Paris-Pékin, les Français photographient la Chine, 1844-2014.

Cette exposition qui rassemble 220 photographies prises par des Français en Chine, depuis l’aube de l’Histoire de la photographie jusqu’à aujourd’hui, est due au commissariat d’Alain Sayag, ancien conservateur en charge de la photographie au Mnam-Centre Pompidou, et à l’action des services culturels de l’Ambassade de France à Pékin. Elle s’inscrit dans le cadre des célébrations du cinquantenaire de la reprise des relations diplomatiques entre La France et la Chine et dans le cadre du festival Croisements 2014.

Présentée en premier lieu au Today Art Museum de Pékin en avril dernier, elle a voyagé jusqu’à Kunming, Canton puis Wuhan avant d’être présentée pour la dernière étape de son périple à Shenzhen. L’exposition est présentée dans la galerie d’art du district de Futian, mais la mairie de Shenzhen en a délégué la gestion artistique à l’entreprise Artron qui s’est notamment spécialisée dans la reproduction de luxe des grands classiques de la peinture occidentale et chinoise…

Bref, je suis invité à Shenzhen en tant que photographe présent dans la partie contemporaine de l’exposition Paris-Pékin, avec dix œuvres issues de Voyage au pays du Réel. Deux semaines avant mon départ, Alain Sayag me fait savoir qu’il ne pourra être présent à Shenzhen et il me délègue derechef le suivi du montage et de l’accrochage de l’exposition. Quelques jours plus tard, le consulat général de France à Canton me dit qu’à la place d’un vernissage avec discours officiels et coupure de ruban, on préférerait que je fasse en introduction une conférence sur l’Histoire de la photographie française (!?), suivie d’une visite guidée et commentée de l’expo… Moi qui espérait profiter de ces quelques jours en Chine pour repérer tranquillement une ville qui m’était jusqu’alors inconnue, me voici donc investi d’une double mission officielle…

De l’accrochage : je me retrouve ainsi, à l’aube du 13 août, avec une exposition tout juste déballée et posée au pied des cimaises, et dont il faut que je vérifie la bonne répartition entre les différentes salles et le bon ordonnancement au sein de chaque salle et de chaque série. La galerie offre dix salles de tailles et d’éclairages différents, ainsi que deux couloirs, une petite rotonde et une pièce fermée. Mais le directeur artistique de la galerie a déjà réussi, à mon grand soulagement, à faire une répartition spatiale cohérente qui prend en compte les quatre parties de l’exposition : une première partie intitulée “Officiers, diplomates et fonctionnaires“, une seconde partie intitulée “Le Voyage en Chine : les derniers jours de la Chine des T’sing“, puis “Le Voyage en Chine : la Chine de Mao“, et enfin la partie contemporaine “Aujourd’hui la Chine“. Il y a encore, certes, beaucoup de modifications et d’ajustements à faire, mais à partir d’un déploiement de l’exposition qui est déjà bien établi.

Premier déballage. La série de Charles Fréger au pied du mur © Thierry Girard 2014

Premier déballage. La série de Charles Fréger au pied du mur © Thierry Girard 2014

Une partie des photographies de Victor Segalen prêtées par le musée Guimet © Thierry Girard 2014

Une partie des photographies de Victor Segalen prêtées par le musée Guimet © Thierry Girard 2014

Finalisation de l'accrochage. A gauche, la photographie de Sarah Moon, à droite, le début de la série de Catherine Henriette © Thierry Girard 2014

Finalisation de l’accrochage. A gauche, la photographie de Sarah Moon, à droite, le début de la série de Catherine Henriette © Thierry Girard 2014

