En Inde, du côté de Chennai.

Ce billet constitue le troisième volet de mes chroniques indiennes après Première chronique indienne et Pondichéry (sans la ville blanche). Pour ce billet, contrairement aux précédents, je me suis appuyé presque exclusivement sur les notes de mon carnet de route, écrites au jour le jour, d’où le côté plus factuel du texte. La plupart des photographies ont été prises avec un Mamyia 7 argentique. Les quelques images éditées en plus petit format ont été prises avec un compact Leica D-Lux 3 numérique que j’utilisais alors pour faire des snapshots lors de mes voyages, ou pour photographier lorsque les conditions de lumière ou les situations n’étaient pas vraiment optimales pour travailler au moyen-format. C’est la première fois que dans un billet de ce type j’utilise autant de « petites » photos —photographies que par ailleurs je n’expose jamais et que je ne publie que très rarement—, mais il m’a semblé plus important de privilégier ici le récit de ces journées passées plutôt que d’opter pour une sélection rigoureuse d’images comme pour un portfolio. J’avoue aussi que, dans nombre de mes projets et voyages récents, le fait de photographier à la fois à la chambre 4×5 et à l’Iphone —en intégrant tous les formats intermédiaires argentiques ou numériques— m’oblige à interroger le statut de ces différentes images, leur cohabitation et leur mélange, en considérant qu’il n’y a pas d’un côté des images « nobles » et d’autres qui, malgré leur éventuel intérêt esthétique, ne seraient que de l’ivraie.

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En 2010, lors de mon premier séjour en Inde, j’étais passé très brièvement à Chennai (anciennement Madras), la capitale du Tamil Nadu. De retour d’un périple à travers le Tamil Nadu et le Kerala, j’avais ramené ma femme à l’aéroport. J’allais désormais voyager seul, mais avant de repartir sur Pondichéry, j’avais demandé à Mulari, mon chauffeur, de me conduire vers le quartier des pêcheurs au sud de la ville. On m’avait dit que ce quartier et ses habitants avaient été très touchés par le tsunami de 2004.  Mon planning de travail ne m’autorisait guère à rester sur place, j’avais le souci cependant d’y effectuer quelque éventuel repérage.

IN069-1B©ThierryGirard2010Sur la route de l’aéroport, Chennai, 12 janvier 2010.


Carnet de route •12 janvier 2010

Mulari, avec lequel je voyage depuis une dizaine de jours, sait désormais ce qui m’intéresse. Il ne s’offusque plus de mes arrêts impromptus dans les endroits qui lui semblent les plus improbables. Là, il m’emmène directement sur le seafront, dans le quartier des pêcheurs, au sud de la grande plage où des foules immenses viennent déambuler le soir.

Les pêcheurs ont leur plage aussi, sur laquelle s’entassent les bateaux, les cordages, les filets, et les poissons en train de sécher. Cela pourrait faire une jolie carte postale, s’il n’y avait juste derrière, séparées par une route où se déversent les eaux sales, trois rangées d’immeubles sordides, entourés de cahutes, de shanks, dans lesquels s’entassent toute une population miséreuse. Odeurs pestilentielles de poisson pourri, d’eaux usées et de je ne sais quoi… Mulari me dissuade de m’aventurer avec mon matériel dans le labyrinthe des immeubles, malgré l’invitation d’un jeune pêcheur m’assurant que je peux m’y promener « en toute sécurité ». Je demande à Mulari, qui est plutôt grand et fort, de m’accompagner, il refuse, il ne veut pas quitter la voiture des yeux !

Mulari m’assure que, après le tsunami, on a proposé aux pêcheurs de les reloger plus au sud de la ville, dans de meilleures conditions, mais qu’ils ont refusé parce qu’ils sont attachés à cet endroit… Sans doute aussi parce qu’ils ne sont pas dupes des éventuelles pressions et spéculations immobilières sur une zone encore assez proche du centre ville, et qu’en outre ils pâtiraient, sur le plan économique, d’un éloignement qui rendrait plus difficile la vente de leur pêche.

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L’année suivante, je suis invité par Benoît Olivier, le directeur de l’Alliance française, à séjourner quelques jours à Chennai, en prélude à un nouveau périple dans le Sud de l’Inde. Je n’ai pas de sujet, ni de projet précis sur la ville, simplement le désir de trouver des lieux et des situations photographiques qui soient dans l’esprit du premier voyage. Benoît me donne quelques repères et quelques conseils qui valent mieux que tout ce qui est écrit dans les guides. Après, il s’agit de passer d’un endroit à l’autre en sachant qu’il faut du temps, beaucoup de temps, et donc de la patience, pour se déplacer en touk-touk.

