Par les forêts et par les villages de l’Est

Mes deux plus récents projets réalisés en France, Salle des fêtes et Une Campagne victorieuse, traitent tous les deux de ce rapport étroit entre un moment de notre Histoire et le territoire. Le premier évoque une sale défaite, celle de 1870 ; le second, une campagne militaire victorieuse, celle de l’avancée conquérante de la Deuxième DB du général Leclerc à travers l’Est de la France jusqu’à la libération de Strasbourg, à l’automne 1944,. Ces arrière-plans historiques ne servent pas simplement de fil conducteur, voire de prétexte, ils induisent directement ma manière d’interroger et de regarder le paysage. Ils m’obligent en quelque sorte à penser photographiquement des situations de paysage qui pour la plupart échapperaient sans cela à la sagacité du regard. Ils m’amènent, par des détours parfois serpentins, vers des lieux improbables où nul photographe, jusqu’alors, n’a posé son trépied. Car, au-delà du filigrane de la mémoire, ce qui est en jeu à travers ces projets —qui sont dans la continuité d’autres projets entrepris précédemment, et je pense particulièrement à Paysages insoumis—, c’est de pouvoir accorder quelque intérêt à ces paysages vernaculaires, ces uncommon places qui représentent en fait l’essentiel de notre territoire. Je photographie peu les grands paysages qui en imposent par leur beauté souveraine. Je photographie peu les grands centres urbains (du moins en France). Je photographie ce qu’il y a entre les deux, une sorte de ruralité étendue aux petites villes et aux paysages marqués par l’industrie, mais qui ont gardé un lien avec la terre —comme ce nouveau projet dans le Nord de la France que je vais entreprendre prochainement. Ce sont ces paysages-là, que j’ai arpentés en tous sens depuis l’aube de mon aventure photographique, qui ne cessent de m’émouvoir et dont j’espère toujours, lorsque je les traverse, saisir quelque épiphanie modeste et sublime à la fois.

La Moselle à Châtel-sur-Moselle, Vosges, Une Campagne victorieuse 2015-16 © Thierry Girard

La Moselle à Châtel-sur-Moselle, Vosges, Une Campagne victorieuse 2015-16 © Thierry Girard

Les paysages de Salle des fêtes et d’Une Campagne victorieuse appartiennent sans conteste à ce que l’on appelle aujourd’hui le Grand Est. Ces terres abandonnées d’une partie des Ardennes, situées le long de la Meuse entre le nord de l’Argonne et Sedan, pour le premier ; ces campagnes quiètes, entourées de forêts épaisses, qui vont de la Haute-Marne à la ligne bleue des Vosges, puis cette plaine alsacienne, lisse et bénie des dieux, pour le second. Cette Région est, avec le Nord au tout début de ma carrière artistique, puis avec le Poitou-Charentes et ses régions limitrophes (Limousin, Aquitaine, Pays de Loire) qui sont devenues ma terre d’adoption depuis trente ans, cette partie de France sur laquelle j’ai le plus travaillé, par le hasard des projets au début, puis par une forme d’attachement qui me conduit à revenir régulièrement arpenter ce territoire : Frontières (1984-85), un voyage le long de la frontière, du Rhin jusqu’à la mer du Nord ; La Ligne de partage (1987), quelques marches photographiques et une errance toponymique en Haute-Marne et dans les Vosges (le parcours du dernier projet m’a amené à revoir certains endroits photographiés jadis) ; Mémoire blanche (1992), quatre marches photographiques sur les traces d’Arthur Rimbaud dans les Ardennes ; Le Rhin (1998-99), un voyage le long du Rhin depuis la source jusqu’à l’embouchure, en longeant notamment toute la rive alsacienne ; sans oublier évidemment ce qui m’amène deux fois par an, depuis vingt ans, vers l’Est, mon travail sur l’observatoire photographique du paysage dans le parc naturel régional des Vosges du Nord. Si je le voulais, je pourrais me faire naturaliser “Grand Est“…