De la censure : bien que les 221 photographies de l’exposition ont été agréées et visées comme il se doit par je ne sais quel comité censé donner son imprimatur avant toute exposition de ce type, Alain Sayag m’avait prévenu que depuis la présentation à Pékin, certains apparatchiks de province s’étaient faits plus timoniers que le Grand Timonier et ses successeurs, et qu’une dizaine de photographies avaient subi les foudres diverses des « pinces de crabes » (c’est le surnom donné aux censeurs en Chine). Malgré cela, par principe, j’ai fait valoir mon désaccord et fait exhumer de leurs caisses quelques-unes des photographies controversées afin de mettre mes interlocuteurs face à l’absurdité d’une telle censure. J’ai notamment beaucoup insisté sur une photographie de Fernand Gigon prise en 1956 et montrant un peintre officiel en train de terminer un grand portrait de Mao. Sauf que, derrière ce portrait, apparaît également celui de l’autre grand homme de l’époque, Staline, le petit père des peuples. Je leur demande : « Quel est le problème ? Pourquoi un Chinois aujourd’hui n’aurait pas le droit de voir cette photo qui parle d’une période historique connue, celle de l’amitié étroite entre la Russie et la Chine au début de la Révolution ? ».

Fernand Gigon, Mao Tsé Toung à l'infini, 1956. Photographie extraite du catalogue.

Fernand Gigon, Mao Tsé Toung à l’infini, 1956. Photographie extraite du catalogue.

Sourires gênés de mes interlocuteurs qui me répondent bien évidemment qu’ils n’y peuvent rien et que c’est, dixit, « The System !». Le Système n’a bien sûr ni nom, ni visage, et chacun sait que ce genre de décision peut remonter en très haut lieu, et être, comme c’est vraisemblablement le cas dans la province du Guangdong où l’exposition a été présentée par deux fois (à Canton puis ici à Shenzhen) l’enjeu de rivalités politiques internes. Comme finit par me l’expliquer une assistante à l’air plutôt revêche : « C’est de l’Histoire ancienne, et il n’est pas nécessaire de revenir là-dessus, parce que ça ne correspond plus aux relations actuelles avec la Russie qui sont bonnes… » (Cette période “d’amitié“ a été suivie d’une longue rupture entre les deux pays à partir de 1959).

« Et alors ? So what ? », lui réponds-je en faisant des yeux ronds et en affirmant un peu plus mon sourire ironique. Je sens bien qu’au fond la plupart de ceux qui m’entourent (et qui sont pour la plupart très jeunes) sont d’accord avec moi, mais ils sont obligés de se soumettre, et moi avec. Magie du téléphone portable, on me fait savoir immédiatement que le “chef de la culture“ est au courant de ma contestation, et qu’il s’excuse auprès de moi de la situation tout en m’assurant que tout a été négocié avec le consulat et que l’on ne peut désormais plus rien modifier. Je m’assure cependant qu’une photographie “litigieuse“ de Cartier-Bresson qui représente des soldats de l’Armée populaire, place Tian’anmen en 1958, sera bien exposée (Ah, tout ce qui évoque d’une manière ou d’une autre la place Tian’Anmen, surtout avec des soldats !).

Place Tian'Anmen, 1958. Une unité de la milice populaire attendant les manœuvres matinales. © Henri Cartier-Bresson

Place Tian’Anmen, 1958. Une unité de la milice populaire attendant les manœuvres matinales. © Henri Cartier-Bresson

Soit, une photo de moins pour Gigon ou pour Riboud (un autre portait de Mao), ce n’est pas dramatique ; ce qui l’est plus, c’est la censure quasi totale de la série de Solange Brand sur les débuts de la Révolution culturelle dont il ne reste finalement qu’une seule image, bien anodine, celle d’un garde-rouge marchant le long d’une route avec un drapeau rouge flottant au-dessus de sa tête. Là aussi, j’explique (comme je le ferai au moment du vernissage en présence des « officiels ») le contexte de ce travail, à savoir qu’on en est encore au début de la Révolution culturelle, que Solange Brand, qui n’est pas photographe mais secrétaire à l’Ambassade de France, pressent qu’il est en train de se passer quelque chose d’important, mais personne alors, en Chine comme à l’extérieur, n’en mesure encore la portée. Je précise que ces photos, à part celle de la manifestation devant l’Ambassade de France, montrent une forme d’enthousiasme “innocent“ qui ne dit pas encore les dérives et les exactions à venir. Je rappelle également que le travail de Solange Brand a été exposé à la galerie Beaugeste à Shanghai en mai 2009, sans que cela ne crée quelque difficulté que ce soit. Mais il est vrai qu’il est souvent plus facile en Chine d’exposer certaines choses dans une galerie privée que dans le cadre d’une exposition « officielle ».