 Carnet de route • 13 janvier 2011

Toujours la même expérience du retour en Inde : dès la sortie de l’aéroport, chaleur, poussière, gaz d’échappements, embouteillages. L’odeur de l’Inde, c’est d’abord du gaz carbonique, d’autant plus prégnant que mon taxi est enfermé dans un blocage qui va durer de longues minutes. Notre flot de bus, de voitures, de motos et de touk-touks s’est accaparé toutes les voies d’un pont, empêchant le flux d’en face d’avancer ! La marée montante et la marée descendante s’observent, et comme il arrive souvent en Inde, personne ne hausse le ton, personne ne s’énerve, mais personne ne semble réellement chercher de solution. Enfin, par je ne sais quel miracle, les deux flots finissent par se croiser, entremêlés l’un dans l’autre… Mon chauffeur se retourne vers moi : « India ! » me dit-il en riant…

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14 janvier 2011

Trois quarts d’heure d’auto-rickshaw pour rejoindre le vieux quartier de Mylapore et le temple de Kapaleeshwarar. C’est le plus grand temple de Chennai, dédié à Shiva, mais il est bien modeste en comparaison de ceux que j’ai pu visiter l’année dernière à Madurai, Tanjore ou Trichy dans le sud du Tamil Nadu. Deux gopurams pas très hauts et moyennement ornementés, une entrée sans attrait derrière une marée de scooters, et les inévitables mendiantes… L’une d’entre elles, une très vieille femme, s’est parée d’un élégant voile rose vif, du plus bel effet. Sans doute l’un de ces bouts de tissus que les marchands bienveillants donnent aux mendiantes pour qu’elles les vendent aux passants ou aux touristes, non sans les avoir parfois portés sur elles…

À l’arrière du temple, sur le bassin sacré, un groupe de jeunes hommes est en train de préparer de futures joutes nautiques en attachant entre eux, avec de solides cordages de chanvre et deux longues tiges pour les maintenir, des bidons de fuel récupérés, qu’ils font d’abord rouler bruyamment sur les escaliers du bassin avant de les regrouper. Ils achèvent leur travail à moitié plongés dans l’eau étrangement verte du bassin, une eau sans aucune transparence où s’agitent des paquets d‘énormes poissons-chats, énervés comme un banc de piranhas ! Un jeune garçon s’en va récupérer un bidon qui s’est échappé en nageant au milieu des monstres moustachus, je m’attends à tout moment à ce qu’il soit dévoré tout cru !

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Dans la gare de Tirumalai les fenêtres du quai s’ouvrent sur une rue et un cours d’eau qui longent le bâtiment. Cours d’eau.. Disons plutôt une eau morte, d’un vert très dense également,  où s’amassent toutes sortes de détritus, y compris les rejets des toilettes publiques dont l’état extérieur laisse deviner le cloaque intérieur.

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Avec mon pied photo, je suis vite repéré et l’on me conduit fermement mais gentiment chez le chef de gare qui m’explique qu’on n’a pas le droit de photographier dans un bâtiment gouvernemental… J’explique ce que je fais, que je ne photographie ni les voyageurs, ni les trains, mais que j’utilise les ouvertures du quai comme point de vue surélevé sur la ville… Il veut voir les photos, hélas, je ne photographie pas en numérique ! Je finis par le convaincre, en prenant mon sourire le plus innocent, que je photographie effectivement l’extérieur de la gare. Pour ne pas perdre la face, il me demande si je me suis acquitté d’un ticket de quai. Je lui dis que non… Si la liberté de photographier ne tient qu’à ça, je file derechef m’acheter un ticket !

La sortie à l’arrière de la gare est peu empruntée. Deux mendiantes, un homme qui pisse. Sur les marches qui descendent vers la rue, un homme décharné dort, raide comme la mort, sans que son corps épouse un tant soit peu la forme des marches. Mystère de l’homme qui dort en Inde…

« Tous les porches, tous les trottoirs regorgent de dormeurs. Ils sont étendus à terre, contre les colonnes, les murs, les chambranles des portes. Leurs chiffons les enveloppent complètement : cireux de saleté. Leur sommeil est si profond qu’ils ressemblent à des morts dans leur suaire déchiré, fétide. » (Pier Paolo Pasolini, L’odeur de l’Inde).

