Déjà # 7 Presidio, Texas.

J’évoquais dans un billet récent cette photographie de Stephen Shore dont j’avais vu un beau tirage à la Maison Rouge, photographie intitulée Presidio, Texas, 21 février 1975. C’est étrange, je connais le travail de Stephen Shore depuis longtemps, même si je ne l’ai pas intégré tout de suite dans mon univers visuel —il y a eu un temps de résistance, sans doute la question de la couleur que je n’avais pas à l’époque encore résolue—, et je connais particulièrement bien cette image dont j’ai toujours apprécié l’atmosphère de fausse quiétude, de légère menace même.

Presidio, Texas©Stephen ShorePresidio, Texas, 21 février 1975 © Stephen Shore

Mais je n’apprends pas par cœur toutes les légendes, même celles des photos qui m’importent. Sans doute aussi parce que dans la première édition de Uncommon places qui comporte à peine cinquante photos, les légendes sont reportées à la fin, et que leur mémorisation visuelle ne s’établit pas automatiquement. Mais, l’autre jour à la Maison rouge, je lis le cartel Presidio, Texas, et je me dis : « Mais je connais ce bled, j’y suis allé, j’en parle même dans le texte de D’une mer l’autre en évoquant, non pas Stephen Shore mais Wim Wenders et Paris, Texas ».
Jusqu’à présent, cela fait plus de vingt ans, je n’avais jamais fait le rapprochement entre mon passage à Presidio et la photographie de Stephen Shore. Et par je ne sais quel pressentiment, j’ai eu envie soudain de reprendre les planches-contacts de ce périple américain et de revoir ce que j’avais photographié à Presidio, Texas, le 25 novembre 1985. Et, est-ce vraiment une surprise ? La première photo, c’est exactement le même endroit que celui photographié dix ans auparavant par Stephen Shore. En toute innocence ! Je ne me baladais pas aux Etats-Unis avec Uncommon places sous le bras ; et si j’ai eu, au cours de cette longue traversée d’ouest en est, de San Diego à New York, la tentation de faire quelques hommages ou d’aller en pèlerinage vers quelques lieux mythiques —comme Sprott, Alabama en hommage à Walker Evans—, jamais je n’ai pensé à une image précise de Stephen Shore pendant tout ce voyage. Or, elle est bien là, prise au Leica en noir et blanc, et non à la chambre 20 x 25 en couleur ; et certes un peu plus vide, sans pick-up, sans chien, sans cow-boy —mais on les retrouve en partie sur l’image suivante.

Presidio, Texas © Thierry GirardPresidio, Texas, 25 novembre 1985 © Thierry Girard

Presidio, Texas © Thierry GirardPresidio, Texas, 25 novembre 1985 © Thierry Girard

Sans doute que ce qui nous a attiré l’un et l’autre à cet endroit c’est qu’il est vraiment au bout de la route, sur la frontière. Presidio est un vrai cul-de-sac et ce chemin de terre est le bout du cul-de-sac. On peut certes passer depuis Presidio vers Ojinaga, la ville-jumelle mexicaine, bourgade modeste également, mais autrement plus vivante et avenante avec ses commerces, ses cantinas, des musiciens qui vont d’un bar à l’autre pour on ne sait quel gain, et des indiennes pulpeuses qui lancent des œillades. Quand je parle de cul-de-sac, il faut comprendre que l’on n’atteint Presidio qu’après avoir roulé pendant plus de 60 miles droit vers le sud depuis Marfa, à travers un paysage  montagneux, semi-désertique et absolument vide de présence humaine —même pas une gaz station— ; paysage qui ressemble beaucoup à celui que le héros de Paris, Texas traverse à pied au début du film. Et au bout de la route, lorsque l’on arrive à Presidio, il n’y a rien non plus, la ville semble morte, abandonnée, inutile. C’est ça un cul-de-sac, une bourgade qui semble avoir perdu sa raison d’exister. On croise bien quelques pick-ups, mais à se demander s’ils ne viennent pas tous de l’autre côté, du Mexique. Alors, on y est allé nous aussi, mon camarade d’équipée Ron Diamond et moi, faire de l’essence et se restaurer, de l’autre côté, à Ojinaga.