Défilé pour la fête nationale, avenue Changan à pékin, 1er octobre 1966 © Solange Brand

Défilé pour la fête nationale, avenue Changan à Pékin, 1er octobre 1966 © Solange Brand

En fait, ont été censurées toutes les photographies qui pouvaient renvoyer à un moment historique et politique précis, et toutes celles où l’on voit, même de manière subreptice, la figure de Mao, telle cette photographie de San Bartolomé où le Président apparaît sur un poster, en arrière-arrière-plan d’une mise en scène théâtralisée, plus érotico-ludique que franchement politique. Ou plus ridicule encore, la disparition d’un sténopé de Pascale Peyret qui représente tout simplement une statuette en porcelaine du Grand Timonier, comme il en existe des millions en Chine, photographiée dans l’un de ces ateliers de Jingdezhen où elles sont fabriquées à la pelle !!!

The little red something © Pascale Peyret

The little red something © Pascale Peyret

Qu’en déduire, qu’en conclure, outre la bêtise inhérente de ce genre de procédé ? Deux hypothèses : soit nous assistons à un processus de démaoïsation accélérée, où on essaye d’éliminer le plus possible toute représentation ou mémoire visible de la figure tutélaire ; soit, au contraire, il s’agit de procéder à une remaoïsation des esprits en contrôlant strictement l’image du Grand Timonier. A vrai dire, il est probable que ces deux hypothèses soient erronées et que la cause soit toute autre : peut-être à chercher du côté de l’incapacité des dirigeants actuels de la Chine à affronter leur mémoire et leur propre Histoire, et cette fuite en avant vers un futur radieux que l’on promet aux jeunes générations, déjà oublieuses du Passé, en accentuant une sorte de tabula rasa de l’Histoire qui dérange, et en gommant l’image du meneur de jeu : le Grand Bond an avant, la Révolution culturelle, le massacre de Tian’Anmen…

 

Voyage au pays du Réel 2003-2006 (photographie non présente dans l'exposition © Thierry Girard

Voyage au pays du Réel 2003-2006 (photographie non présente dans l’exposition © Thierry Girard

Quand à mon intervention, je l’ai intitulée Une brève, sélective et orientée Histoire de la photographie française à travers le prisme d’une exposition de photographies en Chine et quelques considérations géopolitiques. En un quart d’heure (une demi-heure avec l’excellente traduction de Jacques Liu), il m’était difficile d’être exhaustif quand à l’Histoire de la photographie française, et bien qu’ayant cité des noms qui ne disaient pas grand chose à ceux qui m’écoutaient (malgré la projection simultanée de quelques photographies), j’ai re-situé cette Histoire dans une problématique plus géopolitique où j’établis un lien étroit entre domination du monde et maîtrise de la représentation de ce dernier à travers la photographie.

Voici le début de mon intervention : « Il m’a été demandé de faire une brève présentation de la photographie française, mais comment peut-on résumer et synthétiser en un quart d’heure une Histoire qui s’étend de la naissance de la photographie jusqu’à aujourd’hui, puisque le premier procédé photographique a été inventé en France par Nicéphore Niepce (la plus ancienne photographie que nous ayons conservée date de 1827), puis parfait par Daguerre qui invente le daguerréotype. Cette invention est présentée solennellement en 1839 à la Chambre des députés, le parlement français. Cette présentation officielle, « politique », est symboliquement importante, parce que nous sommes à l’aube de la Révolution industrielle qui va voir les principaux pays européens disposer d’une richesse et d’une puissance qui va les amener peu à peu à imposer leur domination au reste du monde, ou presque. Et parmi ces puissances, la rivalité entre la France et l’Angleterre s’exprime tout autant dans le fait de savoir qui a inventé de fait la photographie (mais je viens de vous apporter la réponse), comme s’il s’agissait d’une arme nouvelle, suprême et magique, que dans le fait de conquérir les parties “faibles“ du monde, l’Afrique bien évidemment, mais aussi le Proche et le Moyen-Orient, et bien sûr l’Extrême-Orient.