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C’est le premier jour de Pongal, la grande fête tamoule qui dure quatre jours et qui est avant tout une fête séculière où l’on honore notamment les animaux, les buffles et les vaches grâce auxquels on peut cultiver la terre. Au pied de petits immeubles modestes qui ressemblent à ceux des pêcheurs, on brûle en ce premier jour un bhogi, autodafé de vêtements et de vieilleries dont on veut se débarrasser avant de commencer l’année nouvelle. Les enfants posent devant l’appareil photo, pieds nus sur la cendre encore vive. L’un d’eux s’amuse à se fracasser sur la tête des tubes de néon qui ont été abandonnés en tas dans la rue. Il ne s’arrête que lorsque je sors mon appareil numérique de poche pour le photographier au moins une fois avec son geste dément et lui montrer le résultat.

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15 janvier 2011

Ce matin, j’ai un guide et un chauffeur. Nous roulerons donc toute la journée dans une Ambassador refaite à neuf ! Nous allons d’abord jusqu’au village de pêcheurs au sud de la light house où Mulari m’avait arrêté l’année dernière. En ce jour de fête, il y a foule sur la grève, les derniers bateaux remontent sur le sable et les femmes vendent le poisson ramené à l’aube. Les bâtiments que j’ai photographiés l’année dernière sont en cours de destruction pour faire place à de nouvelles habitations. Un pêcheur qui ressemble à un brahmane m’autorise à photographier à l’intérieur de chez lui, dans un de ces baraquements provisoires érigés après le tsunami de 2004 et qui sont toujours là. À l’intérieur d’une petite pièce, cinq femmes préparent la nourriture en regardant un tout petit poste de télévision. Chez la plus jeune, un regard d’une intensité violente et magnifique…

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Mais lorsque j’exprime le souhait de rentrer dans le labyrinthe des immeubles, je sens à nouveau une forte réticence de mon guide. Un jeune pêcheur vient nous proposer ses services, nous assurant qu’avec lui ce sera « safe », ce qui ne fait qu’achever de convaincre Vimanoth qu’il ne faut pas y aller. Je sais qu’il est possible de faire des photos à l’intérieur du quartier, mais cela ne s’improvise pas comme ça, qui plus est avec un moyen-format sur un trépied ! Je sens bien que l’atmosphère est plus tendue qu’à Pondichéry où l’on peut se promener seul, en toute sécurité, dans le quartier des pêcheurs. Ici, il faut d’abord trouver un intermédiaire qui puisse prendre contact avec les responsables du quartier ; puis se faire accompagner par des gens sûrs. Cela pourrait s’envisager si je restais suffisamment longtemps à Chennai, mais je ne dispose que d’une maigre poignée de jours.

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Nous retournons au temple de Mylapore où il y a foule également pour célébrer Shiva et la multitude des dieux de l’Olympe hindouiste.

« Quand vous demandez à un Hindou du Sud les noms des dieux figurés sur les gopurams, il s’en trouve toujours quelques-uns qu’il ne reconnaît pas. « Il y en a tellement », dit-il, et l’on voit alors sur sa figure ce sourire spécial de l’homme repu et riche, et qui ne doit pas se priver, et l’on se demande si cette sensation n’était pas nécessaire à l’Hindou ». ( Henri Michaux, Un Barbare en Asie).

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En tant que non-hindou, je n’ai pas accès à toutes les parties du temple, mais je peux assister à une cérémonie d’initiation d’un enfant de douze ans pour le préparer au pèlerinage très particulier de Sabarimala dans la montagne du Kerala. Pèlerinage qui est désormais le plus important de l’Inde du Sud —et l’un des plus importants du continent indien—, où l’on célèbre le dieu Aiyyappa qui incarne un principe d’unité et d’harmonie, et où l’on retrouve dans certains rites quelques éléments syncrétiques issus de l’Islam. En présence de son père, de son oncle et d’autres membres de sa famille, le rituel d’initiation dure le temps de multiples bénédictions et offrandes. A la fin de la cérémonie, le prêtre réunit tout un ensemble de poudres, d’épices et de mets —mille fois bénis !— dans des petits sacs rassemblés dans un linge noué que les pèlerins portent sur leur tête tout le long du chemin. Il remet aussi à l’enfant le mala, le collier du pèlerin.

