Intelligent Landscapes / L’intelligence du paysage

C’est le titre d’une exposition de mes photographies sur le paysage en France, exposition qui est montrée jusqu’au 18 mai à l’Université de Virginie. Cette présentation est à l’initiative d’Ari J. Blatt, associate professor et actuel directeur du département de Français à UVa, qui travaille personnellement sur cette question de la représentation contemporaine du territoire français. Ari Blatt est d’abord un spécialiste de littérature française (il a fait une thèse, publiée aux Etats-Unis, sur la place de l’image dans l’œuvre littéraire de Georges Perec, Claude Simon, Pierre Michon et Tanguy Viel), mais s’il n’en est qu’au tout début de ce nouveau travail de recherche, il a déjà produit différents articles dans le cadre de conférences aux Etats-Unis, notamment sur Depardon pour son travail sur la France, ainsi que sur Jean-Christophe Bailly (Détours en France, on the road with Raymond Depardon and Jean-Christophe Bailly).

Ari Blatt m’a contacté il y a deux ans déjà, considérant que ma démarche et l’ensemble de mon travail, jusque dans sa diversité, reflétait de manière très pertinente ses propres questionnements et ses thèmes de recherche. Il est venu me voir dans mon atelier et peu après nous avons convenu dans un premier temps d’une intervention à UVa, avant tout axée sur une conférence et quelques cours professés —tant dans le département Art que dans le département de Français—, accompagnée d’une modeste exposition d’une vingtaine de photographies… Mais, comment résumer trente ans de travail sur la question du paysage en France à travers seulement 20 photos ? Après un temps de réflexion sur les lieux d’exposition, nous sommes passés à 30, puis à 50, et ce sont finalement 70 photographies qui sont exposées dans le département de Français de UVa, issues de dix séries différentes, réparties sur trente ans, de 1984 à 2014.

Les Moëres, Nord, 1985. Série Frontières © Thierry Girard

Les Moëres, Nord, 1985. Série Frontières © Thierry Girard

Ancienne usine de feutre, Mouzon, Ardennes, 2014. Série Sale défaite © Thierry Girard

Ancienne usine de feutre, Mouzon, Ardennes, 2014. Série Sale défaite © Thierry Girard


A part telle ou telle exposition autour de mon parcours éditorial (notamment l’exposition De l’Itinérance présentée en décembre 2009 à la galerie les Douches à Paris), je n’avais jamais eu l’occasion de confronter ensemble des travaux si éloignés dans le temps les uns des autres, même si de plus en plus souvent on me dit, ici ou là : « Ce serait bien de faire une rétrospective de votre travail ». Certes, cela reste pour l’instant à l’état de vœu pieux —qui n’a jamais vraiment engagé ceux qui me l’ont proposé—, mais considérons alors que ce n’est sans doute pas non plus un hasard si, à défaut d’une vraie rétrospective qui devrait inclure d’autres aspects de mon travail (les portraits et mes travaux abroad notamment), cette exposition —qui présente déjà un panorama assez large et divers de mon travail sur le paysage en France— se tient aux Etats-Unis, pays auquel je suis redevable d’une grande partie de ma culture photographique et de mes choix artistiques les plus décisifs.

Depuis une chambre d'hôtel, Audun-lz-Tiche, Moselle, 1985. Série Frontières © Thierry Girard

Depuis une chambre d’hôtel, Audun-le-Tiche, Moselle, 1985. Série Frontières © Thierry Girard

Au-dessus de Monte-Carlo, sur la route du Mont Agel, 2000. Série D'une mer l'autre © Thierry Girard

Au-dessus de Monte-Carlo, sur la route du Mont Agel, 2000. Série D’une mer l’autre © Thierry Girard

En fait, ceux qui ont une vision lointaine et fragmentaire de mon travail —dont ils ignorent le plus souvent les prémices des années 70 et 80— s’attachent généralement à un aspect spécifique de celui-ci sans toujours chercher à comprendre ce qui en relie les différents termes : les marches photographiques, les itinéraires, les paysages métaphoriques ou l’approche plus strictement documentaire des observatoires etc.
Une exposition comme celle-ci —et la conférence que j’ai donnée à la suite— permet de mieux comprendre les interactions entre les différentes périodes et la manière dont chaque série est traversée par une pluralité de concepts. 