Ceci nous amène directement aux prémices de cette exposition, à savoir que la conquête militaire, religieuse, économique, diplomatique de monde lointains et inconnus, souvent hostiles, va désormais de pair avec une conquête symbolique, fantasmatique de ces mondes à travers leur représentation photographique. Comme si en quelque sorte, photographier le monde était déjà une manière de le posséder. Et comme Alain Sayag, le commissaire de cette exposition, le rappelle fort justement, les premiers photographes ramenant des images de ces mondes lointains, notamment les premiers à être allés en Chine, sont des diplomates et des missionnaires, ou voyagent dans les bagages de ces derniers comme Jules Itier, le premier a photographier la Chine, dès 1844, c’est à dire tout juste cinq ans après la présentation officielle du daguerréotype ! (…) En même temps, cette représentation symbolique de la conquête du monde est une manière pour ces hommes, dont la fonction n’a pas forcément tari la sensibilité, d’exprimer leur sidération, comme Marco Polo l’avait fait en son temps à travers le « devisement du monde ».

Daguérréotype de Jules Itier, 1844 (photographie non présente dans l'exposition).

Daguerréotype de Jules Itier, 1844 (photographie non présente dans l’exposition). Collection du musée français de la photographie

Daguérréotype de Jules Itier, Grands mandarins de Canton, 1844 © Musée français de la photographie

Daguerréotype de Jules Itier, Grands mandarins de Canton, 1844 (photographie non présente dans l’exposition). Collection du musée français de la photographie

Il y a bien sûr la question de l’exotisme (Victor Segalen par exemple pensait défendre une bonne approche de l’exotisme au contraire de Pierre Loti dont il critiquait sévèrement —et pour partie injustement— l’attitude et les écrits), mais surtout une fascination (on le voit pour l’Egypte, mais on le voit aussi pour la Chine) pour des civilisations très anciennes dont la photographie se fait soudain le miroir de l’ampleur et de la richesse. On le voit notamment dans cette exposition à travers le travail remarquable d’Auguste François, un diplomate, qui ne s’est pas contenté de photographier des monuments ou quelques puissants comme la plupart des autres photographes, mais qui s’est intéressé aussi à la Chine « pouilleuse » du petit peuple. J’ai déjà évoqué le nom de Victor Segalen qui est un écrivain que j’admire beaucoup et qui était un homme d’un grand raffinement intellectuel. Il n’aimait pas beaucoup les diplomates et encore moins les missionnaires, critiquant le “colonialisme“ des premiers et le prosélytisme religieux des seconds. Médecin de la marine, il avait comme son alter ego et meilleur ennemi Pierre Loti, beaucoup voyagé à travers le monde et avait déjà dénoncé à travers ses écrits (Les Immémoriaux) la fin de la culture Maori dans les îles du Pacifique, vérolée par la colonisation et surtout l’introduction forcée de la religion chrétienne. Lorsqu’il met les pieds pour la première fois en Chine en 1909, c’est pour lui la révélation. Il a trouvé là, comme l’écrivait Arthur Rimbaud, « le Lieu et la Formule », c’est à dire le pays et la civilisation dont le raffinement correspond à ses fantasmes les plus secrets. Malheureusement pour lui, la Chine dont il rêve, celle du premier Empire ou celle des Tang est une Chine du Passé, et il voit avec consternation l’effondrement de la dernière dynastie, considérant que l’avènement de la première République, c’est en quelque sorte l’avènement en Chine d’une modernité occidentale qu’il abhorre ! Il y a là comme un renversement où le Barbare n’est plus l’Autre, mais peut-être soi. Segalen se trouve dans la situation du Vandale assistant et participant à la Chute de Rome, tout en se rendant compte de ce qui est en train de se perdre ».