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Il faut faire 18 fois le pèlerinage pour atteindre un statut de guide spirituel et espérer, comme lorsqu’on se baigne dans les eaux sacrées, la délivrance du corps, c’est à dire la non-renaissance après la mort. Pour la plupart, faire le pèlerinage signifie marcher durant des jours, voire des semaines, faire des centaines, des milliers de kilomètres, depuis le lieu où l’on vit jusqu’à ce temple perdu dans la montagne, le long des routes, à travers des forêts, en faisant halte dans d’autres sanctuaires, et, pour la fin, en cheminant par une route en lacets dont les derniers kilomètres sont particulièrement ardus.

Si le gamin commence à 12 ans, il a ses chances… à condition qu’il fasse attention à ce qui se passe sur la route ! Ce matin, dans la montagne, une grosse jeep, redescendant du sanctuaire avec des pèlerins à son bord, est rentrée dans la foule, provoquant un mouvement de panique et la chute dans un ravin des autres pèlerins qui marchaient. Le bilan fait état de 102 morts et plusieurs dizaines de blessés…

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Pèlerins en route vers Sabarimala, frontière du Kerala et du Tamil Nadu, 2010.


16 janvier 2011

Vers le milieu de l’après-midi, je retourne à Marina Beach, la grande plage qui s’étend vers le Sud depuis le centre de la ville sur plusieurs kilomètres. On y vient le soir pour s’amuser en famille auprès des petits stands de foire disséminés sur toute la plage et qui commencent à cette heure à s’installer. Petits manèges que l’on actionne avec une manivelle et de l’huile de coude, tirs à la carabine, balançoires improbables, marchands de nourritures diverses, broyeurs de canne à sucre dont on fait un jus épais et brun, petits vendeurs de sachets de sucre rose qui arpentent la plage avec leur marchandise accrochée à un grand bâton qu’ils portent à l’épaule, vendeurs de cerfs-volants, de colifichets et autres babioles. C’est tout un petit peuple de marchands et de forains, disparus depuis longtemps de nos contrées, qui arpentent ainsi cette longue et large bande de sable.

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La foule arrive peu à peu, et comme c’est Pongal, les femmes portent de beaux saris et les enfants sont endimanchés. Les familles s’assoient sur le sable pour grignoter. Aucun corps nu évidemment, personne n’est en maillot de bain, pas même les enfants. Et ceux qui s’amusent à aller se tremper dans l’eau y vont habillés, les petits garçons parfois torse nu, et les hommes en maillot de corps et pantalon retroussé. La mer sent mauvais : elle sent le gas-oil et la merde ! On voit au large les cargos et les tankers qui attendent de rentrer dans le grand port de Chennai, et pour le reste, la plage sert de crottoir. Dans la laisse de mer que les vagues abandonnent sur le sable, pas mal d’étrons. Les gens semblent n’en avoir cure et ils se baignent avec autant de dévotion et d’excitation que s’ils étaient en train d’accomplir un rituel dans des eaux sacrées. La mer vive, avec des rouleaux, des courants et une forte déclivité, est d’autant plus dangereuse que la plupart des gens ne savent pas nager. Les baigneurs se tiennent souvent par la main pour ne pas être emportés, et les policiers à cheval ou à pied qui patrouillent tout le long de l’estran les repoussent régulièrement vers la plage, parfois d’un coup de bâton un peu sec pour les plus récalcitrants.

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Et lorsque la nuit tombe, la foule remonte lentement vers le haut de la plage où se trouvent les stands forains, les grilleurs de maïs et les marchands de glaces ; avant de se glisser, dans la nuit encore chaude, dans un dernier gymkhana de scooters et de mobylettes, enfants devant, derrière ou au milieu.

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17 janvier 2011

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Traîné dans un quartier populaire et marchand derrière la gare centrale. Rues étroites, foule dense. Et la misère toujours : une mendiante, encore jeune, vêtue d’une vague robe faite de sacs de jute, les pieds gonflés et déformés. Un campement-taudis de rickshaws à pédales, les plus pauvres de tous. Un enfant nu au bord de la route qui joue avec cinq graviers et un autre, seul, au milieu de la circulation, sans doute des enfants d’Adivasi, les tribal people, cette population aborigène qui a précédé dans le nord de l’Inde l’arrivée des Aryens. Ils sont peu nombreux dans le Sud, mais souvent encore plus pauvres que les Dalits, les Intouchables (dalit signifie opprimé) qu’on appelait autrefois les parias, terme qui est passé dans notre langage commun.
Les enfants sont nus et les vaches honorées : comme dans la campagne, celles que l’on trouve en ville ont leurs cornes peintes et enluminées pour Pongal car, comme me l’expliquait mon guide hier : « Pongal, c’est d’abord la fête des vaches !».