Le Magny, Vosges, 1987. Série La Ligne de partage © Thierry Girard

Le Magny, Vosges, 1987. Série La Ligne de partage © Thierry Girard

Osne-le-Val, Haure-Marne, 1987. Série La Ligne de partage © Thierry Girard

Osne-le-Val, Haure-Marne, 1987. Série La Ligne de partage © Thierry Girard

Ville-en-Blaisois, Haute-Marne, 1987. Série La Ligne de partage © Thierry Girard

Ville-en-Blaisois, Haute-Marne, 1987. Série La Ligne de partage © Thierry Girard


C’est évidemment toujours plus facile de parler des autres que de parler de soi, même si à travers mes textes publiés, quelques interviews et des conférences de plus en plus nombreuses, j’ai régulièrement exprimé au fil des ans un certain nombre de statements. Mais cette fois-ci, j’aimerais justement laisser la parole à Ari Blatt en reprenant presque in extenso le long texte introductif qu’il a écrit pour la présentation de cette exposition :

« Depuis plus de trente ans, Thierry Girard s‘interroge sur le pouvoir qu’a la photographie de façonner notre sens du lieu. Girard, lauréat du prestigieux Prix Niépce, cherche à faire surgir à la surface ce qu’il appelle « l’intelligence du paysage », à révéler à travers l’image les données secrètes présentes dans les endroits les plus familiers et qu’on a parfois peine à appréhender. Ses images mettent en lumière des sites ostensiblement insolites et sans valeur, hors des sentiers battus, en marge ou tout simplement oubliés. Les moments saisis par ces photographies ne montrent rien de très « décisif. » Elles ne séduisent pas non plus, comme le feraient certaines photographies pittoresques, des spectateurs devenus passifs. Les images brutes et pénétrantes affichées ici considèrent comme sites privilégiés ces paysages modestes du territoire français apparemment anodins mais qui méritent toutefois notre contemplation. Elles en exposent leurs souvenirs cachés, leurs affects, et proposent ainsi une profonde réflexion sur ce qui constitue le paysage de cette nation.

La petite Creuse, Fresselines, Creuse, 2009. Série Paysages insoumis © Thierry Girard

La petite Creuse, Fresselines, Creuse, 2009. Série Paysages insoumis © Thierry Girard

Eymoutiers, Haute-Vienne, 2009. Série Paysages insoumis © Thierry Girard

Eymoutiers, Haute-Vienne, 2009. Série Paysages insoumis © Thierry Girard

Dans un essai de 2010 intitulé « De l’esprit des lieux », Girard développe une idée qui sous-tend son approche photographique, ainsi que la plupart des photographies exposées ici : « j’ai pour ma part considéré très tôt que le paysage n’était pas indifférent, et qu’on ne pouvait surtout pas le réduire à la simple apparence de ce qui se présente à la vue, devant soi. » Suggérer que le paysage n’est guère « indifférent » ou apathique, c’est reconnaître que le monde est toujours plein de sens et de présence ; qu’il est rempli de ce que Michel Collot appelle « une pensée paysage » nous invitant à penser avec et par les lieux, qu’on soit présent dans les lieux mêmes, ou qu’on en regarde des représentations (tel le public de cette exposition). De telles photographies font voir le genius loci, le génie du lieu, bien souvent caché par le quotidien, mais qui peut, lorsqu’on arrive à le découvrir, nous enchanter, nous illuminer, et même nous émouvoir. Depuis longtemps, Girard cultive une patience méditative qui encourage ce genre de découverte. Il maîtrise les techniques d’un art à l’écoute des nuances de notre environnement et des détails minutieux du réel. Ainsi, pour autant, Thierry Girard ne « fait » pas de photographies. Il cède son regard au cadre et, plus simplement, et avec plus de poésie, il permet à l’image d’advenir.