Victor Segalen, Sichuan, 1914. Collection du musée Guimet

Victor Segalen, Sichuan, 1914. Collection du musée Guimet

J’évoque ensuite l’entre-deux guerres, la perte d’influence de la France qui se replie sur elle-même tout en restant une terre d’élection pour les artistes et les écrivains du monde entier. Je cite notamment tous ces photographes (Brassai, Kertesz, Capa, Izis) qui viennent d’Europe centrale et dont beaucoup sont Juifs, ou ces Américains qui font le voyage en Europe avec la France comme point central (Man Ray et Bérénice Abbott, ce qui me permet d’introduire la figure essentielle d’Atget). J’aurais pu parler aussi des écrivains ou des peintres venus du monde entier (de Chine et du Japon notamment), mais j’insiste surtout sur le regain de créativité que tous ces apports génèrent, en lien étroit aussi avec ce qui est peut-être la dernière grande “invention“ littéraire et artistique en France, le Surréalisme. Malgré cela, j’explique aussi que les Etats-Unis étant devenus la première puissance du monde, l’Histoire de la photographie passe désormais principalement de l’autre côté de l’Atlantique, et cet état de fait est symbolisé à la veille de la Seconde Guerre Mondiale par la parution du livre de Beaumont Newhall qui accorde à la photographie américaine une place prépondérante dans l’Histoire de la photographie.

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Puis je parle longuement, bien évidemment, de l’émergence d’un jeune homme de bonne famille, Henri Cartier-Bresson, qui va devenir la référence absolue de la photographie française… J’insiste beaucoup aussi sur le travail de Marc Riboud, que je qualifie de meilleur fils spirituel de Cartier-Bresson, et dont je dis « qu’il deviendra l’un des photographes occidentaux les plus fidèles vis-à-vis de la Chine, y trouvant une grande partie du meilleur de son œuvre. A part la parenthèse de la Révolution culturelle, Marc Riboud n’a cessé de multiplier les séjours en Chine jusqu’à une date très récente. Cela fait de lui sans doute le photographe français le plus connu et le plus exposé en Chine ». Je rappelle enfin combien, à partir de la réouverture progressive de la Chine au début des années 80, les photographes de ma génération et de celles qui suivent vont multiplier les voyages en Chine, certes pour rapporter et témoigner de ce qui s’y passe, mais sur un mode, évolution de la photographie oblige, qui privilégie plus des projets d’auteur qu’un traitement purement photo-journalistique.

Pékin, 1965 © Marc Riboud

Pékin, 1965 © Marc Riboud

Je termine sur cette conclusion, dont on m’assure que la dernière phrase a été intégralement traduite (et ce n’est pas une phrase vaine lorsqu’on sait les tensions actuelles entre le pouvoir et nombre d’artistes et intellectuels Chinois, la dernière confrontation en date étant l’interdiction du dernier festival du film indépendant à Pékin) : « Nous sommes désormais rentrés dans le XXIe siècle qui s’annonce comme le siècle de la Chine. La puissance d’un pays s’exprime aussi, comme je le suggérais dès le début de cette conférence, par le renom de ses artistes. Déjà, les peintres et les plasticiens Chinois trustent les premières places du marché de l’art ; les cinéastes accumulent les récompenses ; ses écrivains reçoivent des Prix Nobel *, et les photographes ne sont pas en reste. Lors des dernières Rencontres internationales de la photographie, cet été en Arles, c’est un jeune Chinois, Zhang Kechun, qui a remporté le prix Découverte pour un magnifique travail photographique sur le Fleuve Jaune, travail certes très inspiré de la photographie documentaire américaine, mais parfaitement maîtrisé. L’émergence d’une nouvelle génération de photographes Chinois, extrêmement doués, va sans doute marquer l’Histoire à venir de la photographie. Cela ne veut pas dire que la nôtre s’arrête ici, mais le talent est désormais encore plus partagé que jamais à travers le monde. Puisse t-il simplement avoir les moyens de s’exprimer avec la plus grande liberté ! ».

