Arles 2013 : black is beautiful, but…

En 2012, contrairement aux années précédentes, je me suis abstenu de faire le compte-rendu de mon passage à Arles, sans doute dépité comme une bonne partie de la critique et des spectateurs par une programmation généralement qualifiée de “moyenne“. Lorsqu’on voyage à l’étranger et qu’on évoque avec des photographes Japonais, Chinois ou autres, les Rencontres d’Arles, on se rend vite compte qu’elles restent la référence absolue en matière de festival de photographie. Mais pour que les RIP perdurent, il faut éviter que le sigle ne signifie plus que Requiescat in Pace…

Hormis le fait de pouvoir retrouver ses compagnons de route et de galère —vrais et faux amis— et de croiser, embrasser ou faire ami-ami avec le ban et l’arrière-ban des grands décideurs du microcosme international de la photographie, ce que l’on attend des Rencontres, et ce qui peut justifier que l’on traverse la France, l’Europe et le monde pour se retrouver sous le cagnard arlésien, c’est que l’on puisse proposer à notre curiosité avide quelque(s) exposition(s) majeure(s), quelques découvertes roboratives, voire un brin de polémique comme en 2011 avec l’exposition From here on.

En 2012, ce n’était manifestement pas le cas, même si, rétrospectivement, tout n’était pas à jeter, loin s’en faut. Je me souviens encore avec émotion de la très belle installation vidéo de Sophie Calle au Méjean (Pour la première et pour la dernière fois), ou la belle rétrospective de Pentii Sammallahti, présentée au Magasin électrique, tout au bout des Ateliers Sncf. Sans oublier la version revue et augmentée des Gypsies de Koudelka, qui certes ne rajoutait pas grand chose à la gloire de Josef, mais qui permettait peut-être à un “nouveau“ public de découvrir ce travail majeur ; et quelques autres expos bienvenues, tel, Act, ce travail de Denis Darzacq avec des handicapés, qui me touche plus que ses travaux précédents ; bref, je n’avais pas totalement perdu ma journée (visite effectuée après la semaine des Rencontres, donc au milieu des touristes et des “amateurs“), si ce n’est le sentiment d’avoir été floué —et c’est là où le bât a blessé cette édition 2012— par ce qui était présenté comme l’événement de ces rencontres, l’hommage aux trente ans de l’Ensp. Entre une interrogation confuse sur “école/pas école/quelle école ?“, histoire de se démarquer de la pesante référence allemande à l’école de Düsseldorf, et une présentation des 25 anciens élèves “élus“ par leurs anciens professeurs, comme une sorte de super Prix Découvertes, avec chacun sa boîte, son espace clos, il y avait le sentiment que le commissariat de cette exposition était passé à côté de quelque chose, mais de quoi exactement ? La déception venait sans doute du côté “bons élèves“ de l’ensemble, sans que quelque chose ou quelqu’un ne saille vraiment et s’impose, si ce n’est peut-être l’installation d’Arno Gisinger et Monique Deregibus. Même les photographes les plus connus et les plus talentueux semblaient étouffés, je pense notamment à Valérie Jouve dont l’accrochage et la qualité des tirages n’étaient pas de la meilleure veine…

Je note au passage que Sophie Calle, Sammallahti et Darzacq étaient présentés par le Méjean, comme expositions associées, hors la programmation principale, ce qui rend encore plus étique cette dernière…

Alors, quid d’Arles 2013 ? Arles in BlackYes ! But is Arles back ? Y trouve-t-on cette année la ou les expositions de référence, de celles dont on se souvient longtemps ? Pris par mon propre travail, je ne me suis guère penché, au moment de l’ouverture des Rencontres, sur les critiques des uns et des autres, mais de ce que j’ai pu lire malgré tout, il ressort ce qu’on pourrait appeler un ticket gagnant Larrain-Jaar-Tillmans, dans l’ordre ou dans le désordre, auxquels se rajoutent quelques outsiders de poids et quelques heureuses découvertes. C’est déjà pas mal, en tout cas, plus et mieux que l’année dernière.

Mais rien de tel que de se faire son propre jugement en allant sur place, ce qui fût fait en ce dernier dimanche de juillet sous un ciel lourd qui annonçait l’orage. Autant, l’année dernière, il m’a été possible de quasiment tout voir en une seule journée (ce qui n’est pas forcément bon signe), autant cette année, j’ai du renoncer avec regret à plusieurs visites (Penone à la chapelle du Méjean, Lee Ufan au Capitole, l’exposition Nuage au musée Réattu, entre autres…).

Ce qui ressort de cette longue et harassante journée arlésienne, c’est moins l’hommage à la photographie noir & blanc (l’année dernière, les deux expositions les plus importantes étaient déjà en noir et blanc…) qu’une réelle dichotomie entre d’un côté une réflexion sur le statut et les usages de l’image, et de l’autre une célébration de la beauté de l’image dans ce qu’elle a de plus straight.

