. Or, un jour de mai 2009, sur la jolie route qui mène de Peyrelevade à Tarnac —haut-lieu de « L’Insurrection qui vient »!—, au détour d’un virage, je tombe sur quelques grandes lettres tracées à la peinture blanche et couvrant toute la largeur de la chaussée : « Plateau insoumis ». Le plateau en question est celui de Millevaches, sis à la fois sur le sud de la Creuse et le nord de la Corrèze, et sans doute la terre irrédentiste par excellence, de par la rudesse de ses paysages et de par la séculaire solidarité rebelle de ses habitants. Après tous ces voyages échelonnés sur deux années, de saison en saison, rien ne pouvait mieux résumer le sentiment que j’avais de ce territoire que ce terme <em>« insoumis»</em>. </span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/02/l003-1a-s-copie.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-986" title="Gentioux © Thierry Girard 2007" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/02/l003-1a-s-copie.jpg?w=510&#038;h=405" alt="" width="510" height="405" /></a><span style="color:#808080;">Monument aux Morts de Gentioux-Pigerolles, Creuse © Thierry Girard, 2007.<br />
</span></span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><span style="color:#808080;">[ Un enfant en sarrau (un orphelin ?) tend son poing vers l'inscription : "Maudite soit la Guerre". Ce monument ne fut jamais inauguré par les représentants officiels de l'État, et rassemble désormais autour de lui, chaque 11 novembre, tout ce que la Région compte de militants pacifistes, antimilitaristes, libertaires etc.] </span> </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> Hors un monument aux morts emblématique —celui de Gentioux en Creuse, à l’entrée du plateau de Millevaches, sur lequel est gravé : « Maudite soit la guerre »—, j’ai évité toutes les stèles, vestiges et autres rappels précis de l’Histoire.  Mais il y a aussi ces endroits, au hasard de la route, auxquels aucun événement connu ou répertorié ne peut être attaché, mais où semble souffler malgré tout quelque <em>esprit des lieux</em>, et où <em>l’épaisseur</em>, encore plus énigmatique, semble l’emporter sur toute autre considération. J’ai développé ainsi une série parallèle que j’ai intitulée <em>Histoires possibles, paysages probables.</em> Dans cette série, encore plus que dans la précédente, la précision documentaire —une sorte d’alibi pour “aller voir“— est bousculée par la fiction. Car, si l’on ne peut contester l’historicité de tel ou tel événement (encore que s’agissant des Croquants par exemple, rien n’est précis), qu’en est-il vraiment de la véracité des lieux choisis, et ne cachent ou n’avouent-ils pas d’abord nos propres mystères, et le premier d’entre eux, le plus souvent ineffable, celui d’être arrivé là, en tel lieu jusqu’alors inconnu, de l’avoir distingué et d’y avoir trouver le bonheur de l&#8217;être-là ?</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/02/l002-2b-s.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-993" title="Faux-la-Montagne © Thierry Girard 2007" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2010/02/l002-2b-s.jpg?w=510&#038;h=400" alt="" width="510" height="400" /></a><span style="color:#808080;">Faux-la-Montagne, Creuse © Thierry Girard, 2007.</span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><span style="color:#993300;">La série </span><em><span style="color:#993300;">Paysages insoumis </span></em><span style="color:#993300;">est visible sur mon site web, <a href="http://www.thierrygirard.com/artworks/limousin/pages-limousin/limousin-intro.htm">ici</a>.<br />
Il a été édité un portfolio limité à 10 exemplaires comprenant 20 tirages impression jet d&#8217;encre et 22 pages de textes.<br />
Le premier exemplaire, acquis par le Frac Poitou-Charentes, est actuellement présenté dans l&#8217;exposition </span><em><span style="color:#993300;"><a href="http://actuthg.wordpress.com/2010/01/29/caracteres/">Caractères</a></span></em><span style="color:#993300;">, visible à Angoulême jusqu&#8217;au 31 mars.</span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><span style="color:#993300;">[ Repères bibliographiques :<br />
Michel Serres, <em>Statues, </em>François Bourin, Paris, 1987.<br />
Peter Handke, <em>Le Recommencement</em>, Gallimard, Paris, 1989 (sans doute le plus beau texte qu'il ait écrit sur ses origines slovènes).<br />
Claudio Magris, <em>Danube, </em>Gallimard, Paris, 1990. </span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><span style="color:#993300;">Thierry Girard, <em>La Ligne de partage</em>, Admira, 1988.<br />
Thierry Girard, <em>Mémoire blanche</em>, Musée Arthur Rimbaud, Charleville-Mézières, 1993.<br />
Thierry Girard, <em>Peter Handke</em>, collection Les Lieux de l'écrit, Marval, Paris, 1991 (texte de Fabienne Durand-Bogaert).<br />
Thierry Girard, <em>Les Cinq voies de Vassivière</em>, Les Imaginayres, Toulouse, 2005.</span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><span style="color:#993300;">Ces livres de Thierry Girard sont indisponibles auprès des libraires : on peut éventuellement les trouver sur le net, plus sûrement auprès de la galerie Les Douches (5 rue Legouvé, 75010 Paris), ou en s'adressant directement à l'auteur. ] </span></span></p>
<br />Filed under: <a href='http://wordspics.wordpress.com/category/deja/'>Déjà</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/category/photographie/'>Photographie</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/category/statement/'>Statement</a> Tagged: <a href='http://wordspics.wordpress.com/tag/genius-loci/'>genius loci</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/tag/limousin/'>Limousin</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/tag/paysages/'>paysages</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/tag/photographie/'>Photographie</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/tag/rebellion/'>rébellion</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/tag/resistance/'>résistance</a>, <a href='http://wordspics.wordpress.com/tag/thierry-girard/'>Thierry Girard</a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/wordspics.wordpress.com/967/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/wordspics.wordpress.com/967/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/wordspics.wordpress.com/967/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/wordspics.wordpress.com/967/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/wordspics.wordpress.com/967/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/wordspics.wordpress.com/967/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/wordspics.wordpress.com/967/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/wordspics.wordpress.com/967/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/wordspics.wordpress.com/967/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/wordspics.wordpress.com/967/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/wordspics.wordpress.com/967/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/wordspics.wordpress.com/967/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/wordspics.wordpress.com/967/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/wordspics.wordpress.com/967/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=wordspics.wordpress.com&amp;blog=2367462&amp;post=967&amp;subd=wordspics&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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			<media:title type="html">La Ligne de partage © Thierry Girard 1987</media:title>
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			<media:title type="html">La Ligne de partage ©Thierry Girard 1957</media:title>
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			<media:title type="html">Slovénie © Thierry Girard 1990</media:title>
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			<media:title type="html">Donau, Allemagne© Thierry Girard 1994</media:title>
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			<media:title type="html">Mohacs, Hongrie © Thierry Girard 1995.</media:title>
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			<media:title type="html">Vrav, Bulgarie © Thierry Girard 1995.</media:title>
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			<media:title type="html">Fresselines©Thierry Girard 2009</media:title>
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			<media:title type="html">St Gilles la Forêt © Thierry Girard 2007</media:title>
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			<media:title type="html">Gentioux © Thierry Girard 2007</media:title>
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			<media:title type="html">Faux-la-Montagne © Thierry Girard 2007</media:title>
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		<title>Déjà # 10  Entre Eros et Thanatos</title>
		<link>http://wordspics.wordpress.com/2009/12/26/deja-10-entre-eros-et-thanatos/</link>
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		<pubDate>Sat, 26 Dec 2009 14:11:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>wordspics</dc:creator>
				<category><![CDATA[Daybook]]></category>
		<category><![CDATA[Déjà]]></category>
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		<category><![CDATA[Statement]]></category>
		<category><![CDATA[Éros et Thanatos]]></category>
		<category><![CDATA[Méditerranée]]></category>
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		<description><![CDATA[L’exposition  Paysage-vidéo, dialogue avec les collections # 2, actuellement présentée au musée d’Art de Toulon, me permet de revenir sur la série intitulée Pour Ulysse. Deux des photographies issues de cette série et appartenant à la collection du  musée “dialoguent“ avec une vidéo d’Ange Leccia, La Mer (1991). Sur le site de Troie. Turquie, décembre [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=wordspics.wordpress.com&amp;blog=2367462&amp;post=929&amp;subd=wordspics&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong> </strong></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#808080;"><strong>L’exposition  <em><a href="http://actuthg.wordpress.com/2009/12/13/ici-de-la-mer-et-la-de-leau/">Paysage-vidéo, dialogue avec les collections # 2</a></em></strong><strong>, actuellement présentée au musée d’Art de Toulon, me permet de revenir sur la série intitulée </strong><strong><em>Pour Ulysse</em></strong><strong>. Deux des photographies issues de cette série et appartenant à la collection du  musée “dialoguent“ avec une vidéo d’Ange Leccia, </strong><strong><em>La Mer </em></strong><strong>(1991).</strong></span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#808080;"><strong><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/12/ul003-4c5721.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-943" title="Pour Ulysse © Thierry Girard 1989" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/12/ul003-4c5721.jpg?w=297&#038;h=300" alt="" width="297" height="300" /></a></strong></span><span style="color:#808080;"><em>Sur le site de Troie. Turquie, décembre 1988. </em>Pour Ulysse © Thierry Girard</span></p>
