Une fidélité rochelaise

Jeudi 6 mars, vernissage à La Rochelle de l’exposition Voyage au pays du Réel.

L’exposition se décline sur trois lieux : huit grands portraits dans la galerie du carré Amelot, trente photographies dans la salle de l’ancien marché de l’arsenal (complètement reblanchie et débarrassée de divers oripeaux pour l’occasion) et onze autres dans la galerie du lycée Valin. À cela s’ajoute, et c’est une première pour moi, quatre points vidéos, une série de plans-séquences (entre 3 et 9 minutes chacun) soit fixes, soit mobiles, sur différentes situations filmées lors de ce même voyage en Chine.

ExpoLR©ThierryGirard2008

L’exposition précédente au château d’Oiron (novembre 2007 – janvier 2008) était centrée, à la demande de Paul-Hervé Parsy, sur la question du paysage. Les grands tirages (120 x 105) de cette exposition sont présents à La Rochelle dans la salle de l’ancien marché de l’arsenal, suspendus deux à deux en quinconces et flottants dans l’espace.

.ExpoLR©ThierryGirard2008

ExpoLR©ThierryGirard2008

Pour le reste, la présence des portraits dans cet accrochage est significative : elle correspond là aussi à une demande précise des responsables du carré Amelot, Chrystèle Beaujon et Martine Perdrieau, qui ont programmé l’ensemble des expositions de cette année autour de la question du portrait ; elle correspond aussi, de ma part, au désir de montrer et faire valoir cette part longtemps cachée de mon travail et que je souhaite mettre désormais beaucoup plus en avant. Au moins deux de mes projets en cours marient portraits et paysages.

ExpoLR©ThierryGirard2008

Par une telle présentation à La Rochelle, devant un public nombreux et plutôt conquis, j’ai le sentiment d’être enfin arrivé au terme de ce travail, sept ans après l’idée initiale, cinq ans après le premier voyage qui avait déjà été financé en partie par la ville de la Rochelle (dans le cadre d’une convention avec CulturesFrance et les Années croisées France-Chine) ; quatre ans après la présentation dans un autre espace de la ville de la première partie du projet, et la promesse qui m’avait alors été faite de m’aider à poursuivre (avec d’autres partenaires bien entendu) ce projet ambitieux. Projet qui nécessitera donc deux autres voyages… et le temps qui suit, le temps nécessaire à la restitution des choses et à leur financement : le catalogue et l’exposition de Shanghai, le livre chez Marval, et cette exposition en France dont La Rochelle est la deuxième étape, avant les suivantes…

Il y eut parfois du découragement, et de la colère face à quelques impérities ; il y eut surtout de la ténacité et cette conviction intime qui permet de mener les choses jusqu’à leur terme, malgré toutes les difficultés. Il fallut parfois non seulement se convaincre soi-même mais surtout convaincre les autres. Là aussi, l’amitié et la confiance l’ont souvent emporté sur les contraintes matérielles, ou du moins ont permis de trouver à chaque fois les solutions.

Je ne cherche pas à exposer trop souvent dans ma ville d’adoption*, au risque de lasser ou de susciter des jalousies. Mais il m’importe de montrer de temps à autre l’évolution de mon travail, en ayant soin d’être toujours plus rigoureux, exigeant et ambitieux dans la manière de montrer les choses.
Je suis arrivé à La Rochelle en 1986. J’ai exposé une première fois à la Maison de la Culture (aujourd’hui La Coursive, scène nationale) en 87 ; puis au musée du Nouveau Monde en 88. Une longue coupure —due en partie à un livre sur le port de La Pallice qui avait déplu… pas politiquement et esthétiquement correct !— avant de faire la première exposition photo du nouvel espace d’art contemporain en 1999, puis une seconde en 2004 (le premier volet de l’exposition actuelle), avec , là aussi, une proposition parallèle autour de mon premier voyage en Chine, au même moment à la médiathèque.
Je ne sais où, quand, comment sera la prochaine, mais à moins que la mort me prenne (auquel cas, j’espère avoir au moins une exposition posthume avec grand tralala, avis aux édiles !), il n’y a pas de raison de ne pas continuer à nourrir cette fidélité réciproque.

* Je vis en fait dans la banlieue îlienne de La Rochelle, mais je me considère tout autant rochelais que réthais.

Note : le numéro de mars 2008 d’Images magazine, entièrement consacré à la Chine, publie huit pages sur ce travail avec un beau texte d’Hervé Le Goff.


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