La route de Chine, Barles, Alpes-de-Haute-Provence, 2000. Série D'une mer l'autre © Thierry Girard

La route de Chine, Barles, Alpes-de-Haute-Provence, 2000. Série D’une mer l’autre © Thierry Girard

Girard, photographe voyageur, a travaillé en Europe, aux Etats-Unis, mais aussi en Inde, en Chine, et notamment au Japon. Et pourtant, les séries « made in France », sont parmi les plus irrésistibles de son œuvre. Les photographies de cette exposition représentent diverses régions de l’hexagone et cartographient une partie de la patrie de l’artiste. De plus, elles témoignent d’un « tournant topographique » récent dans la culture française et par lequel un bon nombre d’artistes et de penseurs français ont cherché à exprimer l’image et l’atmosphère de la France métropolitaine actuelle, et à comprendre son identité en s’appuyant sur une analyse de son espace. Ces derniers mettent en question un certain nombre de lieux communs et de clichés dominants ayant engendré certaines mythologies culturelles. Le travail de Girard nous aide surtout à comprendre ce que c’est que la « France, » ce que la notion même de « France » veut dire, et ce à quoi elle ressemble. Ses paysages photographiques expérimentent avec le genre artistique, le médium de la photographie, ainsi que ses traditions afin d’imaginer—et rendre visible—une idée plus expansive des espaces communs de son pays.

Saint-Amand-sur-Sèvres, Deux-Sèvres, 2003. Série Histoires de limites © Thierry Girard

Saint-Amand-sur-Sèvres, Deux-Sèvres, 2003. Série Histoires de limites © Thierry Girard

Les Ormes, Vienne, 2003.  Série Histoires de limites © Thierry Girard

Les Ormes, Vienne, 2003. Série Histoires de limites © Thierry Girard

Chabanais, Charente, 2007.  Série Paysages insoumis © Thierry Girard

Chabanais, Charente, 2007. Série Paysages insoumis © Thierry Girard


L’intelligence du paysage / Intelligent Landscapes
met en lumière un ensemble de principes distincts mais non pas exclusifs illustrant cette philosophie et façonnant le travail de Thierry Girard depuis les années 1980. Le premier est sa prédilection particulière pour les itinéraires. Inspiré du genre du « road trip » photographique pratiqué par des artistes tel Robert Frank, Lee Friedlander, et Stephen Shore, Girard a produit plusieurs séries de photographies qui tracent un parcours prédéterminé sur et autour d’un territoire particulier. Ces images font la chronique des lieux visités et des choses vues tout en témoignant du voyage personnel et intime que le photographe éprouve sur le chemin.

Saulnes, Meurthe-et-Moselle, 1985. Série Frontières © Thierry Girard

Saulnes, Meurthe-et-Moselle, 1985. Série Frontières © Thierry Girard

Plomodiern, Finistère, 2002.  Série D'une mer l'autre © Thierry Girard

Plomodiern, Finistère, 2002. Série D’une mer l’autre © Thierry Girard

Oradour-sur-Vayres, Haute-Vienne, 2007.  Série Paysages insoumis © Thierry Girard

Oradour-sur-Vayres, Haute-Vienne, 2007. Série Paysages insoumis © Thierry Girard

Contrairement aux itinéraires photographiques qui dépendent de modes de transport modernes et rapides, tels le train, l’avion et l’automobile, les photographies qui rendent compte des marches photographiques savourent au contraire leur lenteur. Marcher dans la nature, comme ces images nous le suggèrent, réveille les sens et ouvre le corps et l’esprit à l’intelligence du paysage que l’artiste cherche non pas à saisir mais à émettre dans ses photographies.