<p style="text-align:justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Cette série <em>pour Ulysse</em>, réalisée de décembre 1988 à avril 1989, appartient à ce que j’appelle ma période des paysages métaphoriques, et elle en constitue en quelque sorte l’acmé. On sent déjà l’amorce de ce tropisme métaphorique dans <em>Frontières </em>(1984-85), où j’ai le souci de trouver une transposition visuelle du concept de “frontière“ —seuils, limites, franchissements, séparations, altérités—, à la fois dans des images relevant d’une esthétique documentaire classique, et dans d’autres, prises notamment au format carré auquel je m’initie alors, où l’approche beaucoup plus graphique, sur des plans souvent resserrés, décontextualise le sujet et entraîne mon travail vers un registre plus “esthétisant“.</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/12/ul052-4b557.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-944" title="Pour Ulysse © Thierry Girard 1989" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/12/ul052-4b557.jpg?w=297&#038;h=300" alt="" width="297" height="300" /></a><span style="color:#808080;"> </span></span><span style="color:#808080;"><em>La Solfatare, Pozzuoli près de Naples, janvier 1989. </em>Pour Ulysse © Thierry Girard</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Peu après, lors de ma traversée initiatique des Etats-Unis en 1985, je mène de front les deux approches, passant tout uniment du Leica au 6 x6 (ainsi dans cet <a href="http://wordspics.wordpress.com/2008/12/31/deja-7-presidio-texas/">extrait</a> de mon voyage déjà publié sur ce blog). Je cherche alors un  lien, un espace intermédiaire entre l’univers esthétique de Walker Evans et celui d’Edward Weston, entre la transparence documentaire de l’un et l’épaisseur métaphorique de l’autre, considérant d’une part que le discours critique sur la photographie documentaire était par trop réducteur lorsqu’il s’en tenait essentiellement, notamment en France, à la défense du concept de “neutralité objective“ ; et considérant d’autre part que les travaux de nombre de photographes américains auxquels j’accordais une prime importance pouvaient souffrir de lectures plus complexes et plus ambiguës que celle généralement proposées sous un étiquetage strictement <em>New Topographics</em>.</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/12/ul049-3b565.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-945" title="Pour Ulysse © Thierry Girard 1989" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/12/ul049-3b565.jpg?w=295&#038;h=300" alt="" width="295" height="300" /></a></span><span style="color:#808080;"><em>Chien mort entre Cumes et Averno, près de Naples, janvier 1989. </em>Pour Ulysse © Thierry Girard</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Lorsqu’on s’intéresse à la culture américaine, à sa littérature et à ses différentes expressions artistiques, il ne faut pas négliger son arrière-plan mystique et métaphysique. C’est par exemple, à l’aube de la littérature américaine, à la fois le côté “spirite“ d’Edgar Poe, mais surtout, cette alternative au rêve américain qu’incarne la philosophie transcendantaliste de Ralph Waldo Emerson et de Henry David Thoreau qui prônent un retour à la Nature, loin des tentations du monde moderne ; ou cette célébration panthéiste qu’est <em>Leaves of Grass</em>, l’hymne-poème de Walt Whitman. On ne compte plus les photographes américains dont l’œuvre est, jusqu’à aujourd’hui, profondément nourrie de ces références ; mais ce qui m’intéresse c’est de voir comment ces dernières peuvent également influencer plus subtilement, par la bande en quelque sorte, des œuvres plus modernes et plus radicales. Ainsi du travail de John Gossage, <em>The Pond</em>, qui est un hommage explicite au <em>Walden</em> de Thoreau ; ainsi de toute l’œuvre de Robert Adams qui baigne dans une quête toute métaphysique de l’idée de Beauté —d’où peut-être sa relative incompréhension en France— ; ainsi même de l’œuvre “matérialiste“ de Lewis Baltz, dans la mesure où l’on peut considérer que <em>Park City</em> est une forme de <em>Genèse</em>, et que des travaux comme <em>San Quentin Point </em>ou<em> Candlestick Point </em>qui peuvent être pointées comme la référence absolue en matière d’<em>objectivité</em> sont aussi des hymnes à la beauté paradoxale et apocalyptique d’un monde finissant… Ou renaissant. On peut citer également Richard Misrach, nourri de l’œuvre d’Ezra Pound, au point de constituer une partie de son œuvre personnelle sur le modèle des <em>Cantos</em>.</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/12/ul043-2a559.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-946" title="Pour Ulysse © Thierry Girard 1989" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/12/ul043-2a559.jpg?w=296&#038;h=300" alt="" width="296" height="300" /></a></span><span style="color:#808080;"><em>Statue d&#8217;Ulysse, Castello di Baia, près de Naples, janvier 1989. </em>Pour Ulysse © Thierry Girard</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">C’est ainsi que ce mélange des genres et cette diversité à l’œuvre dans la photographie américaine me furent une invitation, lors de ce périple les Etats-Unis, à user d’une liberté formelle que je ne m’autorisais pas jusqu’alors. Et comme ce voyage était aussi une manière rendre hommage à l’esprit des lieux de mes Maîtres, il me fut tout aussi important de longer les côtes de la Californie ou de l’Oregon dans une quête d’atmosphères westoniennes, que de croiser telle ou telle étape de Robert Frank, de me retrouver dans des <em>suburbs </em>ou des motels où flottait l’esprit de Friedlander, de rendre hommage à Walker Evans en allant photographier la poste de Sprott, Alabama, ou de passer par Houston uniquement pour faire une halte silencieuse et émue dans la chapelle Rothko, après m’être incliné devant l’obélisque inversé de Barnett Newman. Sans oublier quelques brèves incursions au Mexique où l’on pense toujours aux amours tumultueuses de Tina et d’Edward, aux nus sur la terrasse rompue de lumière, aux pages du <em>Daybook&#8230; </em>Et à Manuel Alvarez Bravo, cet autre magicien de la photographie métaphorique, grand prêtre d’Eros et Thanatos.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/12/ul053-3c560.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-947" title="Pour Ulysse © Thierry Girard 1989" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/12/ul053-3c560.jpg?w=295&#038;h=300" alt="" width="295" height="300" /></a></span></p>
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/12/ul055-4a554.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-949" title="Pour Ulysse © Thierry Girard 1989" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/12/ul055-4a554.jpg?w=297&#038;h=300" alt="" width="297" height="300" /></a><span style="color:#808080;"><em>Catacombes, cimetière de la Fontanella,</em> </span></span><span style="color:#808080;"><em>Naples, janvier 1989. </em>Pour Ulysse © Thierry Girard</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Et c’est justement ce jeu de dés entre Eros et Thanatos qui est au cœur de la série <em>Pour Ulysse</em>. Trois ans après ce périple américain, je réalisai un vieux rêve en effectuant un périple odysséen tout autour de la Méditerranée. Je le commençai en décembre 1988, en Turquie égéenne (de Troie à Milet en passant par Éphèse et d’autres étapes antiques), pour le terminer dans les îles ioniennes (Ithaque et Leucade) en avril 1989 après être passé par Naples, la Sicile, les îles éoliennes, Tanger et le détroit de Gibraltar, et le Péloponnèse. Je considère, comme je l’ai écrit précédemment, que ce travail fut en quelque sorte l’acmé de cette période métaphorique, dans la mesure où il évacue complètement la question documentaire, contrairement aux projets précédents et contrairement à ceux qui suivront —à l’exception peut-être de <em>Mémoire Blanche</em>, un travail que je réalise en 1992 sur le territoire ardennais d’Arthur Rimbaud. Cela dit, l’esthétique que je développe alors est plus proche de ce qu’avait déjà entrepris et développé à la même époque quelqu’un comme  Mimmo Jodice, que d’une photographie <em>Fine Art</em> à l’américaine. Mimmo qui est mon guide à Naples et me permet d’être introduit dans des lieux où, sans son entregent, la bataille des autorisations aurait été perdue d’avance. Mimmo, chantre de la Méditerranée et dont l’œuvre en est la plus belle célébration, et qui ne comprend pas toujours, lorsque je lui montre les ouvrages qui ont suivi, pourquoi j’ai renoncé à ce parti-pris esthétique autour duquel nous nous sommes rencontrés… Disons que j’ai éprouvé, à ce moment-là de ma vie  —dont je pourrais dire que sur un plan personnel elle fut peut-être métaphysique mais surtout euphorique—, la nécessité d’échapper pour de bon au Réel et d’être dans l’Imaginaire absolu, pour reprendre les deux termes de la dialectique sur laquelle mon travail, même le plus récent, s’appuie. Il s’agit aussi du concept générique qui sous-tend toute une partie de l’œuvre de Victor Segalen et dont je nourris mon odyssée chinoise par exemple, mais là en prenant le point de vue du Réel… Et de même que Segalen était parti en quête d’une Chine imaginaire, rêvée dans sa « chambre aux porcelaines », une Chine disparue, enfouie sous terre, dans la mémoire et les grimoires ; de même, j’étais parti en quête d’une Méditerranée rêvée, celle d&#8217;Homère, des Auteurs et des Dieux de la Grèce antique, et celle des explorateurs de l’épaisseur du temps, prenant ainsi pour viatique la géographie odysséenne fantasmée par Victor Bérard qui consacra sa vie à tenter d’authentifier <em>les Navigations d’Ulysse</em> pour leur donner une “vérité“ géographique….</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/12/ul113-2c074.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-950" title="Pour Ulysse © Thierry Girard 1989" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/12/ul113-2c074.jpg?w=297&#038;h=300" alt="" width="297" height="300" /></a></span><span style="color:#808080;"><em>L&#8217;antre de Calypso sur l&#8217;île de Péréghil au pied du djebel Mousa, l&#8217;une des deux colonnes d&#8217;Hercule. Maroc, mars 1989. </em>Pour Ulysse © Thierry Girard</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Ce périple odysséen, réalisé avec une bourse Léonard de Vinci (en fait une Villa Médicis hors les murs bis), a d’abord été présenté aux Rencontres d’Arles en juillet 1989, qui ont participé également à sa production grâce à l’amitié et au soutien de Claude Hudelot, alors directeur des Rencontres. Mais le travail, terminé fin avril et présenté en juillet, soit très peu, trop peu de temps après la fin des prises de vue, a souffert d’un nombre d’images trop important et d’un éditing sans doute imparfait, faute de recul. Il fut présenté après dans différents musées (dont celui de Toulon justement) et à l’étranger (au Maroc et en Europe centrale, avec le souvenir mémorable d’une équipée “innocente“ pour aller de Zagreb à Split en Croatie, sur des routes déjà en guerre, en compagnie de mon ami Jacques Defert, alors directeur de l’institut français de Zagreb, qui conduisait la vieille Peugeot de l’institut, totalement effondrée par le poids des caisses de l’exposition, aussi lourdes que des caisses de munitions…).</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/12/ul063-2b566.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-951" title="Pour Ulysse © Thierry Girard 1989" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/12/ul063-2b566.jpg?w=298&#038;h=300" alt="" width="298" height="300" /></a></span><span style="color:#808080;"><em>Catacombes, le cimetière des Capucins, Palerme, février 1989. </em>Pour Ulysse © Thierry Girard</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">J’ai vécu alors, en réalisant ce projet, des moments de grand bonheur, même si la Mort rôde dans nombre d’images (mais telle était aussi la métaphore odysséenne), et même si je n’ai pas toujours su ou pu trouver après coup le même enthousiasme partagé par la critique. J’ai toujours cependant un club d’aficionados de cette période et surtout de ce travail, du genre, lorsqu’ils me voient, à lever les bras au ciel en disant : « Ah, Ulysse ! », comme s’il s’agissait d’une sorte de <em>cult-work</em> réservé à quelques initiés. En fait, ce projet, plus qu’aucun autre —plus même que ma traversée des Etats-Unis— avait réellement un caractère initiatique où se mêlaient défi intellectuel et sentiment amoureux en une sorte d’allégresse qui générait un sentiment d’invulnérabilité. Sans vivre évidemment les mêmes épreuves, ce projet m ‘amenait à reprendre à mon compte les péripéties du périple odysséen, et surtout à rejoindre en quelque sorte <em>poétiquement</em> le monde. Je ne pouvais alors imaginer dissoudre cette forme d’<em>enchantement </em>dans les contingences du Réel.</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/12/ul2771-1b558.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-952" title="Pour Ulysse © Thierry Girard 1989" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/12/ul2771-1b558.jpg?w=300&#038;h=299" alt="" width="300" height="299" /></a></span><span style="color:#808080;"><em>L&#8217;ascension du Stromboli, février 1989. </em>Pour Ulysse © Thierry Girard</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Quelques années plus tard, J’ai profondément aimé —vu et revu— le film de Théo Angelopoulos, <em>Le Regard d’Ulysse</em>, qui faisait le lien entre la Grèce, la Méditerranée et le Danube sur lequel je travaillais alors, dans un esprit très différent de celui de <em>pour Ulysse</em>. Et j’avais évidemment apprécié “l’astuce“ du cinéaste qui avait choisi de faire jouer par la même actrice, dans leur transposition contemporaine, tous les personnages féminins de l’Odyssée. J’avais fait de même lors de mon périple photographique avec S.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/12/ul125-4a553.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-941" title="Pour Ulysse © Thierry Girard 1989" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/12/ul125-4a553.jpg?w=295&#038;h=300" alt="" width="295" height="300" /></a></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> </span></p>