Soit en premier lieu, la remarquable exposition d’Alfredo Jaar dans l’église des Frères Prêcheurs,  questionnement d’une grande intelligence et d’une rare pertinence politique sur ce qui se montre et ce qui ne se montre pas, ce que l’on nous autorise à voir et ce que l’on soustrait à notre vue, et sur le fait que le mensonge dominant auquel participent « à l’insu de leur plein gré » la plupart des médias, est le mensonge par omission. Cette exposition est en quelque sorte un hommage aux images manquantes… ou à celles qui vont nous manquer lorsque Bill Gates aura fini de les enterrer dans les abysses de son désert (Lunettes Rouges ayant fait un compte-rendu élogieux et très complet de cette exposition, compte-rendu auquel je n’ai pas grand chose à rajouter, j’invite mes lecteurs à se reporter à ce billet).

 

Alfredo Jaar, Le Silence de Nduwayezu, 1997 — Arles 2013.

Alfredo Jaar, Le Silence de Nduwayezu, 1997, in La Politique des images  — Arles 2013.

Toujours dans le même registre sur l’interrogation autour du statut des images, l’envers du décor de Jaar, c’est l’exposition d’Erik Kessels, « collectionneur d’images vernaculaires », qui présente Album Beauty, une installation autour de ces albums de famille qui disent le mystère et l’ordinaire de gens oubliés, anonymes —qui pourraient être nos parents, nos ancêtres—, et dont les images parfois impudiques vérifient de manière poignante le « Ça a été » barthien —rien de pire que les photos de famille pour sentir le frôlement des ailes de la mort. Outre cette installation, Kessels nous invite à méditer sur l’orgie d’images inutiles que nous produisons chaque jour en bâtissant une montagne, ou plutôt une décharge de petits tirages, constituée à partir de ce qui est mis en ligne en une seule journée sur Flickr. Vomi gargantuesque d’images dont l’apparition est aussi éphémère que celle d’un insecte ou d’un papillon qui meurt avant la nuit, et dont il ne restera qu’une poignée d’octets noyés dans le grand vide cybernétique. De ce désastre, j’ai sauvé une image, un tirage de cerises qui me clignait de l’œil et que j’ai glissé dans mon sac après l’avoir photographié. Modeste larcin…

Erik Kessels, 24 Hours of photos, 2013 — Arles 2013

Erik Kessels, 24 Hours of photos, 2013 — Arles 2013

Flickr cherries — Arles 2013

Flickr cherries — Arles 2013

Flickr cherries — Arles 2013

Flickr cherries — Arles 2013

Le paradoxe de cet état, et ce qui est au fond le vrai désastre, c’est que plus nous produisons d’images, plus nous sommes aveugles, notre capacité à absorber, mémoriser, analyser, évaluer, hiérarchiser, étant mise à mal par l’éblouissement du nombre. Nous vivons une sorte de saturation pornographique des images qui n’engendre plus ni plaisir, ni désir… La “démonstration“ de Kessels est la suite évidemment de l’exposition polémique de 2011,  From here on, et cela rappelle notamment le mur de couchers de soleil Flickr de Penelope Umbrico.

Erik Kessels, Album Beauty — Arles 2013

Erik Kessels, Album Beauty — Arles 2013

Cela dit, il est possible que sur le long terme cette logorrhée numérique dans sa version photos de famille et souvenirs perso laisse finalement moins de traces que nos bons vieux albums avec leurs tirages défraîchis mais réels. Qu’en sera t-il demain, après-demain, lorsque les générations futures voudront se pencher sur nos albums numériques ? Que trouveront-ils ? Des ordinateurs obsolètes et en panne, qui auront même peut-être été jetés à la poubelle et démembrés par des petites mains asiatiques qui ne sauront rien des souvenirs numériques réduits à quelques métaux récupérés ? Des Cd-Rom effacés, des profils Facebook et des statuts Flickr qui auront été remplacés depuis belle lurette par de nouveaux types de réseaux sociaux, des  clouds envolés ? Comment vont pouvoir travailler les futurs archéologues de la photographie vernaculaire numérique ? Jusqu’où les réseaux sociaux actuels vont-ils pouvoir continuer à stocker des données ? Jusqu’à recouvrir le Groenland de disques durs géants qu’il faudra rafraîchir avec ce qu’il restera de glace polaire ? Je m’attends à une sorte d’autodafé grandiose des données numériques, sachant que les “accidents“ individuels sont déjà fréquents et qu’ils vont se multiplier et devenir industriels (Récemment, une journaliste française, spécialiste de l’Orient, a fait part de son désarroi sur FB en constatant que 4000 photos, issues de plusieurs années de reportage, avaient “disparu“ des Cd sur lesquels elle les avait stockées…).