Monument prussien à la bataille du Geisberg, Wissembourg, Bas-Rhin, série Frontières 1984-85 © Thierry Girard

Monument prussien à la bataille du Geisberg (1870), Wissembourg, Bas-Rhin,  Frontières 1984-85 © Thierry Girard

 

Fronville, Haute-Marne, La Ligne de partage, 1987 © Thierry Girard

Fronville, Haute-Marne, La Ligne de partage, 1987 © Thierry Girard


J’ai déjà présenté dans ma dernière newsletter les conditions de production et l’argumentaire de chacun des deux projets. Je ne vais donc pas revenir sur ces points. 
Seulement repréciser ce qui les distingue et ce qui les lie. La méthode de travail n’est pas tout à fait la même. Pour Salle des fêtes, même si je me renseigne précisément sur les lieux où les armées ennemies s’affrontent en ces derniers jours d’une guerre particulièrement sotte, mal préparée et mal conduite du côté français (lire à ce propos le roman édifiant de Zola, La Débâcle), je ne tiens pas à les recenser ni à les distinguer comme tels, et je préfère les intégrer, les diluer dans une approche globale du territoire considéré dès lors comme un territoire de la défaite. Dans l’exposition et dans le livre les lieux ne sont pas nommés, seule une liste de toponymes apparaît à la toute dernière page, mais ne renvoyant à aucune image précise. Mon projet dans les Ardennes est d’évidence une errance “philopoétique“, ein Winterreise plutôt qu’une quête mémorielle ou un inventaire des champs de bataille. Le texte qui ouvre le livre publié aux éditions Loco montre bien à quel point, sur ce projet, je suis plus porté par la littérature que par le récit de l’Histoire.

 

Domaine de Belval, Belval-Bois-des-Dames, Ardennes, Salle des fêtes 2014-15 © Thierry Girard,

Domaine de Belval, Belval-Bois-des-Dames, Ardennes, Salle des fêtes 2014-15 © Thierry Girard

 

Monument- borne US, Première guerre mondiale, Beaumont-en-Argonne, Ardennes, Salle des fêtes 2014-15 © Thierry Girard

Monument- borne US, Première guerre mondiale, Beaumont-en-Argonne, Ardennes, Salle des fêtes 2014-15 © Thierry Girard


Une Campagne victorieuse
procède par contre d’un travail préparatoire semblable à celui que j’avais effectué pour Paysages insoumis, à savoir une recherche en amont de documents divers, récits, témoignages, cartes, photographies, récoltés en grande partie dans les archives du musée Leclerc. Il m’importe de déterminer un itinéraire crédible —qui est en fait la fusion de plusieurs itinéraires, la Deuxième DB étant composée de “groupements“ ayant eu des parcours parfois communs, parfois séparés—, et de choisir des lieux de prises de vue relevant d’un combat, d’un fait d’armes ou d’une situation historique précise. Je me suis heurté parfois aux mêmes résistances du paysage que dans Paysages insoumis, à savoir l’impossibilité en tel ou tel lieu de trouver un point de vue satisfaisant, alliant à la fois richesse esthétique et justesse documentaire, mais je suis arrivé quand même à “baliser“ l’ensemble de l’itinéraire, et notamment les lieux les plus emblématiques de cette épopée militaire.

Cela dit, pour l’un comme pour l’autre projet, mon rapport au récit historique est bien différent de tout ce que l’on a pu voir ces derniers temps à travers diverses recensions concernant notamment la première guerre mondiale (La Somme, Verdun) ou d’autres champs de bataille —je pense notamment aux travaux respectifs de Jean-Pierre Gilson, de Jacques Grison, d’Alexandre Guirkinger ou à la “somme“ de Yan Morvan. Ces travaux, très différents les uns des autres, ont chacun leur spécificité et leurs mérites —certains présentant pour moi plus d’intérêt que d’autres—, mais ils n’interrogent pas de manière aussi radicale que je tente de le faire la représentation du théâtre de guerre. J’essaye pour ma part de tenir une distance critique avec l’objet même de mon étude, distance qui participe de cette remise en cause du récit de l’histoire, partagée aujourd’hui par nombre d’historiens, de philosophes ou d’artistes. Qui parle, d’où et au nom de quelle fabrication de l’Histoire ?