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Trouvé un auto-rickshaw qui accepte de me faire traverser la ville, mais ça m’a pris un temps infini pour aller jusqu’à Elliott Beach, car les rickshaws du nord ne connaissent pas la partie sud de la ville. « Theosophical Society, Elliott Beach ?», l’incompréhension se lit sur le visage de mon conducteur, et lorsqu’il s’arrête à plusieurs reprises pour demander son chemin, les échanges avec ses collègues ne semblent guère plus le rassurer. On finit enfin par trouver la Theosophical society, mais les bâtiments et le parc que je souhaitais visiter étaient fermés à cause de Pongal… Il ne reste plus qu’à rejoindre Elliott Beach qui ne se trouve pas très loin et à relire Loti :

« Un Ciel sans Dieu personnel, une immortalité sans âme précise, une purification sans prière…»
La formule énoncée, comme conclusion suprême, continuait de résonner pour moi lugubrement au milieu du silence, après l’entretien tombé. La tristesse du crépuscule imprégnait la demeure, qui était solitaire, dans la campagne, au bord d’un fleuve, parmi des palmiers et de grandes fleurs étranges. Sur les vitraux, éclairant encore la froide bibliothèque où nous étions, peu à peu s’éteignaient des petites images transparentes qui représentaient, en parcelles de verre coloré, tous les emblèmes de la foi humaine réunis là comme en un musée mortuaire ; la croix du Christ, le sceau de Salomon, le triangle de Jéhovah, le lotus de Çakya-Mouni, la fourche de Vichnou, les symboles d’Isis. C’était la maison de ces théosophes de Madras sur lesquels on m’avait conté de si merveilleuses choses ; bien que n’y croyant guère, j’étais venu quand même, en dernier ressort, leur quêter un peu d’espérance, et voici ce qu’ils m’offraient : la méthode glacé d’un bouddhisme déjà connu, la lueur de ma propre raison !…
Pierre Loti, L’Inde (sans les Anglais).

Me voici donc à Elliott Beach, sur cette très grande plage qui a un côté station balnéaire avec ses jolies maisons de weekend pour la bonne société de Madras, qui jouxtent le village de pêcheurs. Pour se rendre à la plage, il faut s’engager dans un dédale de rues étroites, remplies de petits marchands et de badauds ; ceux-ci allant, au passage, se recueillir —et se rafraîchir, y compris des hindouistes reconnaissables à leurs signes religieux sur le visage— dans les deux églises bondées. La dernière épreuve consiste à se faufiler entre les familles de pêcheurs, dans la fumée épaisse des étals de poissons en train de griller.

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Des milliers de gens face à la mer, jouant encore au chat et à la souris avec les policiers qui finissent par s’énerver eux aussi —avec leur pantalon trempé jusqu’en haut des cuisses— pour sortir de force les gens de l’eau. D’autant plus que la déclivité est encore plus forte que sur Marina Beach.
On entend au loin les premiers roulements de tambour qui accompagnent différents groupes de danse traditionnelle qui vont défiler à la nuit tombée.

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24 janvier 2011

Après avoir passé quelques jours à Pondichéry, j’ai pris de très bonne heure un bus local très aéré —il n’y a pas de vitres— et très bondé, pour rejoindre plus au nord, sur la route Chennai, la petite ville de Marakanam où m’attend Augustin Brutus, directeur d’une Ong indienne, l’Indp, spécialisée dans l’aide à des populations défavorisées, pêcheurs, dalits, tribal people etc…
Le programme de travail doit commencer demain, mais je dois d’abord rencontrer ceux qui vont m’accompagner ces prochains jours. En fait, Kumar, le principal d’entre eux, n’arrivera que tard le soir, “rendez-vous indien“, juste pour me serrer la main, échanger quelques mots et repartir aussitôt en me donnant un horaire très matinal pour le lendemain.