Erik Kessels, Album Beauty — Arles 2013

Erik Kessels, Album Beauty — Arles 2013

Il n’est pas étonnant alors que, dans une certaine logique des choses, le prix Découverte ait été attribué cette année à Yasmine Eid-Sabbagh et Rozenn Quéré pour leur série Vies possibles et imaginaires qui raconte la vie de quatre sœurs palestino-libanaises confrontées à leur mémoire et aux souvenirs des photos de famille, images qui disent, images qui mentent … Pour ma part, j’ai beaucoup aimé un autre album de famille, celui que Nicolas Bakharev a fait de ses congénères pendant une quinzaine d’années, lorsque la Russie était encore soviétique, et que dans les moments de loisir, hors l’embrigadement du travail, une certaine innocence par rapport à ce que l’on montrait de soi, de son corps dénudé et de la relation à l’autre n’avait pas encore laissé la place à ce mélange de narcissisme et de paranoïa du droit à l’image qui obère aujourd’hui lourdement notre capacité à photographier le commun des mortels en certains pays. Mais voilà, c’est une photographie un peu trop “désuète“ et too straight pour complaire à un jury sans doute très arty… D’autant plus que pour l’Ostalgie, il y a eu déjà Rimaldas Viksraitis il y a quelques années et ses Grimaces of the weary village

Tasmine Eid-Sabbagh et Rozenn Quéré, Vies possibles et imaginaires, 2012 — Arles 2013

Tasmine Eid-Sabbagh et Rozenn Quéré, Vies possibles et imaginaires, 2012 — Arles 2013

Pour en finir avec les albums de famille, je ne peux m’empêcher de résister au plaisir de citer le travail de Pierre Jamet qui a suivi pendant deux ou trois étés, avant-guerre, les “ajistes“, ces jeunes, venus de tous les milieux, qui ont adhéré après 1936 au mouvement des Auberges de jeunesse, et qui traversaient la France en vélo ou à pied, sac au dos, pour partager avec d’autres jeunes des moments de franche camaraderie et de liberté… Il y a là à travers ces photos de commande —qui ne sont pas pour autant des photos de propagande— la nostalgie d’une époque révolue, étrangement insouciante alors que la guerre se rapproche —et à cet égard, les deux ou trois photos qui montrent le beau visage intelligent de ce jeune mélomane juif qui mourra en 1942 à Auschwitz sont particulièrement touchantes. Il n’y a ni embrigadement, ni culte de quoi que ce soit, ce mouvement est l’antithèse des Pionniers soviétiques ou des Jeunesses hitlériennes, c’est une sorte de scoutisme laïque, libertaire et un brin franchouillard, incarné —c’est peu de le dire— par les rondeurs généreuses et offertes de Dina Vierny qui n’avait alors que vingt ans et qui ne fut pas seulement la muse de Maillol… Je ne sais ce que devinrent pendant la Guerre les jeunes gens photographiés par Pierre Jamet, mais j’ose penser, espérer, que nombre d’entre eux devinrent des “insoumis“ et, à l’instar de Dina Vierny, participèrent à la Résistance… Nombre d’entre eux aussi étaient Juifs…

L'accorte Dina Vierny... Pierre Jamet, 1936 Dina Pierre Sacha — Arles 2013

L’accorte Dina Vierny… Pierre Jamet, 1936 Dina Pierre Sacha — Arles 2013

Pour faire la transition entre les deux pôles de cette édition des Rencontres, Neue Welt, die kolossale Ausstellung von Wolfgang Tillmans, s’impose. Certains ont aimé cette exposition, d’autres l’ont détestée. Pour ma part, j’avais vu à la Tate Britain à Londres en 2003 l’exposition originelle à partir de laquelle Tillmans a développé son principe d’accrochage : mélanger des formats, des qualités de tirages et des types d’images pour créer un univers global où s’exprime à la fois le photographe et le plasticien. L’accrochage à Londres jouait très intelligemment avec les espaces et les volumes mis à sa disposition par le musée. Il y avait des photos “vernaculaires“, petits tirages punaisés au mur, tout juste sortis de chez le photographe du coin, des photographies d’auteur soigneusement encadrées, et des grands papiers très abstraits, magnifiques, juste accrochés avec des pinces qui se déroulaient parfois du haut jusqu’en bas des cimaises. Bien que l’accrochage fut très élaboré, il y avait quelque chose de savamment désordonné et ingénu qui, que l’on adhère ou non à l’œuvre, générait une forme de sidération. Dans l’exposition présentée à Arles, il n’y a quasiment plus que des grands tirages, répartis sur je ne sais combien de salles, et l’impression d’une lourdeur muséale, comme s’il s’agissait d’un accrochage définitif dans une fondation allemande ou suisse —l’exposition est d’ailleurs financée par la fondation Luma, et cela nous donne peut-être un avant-goût de ce que deviendront les Ateliers Sncf comme lieu d’exposition permanent… Il y a aussi surtout le fait que cet accrochage imposant mêle des photographies très abstraites et très belles issues de la série Silver avec des photographies de tout et de rien prises aux quatre coins du Neue Welt —façon habile de faire valoir aussi son statut de vedette internationale, toujours entre deux avions. On peut se demander à la vue de certaines images si Tillmans n’a pas en lousdé un compte Flickr dans lequel il puise un peu n’importe quoi pour en faire une œuvre d’art, alors que d’autres photos disent combien il est aussi un grand photographe. Cette exposition nous met au cœur du débat actuel entre la production d’images inutiles auxquelles la grâce d’une signature peut conférer un nouveau statut et ce qui nous paraît digne d’être d’emblée considéré comme une image à laquelle on adhère sans réserve. Le talent de Tillmans est de pouvoir jouer de cette “provocation“ sans que cela nuise à l’ensemble de l’œuvre, et même au contraire, puisque cela la définit. Mais d’autres artistes, nombreux et moins talentueux, échouent à ce jeu-là. Je suis sorti de ce long parcours en ayant à la fois le sentiment d’être face à une œuvre importante, et en même temps profondément agacé par un dispositif prétentieux et  “totalitaire“ dans la mesure où il ne semble laisser plus aucune place au doute ni à l’humilité.