 

Vaux-en-Dieulet, Ardennes, Salle des fêtes 2014-15 © Thierry Girard,

Vaux-en-Dieulet, Ardennes, Salle des fêtes, 2014-15 © Thierry Girard

 

Squat, Mouzon, Ardennes, Salle des fêtes, 2014-15 © Thierry Girard,

Squat, Mouzon, Ardennes, Salle des fêtes, 2014-15 © Thierry Girard

 

Létanne, Ardennes, Salle des fêtes 2014-15 © Thierry Girard

Létanne, Ardennes, Salle des fêtes 2014-15 © Thierry Girard

 

Ce détachement, qui peut s’exprimer parfois avec humour, voire de manière ironique, n’est pas tant une marque de défiance à l’égard de l’Histoire même —celle de la guerre de 1870 ou celle de la Deuxième DB en l’occurrence—, qu’une réserve de principe, presque éthique, à l’égard de tout récit héroïque, compassionnel ou strictement mémoriel, quel qu’il soit et d’où qu’il vienne —et cela n’enlève rien à l’admiration que je peux porter envers ceux qui se sont battus pour la Libération de la France.
Je respecte tout à fait les auteurs dont j’ai parlé plus haut. Je constate simplement que globalement leurs travaux sont tous marqués par l’esprit de sérieux, alors que mes jeux de mots répétés, mes visual tricks ou mes champs de bataille décalés dans Salle des fêtes ou Une campagne victorieuse trahissent une tendance certaine, sinon au mauvais esprit, du moins au second degré (c’est d’ailleurs une disposition récurrente que l’on retrouve dans presque tous mes projets). Dans Une Campagne victorieuse, j’ai parfois mis en avant des événements mineurs, parce que je n’ai pas voulu photographier embedded, depuis le command-car du meneur de troupe, mais en me mettant plutôt à la place du marsouin passant la nuit sans bouger, allongé dans une prairie humide au bord d’un ruisseau, à quelques pas d’une sentinelle allemande (cf. ci-dessous la photographie de Doncières) ; ou comme un paysan découvrant un char allemand embourbé dans le maigre ruisseau d’un bois et vidé de ses occupants (cf. ci-dessous la photographie de Bouxières-aux-Bois). Je fais mien le point de vue de Fabrice à Waterloo…
La plupart des documents dont j’ai pu disposer, témoignages à vif ou décalés des principaux acteurs, sont d’une lecture absolument fastidieuse, y compris du côté des historiens des « récits de guerre » dont les textes regorgent de précisions pour “fana-mili” dans lesquelles on finit par se noyer rapidement, sans compter l’ennui. J’ai essayé de débarrasser de tout ce fatras les légendes développées qui accompagnent l’exposition et qui seront présentes à la fin du livre (parution prévue en 2017), par l’emploi, comme dans Paysage insoumis, d’une phrase neutre et explicite qui resitue l’événement objectivement, mais se garde bien d’analyser l’ailleurs, l’altérité de l’image. Le second degré dont je parlais est une des épaisseurs de l’image, il ne nécessite pas d’être redondé par le texte —je pense à la fête foraine sur la place d’Andelot ou à la coiffe un peu ridicule (une cigogne en peluche) sur la tête de cette lycéenne (allemande de surcroit) devant la cathédrale de Strasbourg.