* J’entends faire allusion aussi, par ce pluriel, aux “interdits“ Gao Xingjian et Liu Xiaobo.

Quelques vues de l’exposition : 

Les deux salles dédiées à Auguste François.

Les deux salles dédiées à Auguste François.

Le directeur artistique de la galerie et mon interprète devant la photo de Solange Brand. En arrière-plan, les photographies de Fernand Gigon.

Le directeur artistique de la galerie et mon interprète devant la photo de Solange Brand. En arrière-plan, les photographies de Fernand Gigon.

Charles Cambéroque, Sarah Moon et Catherine henriette sur le mur de gauche. Charles Fréger et Aalin Fleischer sur le mur de droite. Au fond, Bogdan Konopka.

Charles Cambéroque, Sarah Moon et Catherine henriette sur le mur de gauche. Charles Fréger et Aalin Fleischer sur le mur de droite. Au fond, Bogdan Konopka.

La salle consacrée à Bertrand Meunier et à une sélection de livres sur la Chine : Fernand Gigon, Pierre Bessard, Samuel Bollendorf, Ambroise Tézenas, Bogdan Konopka et moi-même).

La salle consacrée à Bertrand Meunier et à une sélection de livres sur la Chine : Fernand Gigon, Pierre Bessard, Samuel Bollendorf, Ambroise Tézenas,Yves Gellie, Christopher Taylor, Bogdan Konopka et moi-même.

Thierry Girard, Voyage au pays du Réel 2003-2006 (cinq des dix photographies exposées).

Thierry Girard, Voyage au pays du Réel 2003-2006 (cinq des dix photographies exposées).

Photographes présentés dans l’exposition Paris-Pékin :

Première partie : Jules Itier, Louis Legrand, Jules Lebas, Georges Guignard de Saint-Priest, Pierre Loti (un autoportrait « exotique »), Auguste François, Michel de Maynard.

Auguste François, Théâtre chinois, 1902.

Auguste François, Théâtre chinois, 1902.

Deuxième partie : Victor Segalen, Stéphane Passet (les Archives de la planète d’Albert Kahn).

Victor Segalen, sépulture du général Huo Qubing, Shaanxi, § mrs 1914.

Victor Segalen, sépulture du général Huo Qubing, Shaanxi, 6 mars 1914. Collection du musée Guimet.

Stéphane Passet (les Archives de la planète Albert Kahn), Chine 1912-13.

Stéphane Passet (les Archives de la planète Albert Kahn), Chine 1912-13.

Stéphane Passet. Lama, Pékin, Chine, 6 mai 1913.

Stéphane Passet. Lama, Pékin, Chine, 6 mai 1913. Collection du musée Albert Kahn.

Troisième partie : Fernand Gigon, Henri Cartier-Bresson, Marc Riboud, Solange Brand, plus une photographie de Martine Franck.

Henri Cartier-Bresson, Eunuque près de la Cité interdite, Pékin 1949.

Henri Cartier-Bresson. Eunuque près de la Cité interdite, Pékin 1949.

Quatrième partie : Serge Bramly et Bettina Rheims, Charles Camberoque, Catherine Henriette, Charles Fréger, Alain Lebacquer, Sarah Moon (une seule photo, mais magnifique), Alain Fleischer, Bogdan Konopka, Pascale Peyret, Patrick Tournebœuf, Laurent Gueneau, Bertrand Meunier et moi-même. Avec parfois une seule photographie exposée, ou des ensembles plus conséquents comme mes dix photographies de Voyage au pays du Réel.

Catherine Henriette, Harbin 2012.

Catherine Henriette, Harbin 2012.

Charles Fréger, Opéra 2005.

Charles Fréger, Opéra 2005.

Bogdan Konopka, Shanghai 2004.

Bogdan Konopka, Shanghai 2004.