Wolfgang Tillmans, Neue Welt — Arles 2013

Wolfgang Tillmans, Neue Welt — Arles 2013

 

Mais arrivons-en à ce qui constitue pour moi l’exposition phare de ce beau cru 2013, la rétrospective consacrée à Sergio Larrain. Il faut d’abord remercier Agnès Sire d’avoir su entretenir pendant trente ans une relation épistolaire avec quelqu’un qui avait rompu avec le monde de la photographie, et d’avoir su convaincre ses enfants, après la mort de Larrain en 2012, de mener à bien cette rétrospective. Claire Guillot, dans son article du Monde, a très bien résumé la vie et l’œuvre de Larrain, et je conseille de lire aussi le long texte de Gil Pressnitzer paru dans Esprits nomades. Je m’abstiendrai donc là aussi de répéter ce qui a déjà été bien écrit.
L’œuvre de Larrain ne m’est évidemment pas inconnue : j’ai dans ma bibliothèque l’édition 1991 de Valparaiso, due déjà aux bons soins de François Hebel et d’Agnès Sire, avec le beau texte de Pablo Neruda ; et il me semble avoir déjà vu une exposition quelque part, peut-être à l’occasion de la parution du livre, mais je ne sais plus où exactement.
Quoi qu’il en soit, Larrain avait demandé en 1999 que plus aucune médiatisation de son œuvre ne soit faite, du moins de son vivant, et cette exposition constitue donc bien un événement…qui va être repris à la rentrée à la Fondation Cartier-Bresson.

Sergio Larrain, Retrospective — Arles 2013

Sergio Larrain, Retrospective — Arles 2013

Lorsque l’on rentre dans l’église Sainte-Anne, on est tout de suite saisi par les admirables photos prises en Bolivie et au Pérou et on ne peut s’empêcher tout de suite de penser au travail que Robert Frank entreprit quelques années plus tôt au Pérou. On pense d’autant plus à Frank que les photos de Londres prises par Larrain à la fin des années cinquante ne sont pas sans liens avec celles de son aîné, prises dix ans auparavant. Mais, là d’où j’écris ce billet, je n’ai pas sous la main les ouvrages de l’un et de l’autre pour me lancer dans une étude comparée du style et de la façon du regard, et je ne m’aventurerai pas non plus à mettre en parallèle le surgissement de ces deux œuvres fulgurantes, suivies chacune d’une rupture avec le milieu de la photographie, sachant que pour l’un, Larrain, elle fut radicale, alors que pour l’autre, Frank, les retours dans le vif du monde artistique furent nombreux. L’exil à Mabou n’est pas de même nature que l’exil à Tulahuén.
Larrain partage sans doute plus de choses avec Cartier-Bresson pour lequel il avait une grande admiration.  Il y a, chez ces fils de bourgeois, cette part d’engagement, de colère et de mysticisme qui les amènera à défier leur milieu d’origine et à prendre des chemins de traverse qui n’étaient pas inscrits dans le karma familial.
Mais Sergio Larrain partage surtout avec son Maître une rigueur esthétique qui n’empêche pas l’inventivité et la prise de risque, au contraire. C’est la veine des années-lumière de Cartier-Bresson, celles d’avant-guerre, le Mexique, l’Espagne, L’Italie, Trieste… avec un sens de la composition et de l’architecture de la lumière qui, alliées à la fragilité de l’instant, représentent justement une sorte d’acmé de l’instant décisif. Mais ce n’est pas non plus une photographie soumise à la règle du nombre d’or : prises de vue au ras du sol, parfois au jugé, cadrages à l’arrache ou très millimétrés ; et cependant rien ne manque, rien n’est en trop. Et puis on trouve chez Sergio Larrain cette poignée d’images improbables qui sont l’apanage des plus grands photographes, telle cette photo emblématique des deux petites filles descendant une rue-escalier à Valparaiso. Le tout, renforcé dans l’exposition par des tirages argentiques somptueux auprès desquels les quelques tirages jet d’encre qui se sont glissés entre les pages font un peu pâle figure.