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Auparavant, alors que la nuit tombait, je suis passé devant une très belle et grande maison, toute éclairée, où une fête battait son plein. À l’entrée, à côté de deux grands bananiers courbés sous lesquels passent les invités, un calicot géant montre une jeune fille ravissante entourée de ses parents et de sa famille… et de la figure protectrice de la femme de l’ancien président MGR (Murudu Gopalan Ramachandran), ancien acteur et homme politique adulé des Tamouls. Sa femme, qui fut également présidente du Tamil Nadu, est toujours active politiquement. En Inde, même pour des événements privés, on aime bien afficher son appartenance politique. Il est probable aussi que le Maître de cette riche demeure soit lui-même un homme politique.

L1120483 copie© Thierry Girard 2011Affiche montrant MGR dans tous ses rôles, y compris celui de Président. La fête de Pongal correspond à l’anniversaire de MGR, d’où la débauche d’affiches et d’hommages à cette époque de l’année. Chennai, 15 janvier 2011.

Je rentre à l’intérieur de la maison, traverse la foule massée dans le hall pour me retrouver au pied d’une estrade où une fille extrêmement jolie, parée de multiples bijoux et couverte de fleurs, est l’objet de toutes les attentions. On fête à la fois ses 18 ans et ses fiançailles pour un mariage qui ne sera célébré que dans cinq ans… Le temps apparemment pour les deux tourtereaux de terminer leurs études. Le fiancé n’est pas là, ou sans doute est-il avec les hommes, ailleurs dans la maison.
La mère est à la manœuvre et gère le flot des donateurs selon un rituel très précis : bénédiction et prosternation, puis chaque invité remet une petite enveloppe contenant des billets à la jeune fille, avant de se retourner vers un photographe professionnel qui l’immortalise avec l’heureuse élue. Heureuse… Le regard est appuyé, comme pour une affiche de Bollywood, le sourire souvent figé et contraint, mais parfois il devient lumineux et la jeune déesse aux yeux éternels rayonne alors de toute sa beauté.
Au sous-sol, le commun des donateurs est convié à un immense thali, tandis que plus tard les invités choisis se retrouveront pour a private party  dans une maison à l’arrière, recouverte de fleurs et d’illuminations.
Pour ma part, j’ai mangé avec les gueux, dans un bouiboui du village, un excellent fried chicken rice pour la modique somme de 60 Rs (1 euro).

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25 janvier 2011

Levé à 6 h pour voir le retour des pêcheurs sur la plage d’Ekkiyuarkuppam à quelques kilomètres de Marakanam ; mais Kamal, celui que déjà j’ai attendu la veille, n’arrive qu’à  7 h 30 ! Notre touk-touk nous amène juste à temps pour voir l’arrivée des dernières barques. C’est toujours un beau spectacle, sur cette mer agitée, que de voir le bateau surfer sur la dernière vague pour venir mourir d’un coup sur le sable. Avant de tirer la lourde barque vers le haut de la plage, les pêcheurs commencent par détacher le moteur puis ils remontent les filets dans lesquels les poissons sont emprisonnés.

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Le tri se fera sur la plage, là où hommes et femmes sont déjà à l’œuvre pour la criée, mais ce sont ces dernières qui ont la voix la plus forte : ça s’invective, ça se chamaille, ça se bagarre même un peu, quelques gestes vifs et de grandes bordées d’injures ! Les femmes font “couler“ le poisson d’un seau l’autre (est-ce pour que ceux qui sont dessous ne s’écrasent pas ?), et de temps à autre, celle qui fait la criée retire un poisson d’un seau pour le glisser prestement derrière elle, sans doute sa dîme…

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Dans le petit bois derrière la dune, un pêcheur m’invite à visiter sa maison. Quatre poissons peints sont gravés dans le ciment du seuil. Le jour ne rentre que par la porte d’entrée, et la petite pièce contiguë, où le soir toute la famille étend les nattes pour dormir sur le ciment brut, sent terriblement l’humidité. Un peu plus loin dans les terres, plus à l’abri du prochain tsunami, je suis accueilli dans une maison plus riche et beaucoup plus grande, où l’on sent même une réelle aisance.Le grand-père, de retour de la pêche, mange seul, assis par terre, dans une pièce, tandis que sa femme veille sur sa petite-fille dans une pièce agréablement fraîche.

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Le timing est serré et ne correspond pas à l’espoir que j’avais de faire un travail un peu sérieux sur chaque lieu. Je me retrouve dans la situation d’un reporter embedded en touk-touk, auquel on veut montrer le plus de choses possibles en considérant que quelques clics suffiront à illustrer l’action menée par l’Ong. Pour la première fois de ma vie —et parce que je ne suis jamais confronté à ce genre de situation— je regrette de ne pas avoir avec moi un appareil numérique professionnel, juste pour faire le boulot simple que mes hôtes attendent, et sachant que mon modeste Leica se retrouve souvent pris en défaut.