us-2045-7e-s-copie2Ojinaga, Mexique, 25 novembre 1985 © Thierry Girard

Venant du Nouveau-Mexique, nous étions arrivés quatre jours plus tôt à El Paso et nous avions trouvé un motel pas cher dans la banlieue industrielle, entre raffineries, voies de chemin de fer et boxons. Ron était un peu las du voyage et il avait décidé de faire un break d’une journée en restant dans sa chambre, me laissant errer seul à travers cette ville qui me semblait trop grande pour un séjour trop bref.

Guadalue mountains, Texas © Thierry GirardGuadalupe mountains, Texas, 21 novembre 1985 © Thierry Girard


EL Paso, Texas © Thierry GirardEl Paso, Texas, 22 novembre 1985 © Thierry Girard


El Paso, Texas© Thierry GirardEl Paso, Texas, 22 novembre 1985 © Thierry Girard

[Ce pont est la frontière entre El Paso et Ciudad Juarez. Il est très présent dans le film No Country for Old Men des frères Coen, tiré du roman de Cormac Mc Carthy. Ce dernier a vécu de très nombreuses années à El Paso.]

Le second soir, on décide quand même d’aller faire un tour, de l’autre côté, à Ciudad Juarez qui, à l’époque, avait déjà la réputation d’être l’une des villes les plus dangereuses du continent, et en tout cas, la plus dangereuse sur la frontière — on connaît depuis cette histoire incroyable de “féménicides“; près de 400 jeunes femmes assassinées à ce jour, et plus de 500 disparues en quinze ans. Histoire qui n’a toujours pas trouvé ni sa fin, ni son explication officielle, ni bien entendu ses coupables. En 1985, la ville n’avait pas encore dépassé El Paso en population, et elle avait encore un côté grosse bourgade mexicaine, mais elle était déjà entre les mains des trafiquants de drogue, des marchands de sexe et des corrompus de toutes sortes. Nous sommes arrivés à la nuit tombée, Ron me suppliait de conduire avec prudence, d’éviter le moindre accrochage, sa paranoïa de Juif new-yorkais en exil sur le territoire américain était montée d’un cran en arrivant au Texas, et ce soir-là, à Ciudad Juarez, il était au bord de la syncope. Dans le nightlife district, la circulation était plutôt lente, ce qui nous permettait de jeter discrètement un œil, sans avoir à baisser la vitre de la voiture, dans les pulquerias et autres bars interlopes qui s’alignaient les uns à la suite des autres, avec leurs grappes d’hommes agglutinés autour des entrées : beaucoup semblaient désœuvrés, ou déjà partis dans des sphères plus ou moins éthérées ; d’autres étaient là pour repérer les pigeons et leur offrir des femmes vérolées et des paradis artificiels. On a essayé de garer la voiture dans un endroit qui nous paraissait plus safe, mais on n’avait pas pu laisser le matériel photo au motel. Le dilemme, c’était : on prend les appareils avec nous, et on se les fait piquer ; on les laisse dans la bagnole, et on se la fait piquer ! J’ai juste gardé un Leica, planqué au fond de ma poche, et j’ai posé ma main dessus, entourant mon poignet de sa lanière ; il n’y avait que la rue à traverser pour voir le premier bar, et en nous approchant tous les regards se sont tournés vers les deux jeunes gringos, avec des sourires de vautours, comme dans les histoires de Lucky Luke ; avec un peu trop d’empressement on nous a invité à rentrer dans ce bar qui semblait plus chic que d’autres, mais dès la rue on pouvait sentir les effluves aigres de l’alcool mêlé à la sueur ; et alors j’ai entendu Ron derrière moi qui me hurlait dans l’oreille avec son accent de New York : « We leave now, Thierry ! We leave now! I won’t stay one more minute in this fucking hell ! ». On a retraversé la rue, la voiture était toujours là, j’ai dit : « On rentre ! ». J’étais un peu en colère contre Ron,, mais soulagé aussi ; et de toute façon, je n’aurais rien pu photographier tant l’antre me semblait obscure. Sal Paradise et Dean Moriarty, les héros de Sur la route de Jack Kerouac, ce n’étaient pas nous ce soir-là.