Une marche d'hiver en allant vers le Nord, 2004. Série Les Cinq voies de Vassivière © Thierry Girard

Une marche d’hiver en allant vers le Nord # 1, 2003. Série Les Cinq voies de Vassivière © Thierry Girard

Une marche d'hiver en allant vers le Nord # 4. Série Les  Cinq voies de Vassivière © Thierry Girard

Une marche d’hiver en allant vers le Nord # 4. Série Les Cinq voies de Vassivière © Thierry Girard

Une marche d'été en allant vers le Sud # 1, 2002. Série Les  Cinq voies de Vassivière © Thierry Girard

Une marche d’été en allant vers le Sud # 3, 2002. Série Les Cinq voies de Vassivière © Thierry Girard

La troisième tendance que l’on peut remarquer dans le travail de Girard est la reconnaissance du potentiel métaphorique inhérent au paysage, et aux représentations photographiques de ces paysages qui se tiennent en marge du mode documentaire. Le photographe, moins motivé par la description pure que par le lyrisme, cherche à attribuer un sens plus poétique et symbolique aux choses du monde visible, et à libérer les secrets qui se cachent sous la surface de ce que l’on peut voir de nos propres yeux.

La Houve, Creutzwald, Moselle, 1984. Série Frontières © Thierry Girard

La Houve, Creutzwald, Moselle, 1984. Série Frontières © Thierry Girard

Telgruc-sur-mer, Finistère, 2002. Série D'une mer l'autre © Thierry Girard

Telgruc-sur-mer, Finistère, 2002. Série D’une mer l’autre © Thierry Girard

Scène X, Arcadia revisitée, 2011© Thierry Girard

Scène X, Arcadia revisitée, 2011© Thierry Girard

La sélection de photographies commandées par l’Observatoire photographique du paysage vise aussi à rendre visible l’invisible, mais d’une autre façon. L’OPP, comme on l’appelle, est une campagne photographique publique qui a été inaugurée en 1991 et qui finance encore aujourd’hui des photographes français et européens pour qu’ils suivent l’évolution naturelle—et l’aménagement artificiel—du paysage français. Les photographes de l’OPP, comme Girard, doivent tous suivre une série de contraintes techniques qui dictent la composition de chaque image. Chaque année, ils retournent dans la même région afin de photographier et de rephotographier, systématiquement, les mêmes sites. Ainsi, les images produites documentent l’évolution des lieux, et l’évolution de notre façon de les appréhender, dans le temps.

Goetzenbruck, Moselle, 2010. Série Observatoire photographique du paysage © Thierry Girard

Goetzenbruck, Moselle, 2010. Série Observatoire photographique du paysage © Thierry Girard

Rahling, Moselle, 2011. Série Observatoire photographique du paysage © Thierry Girard

Rahling, Moselle, 2011. Série Observatoire photographique du paysage © Thierry Girard

Bitche, Moselle, 2012. Série Observatoire photographique du paysage © Thierry Girard

Bitche, Moselle, 2012. Série Observatoire photographique du paysage © Thierry Girard

D’autres photographies qu’on trouvera dans l’exposition témoignent de l’intérêt que Girard porte à la diversité des « territoires » français hétérogènes. Ces images ont été produites lors de résidences d’artistes, notamment dans l’Oise, au nord de Paris, et dans les départements de la Creuse, la Haute-Vienne, et les Deux-Sèvres dans le centre de la France. Commandées par les collectivités publiques ou des centres d’art dans les régions qu’elles mettent en scène, ces photographies émergent d’une étude plus soutenue du lieu. Qui plus est, elles documentent et évoquent l’immersion du photographe, tant physique qu’émotionnelle, dans ces espaces.

Noirémont, Oise, 2008.  Série Un Hiverd'oise © Thierry Girard

Noirémont, Oise, 2008. Série Un Hiver d’oise © Thierry Girard

L'Oise à Varesne Oise, 2009. Série Un Hiverd'oise © Thierry Girard

L’Oise à Varesne, Oise, 2009. Série Un Hiver d’oise © Thierry Girard

Mouy, Oise, 2009.  Série Un Hiver d'oise © Thierry Girard

Mouy, Oise, 2009. Série Un Hiver d’oise © Thierry Girard

Enfin, l’exposition montre deux séries d’images permettant au spectateur de comprendre comment l’intelligence du paysage se développe dans le travail le plus récent de l’artiste : une série de photographies mises en scène évoquant le genre de la peinture de paysages et qui revisite un musée imaginaire d’images peintes par quelques-uns des artistes européens les plus célèbres ; et un autre ensemble de quatre photographies sur le paysage d’une défaite militaire (la guerre de 1870) et du déclin démographique actuel dans la région des Ardennes. Ces deux séries incarnent parfaitement plusieurs des principes fondamentaux chez Girard, et montrent la direction que son travail prendra, peut-être, dans les années à venir ».