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:center;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/12/ul2847-3-2b552.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-953" title="Pour Ulysse © Thierry Girard 1989" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/12/ul2847-3-2b552.jpg?w=295&#038;h=300" alt="" width="295" height="300" /></a><span style="color:#808080;"><em>Au cap Malée, Péloponnèse, Grèce, avril 1989</em>. Pour Ulysse © Thierry Girard</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">J’ai conservé des traces éparses et récurrentes de cette approche esthétique jusque dans mon travail sur le Danube au milieu des années 90. Je ne considère pas cette période comme une parenthèse, ou pire même comme une fausse route. Ce que j’ai appris et développé pendant ces années m’a permis, à partir justement du travail sur le Danube (<em><a href="http://www.thierrygirard.com/artworks/danube/page-danube/danube-intro.htm">Jaillissement &amp; Dissolution</a></em>) et encore plus celui sur le Japon (<em><a href="http://www.thierrygirard.com/artworks/tokaido/pages/toka-intro.htm">La Route du Tôkaidô</a>)</em>,<em> </em>de reconsidérer le vaste champ de la photographie documentaire avec sans doute une forme de distance critique qui m’autorise à ne pas être dupe de certains discours et à introduire dans mon travail actuel des éléments en quelque sorte <em>exogènes</em>. Ainsi de la résurgence et de la récurrence de petits signes métaphoriques, ici et là, même dans mes travaux les plus strictement documentaires, tel un filigrane discret mais irréductiblement présent. Et parfois de manière plus évidente. À saisir et décrypter pour qui veut bien me suivre dans mes marches photographiques notamment, sur <a href="http://www.thierrygirard.com/artworks/vassiviere/pages-vass/vas-intro.htm">les voies de Vassivière</a> par exemple</span> ; <span style="color:#333333;">ou sur un tout autre registre, telle la récente série <em>Noise</em> dans <a href="http://www.thierrygirard.com/artworks/oise/page-oise/oise-intro.htm">Un Hiver d&#8217;oise</a>.</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/12/ul143-3a567.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-954" title="Pour Ulysse © Thierry Girard 1989" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/12/ul143-3a567.jpg?w=297&#038;h=300" alt="" width="297" height="300" /></a></span><span style="color:#808080;"><em>Sur l&#8217;île d&#8217;Ithaque, Grèce, avril 1989</em>. Pour Ulysse © Thierry Girard</span></p>
<br />Publié dans Daybook, Déjà, Photographie, Statement Tagged: Éros et Thanatos, Méditerranée, Mimmo Jodice, Odyssée, Photographie, Thierry Girard, Ulysse <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/wordspics.wordpress.com/929/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/wordspics.wordpress.com/929/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/wordspics.wordpress.com/929/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/wordspics.wordpress.com/929/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/wordspics.wordpress.com/929/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/wordspics.wordpress.com/929/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/wordspics.wordpress.com/929/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/wordspics.wordpress.com/929/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/wordspics.wordpress.com/929/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/wordspics.wordpress.com/929/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/wordspics.wordpress.com/929/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/wordspics.wordpress.com/929/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/wordspics.wordpress.com/929/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/wordspics.wordpress.com/929/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=wordspics.wordpress.com&amp;blog=2367462&amp;post=929&amp;subd=wordspics&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>Histoires de livres # 1 • Far Westhoek</title>
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		<pubDate>Sat, 28 Nov 2009 13:49:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>wordspics</dc:creator>
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		<description><![CDATA[À propos de l&#8217;exposition, De l’Itinérance, un parcours éditorial et photographique 1982 – 2008. Les Douches la galerie, 5 rue Legouvé 75010 Paris. Du 3 décembre 2009 au 6 février 2010 (vernissage le 2 décembre). Est-ce lié à mon attirance originelle pour la littérature et le cinéma ? Est-ce lié à ma découverte de la [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=wordspics.wordpress.com&amp;blog=2367462&amp;post=897&amp;subd=wordspics&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><em>À propos de l&#8217;exposition, <strong><a href="http://actuthg.wordpress.com/2009/11/14/de-litinerance/">De l’Itinérance</a></strong>, un parcours éditorial et photographique 1982 – 2008.<br />
<strong>Les Douches la galerie</strong>, 5 rue Legouvé 75010 Paris.<br />
Du 3 décembre 2009 au 6 février 2010 (vernissage le 2 décembre).</em></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><em><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/11/l1070351-copie.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-918" title="Far-Westhoek © Th G" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/11/l1070351-copie.jpg?w=510&#038;h=256" alt="" width="510" height="256" /></a><br />
</em></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Est-ce lié à mon attirance originelle pour la littérature et le cinéma ? Est-ce lié à ma découverte de la photographie d’abord comme chose imprimée dans des livres de pure photographie (Robert Frank, Alain Resnais*, Tony Ray-Jones, Paul Strand, Walker Evans, Bill Brandt, Josef Koudelka, Lee Friedlander…), avant de m’intéresser à la photographie comme œuvre accrochée sur un mur au même titre qu’un tableau ?  Est-ce parce que le désir de l’en-allée m’est profondément chevillé à l’âme et au corps, non pas sous le couvert du baroudeur, de l’aventurier, du globe-trotter ou du reporter en mission, mais tel le voyageur silencieux qui cherche simplement à rejoindre le monde ? Sans doute un peu de tout cela, et d’autres choses encore dont l’intrication me reste mystérieuse, pour expliquer ma propension non seulement à faire des livres, mais à imaginer mes différents projets, les uns après les autres, avant tout comme des ensembles destinés à l’édition, et donc réfléchis et développés en ce sens. Au point même qu’il m’est arrivé, à l’aube d’un travail, d’avoir déjà en tête la maquette d’un livre dont les images n’étaient pas faites.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/11/l1070346-copie.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-914" title="Far-Westhoek © Th G" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/11/l1070346-copie.jpg?w=510&#038;h=253" alt="" width="510" height="253" /></a><br />
</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">En quelque sorte, mes livres sont moins le catalogue d’une exposition que la matrice de celle-ci. J’ai conçu pendant longtemps l’exposition comme un simple “éclaté“ du livre, ou comme la proposition d’un livre à venir ou espéré —tout en accordant de l’importance à la qualité des tirages en noir et blanc puis en couleur—, avant d’y réfléchir comme un objet en soi faisant pleinement partie de mon propos artistique. Aujourd’hui, je tends à dissocier de plus en plus l’objet livre de l’objet exposition : le livre ne peut être le simple catalogue d’une exposition, ni celle-ci réduite à une sorte de best-off du livre.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">La plupart de mes projets s’articulent autour d’une problématique du déplacement, qu’il s’agisse de mettre en œuvre différentes formes d’exploration d’un territoire ou, plus souvent encore, de suivre le fil d’un itinéraire dont l’argument ou la raison relève de considérations diverses. Dès 1984, avec le projet intitulé <em>Frontières,</em> j’ai établi une méthode et un principe de travail auxquels je me suis à peu près tenu depuis lors : à savoir, respecter le plus possible dans l’élaboration du travail, mais surtout dans sa restitution, un principe de continuité géographique et chronologique, privilégiant ainsi la progression, la confrontation des images, leur tension dialectique, et privilégiant de fait le récit à la série. Le récit étant entendu non pas comme une “histoire“ —si ce n’est celle de mon rapport au monde—, mais comme le développement d’arguments conceptuels et de problématiques esthétiques à travers la récurrence d’un certain nombre de thèmes que la traversée du paysage ou les rencontres diverses viennent nourrir.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Il m’est apparu cependant que si mon travail était en partie connu et reconnu par la régularité de ma production éditoriale, la spécificité de celle-ci et son étendue —notamment tous les livres en noir et blanc qui précèdent <em><a href="http://www.thierrygirard.com/artworks/tokaido/pages/toka-intro.htm">La Route du Tôkaidô</a></em>— étaient loin d’être comprises et sues de tous. D’où la proposition de cette exposition qui permet de retracer la cohérence d’un parcours éditorial et photographique par-delà la diversité des expériences et des projets. Cette sélection d’une douzaine de livres (sur les vingt publiés à ce jour, hors livres collectifs, catalogues d’exposition ou portfolios plus modestes), couvre environ 25 années de travail de 1982 à 2008. Elle est associée à l’exposition de tirages <em>vintage</em>, certains étant, non pas des tirages d’exposition, mais les épreuves (belles) ayant permis de procéder à l’impression de tel ou tel livre.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Du coup, il m’est venu l’envie de reprendre dans une série de billets chacun des livres présentés, afin de resituer leur contexte historique et d’en montrer quelques bonnes pages. En commençant évidemment par le tout premier :</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#993300;"><strong>Far Westhoek</strong>, éditions Ferme-Nord de Zuydcoote, 1982.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/11/l1010291-copie1.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-907" title="Far-Westhoek © Th G" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/11/l1010291-copie1.jpg?w=300&#038;h=268" alt="" width="300" height="268" /></a></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Novembre 1981. J’avais décidé depuis l’année précédente de me consacrer complètement, “professionnellement“, à la photographie. Je venais de rater de peu, d’un cheveu —ou plutôt d’un manque de lobbying— la Villa Médicis. Nous étions deux finalistes et mon concurrent, qui avait de l’entregent et surtout de l’entregent —il a depuis disparu des tablettes de la renommée—, avait su faire quelques visites de courtoisie utiles. Nous avions chacun dans notre manche l’un des deux rapporteurs de la commission : il avait le soutien de Jean-Loup Sieff, et moi celui de Gisèle Freund. Mais d’autres personnes avaient pu exercer leur influence, et sans que je puisse le deviner, les dés étaient jetés avant même que je passe mon grand oral devant la commission présidée par Jean Leymarie, alors directeur de la Villa Médicis. Je ne le sus qu’après. Et puis, il se peut que malgré ma confiance affichée, je sois passé à côté de cet oral en donnant sans doute une importance excessive à une image de Rome qui était celle des photographies de William Klein et du cinéma néo-réaliste (Rosselini, De Sica, Pasolini et Fellini premières manières), et en négligeant quelque peu ce que représentait la Villa elle-même au cœur d’une Rome au lourd passé historique. J’avais été quelque peu meurtri de cet échec, et à défaut des lumières méditerranéennes, j’avais repris mes routes septentrionales vers le Nord de la France et Londres. Mais à part une commande en couleur du magazine Geo qui m’avait permis de sillonner tout le pays ch’ti, bien au-delà de ce que nécessitait ce reportage, je m’étais heurté jusqu’à présent à des fins de non-recevoir à chaque fois que j’avais essayé de solliciter quelque aide institutionnelle. L’argent, les structures, la volonté manquaient. Tout manquait, mais le paysage politique venait de changer et le paysage culturel et artistique était sur le point de changer —même si Michel Guy, le prédécesseur de Jack Lang, avait déjà fait un travail remarquable en posant les bases d’une réforme profonde de la politique de la création artistique, mais sans disposer toutefois des moyens que son ambition nécessitait. Bref, fin 1981, on sentait que les choses étaient sur le point de bouger et c’est ainsi que l’une de mes interlocutrices habituelles à Lille m’écrivit un jour un nom et un numéro de téléphone sur un bout de papier en me disant : « Essayez cette piste !». </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">La piste s’appelait José Jacquemart. Il était conseiller technique auprès de la ministre de la Santé d’alors, et après s’être occupé d’une association de chantiers de jeunesse, il venait de s’installer dans un hôpital maritime désaffecté au nord de Dunkerque, la Ferme-Nord de Zuydcoote ; et là, au milieu de nulle part et des dunes balayées par les vents de la mer,  il avait décidé de recueillir des adolescents en difficulté et d’inviter également des artistes en résidence (tout commentaire ironique est superflu&#8230;). Je pris rendez-vous avec lui dans son bureau parisien, sans avoir d’autre projet précis que le seul désir de pouvoir continuer à photographier “là-haut“ avec un peu de soutien. J’ouvre ma petite boîte pleine de tirages en noir et blanc, mon interlocuteur regarde les images avec attention, referme la boîte et me demande : « Vous avez besoin de combien ? ». Je m’attendais à quelque propos dilatoire, <em>as usual</em>, ou à toutes sortes de questions, mais pas à celle-ci. Cinq secondes de réflexion, un rapide calcul improvisé dans ma tête en me disant qu’il fallait que je tienne six mois (je vivais alors de peu), et je lâche : «  35 000 F (5 400 euros) ».<br />