Le lendemain, nous sommes partis vers Fort Hancock en longeant la frontière, comme à mon habitude —photographe, spécialité : longeur de frontières, arpenteur de limites… La frontière, ici, c’est le Rio Grande que les Mexicains appellent le Rio Bravo del Norte. Nous sommes tombés par hasard sur un groupe de rancheros mexicains qui étaient en train de préparer un concours de bull riding dans un vrai paysage de western, une petite vallée très encaissée entre des parois abruptes, débouchant sur le Rio Grande. Au fur et à mesure que les gens arrivaient, les voitures, toutes des pick-ups, étaient disposées de telle manière qu’elles puissent fermer l’arène d’un côté, l’autre côté étant la montagne elle-même. Comme nous étions en avance et que nous étions les invités inattendus, on nous prêta deux chevaux, mais nous étions de bien piètres cavaliers. Les Mexicains arrivaient de tout côtés, en pick-up et à cheval, franchissant allègrement le fleuve-frontière étroit et peu profond, comme dans le film Rio Bravo —il n’y avait pas alors ce mur de la honte, édifié depuis, dont je ne sais d’ailleurs s’il se prolonge vraiment jusqu’à cette partie du Texas. Alors que le jour s’étiolait, les propriétaires (américains) du ranch sont arrivés et nous ont invité à la barbecue party qui devait suivre après le concours, qui n’en était pas un d’ailleurs, mais plutôt un divertissement offert par le rancher à ses rancheros, où chacun pouvait tenter sa chance en essayant de rester le plus longtemps possible sur le dos des bulls. De fait, ça ne durait pas longtemps, et les rancheros mordaient la poussière vite fait, les bêtes, très contraintes dans les corrals semblant particulièrement nerveuses. Tout cela dans un nuage de poussière qui a mis du temps à retomber et dont la suspension, sur les photos prises au flash, donne un effet flocons de neige.

Fort Hancock © Thierry Girard

Fort Hancock, Texas, 23 novembre 1985 © Thierry Girard

Fort Hancock, Texas © Thierry GirardFort Hancock, Texas, 23 novembre 1985 © Thierry Girard

La party qui suivit se déroula en deux temps ; le premier, près du corral avec les rancheros, avec force bières, dans la nuit qui commençait à fraîchir ; le second, dans le ranch, plus private, plus entre “américains“. Il y avait là, avec son beau Stetson, un type de la Border Patrol qui était manifestement entiché de la fille du boss, une rousse maigrelette, la trentaine, petites lunettes, cheveux bouclés, habillée cow-girl, pas de quoi déclencher une guerre contre les Indiens ou les Mexicains en cas de rapt. Comme nous étions invités par le rancher et sa fille, il n’osait pas trop nous questionner, mais on le sentait agacé : que venaient foutre là, à Fort Hancock, un Juif échappé de Brooklyn et un soi-disant photographe français ? Je détestais la manière dont il nous parlait, une main posée sur l’étui de son flingue et l’autre jouant avec le trousseau de clés accroché à son ceinturon. J’avais bien essayé de l’amadouer en photographiant une partie de bras de fer qu’il avait gagnée contre son “beau-père“, mais lorsque la fille m’a invité à danser un slow, il a baissé la bière qu’il allait porter à ses moustaches et m’a regardé avec l’air de quelqu’un qui se dit : « Toi, mon p’tit gars, tu ne perds rien pour attendre ! ». Et moi, je me disais : « P’tit gars, t’as un peu trop bu, comme les autres, mais t’as intérêt à contrôler la situation, pas de débordement, sinon, c’est, à la sortie, une balle entre les deux omoplates ! ». Et puis avec Ron, on s’est fait un signe pour se casser à l’unisson, il commençait à il y avoir vraiment trop de viande saoûle, et ça devenait tendu.