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La prochaine étape est une école dont l’Indp a géré le programme de purification de l’eau. Ségolène Royal est même venue sur place constater la réalité de l’opération, alors… Et on repart vers le village de Gangadevankuppam dont l’instituteur est le correspondant sur place de l’Indp. Dans ce village, où les maisons sont dispersées dans la forêt, cohabitent des musulmans, des chrétiens, des hindouistes et des dalits. Ces derniers se sont souvent convertis au christianisme et sont de plus en plus séduits par le prosélytisme des églises évangéliques. Le christianisme (ou le bouddhisme dans d’autres régions) leur offre l’image et l’espoir d’un monde plus égalitaire, alors que la société indienne contemporaine, malgré la constitution de 1947 qui l’interdit formellement, est encore terriblement contrainte, dans tous les actes du quotidien, par le système des castes.  Mais même le fait de devenir chrétien ne simplifie pas pour autant le rapport aux autres castes : récemment, dans un village de cette région, il y a eu une bagarre mortelle entre chrétiens appartenant à des castes et chrétiens Intouchables, les premiers refusant aux seconds le droit d’être enterrés dans le même cimetière. On ne se mélange pas ainsi, surtout pour l’éternité !

« Les convertis chrétiens ont fait élever un mur de séparation dans la cathédrale de Pondichéry, pour séparer les castes.
Je suis chrétien, mais de caste brahme !» (Henri Michaux, Un Barbare en Asie)

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Ce jeune instituteur, qui semble vivre très confortablement dans une jolie maison, a créé chez lui une école du soir pour les enfants qui ne peuvent trouver d’aide chez eux pour leurs devoirs. Les enfants, d‘âges différents, s’assoient gentiment sur la terrasse faite de morceaux de carreaux de faïence de toutes formes et de toutes couleurs. Pour saluer notre présence, ils nous font une démonstration de chants et de danses. Une petite musulmane, qui n’a pas dix ans et qui porte déjà un voile sur sa petite robe, rayonne de beauté, de joie et de vivacité…

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Famille musulmane, village de Gangadevankuppam, district de Kanchipuram.

26 janvier 2011

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Aujourd’hui, c’est Republic Day, la Fête nationale. La journée commence dans une école primaire de Marakanam où les enfants, assis par terre dans la cour, écoutent sagement un discours en agitant leur petit drapeau indien, puis on les fait chanter. Certains s’ennuient ferme, mais une tournée de bonbons vient les récompenser de leur patience.

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Un peu plus loin, au bord du golfe du Bengale, du côté des salines, les porteurs de sel, presque nus, juste vêtus d’un dhoti, ne fêtent pas Republic day et continuent de transporter sur leur dos des sacs de 150 kilos. Ils ne sont pas jeunes, mais ils dégagent une puissance manifeste ; et la réverbération absolue, due à la blancheur du tapis de sel sur lequel ils marchent toute la journée, leur donne des jambes et un poitrail de bronze, pour reprendre une expression chère à Pierre Loti évoquant les rameurs des Backwaters—expression dont on peut supposer qu’il l’utilisait, non sans une certaine émotion :

« Quatorze rameurs manœuvrant des pagaies emmanchées de bambous, et formant comme un ensemble automatique, un merveilleux mécanisme de bronze humain, tout de souplesse et de force.
(…)
Devant moi, les deux rangées symétriques de bronze humain continuent leur mouvement de machine, soutenu déjà durant six lieues. Un peu de sueur seulement perle sur les corps, donnant des luisants de vrai métal, accentuant le dessin des anatomies, au soleil terrible ». Pierre Loti, l’Inde (sans les Anglais).