« Très bien, c’est d’accord, me dit-il, vous appelez demain Pascale Debrock, la responsable des activités culturelles, et vous organisez avec elle votre séjour et votre travail ».</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> Et c’est ainsi que je me retrouvai quelques semaines plus tard à arpenter le <em>Westhoek</em>, soit la pointe ouest de la Flandre française, tout ce territoire compris entre Grand-Fort-Philippe au sud de Dunkerque et Bray-Dunes à la frontière belge. J’y passai, entre février et juin 1982, la moitié de mon temps. J’essayai de photographier un peu chaque jour, mais l’hiver me sembla interminable et je fus pris d’une sorte de langueur mélancolique générée par l’austérité du paysage, la rudesse de la vie pour nombre de gens que je rencontrais et une certaine solitude, à peine distraite par quelques émois sentimentaux et quelques amitiés dont certaines ont duré. J’avais aussi, encore, quelques timidités (mais les ai-je toutes vaincues ?) et je me sentais plus à l’aise pour photographier dans des situations collectives, même lorsqu’il s’agissait de fêtes privées, que dans un rapport direct ou plus intime avec une seule personne. Mais, ce que l’on a manqué ou pas su faire n’existe pas. Les regrets ne valent que pour soi. Et ce qui reste, ce que j’ai su saisir, c’est cette poignée d’images que je ne peux renier. Comme l’écrit Béatrice Andrieux dans le <a href="http://actuthg.wordpress.com/2009/11/14/de-litinerance/">texte</a> de présentation de l’exposition <em>De l’itinérance </em>: « Les thèmes chers à Thierry Girard et la mise en place des atmosphères de ses explorations sont posés ». Mais ce qui me touche surtout c’est que, découvrant ce livre qui lui était inconnu, elle puisse parler « d’un livre sombre et magnifique ».</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/11/l1070343-copie.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-911" title="Far-Westhoek © Th G" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/11/l1070343-copie.jpg?w=510&#038;h=256" alt="" width="510" height="256" /></a><br />
</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Les photographies de ce travail appartiennent à leur époque. Il y a certes l’autorité tutélaire de Cartier-Bresson qui règne en maître sur la scène photographique française**, mais l’époque est surtout marquée par la considération soudaine accordée à l’œuvre de Frank qui devient en quelque sorte le photographe-culte*** de notre génération. L’œuvre de Frank, tout en étant restreinte à un cercle étroit de connaisseurs —rien à voir avec sa diffusion actuelle— est ressuscitée après une parenthèse, un oubli qui a duré une bonne quinzaine d’années, lorsque R.F. eut décidé d’abandonner la photographie pour se consacrer au cinéma. Certes <em>Les Américains</em> ont été publiés en 1958 en France par Robert Delpire, puis en 1959 chez Grove Press aux États-Unis, mais alors que  l’influence de Frank reste vive outre-atlantique (sur les travaux de Winogrand par exemple ou du « jeune » Friedlander, <em>celui de Self-portrait</em>) avec plusieurs rééditions de <em>The Americans</em>, elle ne s’exerce vraiment en Europe qu’au compte-gouttes, grâce notamment à la fidélité d&#8217;Allan Porter et de la revue <em>Camera</em> en Suisse qui publie deux ou trois portfolios, puis de <em>Creative Camera</em> en Grande-Bretagne. La publication de T<em>he Lines of my hand</em> en 1972 reste confidentielle, même s’il est toujours tentant de réécrire l’histoire après, de manière plus emphatique. En 1975, le <em>Creative camera international year book</em> publie un splendide portfolio consacré aux photos de Londres et du Pays de Galles. Ce portfolio sera pour moi la révélation décisive qui m’amènera à considérer la photographie <em>as a true possibility.</em> Il n’est pas anodin d’ailleurs de retrouver dans ce même numéro un portfolio consacré à Cartier-Bresson et deux autres consacrés à la photographie documentaire britannique à travers les œuvres naissantes de Chris Killip et d’Homer Sykes. Cette tradition photographique, héritée entre autres de Bill Brandt et de l’œuvre malheureusement interrompue de Tony Ray-Jone, constitue alors notre troisième sphère d’influence.</span></p>
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/11/l1070344-copie1.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-910" title="Far-Westhoek © Th G" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/11/l1070344-copie1.jpg?w=510&#038;h=249" alt="" width="510" height="249" /></a><br />
</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Ce n’est donc pas tout à fait un hasard si, au terme de ce travail, lorsque mon commanditaire, apparemment satisfait de ma prestation photographique, remit un peu (pas beaucoup) d’argent sur la table pour faire un livre, je proposai à mon ami Philippe Bissières, que j’avais chargé de faire la maquette et de suivre la fabrication du livre, de reprendre le format intérieur des <em>Américains</em> version Delpire (nous n’avions pas les moyens d’avoir une couverture en dur) avec une reproduction des photographies à la même taille que celles de Frank. J’imaginais ainsi un geste symbolique et affectif, une sorte d’hommage, une manière de dire ma dette et ma filiation. Philippe m’en dissuada, sans doute à raison, mais l’objet qu’il conçu, légèrement plus grand que « l’original » et avec un principe de mise en page différent, n’est pas non plus si éloigné que ça de la référence évoquée. Ne serait-ce que sur le plan de l’impression avec cette bichromie un peu sourde et son pantone brun sur un papier mat qui n’est pas sans rappeler l’héliogravure d’autrefois et les premières versions du livre de Frank. Il a d’ailleurs été imprimé à Bellegarde dans une imprimerie qui était alors spécialisée dans l’héliogravure sur feuille. Le livre a les défauts de son budget modeste, mais c’est ce qui en fait aussi son charme, et ce qui le rend aujourd’hui paradoxalement moins obsolète que bien d’autres livres publiés à cette époque avec une mauvaise offset sur du papier glossy.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/11/l1070350-copie.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-915" title="Far-Westhoek © Th G" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/11/l1070350-copie.jpg?w=510&#038;h=257" alt="" width="510" height="257" /></a><br />
Je ne me souviens plus du tirage, peut-être 1000 exemplaires, et comme Philippe me l’a écrit récemment dans un e-mail : «  Hélas, l&#8217;informatique n&#8217;existait pas, avec sa capacité infinie de garder toutes traces à portée de main. Cette archive papier – pour autant qu&#8217;elle garde trace de l&#8217;étape de fabrication – est à 700 km, dans une chemise, elle même dans un classeur suspendu dans un tiroir qui ne doit plus s’ouvrir très bien, sinon en couinant affreusement, appartenant à une armoire qu’il s’agirait d’identifier comme étant la promise… Alors, ma réponse est comme le dossier: suspendue ! ».<br />
L’essentiel du tirage a été remis au commanditaire qui, n’étant pas éditeur et n’ayant pas de diffuseur, n’a pas su ni pu en faire grand chose. Une poignée de livres vendus en librairie, les autres donnés par moi ou les gens de la Ferme-Nord, et sans doute le stock détruit ou abandonné dans l’humidité des lieux au bout de quelques années. Il doit m’en rester à peine une centaine d&#8217;exemplaires, peut-être moins. Combien d’autres exemplaires, “vivants“, de par le monde ? Difficile à dire, mais vraisemblablement moins de la moitié du tirage.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/11/l1070349-copie.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-916" title="Far-Westhoek © Th G" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/11/l1070349-copie.jpg?w=510&#038;h=255" alt="" width="510" height="255" /></a></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#808080;">[ Mai 1982 : Je n'ai pas su photographier sur la plage cette femme déformée, boursouflée, sans âge, qui traînait deux petits enfants. Cela m'a rappelé cette jeune femme vue l'autre jour à la ducasse de la basse-ville de Dunkerque. À peine vingt ans. Une bouche édentée. Des chevilles malingres. Et un bébé tout petit dans ses bras, tout petit.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#808080;">La misère est terrible sur les corps. La misère est grande parfois ici. J'ai l'impression de ne voir qu'elle en ce moment. De ne pouvoir y échapper où que j'aille.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#808080;"><em>Extrait du journal de travail de Far-Westhoek </em>]</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><a href="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/11/l1070348-copie.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-917" title="Far-Westhoek © Th G" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/11/l1070348-copie.jpg?w=510&#038;h=247" alt="" width="510" height="247" /></a></span></p>
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><span style="color:#993300;">Far-Westhoek a été édité en octobre 1982.</span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><span style="color:#993300;">Impression en bichromie sur papier semi-mat.</span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><span style="color:#993300;">Couverture souple. Format 248 x 222.</span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><span style="color:#993300;">16 pages de textes sur un papier teinté et 48 pages de photographies.</span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><span style="color:#993300;">La calligraphie du titre est due au talent et au pinceau de Philippe Bissières<br />
</span></span></p>
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">* Alain Resnais a publié en 1972 aux éditions du Chêne un livre intitulé <em>Repérages, </em>un ensemble de photographies noir et blanc, faites au Leica, sur des lieux de repérages de films ou de projets de films. Et notamment sur Londres.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><span style="color:#993300;"><span style="color:#333333;">* * Note sur l&#8217;influence de Cartier-Bresson : en fait la situation était plus complexe. Il y avait les pro et les anti-HCB, ces derniers reprochant au “Maître“ sa superbe et sa distance élitiste ; et préférant mettre en avant, tel Jean-François Chevrier, la simplicité et l&#8217;authenticité (!?) du populaire Doisneau. Naturellement, les arguments invoqués étaient d&#8217;ordre esthétique, mais ils révélaient aussi une forme de positionnement et de clivage idéologique à l&#8217;intérieur même du microcosme artistique et intellectuel.</span></span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><span style="color:#993300;"><span style="color:#333333;">*** Le numéro 11/12 des <em>Cahiers de la Photographie</em>, intitulé <em>Robert Frank, la photographie, enfin.</em>, paraît à l&#8217;automne 1983. On y trouve des contributions de Gilles Mora, Arnaud Claass, Alain Bergala, Jean Arrouye, Denis Roche etc.<br />
</span></span></span></p>