Sergio Larrain, Les enfants de Santiago, film et photographies — Arles 2013

Sergio Larrain, Enfants sur l’île de Chiloé (1957) et Vagabond children (1962), photographies et film — Arles 2013

Il y a dans l’exposition d’Arles la présentation de quelques publications on assignment, et notamment ce numéro de Match consacré au mariage grandiose du Shah d’Iran et de Farah Diba. On comprend qu’au bout de quelques années d’exercice du métier de photographe professionnel, cet homme profondément entier ait pété les plombs et remisé ses Leica pour approfondir une autre expérience de la vie, à défaut de pouvoir changer celle des autres par la photographie. Reste une œuvre inachevée et magnifique, mais l’essentiel était sans doute dit. On peut émettre quelques doutes sur les photographies prises à Paris et notamment sur telle vue prise depuis le haut de l’Arc de Triomphe, mais si c’est peu par rapport au reste…
Les Rencontres sont toujours l’occasion de publier un certain nombre de livres autour des artistes présentés. S’il en est un qu’il faut ramener cette année et ranger assurément dans sa bibliothèque, c’est évidemment la synthèse de l’œuvre de Larrain que viennent de publier les éditions Xavier Barral.

Transition toute faite, le prix du livre des Rencontres d’Arles a été attribué à… Xavier Barral pour son livre-catalogue raisonné de l’œuvre d’Antoine d’Agata. Et cela, après le prix Nadar attribué au même éditeur pour sa publication en cinq petits volumes des voyages en Orient de Marc Riboud. Si je comprends bien, Xavier Barral, outre l’excellence de son travail, est l’éditeur tendance du moment. Seulement, on peut se demander si le prix du livre doit récompenser le succès déjà promis d’un livre et d’un photographe qui est actuellement sur le devant de la scène, sachant que le livre en question est plus une somme, un catalogue raisonné, qu’un objet éditorial original. Plutôt que de récompenser un blockbuster, ne pourrait-on pas privilégier le choix de livres plus créatifs, plus innovants, plus risqués, plus singuliers en termes de maquette, d’impression, de format —Je ne parle pas de contenu, car l’œuvre de d’Agata est puissante et mérite son succès ? De nombreux éditeurs talentueux (et souvent fauchés) produisent des livres étonnants, au Japon, aux Etats-Unis, en Allemagne, en France même, qui font les délices des collectionneurs et des photobibliophiles, et qui mériteraient parfois un peu plus de reconnaissance et quelques accessits.

L’avantage du blog par rapport à un article de journal ou de magazine, c’est de pouvoir être plus disert, mais je sens bien que le lecteur se lasse, et je vais tâcher d’être plus bref pour évoquer les autres expositions, même si certaines d’entre elles mériteraient qu’on s’attarde à les commenter : je pense notamment à la très belle rétrospective consacrée à Gordon Parks, ce grand photojournaliste Noir américain, très impliqué dans la défense et la représentation de la minorité noire et de ses leaders (Muhammad Ali, Malcom X, Stokely Carmichael etc.). Je pense aussi à l’exposition très complète consacrée à Gilbert Garcin et son humour noir et surréaliste. Dans le dédale des Ateliers Sncf, j’ai raté l’exposition Jean-Louis Courtinat, sans doute parce que je désirais avant tout m’échapper de celle d’Arno Minkinnen qui lui était contiguë… Sept salles consacrées à ce photographe yogi —excellent homme et grand pédagogue—dont l’œuvre est certes très intéressante, mais avec un choix d’images qui n’apporte rien à ce que l’on connaît déjà —maintes fois vu, exposé et publié—, et une absence totale de scénographie critique qui aurait pu nous en proposer une approche intelligente et nouvelle. On connaît bien également les photographies d’animalité dérangeante de Michel Vanden Eeckhoudt, mais la grande qualité des tirages était une belle invitation à revoir ce travail un peu noir… John Davies travaille régulièrement en France, mais c’est au fond dans son pays, en Grande-Bretagne, que le paysage s’ajuste le mieux à son regard, ou son regard au paysage… Transition, paysage d’une société, la commande documentaire sur l’Afrique du Sud faite à onze photographes (cinq Français : Philippe Chancel, Thibaut Cuisset, Raphaël Dallaporta, Patrick Tournebœuf, Alain Willaume ; un Franco-belge, Harry Gruyaert ; et cinq Sud-africains dont Pieter Hugo) m’a semblé de bonne facture, sachant que le pays est difficile, que certaines “missions“ ont été compliquées à mettre en œuvre et que la figure tutélaire de David Goldblatt peut être un peu encombrante. C’est finalement Pieter Hugo qui s’est révélé le plus proche du Maître, et chacun semble avoir tiré son épingle du jeu, en affirmant parfois pleinement son style comme Harry Gruyaert, ou en étant plus audacieux comme Alain Willaume. Mais l’exposition, par sa diversité, son parti-pris scénographique, la présence de textes assez longs, nécessitait plus de temps que ce que je pouvais lui accorder et je me sens bien en peine d’en faire un compte-rendu critique exhaustif. Je me reporterai prochainement au livre (édité par Xavier Barral…) pour apprécier à sa juste valeur cette commande. Et je garde en mémoire notamment deux très beaux tirages de Thibaut Cuisset qui compensent la déception engendrée par son autre exposition, sur la Camargue, que j’ai trouvée manquant de chair, avec des couleurs fades et des tirages mous, et qui ne nous invite pas vraiment à l’extase poétique qui nous est promise dans la présentation de l’expo. Il faut dire aussi que ce n’est pas facile d’être coincé, dans le magasin électrique dédié à la programmation du Méjean-Actes Sud, entre le terrible constat de Robbin Hammond sur le Zimbabwe et l’étrange mise en scène du travail de Daido Moriyama qui propose sur des cimaises de bas résille un double accrochage : une série sur Tokyo inédite avec de beaux tirages et des formats qui correspondent à ce que j’aime chez Moriyama, ni trop petits, ni trop grands ; et plusieurs ensembles de planches-contacts remixées et agrandies qui jettent un éclairage intéressant sur sa manière de travailler.