Ari J. Blatt
Associate Professor and Chair
Department of French
University of Virginia

Scène I, Arcadia revisitée, 2011 © Thierry Girard

Scène I, Arcadia revisitée, 2011 © Thierry Girard

Scène XIII, Arcadia revisitée, 2011 © Thierry Girard

Scène XIII, Arcadia revisitée, 2011 © Thierry Girard

Juste une précision supplémentaire, sans doute pas si anodine, qui montre en tout cas, au-delà de l’évolution de l’approche formelle, la continuité des thématiques travaillées tout au long de ces trois décennies : par un effet du “hasard“, la photographie la plus ancienne de l’exposition est un monument aux morts allemand de la guerre franco-prussienne de 1870, et la plus récente est issue d’un travail encore inédit (je n’ai voulu montrer que quatre images) sur le paysage de la défaite de 1870 autour de Sedan… Ce dernier travail est le fruit d’une résidence d’artiste avec le musée de la Chasse et de la Nature à Paris. Ce travail a été complété en janvier 2015 et sera tout d’abord exposé au musée de l’Ardenne à Charleville-Mézières en octobre prochain.

La bataille du Geisberg, Woerth, Bas-Rhin, 1984. Série Frontières © Thierry Girard

La bataille du Geisberg, Woerth, Bas-Rhin, 1984. Série Frontières © Thierry Girard

La culée du paradis, Nouart, Ardennes, 2014. Série Sale défaite © Thierry Girard

La culée du Paradis, Nouart, Ardennes, 2014. Série Sale défaite © Thierry Girard

Dans l’exposition, les photographies sont montrées par série, et non dans le “désordre“ comme ci-dessus.

Cette exposition est généreusement parrainée par le Département de Français, le Département d’Art, l’Institut des sciences humaines et des cultures globales de l’Université de Virginie à Charlottesville, et par les Fonds Buckner W. Clay pour les sciences humaines émergentes.

Remerciements particuliers à William Wylie, professeur d’art à l’université de Virginie.

 

Ari Blatt’s text in english :

 

« For over thirty years, Thierry Girard has explored photography’s capacity to shape our sense of place. One of France’s most important living photographers, winner of the prestigious Niépce prize, Girard seeks to unearth the intelligence of the landscape, to reveal through the image what Michel Chaillou calls the repository of “hidden knowledge” that invests even the most familiar of places, but which we all too often fail to apprehend. His pictures attend to sites of ostensibly little merit, often off the well-trodden path, in between, or en route. There is nothing very “decisive” about the moments these images arrest. Nor do they lull viewers into passive admiration for the picturesque. Rather, the sharp, penetrating photographs on display here all consider seemingly anodyne portions of the French territoire as privileged sites of contemplation, identifying the places they sight as caches of memory, affect, and deep thinking about the physical contours of the nation.

In a 2010 essay, “De l’esprit des lieux” Girard expresses a key thought that unites virtually every image in his corpus, including many on display here: “early on, I realized that the landscape was not indifferent, and that it would be all too reductive to dismiss it simply as that which appears in our line of sight, before us.” To suggest that landscape is hardly indifferent or unconcerned with anything beyond what it shows us, is to acknowledge that the world is always “thick” with meaning, with presence, indeed with a kind of thought, “une pensée paysage” as Michel Collot calls it, that invites us to think with and through place, whether we happen to be physically present in the sites themselves or beholders, like visitors of this exhibition, of their representation. Photographs like these expose a genius loci, a génie du lieux, a “spirit of place” that is often obfuscated by the everyday, hidden in plain sight, but that ultimately, when we stumble upon it, has the power to enchant, enlighten, and move. Over the years, Thierry Girard has cultivated a meditative form of patience that fosters this kind of cognitive stumbling. He has also mastered the techniques of an art form attuned to the nuances of the environment and sensitive to the minutiae of the real. As such, Thierry Girard does not so much “shoot” photographs. He concedes his gaze to the surroundings and, quite simply, perhaps more poetically, allows images to happen.