<br />Publié dans Daybook, Déjà, Exposition, Livres de photographie, Photographie Tagged: Livres de photographies, Nord, Photographie, Thierry Girard, Westhoek <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/wordspics.wordpress.com/897/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/wordspics.wordpress.com/897/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/wordspics.wordpress.com/897/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/wordspics.wordpress.com/897/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/wordspics.wordpress.com/897/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/wordspics.wordpress.com/897/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/wordspics.wordpress.com/897/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/wordspics.wordpress.com/897/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/wordspics.wordpress.com/897/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/wordspics.wordpress.com/897/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/wordspics.wordpress.com/897/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/wordspics.wordpress.com/897/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/wordspics.wordpress.com/897/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/wordspics.wordpress.com/897/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=wordspics.wordpress.com&amp;blog=2367462&amp;post=897&amp;subd=wordspics&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>L&#8217;homme stupéfait</title>
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		<pubDate>Sun, 15 Nov 2009 09:52:39 +0000</pubDate>
		<dc:creator>wordspics</dc:creator>
				<category><![CDATA[Art contemporain]]></category>
		<category><![CDATA[Du côté des autres]]></category>
		<category><![CDATA[Exposition]]></category>
		<category><![CDATA[Photographie]]></category>
		<category><![CDATA[Méduse]]></category>
		<category><![CDATA[Vincent Cordebard]]></category>

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		<description><![CDATA[Les Jours sans fin, une exposition de Vincent Cordebard au Mémorial Charles de Gaulle à Colombey-les-deux-Églises, en collaboration avec le Frac Champagne-Ardennes (jusqu’au 31 décembre 2009). Le Dénombrement des corps in Les Jours sans fin © Vincent Cordebard J’ai sur le mur de mon atelier l’une des versions de l’image qui a servi de carton [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=wordspics.wordpress.com&amp;blog=2367462&amp;post=855&amp;subd=wordspics&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><strong><em>Les Jours sans fin</em></strong><em>, une exposition de <a href="http://pagesperso-orange.fr/vincent.cordebard%20/">Vincent Cordebard</a> au Mémorial Charles de Gaulle à Colombey-les-deux-Églises, en collaboration avec le Frac Champagne-Ardennes (jusqu’au 31 décembre 2009).</em></span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><em><img class="aligncenter size-full wp-image-856" title="©Vincent Cordebard" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/11/cordebard-s.jpg?w=510&#038;h=390" alt="©Vincent Cordebard" width="510" height="390" /><span style="color:#808080;">Le Dénombrement des corps</span></em><span style="color:#808080;"> in<em> Les Jours sans fin </em>© Vincent Cordebard</span><em><br />
</em></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><em> </em></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">J’ai sur le mur de mon atelier l’une des versions de l’image qui a servi de carton d’invitation à l’exposition de Vincent Cordebard. Visage étonnamment serein d’une femme filmée par ses bourreaux nazis, avec ce léger sourire qui n’est évidemment pas celui de la complicité ni du consentement, mais le sourire du mépris jeté à la face de son assassin —de l’assassin assassiné en quelque sorte. Sur le plan suivant, la caméra descend vers la poitrine nue de la jeune femme, et dévoile les marques scrofuleuses sur la peau, caractéristiques de ce qu’entreprenaient les médecins nazis dans les camps —ou dans ce tristement célèbre château de Hartheim, près de Linz en Autriche, où les expérimentations médicales les plus démentes étaient menées. On pourrait presque oser dire que cette jeune femme au sourire énigmatique est une sorte de Joconde de l’Horreur absolue et de l&#8217;Innommable. Elle regarde non seulement celui qui la filme, mais elle nous regarde aussi, par-delà la caméra, le temps et l’Histoire ; elle regarde ceux qui la verront ainsi un jour, elle le sait et ce sera sa vengeance. Elle n’est pas encore déchue, moins en tout cas que celui qui croit, au moment où il la filme, détenir sur elle le pouvoir de vie et de mort.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Vincent a extrait cette image, ainsi que plusieurs autres photogrammes, du film documentaire de Frédéric Rossif, <em>De Nuremberg à Nuremberg</em> (1967). Les autres photogrammes sur lesquels V.C. a travaillé sont des archives filmées par les troupes américaines ou britanniques, soit dans le camp de Bergen-Belsen, soit dans celui de Dachau, courtes séquences où l’on voit des soldats allemands, des Kapos, des femmes qui travaillaient dans les camps, obligés de jeter eux-mêmes dans la fosse commune les cadavres des dernières victimes des Nazis. Sur ces bouts d’archives, toutes les victimes sont des femmes.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><img class="aligncenter size-full wp-image-857" title="© Vincent Cordebard" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/11/lesjourssansfin.jpg?w=508&#038;h=400" alt="© Vincent Cordebard" width="508" height="400" /></span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#808080;"><em>Le Dénombrement des corps</em> in<em> Les Jours sans fin </em>© Vincent Cordebard</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> Cela fait donc vingt ans que Cordebard a entamé sur cette poignée d’images un travail méthodique, lancinant, méticuleux qui consiste à <em>recouvrir</em> (c’est le terme qu’il emploie lui-même : recouvrement) ces photogrammes-palimpsestes d’écritures, de biffures, de numérations faites à l’encre de Chine, mais aussi de peintures diverses qui redessinent (rehaussent ?) les contours de leur tragédie. Dans la série intitulée <em>Le Dénombrement des corps</em>, il faut imaginer l’auteur penché pendant des heures sur un tirage de petite taille, rajoutant l’un après l’autre, sur toute la surface de l’image, des ensembles de cinq bâtons, tel un comptable ou un archiviste méticuleux, tel le prisonnier enfermé comptant les jours, mais surtout tel l’ascète ou le moine psalmodiant, jusqu’à l’oubli de soi, le même bref mantra dans une relation extatique et douloureuse avec le livre ou l’image sainte.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><img class="aligncenter size-full wp-image-858" title="© Vincent Cordebard" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/11/cordebard-3497-copie-2.jpg?w=252&#038;h=202" alt="© Vincent Cordebard" width="252" height="202" /><br />
</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Extraits de leurs films originaux, tirés à part en quelque sorte, ces photogrammes deviennent des documents énigmatiques, dont le contexte historique, le sens premier, peuvent échapper à ceux qui ne savent pas ou qui n’ont pas été nourris par <em>Nuit et Brouillard </em>d’Alain Resnais ou par <em>Shoah </em>de Claude Lanzmann —et je pense alors aux nouvelles générations : ces images sont certes connues, mais la mémoire est oublieuse, et le risque est grand de les voir sombrer dans la masse confuse des images de l’effroi et le grand cloaque de l’Histoire.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Pour autant Cordebard se garde bien de vouloir faire un travail mémoriel : l’irruption de ces images dans son parcours intellectuel et artistique n’est pas liée à quelque devoir de mémoire stricto sensu qu’il se serait imposé, même si ce choix n’est pas indifférent. Elles viennent par <em>nécessité </em> dans une œuvre où s’opposent sans cesse l’horreur et l’innocence, la mort et la jouissance. À partir notamment de deux séries génériques qui sont <em>L’ Hypothèse de la guerre (1988-1989),</em> mélange de photographies de gueules cassées, de charniers de la Grande Guerre et d’autoportraits ; et <em>Les Noces d’opale (1986 – Collection du Frac Champagne-Ardennes), </em>un travail de soustraction d’images à partir d’un portrait de groupe pris lors d’une noce dans les années 60 : le personnage central est une petite fille toute habillée de blanc, entourée d’adultes vêtus de noir, et sur les épaules de laquelle reposent les mains épaisses (crochues ?) d’une femme âgée, telle la Grande Faucheuse enserrant déjà l’enfant à peine pubère. Cette petite fille, “présumée innocente“, va devenir également un personnage central de l’œuvre de Vincent Cordebard dans la mesure où son image, ou plutôt l’avatar de son image, va subir au fil des ans toutes les avanies de la représentation, de l’exacerbation de la douleur et de la mort à celle de la sexualité.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><img class="aligncenter size-medium wp-image-860" title="© Vincent Cordebard" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/11/nocesdopale1.jpeg?w=215&#038;h=300" alt="© Vincent Cordebard" width="215" height="300" /></span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><span style="color:#808080;"><em>Les Noces d&#8217;opale </em>(extrait), 1986, courtesy Frac Champagne-Ardennes.</span><br />
</span></p>
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><img class="aligncenter size-medium wp-image-861" title="Cordebard©ThG" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/11/l1070057-copie.jpg?w=225&#038;h=300" alt="Cordebard©ThG" width="225" height="300" /><span style="color:#808080;"> <em>Suzanne(s) et autres figures du refus</em>, </span></span><span style="color:#808080;">huile sur toile,</span> <span style="color:#333333;"><span style="color:#808080;">2008-2009.</span><br />
</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> L’œuvre de Vincent Cordebard, telle qu’elle se présente aujourd’hui, dans son corpus à la fois photographique et pictural, est ontologiquement licencieuse, au sens où Sade, Bataille, Lautréamont sont licencieux : dans sa manière d’évoquer tout uniment la mort et la sexualité, la chair vive et la chair pourrissante, l’horreur et la jouissance, le désir et l’effroi, l’innocence et la perversité.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><em>Les Jours sans fin</em>, c’est en fait la réunion de plusieurs séries distinctes et parallèles, s’échelonnant dans le temps et reprenant de fait le même ensemble d’images génériques : <em>La Topographie du Paradis </em>(1989-1994) est la plus ancienne, celle qui inaugure ce nouveau corpus ; puis, <em>Les Rendez-vous manqués </em>et <em>Les Chairs étrangères </em>qui sont concomitantes, et enfin <em>Le Dénombrement des corps </em>(2004-2009) qui clôt cette longue période ; avec en point d’orgue un triptyque de trois peintures, <em>Arrêt sur image, </em>où, ayant évacué définitivement le support photographique, Cordebard reprend une dernière (ultime ?) fois la forme exsangue, mais déréalisée, dématérialisée, du cadavre à la manière d’un<a href="http://images.google.fr/imgres?imgurl=http://www.idixa.net/Images/iVoix/Soutine-PieceDeBoeuf2_K460.jpg&amp;imgrefurl=http://www.idixa.net/Pixa/pagixa-0711112339.html&amp;usg=__fM_GZLW0IyCW6mXa9wB3sSpPuPI=&amp;h=457&amp;w=340&amp;sz=105&amp;hl=fr&amp;start=14&amp;tbnid=Y-zxIvGB-w-ZQM:&amp;tbnh=128&amp;tbnw=95&amp;prev=/images%3Fq%3DSoutine%26gbv%3D2%26hl%3Dfr"> Soutine</a> ou d’un Bacon peignant des animaux ou de la viande.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><img class="aligncenter size-medium wp-image-864" title="© Vincent Cordebard" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/11/l1060994-copie.jpg?w=225&#038;h=300" alt="© Vincent Cordebard" width="225" height="300" /></span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><span style="color:#808080;"><em>Arrêt sur image</em> in <em>Les Jours sans fin</em>, installation au Mémorial Charles de Gaulle.</span><br />
