Présentation

Commencer un blog en toute fin d’année, à un moment où les papilles, le foie et autres viscères sont plus sollicités que le cerveau, et alors que l’activité artistique personnelle est à son étiage de fin d’hiver, c’est à dire désespérément basse, peut relever de la gageure ; mais, autant profiter de cette “vacance“ générale pour franchir le pas et me mettre au diapason de l ‘époque formidable dans laquelle nous vivons en cédant, à mon tour, au syndrome blogueur.

J’ai longuement hésité, plus soucieux de la tâche qui m’attendait que de la question du contenu. Il y a de fait une certaine obligation à alimenter régulièrement les pages à venir, et j’envisage cette contrainte avec un peu d’effroi lorsque je mesure par ailleurs ma capacité à accumuler les retards en tout genres : tels ces projets entrecroisés dont les durées s’additionnent —car au-delà d’une lenteur assumée dont je fais fréquemment l’éloge, il faut prendre en compte toutes sortes d’impondérables (météo capricieuse, contexte politique inopportun, commanditaires indécis, budget soudainement révisés à la baisse ou reportés à l’année prochaine qui sera meilleure, forcément meilleure…), auxquels se rajoute le temps consacré à envisager, déjà, des voyages vers des comètes lointaines, à monter des expositions qui ne rapportent pas une tune ou à suivre de bout en bout la genèse d’un livre —; et puis, tous ces livres justement, ces livres achetés ou reçus —comme ces journaux et ces magazines auxquels on est abonné— qui forment des piles que les étagères n’arrivent plus à résorber, et dont mon temps de lecture, trop souvent réduit à une peau de chagrin, ne peut goûter toutes les promesses d’intelligence et de bonheur.

Cela dit, j’ai tenu, plusieurs années de suite, un journal de travail quasi quotidien auquel je devais bien consacrer les heures nécessaires ; et je m’efforce toujours, depuis plus de vingt ans, lorsque je voyage, de noter au jour le jour le détail de mes pérégrinations photographiques, et ce malgré la lassitude du soir et les lampes falotes des chambres d’hôtel. Je ne vais certes pas renoncer à mes petits carnets dont l’état trahit parfois le contexte hasardeux du voyage, mais j’entends faire de ce blog une sorte de journal de travail où se mêleront récits de voyages, rencontres, notes de lectures, commentaires d’expositions, humeurs diverses et même sans doute quelques saines colères dont j’espère qu’elles seront partagées. Afin de ne pas m’attirer les rancœurs des uns et les foudres des autres, je devrai peut-être modérer quelques ires personnelles et quelques pensées intimes— que l’on peut sans crainte coucher dans des écrits dont on est le seul et unique lecteur…du moins jusqu’à sa mort—, mais il y a tant de raisons de se révolter, des petites médiocrités du microcosme artistique aux non moindres médiocrités du macrocosme politique, des petits travers et ridicules de ce monde aux grandes injustices qui nous accablent collectivement, dans notre chair ou dans notre conscience, qu’il y aura quelque effet cathartique à exprimer publiquement sa colère ou à relayer celle des autres.

Mais je suis également, et avant tout, photographe. Je souhaite que ce blog, s’il emprunte parfois des images venues d’ailleurs, me permette surtout de rendre visible toute la diversité des images produites, depuis les snapshots et les documents souvenirs pris avec mon petit Leica numérique, jusqu’aux images “réfléchies“ prises avec ma chambre 4 x 5. La partie photographique de ce blog sera le plus souvent décalée dans le temps puisque je travaille encore essentiellement en argentique —donc sans l’immédiateté du numérique que l’on branche directement sur l’ordinateur—, et que je laisse de plus en plus mes images “reposer“ quelques semaines, voire quelques mois, avant de commencer à m’y intéresser vraiment.
Un blog, ce n’est pas un livre avec son côté sérieux et définitif ; ou plutôt, c’est peut-être le livre qu’on aimerait faire un jour, avec des images modestes et d’autres qui le sont moins, des textes simplement descriptifs, et d’autres plus poétiques, ou d’autres encore plus théoriques ; un livre ouvert et sans fin, qu’on peut reprendre et corriger à loisir, et y rajouter des pages sans coût, hors le temps qu’on y consacre. Un blog, ce sont des petits bouts d’aventure artistique et littéraire dont on espère qu’ils trouveront suffisamment de lecteurs fidèles pour ne pas sombrer rapidement, comme tant d’autres, dans le trou noir de la blogosphère universelle.


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