Daido Moriyama, Labyrinth + Monochrome — Arles 2013

Daido Moriyama, Labyrinth + Monochrome — Arles 2013

Je me souviens d’une exposition très lointaine de David Hurn, photographe Gallois, membre de Magnum, qui eut son heure de gloire dans les années 70 et 80. Hurn présentait à Paris (je ne sais plus où exactement ) une exposition faite uniquement de planches-contacts où l’on pouvait suivre son approche méthodique, quasi mathématique, de chaque situation en trois, quatre ou six photos, la dernière image étant à tous les coups la meilleure. En tant que jeune photographe, j’avais été très impressionné par cette “maîtrise“ et je m’étais contraint à essayer d’en faire autant ! Il y a aussi les planches-contacts, ou plutôt les extraits de planches-contacts, devenues œuvres en soi chez William Klein, et régulièrement des revues nous proposent les belles planches de tel ou tel photographe.
Mais ce qui est particulièrement intéressant avec Moriyama, c’est qu’il n’y a pas de “meilleure“ image, non pas que tout se vaut, mais il est évident que seul Daido peut choisir l’image qu’il trouve nécessaire à un moment donné, quitte à modifier son choix lors d’une autre présentation. Tout est tellement moriyamesque qu’on ne s’imagine pas quelqu’un d’autre avec son crayon gras rouge ou blanc en train d’encadrer et de souligner telle ou telle photo sur la planche…

 

Daido Moriyama, Labyrinth + Monochrome — Arles 2013

Daido Moriyama, Labyrinth + Monochrome — Arles 2013

Qui ai-je oublié ? Sugimoto ?  Je ne sais que penser de la série Revolution exposée à l’espace Van Gogh. C’est certes beau et impressionnant, mais terriblement glacial, très sélénien… Le parti-pris de tourner de 90° ces paysages marins éclairés par la lune rend certes l’image plus abstraite, mais certainement pas plus « romantique », pour reprendre son  propre vocabulaire. En fait, comme souvent chez Sugimoto, je trouve ça très intelligent, mais je ne suis pas pétri d’émotion… Quand à la seconde exposition, Couleurs de l’ombre, présentée dans l’église Saint-Hilaire, autant les petits polaroïds sont absolument somptueux, autant m’a semblé ridicule l’accrochage des foulards Hermès, suspendus dans la nef, non pas comme des kakemono, mais comme des fanions de fête de village ou des drapeaux de compétition sportive. La présence de mannequins portant sur leurs plastiques épaules le très cher foulard en rajoutait une couche. Quand à la Cène accrochée dans le chœur de l’église, elle faisait particulièrement déplacée dans une exposition qui, pour reprendre la très juste expression de Marc Lenot, faisait très « marchand du temple ».

Hiroshi Sugimoto, Couleurs de l'ombre — Arles 2013

Hiroshi Sugimoto, Couleurs de l’ombre — Arles 2013

 

Hiroshi Sugimoto, Couleurs de l'ombre — Arles 2013

Hiroshi Sugimoto, Couleurs de l’ombre — Arles 2013

Puisqu’on parle de mannequins, un petit tour du côté des early years de Guy Bourdin, avec l’exposition Untouched, vaguement éclairée par la lumière sépulcrale chère à l’espace van Gogh, où malgré tout on pouvait distinguer dans cette semi-obscurité quelques petits joyaux en noir et blanc et notamment une très jolie série de portraits de gens proches et d’amis, photographiés au tout début de la carrière de ce grand maître de la photographie de mode. Et enfin, j’ai évoqué Pieter Hugo à propos de la commande documentaire sur l’Afrique du Sud, on le retrouve dans un autre travail, très étrange et très politique, où par un processus numérique il accentue la pigmentation de peau de ses amis Blancs sud-africains pour leur donner des visages de Noirs aux yeux bleus… Effet et interrogation garantis. Quand aux tâches de rousseur surpigmentées, c’est pas génial… D’évidence, les vrais Noirs sont beaucoup plus beaux que les faux Noirs/Blancs…