</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><img class="aligncenter size-medium wp-image-868" title="Cordebard © Th G" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/11/l1070003-copie.jpg?w=225&#038;h=300" alt="Cordebard © Th G" width="225" height="300" /></span><span style="color:#808080;"><em>Les Chairs étrangères <em>(détail)</em></em> in <em>Les Jours sans fin</em>, installation au Mémorial Charles de Gaulle.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> Rares sont les textes de Vincent Cordebard, et ceux-ci, lorsqu’ils existent, sont comme son œuvre : comptés, denses, concis. De cette œuvre âpre, violente, provocante —dont des déclinaisons précédentes, telles <em>Les Attentats à la pudeur </em>ou les <em>Conversations faites à un enfant mort</em> suscitèrent l’ire de certains lorsqu’elles furent exposées— il ne faut guère attendre quelque justification de la part de l’auteur, par ailleurs excellent pédagogue et subtil analyste des œuvres des autres ; si ce n’est de manière incidente, décalée, périphérique, contournée, par le biais d’une citation —possiblement hermétique— balancée comme incipit, ou dans le foisonnement d’une conversation décapante, faite de tout et de rien, de métaphysique et de profane, où le trait d’esprit, la plaisanterie, la contre pétrie, peuvent jaillir à tout moment, comme si le rire, la provocation, la licence, l’incorrection se devaient d’être des adjuvants et des contre-feux nécessaires à toute pensée rigoureuse et profonde.</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><img class="aligncenter size-full wp-image-865" title="La bibliothèque © Thierry Girard" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/11/l1070034-copie.jpg?w=383&#038;h=510" alt="La bibliothèque © Thierry Girard" width="383" height="510" /><span style="color:#808080;">L&#8217;atelier de Vincent © Thierry Girard 2009</span><br />
</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> Pour présenter cet ensemble, Cordebard cite Le Caravage : <em>« Tout tableau est une tête de Méduse. On peut vaincre la terreur par l’image de la terreur »</em>. Il rajoute : « Ce qui nous anime et procure énergie à notre singularité est dans cette dispute, sans cesse renouvelée, entre effroi et jouissance. Cette même dispute est – à contrario – la cause de notre stupéfaction. <em>« L’homme obstupéfactus est métamorphosé en imago de tombe »</em> écrit Pascal Quignard. C’est entre deux gouffres que l’homme doit renaître …. chaque jour ….. sans fin ».</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><img class="aligncenter size-full wp-image-891" title="© Vincent Cordebard" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/11/ensemblew.jpg?w=510&#038;h=317" alt="© Vincent Cordebard" width="510" height="317" /><span style="color:#808080;"><em>L&#8217;hypothèse de la guerre</em>, 1988-89 © Vincent Cordebard</span><br />
</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> Vincent Cordebard, alias René Leplus —celui qui a gagné une vie supplémentaire—, sait ce que signifie renaître, depuis qu’une greffe du rein l’a sauvé en 2002 de morts et d’opérations à répétition en laissant malgré tout son corps couturé en tout sens, affaibli et longtemps sans force aucune. La douleur physique personnelle, l’épée de Damoclès de la mort, suspendue au-dessus de la tête de l’artiste pendant des années, n’expliquent pas toute l’œuvre, mais elles l’accompagnent.  Elles disent aussi a contrario l’extrême désir de vie, puisque pour survivre il faut aussi en avoir la volonté et le goût <em>sans fin</em> des jouissances passées et sublimées. C’est ce qu’expriment aussi les dernières œuvres picturales, où l’image récurrente de la petite fille est devenue celle d’une femme mûre, en chair, affirmant son extrême présence, sa provocation superbe et sublime, malgré et par le geste de celui qui la peint.</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><img class="aligncenter size-medium wp-image-869" title="Cordebard © Th G" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/11/l1070055-copie.jpg?w=300&#038;h=168" alt="Cordebard © Th G" width="300" height="168" /><span style="color:#808080;"><em>Une part obscure</em>, gouaches sur papier, 2008-2009.</span><br />
</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> En guise de conclusion (mais peut-on conclure ?), les premières lignes de l’avant-propos de Jean Clair en ouverture de son essai consacré à <em>Méduse </em>(Éditions Gallimard, 1989) :<br />
</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> « Existe-t-il un lien entre l’horreur et la beauté ? Sont-elles irréductibles l’une à l’autre ? Ou bien la beauté est-elle fille de l’horreur ? Le beau n’est-il pas la parade imaginée par l’homme pour contenir l’horreur ? Pourquoi la peinture parmi d’autres arts, s’est-elle si souvent complu à figurer l’horreur lorsqu’elle représente, siècle après siècle, la décollation du Baptiste, d’Holopherne, ou du Goliath ? Pour quelles raisons le sang qui dégoutte de ces chefs tranchés, une fois représenté, devient-il objet d’admiration, couleur rubiconde et réjouissante à l’œil ? ».</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><img class="aligncenter size-full wp-image-870" title="Cordebard © Th G" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/11/l1060999-copie.jpg?w=510&#038;h=383" alt="Cordebard © Th G" width="510" height="383" /></span><span style="color:#808080;"><em>Les Rendez-vous manqués</em> in <em>Les Jours sans fin</em>, installation au Mémorial Charles de Gaulle.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><span style="color:#333333;">PS :</span> La présentation de ce travail au Mémorial Charles de Gaulle peut paraître étrange à première vue. Il n&#8217;y a de fait ni incongruité, ni contresens à cette présence. L&#8217;exposition occupe les quatre faces intérieures d&#8217;un cube posé au milieu du hall d&#8217;entrée du Mémorial et, le soir du vernissage, les &laquo;&nbsp;braves gens&nbsp;&raquo; de Colombey et de Haute-Marne ne semblaient pas choqués. Ou s&#8217;ils l&#8217;étaient, c&#8217;était dans le bons sens : sous le coup, comme on dit, d&#8217;un trouble véritable qui suscitait manifestement plus d&#8217;adhésion que de gêne ou de rejet.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#808080;"><span style="color:#333333;">Il faut reconnaître à Alexandre Mora, le directeur du Mémorial, le courage d&#8217;avoir (sur une proposition de Florence Derieux, la directrice du Frac) &laquo;&nbsp;choisi&nbsp;&raquo; sans hésiter, dès sa première visite d&#8217;atelier, le travail de V.C. ; initiative  heureuse sur la confrontation de l&#8217;art contemporain et d&#8217;un lieu mémoriel, dont on espère qu&#8217;elle aura une suite.<br />
</span></span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#808080;"><img class="aligncenter size-medium wp-image-880" title="Atelier © Thierry Girard 2009" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/11/l1070022-copie.jpg?w=225&#038;h=300" alt="Atelier © Thierry Girard 2009" width="225" height="300" /></span><span style="color:#808080;">L&#8217;atelier de Vincent © Thierry Girard 2009</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#808080;"><span style="color:#993300;">On peut également lire le <a href="http://ap.over-blog.org.over-blog.org/article-les-jours-sans-fin-37317986.html">billet</a> consacré à cette exposition par Philippe Agostini et lire sur ce même <a href="http://ap.over-blog.org.over-blog.org/">blog </a>plusieurs articles consacrés à Vincent Cordebard.</span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#808080;"><span style="color:#993300;">J&#8217;ai par ailleurs déjà consacré un texte à Vincent Cordebard, texte écrit en 2000 et publié dans <em><a href="http://www.thierrygirard.com/artworks/mers/pagesmers/mer-intro.htm">D&#8217;une mer l&#8217;autre</a>. </em>On peut le lire<a href="http://pagesperso-orange.fr/vincent.cordebard/girard.html"> ici </a>sur le <a href="http://pagesperso-orange.fr/vincent.cordebard/indexbis.html">site</a> de V.C.</span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#808080;"><span style="color:#993300;">Ajout mars 2010 : les Suzanne(s) ont pris de l&#8217;ampleur. Une nouvelle série intitulée <a href="http://www.leplus-et-muller.com/huiles/index_huiles.html">&laquo;&nbsp;Suzanne au fil des jours&nbsp;&raquo;</a> est désormais visible sur le site de Vincent Cordebard. Chaque jour une nouvelle œuvre est mise en ligne, jusqu&#8217;à épuisement du stock&#8230;</span></span></p>
<br />Publié dans Art contemporain, Du côté des autres, Exposition, Photographie Tagged: Art contemporain, Exposition, Méduse, Vincent Cordebard <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/wordspics.wordpress.com/855/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/wordspics.wordpress.com/855/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/wordspics.wordpress.com/855/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/wordspics.wordpress.com/855/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/wordspics.wordpress.com/855/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/wordspics.wordpress.com/855/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/wordspics.wordpress.com/855/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/wordspics.wordpress.com/855/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/wordspics.wordpress.com/855/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/wordspics.wordpress.com/855/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/wordspics.wordpress.com/855/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/wordspics.wordpress.com/855/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/wordspics.wordpress.com/855/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/wordspics.wordpress.com/855/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=wordspics.wordpress.com&amp;blog=2367462&amp;post=855&amp;subd=wordspics&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>Remember Berlin avec le Mur</title>
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		<pubDate>Mon, 09 Nov 2009 08:25:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>wordspics</dc:creator>
				<category><![CDATA[Allemagne]]></category>
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		<description><![CDATA[Du côté de Kreuzberg, Berlin-Ouest, 29 décembre 1980 © Thierry Girard Je ne suis allé qu’une seule fois à Berlin avant la chute du Mur. Je n’avais pas de projet photographique précis, seul le désir d’y passer les derniers jours de l’année 1980 avec une amie et d’y retrouver d’autres amis que nous avions connus [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=wordspics.wordpress.com&amp;blog=2367462&amp;post=821&amp;subd=wordspics&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><img class="aligncenter size-full wp-image-822" title="Berlin © Thierry Girard 1980" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/11/732-4b-s.jpg?w=510&#038;h=331" alt="Berlin © Thierry Girard 1980" width="510" height="331" /></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#808080;"><em>Du côté de Kreuzberg, Berlin-Ouest, 29 décembre 1980 © Thierry Girard</em></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Je ne suis allé qu’une seule fois à Berlin avant la chute du Mur. Je n’avais pas de projet photographique précis, seul le désir d’y passer les derniers jours de l’année 1980 avec une amie et d’y retrouver d’autres amis que nous avions connus à Londres, et qui s’étaient installés depuis dans un grand appartement de Kreuzberg, haut de plafond, lumineux, avec de belles lattes de plancher, larges comme souvent dans les appartements en Allemagne. Le loyer nous semblait dérisoire par rapport à ce que nous payions alors à Paris pour vivre dans des conditions autrement plus précaires. Les choses n’ont guère changé aujourd’hui, à l’Ouest, notamment à Berlin, mais surtout à l’Est (si vous avez le goût par exemple de vous installer dans la belle ville de Dresde, vous pouvez aisément troquer votre petit appartement parisien pour une suite royale dans l’ancienne capitale culturelle de la DDR…).</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><img class="aligncenter size-full wp-image-823" title="Berlin © Thierry Girard 1980" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/11/731-7f-s.jpg?w=330&#038;h=510" alt="Berlin © Thierry Girard 1980" width="330" height="510" /></span><span style="color:#808080;"><em>Du côté de Kreuzberg, </em><em>Berlin-Ouest, 29 décembre 1980 © Thierry Girard</em></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Cela dit, pendant cette poignée de jours passés à Berlin, au seuil de la nouvelle année, je ne pris guère le temps de déambuler seul pour photographier. Les musées, la fête, les amis nous occupèrent beaucoup ; et les journées nous semblaient d’autant plus courtes que le jour s’éteignait soudain en milieu d’après-midi sans que nous ayons eu l’impression qu’il s’était vraiment levé.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><img class="aligncenter size-full wp-image-830" title="Berlin © Thierry Girard 1980" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/11/733-2a-s.jpg?w=329&#038;h=510" alt="Berlin © Thierry Girard 1980" width="329" height="510" /><span style="color:#808080;"><em>Trois croix près du mur, dont deux dédiées à des inconnus (Unbekannt) tombés sous les balles des Vopos. Berlin-Ouest, 30 décembre 1980 </em></span></span> <span style="color:#808080;"><em>© Thierry Girard </em></span><span style="color:#333333;"><br />