While Girard has photographed far and wide, across Europe and the United States, and in India, China, and Japan most notably, some of the artist’s most compelling work focuses on his native France. The photographs that comprise this exhibition represent numerous locales throughout the “Hexagon” and collectively map portions of the artist’s homeland. They also testify to a recent “topographic turn” in contemporary French culture by which a number of that country’s most celebrated artists and thinkers have sought to ascertain the look and feel of metropolitan France, and to express its identity in spatial terms. In doing so, they challenge some of the most dominant commonplaces and clichés associated with “French” culture and the mythologies it has engendered. Girard’s work, especially, contributes to our understanding of what “France” is, means, and how it appears. His photographic landscapes experiment with genre, the medium of photography, and its traditions to imagine—and make visible—a more expansive idea of his country’s shared common space.

L’intelligence du paysage/Intelligent Landscapes highlights a diverse set of distinct though not mutually exclusive principles that exemplify that ethos and have informed Girard’s work since the 1980s. The first is a predilection for itineraries. Influenced by the kind of photographic road trip made famous by the likes of Robert Frank, Lee Friedlander, and Stephen Shore, Girard has produced a number of series that trace a preordained path over and around a particular territory or region. These photographs not only chronicle places visited and things seen, they attest to a more personal, more intimate journey that Girard experiences along the way. Compared to these photographic itineraries, which are all facilitated by modern modes of transport (trains, planes, and automobiles), the photographs that record Girard’s marches photographiques, or photographic walks, revel in their slowness. Walking in nature, these pictures tell us, awakens the senses and opens the body and mind to the intelligence of the landscape that the artist seeks not so much to capture but to emit in his photographs. A third tendency that informs Girard’s practice is the recognition of a metaphorical potential inherent in the landscape, and in the representation of that landscape in photographs that distance themselves from a more documentary mode. The photographer, motivated here by concerns more lyrical than descriptive, seeks to ascribe a sense of poetry or symbolism to the visible world and unlock the hidden secrets at play beneath or beyond what we can see with our own eyes. The sampling of Girard’s work commissioned by the Observatoire photographique du paysage, also aims to render the invisible visible, but in a different way. The OPP, as it’s known, is public survey project that began in 1991 and which continues to sponsor some of France’s (and Europe’s) most innovative photographers as they track the way man and nature collude to alter the vernacular landscape. Working under a series of technical constraints designed to streamline the composition of each image, OPP photographers like Girard return year after year to the same region to photograph and systematically rephotograph a variety of sites, thereby documenting their evolution, and the evolution of how we see them, over time. Other photographs shown here that embody the photographer’s interest in the diversity of France’s heterogeneous “territories” are the product of long-term residencies, notably in the Oise, north of Paris, and in the Creuse, Haute-Vienne, and Deux-Sèvres departments in central France. Usually commissioned by local councils in the regions they depict, these photographs emerge from a more sustained study of place. Perhaps more importantly, they indicate and evoke the photographer’s own immersion, both physical and emotional, in those places. Finally, this exhibition also includes a suite of images designed to introduce viewers to the way Girard’s interest in the intelligence of everyday landscapes has evolved most recently. The pictures that comprise these arrangements include a selection of staged photographs that think through the history of landscape painting and revisit an imaginary museum of images by some of Europe’s greatest artists, as well as four prints from the Ardennes region that offer a reflection on both the landscape of a military defeat (during the Franco-Prussian war of 1870) and the current demographic decline in far northern France. Both series epitomize many of the core principles mentioned above, all the while suggesting new directions that the artist’s work might take in the future ».

Ari J. Blatt
Associate Professor and Chair
Department of French
University of Virginia

This exhibit is generously supported by the Department of French, the McIntire Department of Art, the Institute of the Humanities and Global Cultures, and the Buckner W. Clay Endowment for Emerging Issues in the Global Humanities.

A special thank to Willian Wylie, Professor of Art, University of Virginia.

 

© Ari J. Blatt et Thierry Girard pour les textes en anglais et en français
© Thierry Girard pour les photographies

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