Fort Hancock, Texas © Thierry GirardFort Hancock, Texas, 23 novembre 1985 © Thierry Girard


Fort Hancock, Texas © Thierry Girard
Fort Hancock, Texas, 23 novembre 1985 © Thierry Girard

Le lendemain, nous avons roulé presque toute la journée après nous être réveillés un peu tard. Je ne me souviens de rien, je crois qu’on a fait étape à Marfa ou juste après dans un motel au bord de la route. Nous nous étions promis de rallier New York pour le soir de Noël, et je devais prendre juste après un avion pour Paris où m’attendait Sabine qui était alors enceinte de notre premier fils. Nous n’étions qu’à l’entrée du Texas, il fallait accélérer un peu le rythme.

Moonrise, Texas © Thierry GirardMoonrise over the sierra, route 67 between Marfa and Presidio, Texas, 24 novembre 1985 © Thierry Girard

Le 25, c’est donc la route 67 vers Presidio. Dans D’une mer l’autre, j’évoque cette journée ainsi : « Lorsque je décidai de traverser longuement les Etats-Unis, je fis le chois d’un itinéraire, de la Californie jusqu’au Texas, qui longeait plus ou moins la frontière avec le Mexique; et, sans que je le sache alors (je l’appris plus tard en lisant je ne sais plus quel livre consacré au film) ma route reprit l’itinéraire de repérage de Wim Wenders pour Paris,Texas. Il est vrai que le nombre de routes dans cette partie des Etats-unis n’est pas tel que l’on puisse avoir énormément de choix. Mais c’est ainsi que le 25 novembre 1985, au bout d’une longue voie rectiligne, vide d’habitations et de pompes à essence (je me souviens de mon inquiétude), j’arrivai à Presidio, une petite ville frontalière qui semblait désertée de tous ses habitants et privée de toute activité, sauf un magasin, une ancienne grocery, qui n’avait à proposer que des sacs de charbon (!) et des vidéos. Quand je poussai la porte, la fille derrière le comptoir était en train de regarder un film. Je m’approchai, c’était Paris, Texas. « Do you like it?». Elle me regarda avec l’air légèrement accablé de quelqu’un qui s’est trompé de film».

Presidio, Texas, © Thierry GirardPresidio, Texas, 25 novembre 1985 © Thierry Girard

Le soir, nous reprîmes la route le long de la frontière, et nous passâmes la nuit dans un motel improbable au milieu de nulle part, tenu par des anachorètes chenus, rescapés des années hippies. La prochaine étape était un trekking à travers le paysage désolé et magnifique du Big Bend National Park. On avait décidé avec Ron de se séparer pour la journée, il ne supportait plus ma déambulation erratique de photographe. Et effectivement il eut le temps de faire le tour de la montagne alors que moi, considérant qu’en milieu d’après-midi je n’étais qu’à mi-chemin, je dus m’en retourner par où j’étais venu. La rencontre du jour fut celle d’une belle tarentule, les pattes bien écartées, immobile au milieu du goulet étroit de la sente. Pas d’autre choix que de sauter par-dessus en espérant qu’elle ne réagisse pas et que je ne me casse pas la gueule dans la pente. Craignant que l’heure dite entre chien et loup, qui semblait poindre, ne soit par ici entre serpent et araignée, je finis au pas de course. En bas, Ron m’attendait, inquiet.