</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Nous passâmes une journée à Berlin-Est, dans le but avant tout de visiter le Pergamon Museum et ses fabuleuses collections archéologiques. Dans le froid humide, les passants semblaient fuir, les tramways qui assuraient l’essentiel de la circulation étaient vides, Berlin-Est ressemblait au cliché attendu. Je fis quelques photos au Leica en ayant l’impression à chaque déclenchement de commettre un crime et d’être surveillé par la Stasi. Je n&#8217;osais pas non plus photographier les gens de crainte de passer pour un “voyeur occidental“. La paranoïa générant rarement de bonnes images, autant dire que les photos  de cette journée restèrent oubliées sur les planches-contacts.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><img class="aligncenter size-full wp-image-826" title="Berlin © Thierry Girard 1981" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/11/735-5e-s.jpg?w=510&#038;h=333" alt="Berlin © Thierry Girard 1981" width="510" height="333" /><span style="color:#808080;"><em>Le buste de Friedrich Hegel devant le Pergamon Museum, Berlin-Est, 2 janvier 1981 © Thierry Girard</em></span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">J’eus la tentation de revenir faire quelque chose sur Berlin, mais il m’était difficile d’imaginer trahir mon tropisme d’alors qui était londonien, pour une autre ville. Et surtout, mon amie, qui avait passé l&#8217;été précédent à Berlin, m’avait offert le livre du travail que j’aurais aimé faire, un cheminement tout au long du mur, essentiellement côté Ouest, avec quelques images prises de l’autre côté. Le livre s’appelait <strong>Grenzbegehung </strong>(promenade frontalière), le photographe Hans W. Mende. Il photographiait au Leica, en noir et blanc, un peu comme je le faisais à l’époque. J’aimais beaucoup certaines de ses photographies et je ne voyais pas ce que je pouvais rajouter de plus. Dans une certaine mesure, ce livre paru en 1980 m’a aidé à définir ma méthode de travail autour de la question de l’itinéraire. J’aurais pu, plus tard, faire l’itinéraire d’après la chute, mes routes en ont décidé autrement. D’autres l’ont fait, avec quelque succès. Aujourd&#8217;hui, mon seul vrai regret c&#8217;est de n&#8217;avoir pu saisir en novembre 1989 l&#8217;émotion de ceux qui se retrouvaient sur les ruines du Mur.<br />
</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><img class="aligncenter size-full wp-image-827" title="Berlin © Thierry Girard 1980" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/11/734-3c-s.jpg?w=511&#038;h=336" alt="Berlin © Thierry Girard 1980" width="511" height="336" /><span style="color:#808080;"><em>La façade de la Anhalter Bahnhof, vestige de la Guerre, Berlin-Ouest, 31 décembre 1980 © Thierry Girard</em></span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><em><br />
</em></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> <span style="color:#993300;">Le livre de Hans W. Mende vient de reparaître, anniversaire oblige, chez Peperoni Books.</span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><span style="color:#993300;"><img class="alignleft size-thumbnail wp-image-828" title="Hans Mende-S" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/11/hans-mende-s.jpg?w=138&#038;h=150" alt="Hans Mende-S" width="138" height="150" /></span></span></p>
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><span style="color:#993300;"> </span></span></p>
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#993300;"> Couverture de la première édition du livre de Hans</span><span style="color:#333333;"><span style="color:#993300;"><span style="color:#993300;"> Mende, édité chez Nicolai en 1980 (format 22,5 x 23,5, 74 pages, 60 photographies noir et blanc).</span><br />
</span></span></p>
<br />Publié dans Allemagne, Daybook, Déjà, Photographie Tagged: Berlin, Grenzbegehung, Hans Mende, Mur de berlin, Photographie, Thierry Girard <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/wordspics.wordpress.com/821/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/wordspics.wordpress.com/821/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/wordspics.wordpress.com/821/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/wordspics.wordpress.com/821/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/wordspics.wordpress.com/821/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/wordspics.wordpress.com/821/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/wordspics.wordpress.com/821/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/wordspics.wordpress.com/821/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/wordspics.wordpress.com/821/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/wordspics.wordpress.com/821/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/wordspics.wordpress.com/821/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/wordspics.wordpress.com/821/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/wordspics.wordpress.com/821/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/wordspics.wordpress.com/821/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=wordspics.wordpress.com&amp;blog=2367462&amp;post=821&amp;subd=wordspics&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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			<media:title type="html">Berlin © Thierry Girard 1980</media:title>
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		<title>Comme on mémore&#8230;</title>
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		<pubDate>Thu, 01 Oct 2009 16:14:32 +0000</pubDate>
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				<category><![CDATA[Chine]]></category>
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		<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[commémoration]]></category>
		<category><![CDATA[Mao Zedong]]></category>

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		<description><![CDATA[Je ne me souviens pas que le 1er octobre 1999 on ait commémoré, avec autant d’ampleur en Chine et d’intérêt ailleurs, le cinquantième anniversaire de la création de la République populaire de Chine ! Et pourtant, 50 ans, ça compte d’habitude ! Cela correspond dans la tradition religieuse (et le maoïsme n’est-il pas une sorte [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=wordspics.wordpress.com&amp;blog=2367462&amp;post=795&amp;subd=wordspics&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">Je ne me souviens pas que le 1er octobre 1999 on ait commémoré, avec autant d’ampleur en Chine et d’intérêt ailleurs, le cinquantième anniversaire de la création de la République populaire de Chine ! Et pourtant, 50 ans, ça compte d’habitude ! Cela correspond dans la tradition religieuse (et le maoïsme n’est-il pas une sorte de religion ?) à ce qu’on appelle un Jubilé dont on pourrait imaginer qu’il autoriserait, comme il est écrit dans je ne sais plus quel livre de la Bible, le repos des terres, la redistribution des richesses, ou la libération des esclaves, par exemple… </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><img class="aligncenter size-full wp-image-800" title="Shan Zhou, Henan © Thierry Girard 2003" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/10/24gd032-l-copie1.jpg?w=510&#038;h=408" alt="Shan Zhou, Henan © Thierry Girard 2003" width="510" height="408" /></span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#808080;"><em>Statue de Mao Zedong, Shan Zhou, Henan, 2003 © Thierry Girard</em></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><br />
En fait, en 1999, dix ans seulement après Tian An’Men, La Chine était très mal à l’aise vis-à-vis de son passé récent, et encore très complexée par rapport à l’Occident sur la question de développement et du retard à rattraper. La course vers notre « modernité » technologique n’était pas tout à fait gagnée. Rappelons-nous, ce n’est pas si loin, 2001, notre condescendance occidentale au moment de la désignation de Pékin comme ville Olympique, du genre : « Ils n’y arriveront jamais !» ; et l’alibi de l’Occident pour faire avaliser ce choix auprès de son opinion publique, avec le pari et l’espoir d’une libéralisation « inévitable » du régime.<br />
Et je me rappelle aussi que, lors de mon premier séjour, en 2001 justement, la Chine des grandes villes n’avait pas encore basculé dans le consumérisme à tout va ! Que les femmes et les hommes étaient encore habillés d’une façon relativement uniforme, que les cyclistes étaient encore les rois de la chaussée, que les magasins étaient certes remplis, mais d’objets pratiques, usuels, et d’une manufacture encore simple ; que le luxe restait discret et que le mode de vie était encore hérité tout droit d’un communisme qui se voulait « vertueux », à défaut d’être ouvert et généreux —mais, l’a t-il jamais été quelque part, sinon dans nos rêves et nos utopies adolescentes ?</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><br />
<img class="aligncenter size-full wp-image-801" title="Hangzhou, Zhejiang, 2001 © Thierry Girard" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/10/ch088-copie.jpg?w=510&#038;h=414" alt="Hangzhou, Zhejiang, 2001 © Thierry Girard" width="510" height="414" /></span></p>
<p style="text-align:center;"><em><span style="color:#808080;">Hangzhou, Zhejiang, 2001 © Thierry Girard</span></em></p>
<p style="text-align:center;"><img class="aligncenter size-full wp-image-802" title="Hangzhou, Zhejiang, 2001 © Thierry Girard" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/10/ch087-brut-copie.jpg?w=510&#038;h=416" alt="Hangzhou, Zhejiang, 2001 © Thierry Girard" width="510" height="416" /></p>
<p style="text-align:center;"><em><span style="color:#808080;">Hangzhou, Zhejiang, 2001 © Thierry Girard</span></em></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#808080;">[ Hangzhou, capitale du Zhejiang et ville touristique. à deux heures de train de Shanghai Ce quartier entre la gare et le cœur de la ville est aujourd'hui méconnaissable tant il a été transformé par une urbanisation massive qui l'a vidé du petit peuple qui l'habitait jusqu'alors.]</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> 2001, c’était juste hier. Pour nous, qu’est-ce qui a vraiment changé ? Pas grand chose, si ce n’est le sentiment du moins bien… Pour la Chine, le changement est considérable.<br />
C’est que, entre temps, la Chine est devenue réellement une grande puissance : elle est désormais la troisième puissance économique derrière les Etats-Unis et le Japon ; elle est une puissance financière dotée de réserves monétaires et d’un monceau de devises qui ont permis entre autres de renflouer certaines caisses vidées par la crise financière, notamment aux Etats-Unis—et cela se paye, diplomatiquement, d’une manière ou d’une autre— ; elle a relevé avec brio le défi des Jeux Olympiques, même si la partie du contrat concernant les droits de l’Homme et les libertés publiques n’a guère été respectée et a même subi de sérieux coups de canifs par rapport à ce que l’Occident était en droit d’attendre et d’espérer ; elle s’apprête enfin à proposer autour de l’Exposition universelle Shanghai 2010  sa vision du monde qui risque d’être la vision dominante du XXIe siècle.<br />