 

Andelot-Blancheville, Haute-Marne, Une Campagne victorieuse 2015-16 © Thierry Girard

Andelot-Blancheville, Haute-Marne, Une Campagne victorieuse 2015-16 © Thierry Girard

 

Devant la cathédrale, Strasbourg, Bas-Rhin, Une Campagne victorieuse 2015-16 © Thierry Girard

Devant la cathédrale, Strasbourg, Bas-Rhin, Une Campagne victorieuse 2015-16 © Thierry Girard

 

Mais dans la série d’images qui suit, je vais m’abstenir de tout commentaire à caractère historique, même si chaque photographie a sa légende. Je propose simplement une en-allée par les forêts et par les villages (c’était le titre initial du projet et ce sera le sous-titre du livre) dans l’esprit de ce que j’évoquais au début de ce billet : ce tropisme pour une France des routes secondaires, où le fracas de la guerre semble lointain, où les campagnes, les villages, les petites villes désindustrialisées semblent étouffer parfois dans leur silence contraint ; mais où quelque chose agit malgré tout, qui n’est pas vraiment la nostalgie de temps révolus, plutôt la permanence d’un être-là de la terre, du ciel au-dessus de la terre, des couleurs de la forêt en toutes saisons, de l’odeur des labours et de l’humus, des lumières qui bénissent la journée ou celles qui désertent, laissant le monde dans un hiver sans fin. J’aime cela, j’aime les jours passés à conduire lentement de village en village, à pouvoir m’arrêter à tout moment pour photographier ou tout simplement sentir, respirer, ne rien faire ; j’aime cette errance tranquille, tout en déplorant les villages et les bourgs endormis, vidés de leur sève humaine, et dont les habitants, ceux qui restent du moins, se sentent souvent abandonnés, à l’écart du monde qui avance, et ne savent comment le rattraper. Mais ont-ils vraiment toujours le désir de le rattraper, car il y aussi du confort et d’autres formes de plaisir dans ces vies minuscules au cœur des forêts ou au centre des villages.

 

Signéville, Haute-Marne, Une Campagne victorieuse 2015-16 © Thierry Girard

Signéville, Haute-Marne, Une Campagne victorieuse 2015-16 © Thierry Girard

 

Forêt de la Voivre, Bulgnéville, Vosges, Une Campagne victorieuse 2015-16 © Thierry Girard

Forêt de la Voivre, Bulgnéville, Vosges, Une Campagne victorieuse 2015-16 © Thierry Girard

 

Le monument aux Morts et l'ancienne gare de Dompaire, Vosges, Une Campagne victorieuse 2015-16 © Thierry Girard

Le monument aux Morts et l’ancienne gare de Dompaire, Vosges, Une Campagne victorieuse 2015-16 © Thierry Girard

 

Le bois de la Vierge, Ville-sur-Illon, Vosges, Une Campagne victorieuse 2015-16 © Thierry Girard

Le bois de la Vierge, Ville-sur-Illon, Vosges, Une Campagne victorieuse 2015-16 © Thierry Girard

 

Damas-et-Bettegney, Vosges, Une Campagne victorieuse 2015-16 © Thierry Girard

Damas-et-Bettegney, Vosges, Une Campagne victorieuse 2015-16 © Thierry Girard

Saint-Vallier, Vosges, Une Campagne victorieuse 2015-16 © Thierry Girard

Saint-Vallier, Vosges, Une Campagne victorieuse 2015-16 © Thierry Girard

 

Le rupt de Vaux, Bouxières-aux-bois, Vosges, Une Campagne victorieuse 2015-16 © Thierry Girard

Le rupt de Vaux, Bouxières-aux-bois, Vosges, Une Campagne victorieuse 2015-16 © Thierry Girard

 

Châtel-sur-Moselle, Vosges, Une Campagne victorieuse 2015-16 © Thierry Girard

Châtel-sur-Moselle, Vosges, Une Campagne victorieuse 2015-16 © Thierry Girard

 