Big Bend National Park, Texas © Thierry GirardBig Bend National Park, Texas, 26 novembre 1985 © Thierry Girard

Big Bend National Park, Texas © Thierry GirardBig Bend National Park, Texas, 26 novembre 1985 © Thierry Girard

Big Bend National Park, Texas, 26 novembre 1985 © Thierry GirardBig Bend National Park, Texas, 26 novembre 1985 © Thierry Girard

Nous repartîmes vers le Nord, vers Marathon, dernière étape avant Del Rio. La lumière du crépuscule était zébrée d’orages lointains. En conduisant, je pensais : « Je suis en route to Del Rio, je suis en route to Del Rio », et cette photo de Robert Frank, En route to Del Rio, me hantait l’esprit. C’est une photo à part dans Les Américains, une photo intime, une photo dont je sais la légende. On y voit Mary, sa première femme, Pablo leur fils, et Andrea leur fille dont on ne devine que les cheveux, blottis les uns contre les autres dans la voiture arrêtée au bord de la route. La nuit tombe. On sent le froid, la fatigue du voyage. Cette photo est la dernière du livre, comme un hommage à ceux qui l’ont accompagné dans cette aventure américaine, mais j’aime aussi ce gros œil en premier plan qu’est le phare allumé, et le paysage en arrière-plan dont on peut imaginer —et dont je savais désormais— la rudesse. J’ai toujours eu une faiblesse pour cette photographie, non pas tant pour ce qu’elle signifie de tendresse familiale que pour ce qu’elle dit du voyage, de son bonheur et de sa lassitude, et notamment du périple automobile, avec ce que représente la voiture comme havre  lorsque alentour le paysage est rude et le monde incertain.

En route to Del Rio©Robert FrankEn route to Del Rio, 1956 © Robert Frank


Je suis parti aux Etats-Unis de août à décembre 1985 dans le cadre d’une bourse Villa Médicis hors les Murs.
J’avais pris avec moi trois fois plus d’appareils photo que je n’en prendrais aujourd’hui : trois Leica M, un Leicaflex SL2 pour faire de la couleur (que j’ai très peu utilisé) et deux Rolleiflex bi-objectifs 6 x 6 dont un pour la couleur (que j’ai un peu plus utilisé).
Il m’était alors encore difficile d’échapper à la “tyrannie“ du Leica et à l’emprise du noir et blanc, j’aurais eu le sentiment de trahir ceux qui m’avaient amené à la photographie : Cartier-Bresson, Frank, Friedlander. J’avais déjà un peu utilisé le 6 x 6 dans un travail précédent (Frontières) et j’avais l’intention de tester un peu plus ce format lors de ce périple à travers les États-Unis, mais je me suis vite aperçu que le format carré, s’il était parfaitement adapté au portrait ou à une approche graphique et métaphorique du paysage, l’était beaucoup moins pour tout ce qui était paysage documentaire. Robert Adams, Joe Deal, John Divola, Thomas Ruff, Richard Misrach à ses débuts, l’ont certes utilisé, mais le vrai format du paysage documentaire est le rapport 4 x 5 ou 6 x 7.
J’utilisais en format 120 un film FP4 Ilford qui à l’époque avait un support très fin et très fragile. La dernière partie du voyage  en décembre dans le sud des Etats-Unis a été très humide et même froide, et de retour à Paris, lorsque j’ai développé les films, je me suis aperçu qu’ils avaient pris l’humidité et qu’une grande partie de ces photos étaient difficilement voire pas du tout exploitables. Il est possible qu’aujourd’hui, avec Photoshop, je puisse récupérer certaines d’entre elles.
Lorsque Robert Delpire m’a proposé de présenter ce travail dans le cadre d’une exposition personnelle au Centre national de la photographie (alors au Palais de Tokyo), j’ai sur-privilégié le travail que j’avais fait au 6 x 6 —malgré la perte de nombreux films—, sans doute parce que j’étais au même moment parti sur des projets où le moyen-format avait fini par s’imposer ; et cela au détriment des photographies faites au Leica et de ce qui m’avait mû jusqu’alors. Sans doute aussi parce que fin 1987, date de mon exposition au Palais de Tokyo, je savais qu’il fallait que je me délivre de mes early works très marqués par la photographie américaine des années 60 et 70 (cf. le billet précédent), pour passer à d’autres questionnements qui me semblaient plus contemporains autour principalement de la photographie de paysage.
À l’exception d’une photographie (la dernière photo légendée Big Bend National Park) qui était présente au palais de Tokyo, toutes les autres sont inédites et n’avaient même, pour la plupart d’entre elles, jamais été tirées.