 

Pieter Hugo, Il y a une place en Enfer pour moi et mes amis — Arles 2013

Pieter Hugo, Il y a une place en Enfer pour moi et mes amis — Arles 2013

Le noir et blanc était donc à l’honneur, malgré quelques apartés colorés. On peut toujours imaginer d’autres choix, d’autres auteurs ou une réflexion plus approfondie sur la spécificité du noir et blanc, et son actuel regain, tant dans les pratiques amateurs que dans les pratiques professionnelles : pourquoi et comment par exemple, la photographie d’auteur au Japon reste essentiellement une photographie noir et blanc ? Comment perdure une vraie tradition du noir et blanc en Europe centrale ? Comment le renouvellement du noir et blanc aux Etats-Unis, en Europe occidentale, mais aussi en Asie, passe par la réhabilitation de procédés anciens, le collodion étant le plus pratiqué, mais il y en a bien d’autres. A cet égard, il était intéressant de constater que dans le prix Découverte (entièrement dédié cette année à des photographes travaillant en noir et blanc), nombreux étaient ceux qui utilisaient des procédés particuliers : les négatifs papier ciré de Martin Becka, les ferrotypes de Craig Barber, ou le faux sténopé-container de Lauren Bon. Il y a évidemment un avenir du noir et blanc qui passe aussi par une forme de résistance à l’emprise de la couleur digitale, mais tout cela n’était pas très explicite dans le parcours des expositions. Je suppose et j’espère que ces questions étaient plus présentes lors des soirées et des débats de la première semaine.

 

Lauren Bon, Argent et eau, sélection Prix Découverte — Arles 2013

Lauren Bon, Argent et eau, sélection Prix Découverte — Arles 2013

J’arrête là, j’en ai assez dit, assez je crois pour inviter les retardataires à s’arrêter quelques heures en Arles si leur chemin les y conduit. Mais qu’en sera t-il l’année prochaine ? C’est aussi le but de mon titre, Arles is back, but next year ? Si les travaux de la future cité de la photographie commencent effectivement dans les prochains mois, les RIP vont perdre ces Ateliers Sncf qui étaient devenus le centre névralgique des expositions. Il va falloir se recentrer sur la vieille ville, comme jadis, réduire évidemment le nombre d’expositions, l’opportunité peut-être de se concentrer encore plus sur quelques événements majeurs…

 Addendum, 19 août 2013.

Nouveau passage à Arles, de retour du Carré d’Art à Nîmes où je souhaitais voir l’exposition Moving, conçue par Norman Foster, architecte du musée et de la médiathèque qui ont aujourd’hui 20 ans. Exposition très intellectuelle qui invite à un voyage, un déplacement savant et éclectique, de concepts en concepts —qui sont d’abord ceux de l’architecte Norman Foster face à sa propre création— entre différentes strates de l’art moderne (le Futurisme, Calder, Henry Moore, Giacometti etc.) et contemporain ; et qui permet surtout de découvrir, entre des artistes très connus, quelques artistes moins connus —et leurs œuvres— ou aperçus seulement entre les pages de tel ou tel catalogue.  Je pense notamment à Tomàs Saraceno et ses toiles arachnéennes, fragiles et lumineuses, tissées par de vraies araignées ; à l’œuvre de Mayo Bucher, intitulée Apollo Ghraib III,  qui confronte l’image d’un astronaute avec celle d’un de ces prisonniers de la tristement célèbre prison d’Abu Ghraib, affublé d’une chasuble noire et d’un haut lui cachant le visage, tels les pénitents d’une sinistre Passion… Je pense aussi à la vidéo de l’artiste israélienne Michal Rovner ou aux montagnes de plâtre ou de charbon de l’artiste suisse Not Vital qui vit en Chine et conjugue ainsi à travers cette œuvre sa double culture du paysage (Not Vital est par ailleurs ami avec Ai Weiwei, également présent dans cette exposition, hommage de Foster à l’artiste « architecte », aujourd’hui enfermé dans son studio-bunker de Caochangdi près de Pékin).

A propos du décalage entre ce que l’on voit dans un livre et l’œuvre réelle, la confrontation avec la pièce (peut-on encore parler de photographie ?) de Gursky, issue de sa récente série Bangkok, nous rappelle que rien ne vaut le face à face direct avec une œuvre : là où je ne voyais qu’un miroitement coloré un peu gratuit sur une eau obscure, je découvre, entre les reflets huileux, comme pris dans la gangue d’une marée noire, les rejets triviaux (pneu, bouteille, emballage de Mc Do ou autre) de notre sur-consommation et de notre gestion irresponsable des déchets. Hors le message, la pièce, d’un très grand format, s’impose comme objet esthétique, au milieu d’une salle particulièrement réussie (et sans doute très “chère“) où Gursky côtoie Gerhard Richter et Richard Serra.