Aussi, cette commémoration du soixantième anniversaire s&#8217;avère particulièrement importante pour les Chinois, et surtout pour le Parti communiste chinois. Elle est en quelque sorte un nouvel avènement, une refondation symbolique, comme si la République populaire était à nouveau portée sur des fonds baptismaux, consacrant de fait son intronisation dans le club des grandes puissances, avant sans doute son couronnement futur comme LA puissance du siècle qui commence. La Chine peut désormais parader avec l’assurance des vainqueurs, et, en ce 1er octobre, l’impressionnant défilé de l’Armée populaire, accompagnée d’une foule de figurants “en liesse“, évoque tout autant les grands rituels des dictatures du XXe siècle que le Triomphe des Empereurs romains, le Président Hu JinTao ayant revêtu pour l’occasion la “toge“ du costume Mao ! Il est d’ailleurs assez remarquable de noter que le peuple a été écarté des parades et réjouissances officielles, réservées à quelques 30 000 privilégiés, comme si, au fond, ce peuple dont on célèbre la « libération » continuait d’être un problème !</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#333333;"><img class="aligncenter size-medium wp-image-812" title="Yongsheng, Yunnan © Thierry Girard 2006" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/10/gd307-2a-s-copie.jpg?w=244&#038;h=300" alt="Yongsheng, Yunnan © Thierry Girard 2006" width="244" height="300" /><span style="color:#808080;"><em>Yongsheng, Yunnan, mars 2006 © Thierry Girard.</em></span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#808080;">[ Cette paysanne, encore habillée dans la tradition “révolutionnaire“ des communes populaires, vient, après le marché, faire quelques dévotions dans un temple dédié à Guanyin, déesse de la miséricorde et féminisation d'un des bodhisattvas les plus vénérés de la tradition bouddhiste. ]</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><br />
Il y a de fait dans cette commémoration comme un changement d’ère : ce ne sont pas tant les soixante dernières années qui sont glorifiées (et peuvent-elles l’être quand on mesure aujourd’hui les désastres et les abominations des trente premières années !), que l’avenir “radieux“, annoncé, d’un pays qui n’est pas encore tout à fait dominateur, mais déjà sûr de lui ; et qui, surtout, n’entend plus recevoir de leçons de qui que ce soit.<br />
Encore que ce nouveau statut de grande puissance confère des responsabilités qui paradoxalement peuvent amener la Chine à être moins intransigeante en certains domaines, notamment en politique étrangère, par le seul fait de devoir substituer, sur la zone asiatique par exemple, à la Pax Americana une paix désormais chinoise. Comme le disait récemment tel universitaire chinois : « Nous souhaitons nous développer dans un monde harmonieux et prospère ». Un monde harmonieux certes, mais surveillé de près par la Chine ! <em>L’harmonie </em>évoquée est-elle de même nature que celle revendiquée désormais par le PCC pour reconsolider le lien social particulièrement malmené par l’aggravation des inégalités au sein de la société chinoise ? Je ne suis aucunement sinologue, mais même les meilleurs connaisseurs de la Chine contemporaine ne s’aventurent guère au-delà de quelques hypothèses pour prévoir le devenir politique de la Chine dans les trente années qui viennent.<br />
La question se pose cependant, celle du “modèle“ chinois et de sa pérennité : à l’extérieur, cette forme de capitalisme autoritaire pourrait tenter nombre de pays émergents ou non, en lieu et place d’une démocratie occidentale, illusoire pour beaucoup d’entre eux, ou qu’ils n’acceptent que du bout de l’urne pour complaire aux bailleurs de fonds occidentaux. D’autant plus que l’Occident n’est pas à l’abri non plus de dérives autoritaires, que la crise économique, le déclin ou la paranoïa pourraient instiguer —on l’a bien vu avec les lois de sécurité intérieure votées sous l’administration Bush, dont le fameux <em>Patriot Act</em>. Le modèle singapourien, dit de “démocratie autoritaire“, est-il l’avenir du monde, ou de cette partie du monde ? Cela dépendra aussi du repositionnement multilatéraliste et moins strictement impérial des Etats-Unis, et de sa réhabilitation morale auprès de nombre de pays.<br />
À l’intérieur, le PCC joue la carte de l’amnésie en ne permettant pas aux jeunes générations d’avoir un regard critique sur son Histoire et son passé —ni même d’accéder à la stricte connaissance des faits—, ce qui fait que les plus jeunes des Chinois, pour lesquels le Grand Bond en avant, la Révolution culturelle ou même le massacre de Tian’Anmen, ne sont que des vieilles lunes, retrouvent quelque vertu à la personne du Grand Timonier, dont le visage lisse sur les images officielles, visage débarrassé des mauvaises rides et des vilenies de l’Histoire, le sacre de fait <em>Père de la Nation </em>et figure infaillible, tel le Pape. La célèbre phrase de Deng XiaoPing, censée couper court à toute introspection collective, : « Mao, 70 % de bon, 30% de mauvais ! », et que nombre de Chinois, en privé, aiment souvent inverser : « Mao, 70% de mauvais, 30% de bon ! », n’aura </span><span style="color:#333333;">bientôt </span><span style="color:#333333;">même plus de fonction cathartique. La nouvelle génération s’en contrefichera.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><br />
<img class="aligncenter size-full wp-image-803" title="Langzhong, Sichuan, 2005  © Thierry Girard" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/10/gd178-3b-s-copie.jpg?w=510&#038;h=418" alt="Langzhong, Sichuan, 2005  © Thierry Girard" width="510" height="418" /></span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#808080;"><em>Portrait de Mao Zedong, Langzhong, Sichuan, 2005 © Thierry Girard</em></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"> Le PCC joue également la carte du chantage : « C’est nous ou le chaos ! », de manière à ne pouvoir octroyer qu’au goutte à goutte une extension des libertés civiles et publiques qui ne puisse pas remettre en question son autorité et sa suprématie. Reste, non pas le problème ethnique, qui est somme toute périphérique (et peut se résoudre, en toute impunité, par quelques coups de canons, on l’a bien vu !), mais celui de la cohésion sociale : chaque année, ce sont des milliers de manifestations et d’émeutes, petites ou grandes, qui éclatent partout dans le pays, et qui trahissent le désarroi d’une grande partie de la population devant l’aggravation des inégalités, le cynisme insigne d’entrepreneurs ne considérant leurs employés que comme une masse servile, et les faits de corruption généralisée des plus bas aux plus hauts étages du Parti —même si tout le Parti n’est pas atteint et recèle quelques personnalités de grand talent et de haut niveau qui font justement que le régime fonctionne  et arrive à gérer un pays aussi immense et complexe sans se retrouver dans une situation de délitement comme feu l’ex-Urss !<br />
La Chine peut nous inquiéter, pour reprendre le titre d’un des livres de Jean-Luc Domenach. Elle peut aussi nous surprendre : ce qui sépare ainsi la Chine du Japon, de Taïwan ou de la Corée du Sud, c’est essentiellement la question des libertés individuelles (liberté d’opinion et d&#8217;expression), mais la Chine est déjà plus proche de ces pays que de sa petite et redoutable sœur nord-coréenne, et l’écart ne peut que s’atténuer, non pas par le seul fait du régime, mais par la pression interne des citoyens, intellectuels ou autres. Et, au fond, qu’est-ce qui distingue aujourd’hui, dans son mode d’appropriation du pouvoir, le PC Chinois du PLD Japonais qui, jusqu’à ces dernières semaines (mais il ne s’agit pas là non plus d’une révolution), a pu gouverner sans contrepartie le Japon pendant 50 ans d’affilée ? Certes, le second ne partage pas les crimes passés du premier, encore que… Le PLD, ou du moins une partie de la haute société japonaise qu&#8217;il représente, est bien, elle aussi,  l’héritière discrète du Japon nationaliste et belliqueux de l’avant-guerre.<br />
Et à propos, c’est bien cette question du nationalisme, considéré dans son acception étroite —la tête près du bonnet— qui est peut-être la vraie inquiétude dans l’avènement de la nouvelle puissance chinoise. Sa résurgence, sa montée, et la susceptibilité qu’elle génère, notamment auprès des jeunes “amnésiques“ (susceptibilité manifeste au moment des Jeux Olympiques) est sans doute orchestrée par le Parti, mais c’est un outil du pouvoir qui se révèle souvent dangereux et n’autorise pas à l’optimisme. La fierté nationale retrouvée est une chose, l&#8217;éventuelle arrogance qu&#8217;elle peut induire en est une autre. Le contrepoint, c’est l’ouverture au monde via les idées des autres, et notamment via internet (et l&#8217;on sait l&#8217;importance d&#8217;internet et des blogs dans la vie intellectuelle et “démocratique“ de la société chinoise). Mais là encore  la sophistication du système de contrôle mis en place par les autorités chinoises devient telle que la pente prise, </span><span style="color:#333333;">et les habitudes qui vont avec</span><span style="color:#333333;">, sera dure à remonter.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;">PS : Claude Hudelot me précise que pour les Chinois 60 est plus important, symboliquement, que 50, dans la mesure où cela correspond à un <em>cycle de vie</em>.<br />
</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><span style="color:#993300;">[ Bibliographie :</span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><span style="color:#993300;">Le livre qui a renvoyé les "crétins" maoïstes à leur non-savoir :</span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><span style="color:#993300;">Simon Leys : <em>Les Habits neufs du Président Mao </em>(Champ libre 1971, réédité en poche chez Garnier-Flammmarion).</span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><span style="color:#993300;">Le dernier livre de Jean-Luc Domenach : <em>La Chine m'inquiète </em>(Perrin Asie, 2008).</span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><span style="color:#993300;">Le dernier également de Pierre Haski : <em>Internet et la Chine</em> (Seuil, 2008).<br />
</span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><span style="color:#993300;">Et l'opus de la rentrée, le "gros" Livre rouge de Claude Hudelot (textes) et Guy Gallice (photographies) qui fait l'inventaire quasi exhaustif des images cultes et des objets liés justement au développement du culte de la personnalité autour de la figure de Mao Zedong. Le texte est très fouillé, plein d'anecdotes  et de précisions historiques très révélatrices, mais sans complaisance </span></span><span style="color:#333333;"><span style="color:#993300;">vis-à-vis du “héros“ et de ses actions</span></span><span style="color:#333333;"><span style="color:#993300;">.  C.H. analyse aussi bien l'historique du phénomène, resitué dans ses différents contextes politiques, que la fascination que la figure de Mao Zedong continue d'exercer aujourd"hui, tant auprès des artistes (du monde entier, et pas seulement Chinois !) qu'auprès d'un large public, pas forcément constitué de zélotes.</span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><span style="color:#993300;"><em>Le Mao </em>aux Éditions du Rouergue, 2009  (472 pages, plus de 800 illustrations, 52 €). ]</span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#333333;"><span style="color:#993300;"><img class="alignleft size-full wp-image-810" title="n119762557082_2460" src="http://wordspics.files.wordpress.com/2009/10/n119762557082_2460.jpg?w=200&#038;h=228" alt="n119762557082_2460" width="200" height="228" /><br />
</span></span></p>
<br />Publié dans Chine, Daybook, Politique Tagged: Chine, commémoration, Mao Zedong <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/wordspics.wordpress.com/795/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/wordspics.wordpress.com/795/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/wordspics.wordpress.com/795/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/wordspics.wordpress.com/795/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/wordspics.wordpress.com/795/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/wordspics.wordpress.com/795/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/wordspics.wordpress.com/795/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/wordspics.wordpress.com/795/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/wordspics.wordpress.com/795/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/wordspics.wordpress.com/795/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/wordspics.wordpress.com/795/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/wordspics.wordpress.com/795/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/wordspics.wordpress.com/795/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/wordspics.wordpress.com/795/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=wordspics.wordpress.com&amp;blog=2367462&amp;post=795&amp;subd=wordspics&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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			<media:title type="html">Hangzhou, Zhejiang, 2001 © Thierry Girard</media:title>
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			<media:title type="html">Hangzhou, Zhejiang, 2001 © Thierry Girard</media:title>
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			<media:title type="html">Langzhong, Sichuan, 2005  © Thierry Girard</media:title>
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