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Plus loin encore, nous traversons un village dalit sur lequel l’Indp intervient. Un vieux brahmane vit misérablement au milieu d’Intouchables qui semblent plus riches que lui. On sait qu’un bon tiers des brahmanes vit pauvrement, mais que fait-il dans un village de dalits ? Je demande à Kumar de lui poser la question, mais il hésite et finalement y renonce… Question de castes sans doute. Dans le village suivant, habité par des tribal people, je sens à nouveau Kumar, gêné, mal à l’aise, désireux manifestement de quitter cet endroit au plus vite, ce qui me semble étrange pour quelqu’un qui est censé coordonner des programmes d’aide à ces populations… Des enfants morveux nous accueillent en frappant, plus pour faire du bruit que de la musique, des boîtes de carton. La petite troupe m’accompagne, comme si j’étais le joueur de flûte de Hamelin, jusqu’à une sorte de mare près de laquelle se dresse un modeste temple de pierre blanche, resté inachevé. Les enfants abandonnent tambours et vêtements, et se jettent nus dans la mare d’eau brune. Je pense aux serpents…

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27 janvier 2011

Longue journée sur les routes et les pistes, de village en village, à la rencontre de populations dalits ou tribales, dans une campagne plus au nord, près de Mahabalipuram. D’abord une vingtaine de femmes dalits qui exploitent pour 100 Rs chacune par jour une plantation louée et gérée par l’Indp sur un principe de culture organic. Elles acquièrent ainsi une très modeste autonomie financière, un savoir-faire, et surtout une indépendance qui leur permet de construire un projet commun, autogéré, en-dehors de l’autorité des hommes ou de leurs maris.

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En chemin, on croise des dieux-tigres qui sont caractéristiques des tribal people, ainsi qu’un fonctionnaire du gouvernement, très digne, entouré d’une foule de paysans, qui fait approuver —par une signature ou un doigt trempé dans l’encre violette— un décret d’utilité publique sur le percement d’un large fossé le long de la route afin de canaliser et recueillir utilement les eaux de pluie.

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Rencontre enfin avec des tribal people qui habitaient auparavant sur une île au milieu de marécages. Cette île était systématiquement inondée au moment des grandes pluies de mousson. Elle le fût également lors du tsunami de 2004. Une partie d’entre eux se sont déjà établis dans un village construit après le tsunami, mais plusieurs familles viennent d’être relogées très récemment dans quatorze petites unités alignées le long d’une allée en ciment, encore immaculée. Chaque bloc a une couleur différente et se compose d’une pièce unique avec un coin cuisine, d’une terrasse à l’étage, et de toilettes-douche à l’arrière. Il y a manifestement tout un travail d’éducation à la propreté qui est entrepris par l’Ong autour de ce nouvel habitat, ainsi qu’une réflexion sur la pureté et le filtrage de l’eau. Seul souci, dans la plupart des villages que nous avons traversés, les maisons sont à l’abri des grandes chaleurs sous le couvert de la forêt. Là, dans ces maisons de parpaings bruts, sans arbres alentour, sans protection, je crains le pire… (Les trois premières photographies sont prises dans le premier village, les autres dans le second).

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Ma collaboration avec l’Ong s’arrête là —je leur enverrai plus tard une sélection de photographies dont je ne sais s’ils les ont vraiment utilisées. Mais, après ces quelques jours passés dans la campagne entre Chennai et Pondichéry, je ressens une réelle frustration. J’ai papillonné de village en village, sans jamais avoir eu le temps de creuser profondément quelque chose, partagé entre ce plaisir de l’immédiateté de la saisie d’une rencontre —ce côté fortuit des choses qui est aussi le sel de tout projet itinérant— et le désir d’inscrire la découverte de ces lieux et de ces gens dans la durée. Peut-être, lors d’un prochain séjour en Inde, en reprenant contact avec cette Ong, pour un travail de plus longue haleine.

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En attendant, je dois reprendre le fil de mon itinéraire indien qui va me conduire à nouveau dans le sud du Tamil Nadu, puis à Ceylan, d’où Loti avait commencé son propre voyage et où Nicolas Bouvier avait terminé le sien (cf. L’Usage du monde) par un séjour halluciné qui engendrera plus tard Le Poisson-scorpion, sans doute son livre le plus fort et le plus abouti sur le plan littéraire.
L’année suivante, en octobre 2012, mes pas me mèneront vers Hyderabad et Bénarès… Mais ceci est une autre histoire…

© Thierry Girard 2014 pour l’ensemble des textes (hors les citations) et des photographies.

Bibliographie :

Pierre Loti : L’Inde (sans les Anglais), Phébus Libretto, 2008.
Henri Michaux : Un Barbare en Asie, Gallimard, collection L’Imaginaire.
Pier Paolo Pasolini : L’Odeur de l’Inde, Denoël 1984.

 Ce séjour en Inde (janvier-février 2011) a bénéficié du soutien de la Région Poitou-Charentes, de la Ville de La Rochelle, ainsi que des Alliances françaises de Chennai et Pondichéry.


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