Le ruisseau de belville, Doncières, Vosges, Une Campagne victorieuse 2015-16 © Thierry Girard

Le ruisseau de Belville, Doncières, Vosges, Une Campagne victorieuse 2015-16 © Thierry Girard

 

Anglemont, Vosges, Une Campagne victorieuse 2015-16 © Thierry Girard

Anglemont, Vosges, Une Campagne victorieuse 2015-16 © Thierry Girard

 

Vomécourt, Vosges, Une Campagne victorieuse 2015-16 © Thierry Girard

Vomécourt, Vosges, Une Campagne victorieuse 2015-16 © Thierry Girard

 

La Mortagne à Magnières, Meurthe-et-Moselle, Une Campagne victorieuse 2015-16 © Thierry Girard

La Mortagne à Magnières, Meurthe-et-Moselle, Une Campagne victorieuse 2015-16 © Thierry Girard

 

Le bois des Champes avant badonviller, Meurthe-et-Moselle, Une Campagne victorieuse 2015-16 © Thierry Girard

Le bois des Champes avant Badonviller, Meurthe-et-Moselle, Une Campagne victorieuse 2015-16 © Thierry Girard

 

La chaussée Leclerc à travers la forêt de Mondon, Meurthe-et-Moselle, Une Campagne victorieuse 2015-16 © Thierry Girard

La chaussée Leclerc à travers la forêt de Mondon, Meurthe-et-Moselle, Une Campagne victorieuse 2015-16 © Thierry Girard

 

Cirey-sur-Vezouze, Meurthe-et-Moselle, Une Campagne victorieuse 2015-16 © Thierry Girard

Cirey-sur-Vezouze, Meurthe-et-Moselle, Une Campagne victorieuse 2015-16 © Thierry Girard

 

Otterswiller, Bas-Rhin, Une Campagne victorieuse 2015-16 © Thierry Girard

Otterswiller, Bas-Rhin, Une Campagne victorieuse 2015-16 © Thierry Girard

 

Dettwiller, Bas-Rhin, Une Campagne victorieuse 2015-16 © Thierry Girard

Dettwiller, Bas-Rhin, Une Campagne victorieuse 2015-16 © Thierry Girard

 

L'arrivée sur Strasbourg depuis Schiltigheim, Bas-Rhin, Une Campagne victorieuse 2015-16 © Thierry Girard

L’arrivée sur Strasbourg depuis Schiltigheim, Bas-Rhin, Une Campagne victorieuse 2015-16 © Thierry Girard

 

© Thierry Girard 2016 pour les textes et les photographies


Expositions :

Salle des fêtes, exposition au musée de l’Ardenne à Charleville-Mézières du 29 septembre au 4 décembre 2016, suite à une résidence sur le domaine de Belval (Ardennes) initiée par le musée de la Chasse et de la Nature à Paris.

Une campagne victorieuse, exposition au Mémorial Charles de Gaulle à Colombey-les-deux-églises (Haute-marne) du 20 octobre au 31 décembre 2016.

Ouvrages cités :

La Ligne de partage, éditions Admira, 1988.

Mémoire blanche, Musée Rimbaud – musée de l’Ardenne, 1993.

Vosges du Nord, Les Imaginayres, 2004.

Paysages insoumis, éditions Loco, 2012.

Salle des fêtes, éditions Loco, 2016.

 

La parution d’Une Campagne victorieuse est prévue en 2017 aux éditions La Nuée bleue (Strasbourg).

A venir également, le livre des 20 ans de l’OPP des Vosges du Nord, à paraître aux éditions Loco.

 

Autres ouvrages cités :

Jean-Pierre Gilson, Somme 1916, éditions Loco, 2016.

Jacques Grison, Devant Verdun, Trans Photographic Press, 2016.

Alexandre Guirkinger, La Ligne, RVB Books, 2016.

Yan Morvan, Champs de bataille, éditions Photosynthèses, 2015.

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