Les photos étant interdites dans l'exposition de Norman Foster, de même qu'au musée Réattu, je ne peux vous offrir que cet instagram de l'entrée du Carré d'art à Nîmes.

Les photos étant interdites dans l’exposition de Norman Foster, de même qu’au musée Réattu, je ne peux vous offrir que cet instagram de l’entrée du Carré d’art à Nîmes. L’œuvre suspendue, The Lost Compass, est due à l’artiste danois, Olafur Eliasson.

Mais revenons à Arles où j’en profite pour refaire une visite de l’exposition Larrain, en prenant mon temps et avec autant de bonheur, sinon plus. Mais le but était avant tout d’aller voir l’exposition Nuage au musée Réattu. Pour ses adieux au musée, Michèle Moutashar a concocté une exposition d’une exquise délicatesse poétique. Autant l’accrochage de Norman Foster à Nîmes est tout en rigueur intellectuelle, autant celui de Michèle Moutashar au musée Réattu se joue de l’esprit de sérieux, non pas que les œuvres et les artistes y dérogent eux-mêmes, à l’image de cette magnifique racine du Tao qui, comme la météorite qui trône au milieu de la belle salle consacrée à Jean-Baptiste Huynh, allie à la fois la dureté de sa matière à l’évanescence rêvée de sa forme nuageuse, mais l’humour le dispute sans cesse à l’intelligence du fil conducteur. Dans le petit opuscule qui est remis au visiteur, on peut lire ces quelques phrases qui éclairent le bel esprit de cette exposition : « Commencer par une pierre, collectionnée au XVIIIe siècle par un lettré chinois, sculpture naturelle, aussi dense qu’aérienne, pierre de méditation… Surprendre, sur la table de l’artiste-collectionneur, l’éclat vertigineux d’une météorite que la stratosphère au passage a pris soin de façonner en nuage… Trouver les clés des innombrables portes de l’ascenseur à nuages, de loin le moyen le plus idéal d’échapper à la gravité… Plonger en looping de l’incommensurable au très intime, l’œil vissé au binoculaire. C’est là que l’exposition montre preuves à l’appui que, comme le pensent toujours tous les poètes, nous ne sommes faits que de nuage ».

Cela dit, ces deux expositions, celle d’Arles et celle de Nîmes, ne sont pas antagonistes, au contraire. Il y a déjà dans Moving, le titre de la première, choisi par Norman Foster, tout autant le désir d’une émotion pure que l’idée de mouvement et de vitesse. Emotion pure que transcrit notamment ce tropisme commun pour la Chine ancienne lorsque la poésie, la philosophie et le spirituel se concentre en seul objet : à Nîmes, il y a aussi une autre racine, certes moins nuageuse que celle d’Arles, et telle pierre de lune qui évoque une montagne, archétype du paysage chinois dont on sait qu’il n’est fait que d’eau et de nuages… Autre passerelle, l’artiste espagnol, Iñigo Manglano-Ovalle, que l’on retrouve dans les deux expositions avec des pièces semblables —que l’on dirait issues du même moule— mais qui dans le contexte de chaque accrochage nous permet de mieux apprécier la plasticité du sens d’une œuvre : à Nîmes, il est l’héritier du Futurisme et de Brancusi avec sa quête d’une épure absolue de la forme ; à Arles, la dimension poétique de l’objet prend le dessus, plus nuage que oiseau, telles ces formes étranges que l’on voit parfois au-dessus du désert américain et que notre imaginaire se plaît à comparer à des vaisseaux intergalactiques.

A Réattu, outre quelques œuvres photographiques issues de la collection du musée (le magnifique Oceano Dunes de Weston, le non moins magnifique portrait d’une geisha de Shomei Tomatsu, ou les œuvres de Man Ray et de Brassaï), on retrouve parmi les photographes invités beaucoup de ceux qui ont déjà eu les honneurs du musée lors d’expositions précédentes, signe de fidélité et de reconnaissance entre une conservatrice et les artistes qu’elle aime : Dieter Appelt, Corinne Mercadier, Jacqueline Salmon, Jocelyne Alloucherie avec un très bel ensemble créé pour la circonstance, Patrick Bailly-Maître-Grand, Georges Rousse etc.

On sort de cette exposition heureux et léger comme un nuage. On espère que la nouvelle conservatrice saura insuffler son propre esprit avec autant de bonheur en ce beau musée.

Toutes les photographies illustrant cet article sont de l’auteur © Thierry Girard 2013 

 Le site des Rencontres d’Arles : http://www.rencontres-arles.com/A11/Home