Journal de sortie de « Dans l’épaisseur du paysage » #2

Petit jeu avec le coauteur du livre, Yannick Le Marec, qui signe les pages impaires de ce Journal de sortie sur son propre blog Par mots et par images.

16 novembre 2017

Alors que je m’apprête à commencer ma “visite personnalisée“ de l’exposition Paysages français à la Bnf, mon vieil ami et complice Gilles W. me tend le premier exemplaire à dédicacer de Dans l’épaisseur du paysage. Nous nous connaissons depuis si longtemps, depuis quarante ans bientôt. Nous n’avons pas toujours été d’accord sur tout, mais à défaut de partager les mêmes appréciations sur tel photographe (pas d’écriture inclusive, je prends le masculin comme un neutre) ou sur telle œuvre, nous avons le plus souvent, tout au long de nos parcours respectifs, été d’accord sur la manière de séparer le bon grain de l’ivraie parmi ceux qui ont détenu ou détiennent du pouvoir dans ce monde merveilleux de la photographie. Qu’il soit le premier à manifester sa fidélité et son amitié en achetant un exemplaire du livre me touche particulièrement.

A la librairie de la Bnf

Je remets un exemplaire du livre à Dominique G., autre vieil ami et complice. Plus tôt dans l’après-midi, nous avons préparé ensemble cette visite que je dois faire le soir en parcourant lentement l’exposition Paysages français. Nos goûts, nos affinités, nos amitiés, se recoupent là aussi le plus souvent, et faire cette lente déambulation commune et (bavarde) à travers l’exposition, c’est un peu comme revisiter les bornes milliaires de notre propre amitié. Dominique a non seulement une connaissance approfondie des œuvres et un regard extrêmement aiguisé, il sait tout par ailleurs des techniques utilisées, de leurs conditions de production ou de leurs aventures éditoriales. Son érudition m’étonne toujours, et son apport m’est précieux. je sais qu’il lira attentivement cet ouvrage glissé dans sa poche. En bon connaisseur, il apprécie déjà l’objet. J’attends désormais sa note de lecture.

Je remets un exemplaire à mon fils Quentin. Il me demande avec l’impudence de la jeunesse et la provocation habituelle du fils envers le père si « c’est lisible ? ». Je lui réponds qu’il ne devrait pas avoir besoin du dictionnaire.

17 novembre 2017

J’ai rendez-vous de très bonne heure avec Pascal B. dans un café de la place du Châtelet. Alors que nous partageons café et croissant, tout en discutant du Japon que nous chérissons l’un et l’autre, je lui tends un exemplaire du livre. Il s’empresse de le démailloter de son film plastique et il se met à en tourner les pages à l’aventure tout en poursuivant notre conversation initiale. Son esprit vif lui permet de lire d’un côté et de converser de l’autre. Tout d’un coup, il s’exclame : « Ah, ça, c’est excellent ! », et je le vois sortir de sa poche un crayon papier et tracer deux petits traits sur une page. « Cela ne vous choque pas ?». Je lui réponds que non, et tout au contraire « ce genre de livre, c’est fait pour ça ! ». Il me promet également un retour de lecture.

Yannick m’envoie un texto me demandant comment s’est passée la visite de la veille. Je le rappelle au téléphone et je lui fais part notamment des propos que j’ai tenus au sujet de Depardon et de son travail sur la France. Avec le recul, j’ai développé une analyse de ce travail qui me semble un peu originale et pertinente. En tout cas, elle intéresse Yannick. Notre conversation se prolonge sur le mode de nos échanges épistolaires. On s’avoue l’un l’autre qu’ils nous manquent. Nous les avons volontairement suspendus, le temps de finaliser le livre (la crainte aussi de risquer la répétition ou l’essoufflement de la pensée). Mais le plaisir de l’échange, l’excitation de l’effort intellectuel qu’il nécessite risquent de nous reprendre bientôt.

 

Dans L’épaisseur du paysage est publié aux éditions Loco.

 

 

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