Alain Lebacquer, Pékin Underground 2001-2006.

Alain Lebacquer, Pékin Underground 2001-2006.

Bertrand Meunier, de la série Erased, Chine 1999-2007.

Bertrand Meunier, de la série Erased, Chine 1999-2007.

Thierry Girard, Voyage au pays du Réel 2003-2006.

Thierry Girard, Voyage au pays du Réel 2003-2006.

Quelques remarques : le choix des auteurs et la sélection des œuvres ont été opérés par Alain Sayag qui a donc privilégié son “point de vue“.Plus on remonte dans le temps, plus les choix sont contraints et obligés, et il est manifeste par exemple que les deux grandes séries consacrées à Auguste François et à Victor Segalen s’imposent de fait. Mais j’ai découvert aussi avec beaucoup d’intérêt les portraits (d’une facture plutôt moderne) réalisés par Michel de Maynard, un missionnaire franciscain présent en Chine entre 1906 et 1912, ainsi que les autochromes de Stéphane Passet, que je connaissais par un ouvrage recensant les “Archives de la planète“, mais auquel je n’avais pas prêté une attention particulière. Il y a bien sûr, entre les deux guerres, un manque, une béance historique due sans doute à la grande instabilité de la Chine d’alors, fragilisée entre les guerres civiles et la guerre sino-japonaise. Je rappelle cependant qu’Alexandra David-Néel arrive à Lhassa en 1924, déguisée en mendiante, et qu’elle retourne en Chine en 1937, en pleine guerre sino-japonaise… Où étaient les photographes ? Mystère… Quand à la section contemporaine, comme l’écrit justement Alain Sayag dans le catalogue de l’exposition : « Rares sont ceux qui n’ont pas fait le voyage en Chine et publié quelques images. Le choix est donc difficile. Aussi se bornera t-on, dans cette production foisonnante, à quelques exemples juxtaposant le reportage subjectif en noir et blanc aux images monumentales en couleur, la mise en scène et le récit de voyage, les recherches savantes au regard ». On peut regretter par exemple l’absence de Pierre Bessard qui a publié trois ou quatre livres très intéressants sur la Chine et celle de Patrick Zachmann. Ou, puisque nous avons dans l’exposition un photographe suisse (Gigon) et les délicats tirages-contacts du meilleur photographe polonais de France, en l’occurrence Bogdan Konopka, on aurait pu naturaliser pour la circonstance le meilleur photographe hollandais de France, Robert van der Hilst, dont les intérieurs chinois sont sans doute l’un des moments forts de son travail. Mais cela est compensé par la découverte du joli travail de Catherine Henriette ou la présence forte des œuvres d’Alain Lebacquer et Bertrand Meunier. Pour retrouver l’intégralité de cette sélection, on peut bien entendu se référer au catalogue édité en Chine (et très bien imprimé), dont une version française sera vraisemblablement publiée chez Hazan cet automne (en couverture, une photo de Bertrand Meunier).

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Note sur Shenzhen : cette ville, à l’origine simple village de pécheurs, a été décrétée « zone économique spéciale » par Deng Xiaoping il y a 35 ans, pour être l’un des lieux d’expérimentation d’ouverture aux investissements étrangers. Située à la frontière avec Hong Kong, elle est devenue un modèle de développement urbain et industriel et compte aujourd’hui plus de dix millions d’habitants dont le revenu moyen est l’un des plus élevés de Chine. On y trouve nombre d’entreprises technologiques comme la fameuse Foxconn qui fabrique l’Iphone.

Dans le nouvel aéroport de Shenzhen © Thierry Girard (Iphone 5S)

Dans le nouvel aéroport de Shenzhen © Thierry Girard (Iphone 5S)

Shenzhen © Thierry Girard (Iphone 5S)

Shenzhen © Thierry Girard (Iphone 5S)

 

Port de Sekhou, Shenzhen © Thierry Girard (Iphone 5S)

Port de Shekou, Shenzhen © Thierry Girard (Iphone 5S)

 


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